lundi, octobre 31, 2005

Vert ami

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Le vert est détestable, manie anxiolytique. Le vert est la boue et le silence. L’épaisseur familiale. Les extrémités froides des frileux, les conducteurs à casquettes, les insectes urticants. On peut pourtant parfois en supporter la pesanteur, l’oublier. Le vert disparaît pour ne garder que son relent acidulé d’enfance (l’imitation du parfum « herbe coupée »). On redécouvre le mot « campagne » en lieu commun, comme un enfant, oh c’est joli la campagne, la vache et le marché. On occulte le noir et le sel. C’est la présence d’amis. De sursis dans la tourmente permanente, à pic. Pourtant c’est le pire des verts. Assez plat. Avec étangs et pêcheurs qui touillent dedans. Toujours le fantasme de la mort de l’étang. L’odeur des maisons de campagne. L’intrusion dans des passés étrangers. Des fantômes inconnus qui surgissent doucement. C’est ce qu’on appelle une parenthèse. (La douceur, le sentiment.) Jusqu’à aimer le vert, finalement. En voilà une autre.

{Difficulté subsidiaire – dans ce qui serait la « fonction journal ». La touche « ,/ ? » du clavier se détache à la moindre pression, il ne manquait plus que ça... C’est extrêmement troublant, carrément un supplice de penser au claudiquement dès le doigt posé... et l’impossibilité de changer le clavier, bien sûr (argent trop cher). Encore un exercice de contorsionniste après et pendant tant d’autres. Fatigue.}

dimanche, octobre 23, 2005

Déclics, stations

(Pas d’images, elles sont .)

Écrire ces quelques mots comme on traverserait une rivière à gué. (En étant presque sûr qu’on finira dans l’eau, ou une cheville foulée, bref, sans avoir pu garder l’équilibre).
D’où > les notes, en vrac.

Blogomane (comme on dit graphomane), Charles de Zohiloff est également un prédateur à objectif du métro parisien, ligne 1 très exactement.

Tout cela forme un ensemble. La manie, la multiplicité d’univers qui se répondent, le croisement de milliers de visages, la répétition de la prise, les allées-venues souterraines, la composition des posts, le ressassement, le lien de lien de lien (connexions).

Représentation excessive de la photographie elle-même,
oxymore,
douce violence du cliché,
les voyageurs, pris au vif, manifestent parfois une présence froncée, amusée, sombre, interrogative, contrariée, charmée – ils voient le photographe et deviennent une partie de ce paysage urbain en mouvement – son manège.

(Ville bocal.) Flux agités, pressés, hystériques, malades, amoureux, perdus, désespérés.

J’aime les visages et le regard qui les voit. Les attitudes, la lassitude des journées industrieuses, les jambes croisées, le théâtre des portes qui s’ouvrent et se ferment, le mouvement qui retient à la barre central, le flouté des soubresauts de la machine, le miroir crée par l’obscurité des tunnels, les premiers plans qui surgissent drôlement. (Le lien de la dissonance).

& j’aime aussi le fait que ces images flottent sur écran, quotidiennement renouvelées, prises dans le réseau complexe de la toile Zohiloff, frappant à la porte en RSS, apparaissant en lieux intimes, en n’importe quel réseau.
Ce serait le lieu d’un nouvel humanisme en un temps spectaculaire et spéculé.

samedi, octobre 22, 2005

À vif mais productif

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« Être artiste, c’est savoir gérer ses blessures, pas se laisser dominer par elles. »

(remontrance à la Star Ac)

vendredi, octobre 21, 2005

lundi, octobre 17, 2005

Choisir sa fuite

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C’est le temps du trifouillage dans le moi et de l’exfoliation en profondeur (épouse x ou veuve y, tout est affaire de cases, de remplissage, de couleurs de formulaires plus ou moins passées).
Ça pourrait être drôle mais ça gratte, seulement. Les os qui remontent avec toutes les pilules qui ne sont jamais passées. On ne peut pas s’empêcher de trouver ça extrêmement surfait, ridicule et la bibliographie qui va avec. L’image de millions de pages tournées, feuilletées, ça, ça, surmoi, le chœur professoral, les divans parisiens, et ron et ron petit patapon, mon moulin va décidément beaucoup, beaucoup trop vite — ajoute t-elle, avec des mouvements de bras.

« On se calme et on boit frais », ce devrait être un mot d’ordre.

(Changer d’île).

