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mercredi, février 04, 2009

Le Travail de rivière #7

« Pour construire cette exposition, j’ai procédé par fouille archéologique de ma propre mémoire.

À la manière du chercheur d’or dans la rivière, j’ai opéré un travail de tamisage et de raffinage qui a distingué une galaxie d’œuvres toutes irréductibles à une lecture unique, porteuses d’une “légende”, questionnant la genèse des formes, la genèse de l’humanité. Le choix d’œuvres anciennes (1920, 1967…) et plus récentes met en avant ma fascination pour les formes fortes, simples et premières, “matériologiques”. Mais il ne s’agit pas d’un exposé des méthodes, car l’art reste avant tout un croisement de signes.

A-chronologique, cette proposition met en avant un intérêt pour les constructions humaines, les objets sourds, les œuvres reliques, un goût pour les vestiges. Ces œuvres ont une relation forte au temps et à la finitude, à l’origine et à l’éternité, nous ramenant au mystère et à l’énergie de la création des artistes. Elles disent le temps, milieu naturel de l’art, qui boucle sur lui-même, au sens où certaines formes du passé persistent, survivent au présent, demeurent et traversent les siècles vers le futur : le mythe de “l’éternel retour”.

Les œuvres exposées sont d’argile (mémoire de la forme), de graphite (le carbone offre l’élément de la plus ténue différence entre l’ordre animal, l’ordre végétal et l’ordre minéral), de silex taillé (depuis plusieurs centaines de milliers d’années), de plomb (saturne, astre fatal, maître du plomb et de la mélancolie), de poussière (poudre, particules de matière), de verre, de sable, de cristaux, de corail, d’ambre, de papier, de coquillage, d’encre. Autant de matières fondamentales et élémentaires, qui forment “la substantifique moelle” du répertoire naturel, des substances les plus brutes aux plus précieuses. C’est aussi pour le spectateur faire une expérience actuelle et sensible d’une origine perdue, qu’elle soit réelle, fantasmée ou inventée.

Le Travail de rivière revisite ses classiques en même temps qu’elle actualise des relevés naturalistes comme les empreintes, les fossiles ou les prélèvements géologiques, tout en collectant les traces ethnographiques que sont les masques, coiffes, cellules nomades. Autant de matrices formelles, artistiques, culturelles et intellectuelles. C’est une “collection de sable” au sens d’Italo Calvino : “rassembler une collection comme tenir un journal, c’est-à-dire un besoin de transformer le cours de sa propre existence en une série d’objets sauvés de la dispersion, ou en une série de lignes écrites, cristallisées en dehors du flux continu des pensées.”

Une exposition, au fond, qui avoue qu’elle peut être le fruit de l’imagination du collectionneur temporaire qu’est le curateur, et qu’à cet égard, elle peut s’inscrire dans un système de correspondances subjectives équivalent à celui de la collection. Une exposition qui se regarde à travers différentes strates, comme se révèle, au cœur de l’été, le lit d’une rivière asséchée. »

Claire Le Restif
Commissaire de l’exposition Le Travail de rivière
Au CREDAC, Ivry-sur-Seine

Œuvres montrées ci-dessus :
Hubert Duprat, Sans titre, 1994.
Giuseppe Gabellone, Vasca, 1996.
Nathalie Talec, Crampons, 2008.
{Cliquer sur les images pour les agrandir.}


vendredi, janvier 23, 2009

Le Travail de rivière #5

Le Travail de rivière, ce sera aussi une exposition au Credac, à Ivry-sur-Seine, à partir du 4 février. Je précise que ce n’est pas en rapport avec le livre : Claire Le Restif a beaucoup aimé ce titre et l’a trouvé - l’oxymore - en relation avec son exposition à venir.
Nous y interviendrons, mercredi 18 mars, avec Olivier Mellano pour une lecture/concert, Fanette Mellier y parlera également de son projet de « livres bizarres »… et peut-être d’autres participants, mais je vous en reparlerai…



Le Credac, 93 avenue Georges Gosnat, Ivry-sur-Seine, à 5 mn du métro Mairie d'Ivry, ligne 7
{cliquer sur l'image pour l'agrandir}

dimanche, novembre 23, 2008

SUPELLEX

Si vous passez du côté de la rue Saint-Claude, à Paris, allez donc voir l’exposition d’Emmanuelle Lainé (j'avais déjà parlé de son expo GOLDFINGIA) à la Galerie LHK. SUPELLEX enfonce le clou sans facilité – c’est-à-dire sans s’adonner à une recette permettant une identification facile, un classement pépère dans le monde de l’art contemporain (digression : ce n’est donc pas un hasard qu’Emmanuelle Lainé aime l’œuvre d’Emmanuel Hocquard, autre artiste – hyperonyme d’écrivain… – déjouant la notion de ressemblance et de comparaison) : des objets et des dessins déplacés ou plutôt déplaçants, aux textures sourdes ou dérangeantes. Mais Bruno Botella en parle mieux que moi :

« Emmanuelle Lainé est l’inventeuse d’un projectile sphérique en élastomère doté de pouvoirs rebondissants extrêmes dont la trajectoire imprévisible peut infliger des dégâts majeurs à tout espace qui se proposerait de la contenir. Son exposition réclame un soin attentif à son inertie au risque de voir s’écrouler tout ce qui l’entoure. Le ravage potentiel que contient cette grosse boulle molle appelée Extra-Balle est un appel à la turbulence et au vandalisme joyeux. Portée au regard elle démange la main de quiconque aurait l’idée d’y inscrire un geste et voir l’exposition emportée dans un grand tourbillon. Cette invention inaugure une série de recherches au cours desquelles Emmanuelle Lainé expérimente des matériaux, des formes et des assemblages pouvant constituer des objets relatifs à la dynamique tourbillonnaire, des accessoires instables permettant d’arpenter des milieux hostiles. On comprend alors que sa référence au free-surfeur Laird Hamilton est entièrement déprise de tout folklore sportif et californien. Il ne s’agit pas d’annexer une « sous culture » pour alimenter un vocabulaire de formes en mal d’exotisme. Emmanuelle Lainé et Laird Hamilton sont marqués par la même obstination de voir nos objets se métamorphoser et épouser le dynamisme d’un milieu chaotique pour y glisser un ou plusieurs corps.
Ici les inventions n’ont d’autre choix que de se profiler en fonction des ébranlements d’un écosystème en perpétuelle mutation. La démesure des voiles en fibres synthétiques, les énormes soufflets, les détails infinitésimaux du cuir, les constructions spongieuses et les membranes en élasthanne sont autant de prothèses et de combinaisons ajustées aux circonvolutions d’une nature en crise. Prototypes aux formes instables et caverneuses, ils ont l’élégance des méduses et autres tourbillons vivants adaptés aux milieux extrêmes. La prolifération des poignées, des manches, des fermetures éclairs, figure la métamorphose dont est issu cet appareillage et invite en retour à des postures improbables.

SUPELLEX est un terme latin désignant un groupe variable d’objets quotidiens. Définition vague d’un amalgame de mobilier et d’ustensiles, ce titre associe aux derniers travaux de Emmanuelle Lainé des qualités étrangement domestiques. Il ne s’agit plus d’un inventaire projetant une expédition vers des mondes nébuleux ou des sommets invisibles mais de confectionner le trouble à même notre quotidien. Ces meubles sont dotés d’une curieuse élasticité qui affecte directement leur entourage et en déjoue les coordonnées. Assemblages turbulents de matériaux hétéroclites ils basculent, coulissent, se déplient, se ferment, roulent, s’enroulent, claquent et rabattent sans que nous puissions leur donner une orientation définitive. Leur ordre précaire dessine une topologie mouvante où il nous est alors impossible de leur donner un semblant de repos pour meubler l’espace. »

SUPELLEX – Emmanuelle Lainé
Du 22 novembre à fin Décembre 2008
GALERIE LHK
6, rue Saint Claude
75003 PARIS
t +33 1 42 74 13 55

Image : Emmanuelle Lainé, 2008, Sans Titre, crayon sur papier, 50x50cm

vendredi, septembre 05, 2008

Msieur Bérard



Vernissage de Stéphane Bérard à la Galerie Marion Meyer mardi 9 septembre à partir de 19 heures, exposition jusqu'au 25 octobre.
Architecture, chômage, design, avec un tel programme, venez nombreux !

Œuvres de Stéphane Bérard.
Galerie Marion Meyer, 15 rue Guénégaud, 75006 Paris.