En attendant, on continue à se lamenter sur les mensonges de sa vie grossis à la loupe, à manger trop de gluten, à acheter Biba en période de déprime, à ne pas supporter le métro aux heures de pointe – définitivement, à boire alors qu’on ne supporte plus l’alcool, à constater qu’on a un bien petit nombril, à gâtifier avec son chat comme une grand-mère perdue pour la science, à lire Arno Schmidt en grommelant qu’on aurait dû faire allemand, à récupérer difficilement après quelques menus excès, à avoir envie de changer de coupe pour se dégonfler 5 minutes plus tard, à danser un vieux pogo des familles dans son salon à 6 heures du mat’ sur de la techno minimale en nuisette petit bateau 14 ans délavée, à se dire que ça serait bien de s’intéresser aux prochaines présidentielles, quand même, à se trouver une sale gueule, à ne pas réussir à ranger ses papiers de grande personne correctement, à subir des ambiances de bureau qu’on aimerait bien transformer en carnage pour amateurs de tartare, à constater l’augmentation exponentielle de sa bibliothèque, à se payer une ostéo pendant qu’on fait patienter EDF, à se balader dans lastminute.com en rêvassant, à ne jamais se trouver assez de curiosité, à avoir peur de son ombre, à aimer ses ennemis, à compter ses amis, à constater que ce soir – juste ce soir, hein ? – on a davantage envie de regarder un épisode de Star Trek qu’un Godard même plus trouvable en VHS, à aimer l’air de la ville comme celui de la mer, à traquer le faux pas, à se rendre compte qu’on revend toujours le livre dont on a besoin une semaine plus tard, à se demander ce qu’on a bien pu mériter, etc., à se répéter que ce qui ne te tue pas ne te tue pas (et c’est déjà pas mal, en fait, quand on y pense), en vivant avec une fraîcheur sans cesse renouvelée, l’arrivée de lendemains aux aubes transparentes – même si parfois malades à l’astre cou coupé sur les bords – teintées de rose et de bleu...

L’histoire immédiate.

dimanche, octobre 16, 2005

... je suis mon unique objet – moi, et quelques étoiles

Il y a quelques mois paraissait le Journal de mes sons de Pierre Henry, dont le texte – un montage du texte – lui a servi à créer l’œuvre « Deux coups de sonnette » qui sera diffusée le dimanche 4 décembre prochain à 22h30 sur France Culture.

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Journal de mes sons comme on dirait Impromptu du moi ou Confessions musicales... Pierre Henry se livre ici à une entreprise autobiographique qui est à la fois un commentaire incarné de ses œuvres et la constitution par l’écriture, d’un « je » physiquement sonore, personnalité constituée à travers la réception auditive du monde, son écoute et sa transformation. « Je » démiurge, donc, et spectateur du grand théâtre bruissant entre nature et industrie, culture et rumeurs organiques :

« Si les conventions musicales, l’harmonie, la composition, les règles, les nombres, le côté mathématique et les formes avaient un sens par rapport à un Absolu, aujourd’hui, la musique ne peut en avoir que par rapport aux cris, au rire, au sexe, à la mort ». (1947)

Ce recueil de textes écrits des années 40 à nos jours permet de multiples lectures. Celle d’un « simple » journal, tout d’abord, recensant les souvenirs d’enfance, les récits de concerts, les témoignages d’amitié et d’affection à ses proches/complices créateurs. La lecture d’un texte littéraire à part entière, aussi, de par la présence de poèmes que l’on pourrait appeler « électro-acoustiques », de pages de prose cadencée, de par le souci extrême de l’auteur du choix d’un mot, de l’équilibre d’une phrase. Pierre Henry multiplie d’ailleurs les allusions à une intrication, dans son esprit, entre matériau langagier et musical : « Je n’écris pas ma musique avec des notes mais avec des mots » ; « Je travaille dans mes dictionnaires de sons ».

Les amateurs de musique contemporaine – pas forcément de musique savante, disons : les oreilles curieuses de toutes obédiences – peuvent trouver ici à la fois une histoire de la révolution électro-acoustique, des précisions concernant certains virages technologiques, des textes explicatifs de certaines œuvres de Pierre Henry... mais aussi et surtout assister au développement d’une pensée qui a choisi de s’attaquer aux valeurs constituées, aux schémas appris pour recréer sa logique propre. L’étalage des rouages du moteur par son célibataire même, pourrait-on dire. Après avoir dénudé les matières sonores, dévoiler les impulsions, les déclics, les genèses.