Arôme pénis pour préservatif.


Drapeaux ignifugés.


+ de suspense (installation sonore)

dimanche, août 17, 2008

If Hitler had been a hippie, how happy would we be

Sur les conseils de Basile Ferriot qui a vu l’exposition des frères Chapman : If Hitler had been a hippie, how happy would we be à Londres en juillet dernier, je me penche sur l’œuvre de Jack et Dinos Chapman, par Internet interposé, hélas, pour l’instant. Je ne gloserai donc pas sur des choses que je n’ai pas vu en 3 D, je vous en montre juste des images, des fois que ça vous amène, comme moi, à guetter leur prochaine expo parisienne…
Un article sur l’expo de Londres ici.
Une présentation générale et d’autres images ici.


California Uber-Alles, 2003




Les deux dernières images sont des vues de Hell, pièce qui avait brûlé dans un entrepôt il y a quelques années et que les frères Chapmann on repensé et exposé à Londres.

dimanche, juin 08, 2008

Dominic without himself

Ça aurait pu être le titre alternatif de la prochaine exposition de la Galerie Léo Scheer, Les sujets en moins :

L’exposition Les sujets en moins réunit une quinzaine d’œuvres qui ont toutes pour point commun d’effacer le sujet qu'elles sont censées évoquer : pièce sonore sans son, pièce lumineuse sans lumière, peinture sans peinture, dessin sans dessin...

Le titre fait référence aux Objets en moins produits par Michelangelo Pistoletto entre 1965 et 1966 afin des les soustraire à leur existence conceptuelle au travers d'une étonnante banalité. Le plus célèbre des ces « objets » demeure le Mètre cube d'infini qui, par son système de miroirs refermés sur eux-mêmes, tente d’effacer l'infini de toute préoccupation esthétique ou politique.

Mais l’exposition pourrait aussi faire référence à Georges Perec et son roman/lipogramme La Disparition écrit sans que ne soit utilisée la lettre « e », clin d’œil expérimental à tous « eux » disparus de son enfance. Comme elle pourrait aussi s'appuyer sur le tableau de Robert Rauschenberg qui, en 1953, efface d'un seul geste un dessin de Willem de Kooning. La disparition devient, selon un terme très duchampien, une forme « d'apparition négative ».

Avec :

Boris Achour - Fayçal Baghriche - Julie Béna - Stéphane Bérard - Pierre Bismuth -
Julien Bouillon - Marcel Broodthaers - Anthony Duchêne - Patrick Everaert -
Robert Filliou - Ceal Floyer - Vincent Ganivet - David Vincent - Tatiana Trouvé

Commissariat de Eric Mangion
Sur une invitation de la revue Fresh Théorie

Ça se passe au 14/16 rue de Verneuil dans le VIIe arrondissement, à Paris, du 20 juin au 12 juillet (l’après-midi parce que je matin yen a des qui pioncent) et personnellement, je vais copieusement y traîner mes guêtres.

dimanche, mars 30, 2008

& Fayçal Baghriche aussi

du 29 mars au 29 mai à Blank : 15, Passage Ste Anne Popincourt & 2, rue Nicolas Appert – 75011 - Paris – France
Ouvert sur rendez vous du mardi au vendredi de 14h à 19h.
Avec Claude Lévêque.


Fayçal Baghriche est né en 1972 , il vit et travaille à Paris. Diplômé de la Villa Arson, Nice, il a participé à la création du collectif Le Commissariat. Il est aujourd’hui directeur de la Galerie Léo Scheer, Paris. Il présente sa vidéo Point ligne et particules ainsi qu’une nouvelle pièce réalisée à partir d’une réglette de néon. « Les deux pièces sont le résultat d’une action simple et minime, un geste nonchalant appliqué sur des tracés déjà établis : La ligne de chemin de fer et les réglettes de néon standardisées. Dans Point, ligne et particules, je bombe un train à l’arrêt, lorsque celui-ci démarre, se dessine une ligne; dès qu’il prend de la vitesse, la peinture n’adhère plus à la surface, et un nuage de particules se diffuse dans l’air. Le film prend à contre pied la théorie des figures géométriques élémentaires selon laquelle une ligne droite est le produit d’une force appliquée dans une seule direction. Ici, la force unique qui crée le trait est exercée par le support lui-même et non par l’artiste. Mon action se limite à pointer un repère sur le train, lequel dessine sa propre forme, sa propre vitesse. » F.B

Image :
Fayçal Baghriche : Point, ligne et particules. Vidéo couleur, 2mn en boucle, 2008

samedi, mars 29, 2008

Emmanuelle Lainé expose

Au Palais de Tokyo à partir du 3 avril & at The Freak Show à partir du 11 avril.

Au Palais de Tokyo : "Avec GOLDFINGIA, du nom d’un siponcle - ver d’eau remontant au Cambrien et possédant un corps rétractable - Emmanuelle Lainé présente son nouveau prototype décliné en trois exemplaires. Fruits d’une rétro-ingénierie délirante, ces accessoires mystérieux évoquent un monde unicellulaire dans un western mâtiné de folk troubadour.

En 2004, Emmanuelle lainé inventait le DISCOPLANE, un disque volant au gabarit hors norme, auquel une extrême légèreté de structure confère un certain confort de vol.

Emmanuelle Lainé concevait peu de temps après une structure entre l’aile de papillon et la voile en fibre high tech. Cet hybride rendait hommage à Laird Hamilton, héros du sport extrême. À la recherche de plus grandes vagues, il eut l’idée d’utiliser un bateau hors-bord pour aller au large, réinventant la pratique du surf et sa « philosophie ».

S’appropriant la mythologie biotechnologique véhiculée par l’industrie du loisir ou élaborant un monde primitif éclectique, Emmanuelle Lainé braconne dans le monde des objets quotidiens pour bricoler des récits singuliers."

At The Freak Show, l'EXTRABALLE d'Emmanuelle Lainé et plein d'autres artistes :



Œuvres d'Emmanuelle Lainé montrées ci-dessus : Parasure, 2006 ; Discoplane, 2004 ; Laird, 2007 ; Extraballe, 2005.

vendredi, novembre 09, 2007

Speeder cochons : l'expo

... qui sera complétée au fur et à mesure...

Ne la regardez pas si vous voulez effectuer le test !

Reportez vous d'abord ici.













t,t,t... on ne triche pas...


















(Cliquez sur les cochons pour agrandir l'image)


Par Jean-Claude Bourdais


Emmanuel Tugny


Mon cochon


Laure Mentzel


Le cochon mystère...


Yann Linaar


Céline Ottenwaelter (froissée)


Florent Georgesco



Sylvain Courtoux


Gérard Nicolas


Jean Gilbert


Philippe Boisnard


Georges Hassomeris


Léo Scheer >ici (pas vraiment dans le test)


Le cochon mystère (2)...


Nina


Nina


Alice

vendredi, mars 16, 2007

vendredi, avril 15, 2005

pinkpolas & redbooks

//exposition des Polaroïds de Warhol à la MEP, déambulation possible//

« Regardez la surface, il n’y a rien derrière. »

Sur ces photos-là, on appelle Jean-Claude Brialy « Jean-Claude ». Il est torse nu, bronzé, le sourire ravageur, débordant d’euphorie et de séduction. C’est Warhol qui le nomme ainsi (manuscrit sur l’espace blanc du pola), Warhol qui tient la machine, Warhol qui chuchote derrière l’objectif rudimentaire, le pervers Andy manipulant ses marionnettes (auteurs, V.I.P., fils et filles de, rock stars…). Il dit. Le réel est à inventer au cœur d’une réalité travestie. Dors avec sa perruque, sourit.

Dans de petits carnets rouges s’agite le star system d’une époque, sans bruit, figé en instantané un peu dérisoire du dîner mondain surmaquillé aux facéties obscènes de Brigit Berlin, entre un sourire en coin de Jack Nicholson, les traits acérés de William Burroughs, le torse mythique du jeune Mick Jagger… « The making of me ». (Dandysme). Icônes aplaties en gestes communs, ce qu’il en reste, ce qu’il en restera, le va-et-vient du regard entre photographe, modèle et voyeur. Le temps.

Album de famille, d’une drôle de famille.

Vérifier que le bleu du ciel est bien le bleu Pola, les accidents éventuels de la pellicule (+ abus de surexpositions, évidemment).

« On dit toujours que les choses se produisent de manière irréelle au cinéma mais c’est plutôt dans la vie que les choses vous arrivent de manière irréelle. »