Enfin, pourquoi ne pas envisager une lecture musicale de ce Journal de mes sons ? Se prendre au jeu de son créateur et en jouer les différentes parties, à loisir ? Bouleverser les chronologies, mixer les éléments, aller, revenir, superposer les souvenirs auditifs aux siens propres... ce serait une manière d’interagir au refus des frontières de l’œuvre de Pierre Henry ; le Journal de mes sons serait l’une des pièces à jouer de l’artiste tout comme ses créations sonores constitueraient d’autres architectures verbales, à déchiffrer... Quelque chose aux confins : « Ah ! si l’on disait un jour de ma musique ainsi que l’on peut lire sur l’un des cartons du film (Nosferatu de Murnau) : « ici commence le pays des fantômes »... N’est-ce pas tout simplement la définition de la poésie ? ». Des formes en devenir car déliquescentes, sans cesse créées ; des espaces incertains, en cela encore « innommables » d’une existence bruissante, à la recherche de sa grammaire propre. Un objet terriblement concret et évanescent à la fois. En tant que tel, il incarne la complexité limpide de l’œuvre de Pierre Henry : tour à tour savante et populaire, sobre et excessive, solitaire et fusionnelle. Une façon de proclamer la fin des manichéismes. Ou encore : le solfège est mort, c’est nous qui l’avons tué. Vive les sons ! Vive les matières !

— Tu lis les catalogues, les affiches qui chantent tout haut. Voilà pour la poésie ce matin. Et pour la prose, il y a les « Journaux »...


Journal de mes sons de Pierre Henry, Éditions Actes Sud.

samedi, octobre 08, 2005

Considérations techniques (il en faut)

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Opté pour un répertoire de liens, plus extensible que la liste ci-contre. Rendez-vous donc ici pour les rebonds et autres échos en évolution.

{... ce qui – en réponse indirecte à C. A. – remplace le précédent système de rubriques mis en place, plus ou moins insatisfaisant car trop statique (et donc, notamment, la spontanéïté de l’ajout de liens)...}

jeudi, octobre 06, 2005

Plume

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Les pixels définissent l’image. Leur densité, sa résolution. (Le DPI est un autre nom de la texture – peau).
De la note à l’œuvre : résolution, rédaction.
{to be continued}

dimanche, octobre 02, 2005

« La poésie naissait de la présence des objets»

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« ... éveiller d’autres échos que les rots de ces messieurs-dames qui viennent au cinéma pour digérer. »

Jean Vigo, « Le point de vue documenté » (présentation de À propos de Nice).

samedi, octobre 01, 2005

En allongeant le pas

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La vitesse ronge. De même, l’absence de nécessité environnante colle en mauvaise sœur-sueur. Hypocondriaque des manquements de l’époque (on ne va tout de même pas ruminer en vieux con/vieille conne.) Quelle puanteur ! Le dos heurte et c’est bien normal. Plafond bas, pesanteur de l’air. « On essaie quelques calembours Ou bien ». On se souvient. « J’ai dans la tête d’étranges choses qui réclament ma main. » Le profil de l’angoisse, l’Aiglon des jours sur un vieux livre qui sent le cuir rance. L’incrustation s’oxyde. Alain Robbe-Grillet parle de Barthes comme un tailleur virtuose ajuste un costume : « Il aimait les traîtres, il aimait trahir, et c’était un côté de son caractère qui était très positif, parce qu’il aimait se trahir lui-même, bien entendu. » Justement, on a dépassé la déception (ou bien c’est elle). Le cœur disséqué dans Jacques, c’est toute la viande creuse qui nous reste – encore une lame à la main pour achever sa route. Avec un peu de dégueulis sanguin histoire de rajouter du sentiment (for real). La trivialité serait une bonne raison d’inscrire, de noter, au jour le jour. Mais on n’y arrivera jamais. Ni à coller à l’odeur, ni à maintenir le rythme – la vitesse ronge. Même en accumulant comme un chien.

« Chapeau. Vu le contexte ! Entre deux micros crochets journalistiques, Monique, Sean et Tchernachevski ont rv aux stocks. Tchernachevski prétend avoir un lien de parenté avec le célèbre philosophe russe du 19e, auteur d’un : Que faire ? un des plus beaux titres de l’histoire. Commencer par Que faire ? Chapeau. Vu le contexte ! Conclure par Que faire ? là d’accord. On eut mieux compris que commencer par Que faire ? par exemple. Monique préférerait encore Quoi faire ? c’est plus personnel. Plus proche du corps, des occupations du moment plus proches de soi. Quoi faire ? maintenant devant nous. Se lever ? Rester assise ? Vous écouter ? »*


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Compact, Maurice Roche, Tristram, p. 25.
Préface à une vie d’écrivain, Alain Robbe-Grillet, Le Seuil, Fiction & cie. p. 187.
Je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il s’appelle Jacques, p. 49.
*Peuplements, Daniel Foucard, Al Dante, p. 53.