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lundi, août 25, 2008

Valérie par Valérie par Valérie

Je m’appelle Valérie. Dans ma position, il suffit d’avoir un prénom. Je m’appelle Valérie et j’ai été une éphémère héroïne de téléréalité. Ma mission était de séduire un gentleman célibataire, devant caméras. Je publie un livre à la rentrée – je connaissais le rythme des collections de mode et des saisons de séries télé, plus jeune, celui des rentrées scolaires, pas celui des « rentrées littéraires » – enfin, plus exactement La Rédaction a été mon nègre, comme on dit. Ou encore, La Rédaction s’est travestie, elle a volé ma voix, ma nuance de décoloration, fréquenté ma manucure… mais toujours on remarquera les épaules très carrées, la pilosité épilée, le timbre grave sous les énoncés légers. Il n’y a qu’à regarder la photo de couverture : visage masculin, plastique de realdoll, j’étais faite pour être habitée.
La Rédaction a donc joué les incubes.
« La Rédaction n’est pas une société secrète.
La Rédaction agit selon ses méthodes. Elle surveille les productions langagières ; elle teste, vérifie, démonte tous les mécanismes discursifs ou narratifs.
La Rédaction évite l’écriture.
L’activité déclarée de La Rédaction consiste en ce qu’elle rédige. »
Voici sa définition par l’un de ses agents, le plus visible, Christophe Hanna (auteur des Petits Poëmes en Prose chez Al Dante en 1998). Définition qui rejoint peu ou prou la position de Delphine, dans le livre : « … la plupart de nos fictions ridiculisent nos expériences, le cinéma à histoire et les romans l’exaspèrent et (…) elle [Delphine] préfère le genre assertif direct (moral par exemple… » La Rédaction est donc une agence comme de style ou de publicité, une agence de rédaction, à votre service – du moment que vous constituez un terrain d’expérimentation intéressant. La Rédaction s’est lovée dans ma silhouette pour écrire ce livre, et voilà que Laure Limongi fait de même pour écrire un article sur ce même livre, mimant les procédures de La Rédaction… J’ai l’impression qu’on réalise des poupées russes avec mon propre corps et mon propre visage. Certaines vies sont des destins peuplés de signes étranges. Par exemple, il m’aura fallu presque trois exemplaires de Valérie par Valérie pour écrire cette courte présentation : le premier que m’a envoyé Anne-Laure, je l’ai perdu mystérieusement le jour même dans un bar du VIIIe arrondissement. C’est la première fois que je perds un livre. (Cela ne veut pas dire que je transporte peu souvent des livres dans mon sac, au contraire.) L’ambiance était étrange avec tous ces cols blancs – aurait-on dit dans les années 80, à présent, il s’agit de jeans chic – à moitié saouls qui me mataient depuis le bar, la barmade me promettant de me révéler le nom de mes admirateurs à ma prochaine commande. Bref, j’ai exhibé Valérie à mes amis et quand j’ai quitté le bar – sans connaître, sciemment, l’identité de ces fans –, elle avait disparue… J’ai envoyé un coursier à Anne-Laure le lendemain pour en récupérer un autre exemplaire – j’avais strictement la même pose, en couverture, avec ce gloss rose marquant les plis de mes lèvres. Et j’attends l’exemplaire que La Rédaction doit me dédicacer. Soit 60 euros en tout – si on se réfère au prix public de vente T.V.A. comprise, ce qui doit donner dans les 3, 50 euros de prix de revient par exemplaire pour l’éditeur, sans compter les frais de diffusion et surtout, les frais avancés par La Rédaction décrits dans le livre, notamment : paiement en espèces de modèles photos –, j’espère que ça vaudra le coup. J’ai promis à Anne-Laure de donner le deuxième exemplaire reçu à Claro (je fais bien attention de ne pas l’abîmer, de ne pas marquer le dos en ouvrant les pages, de ne pas laisser de traces de doigts sur le vernis brillant). On arrive à 40 euros l’article, ce qui est moins dispendieux.
Autre élément mystérieux, j’ai commencé à écrire sur Valérie à la campagne, pendant un long week end, entre une fête de famille (celle de mon ami) et un concours de pêche organisé par la commune pour le 14 juillet pendant lequel j’ai réussi à tirer de l’eau un petit Boer – je ne participais pas directement au concours, faute d’expérience et de matériel, je soulageais momentanément les bras du père de mon ami qui avait oublié le support destiné à maintenir la canne à pêche, lorsque le petit Boer a mordu à l’hameçon. J’avais l’impression d’être encore dans l’univers de Valérie, collée maladroitement dans le paysage, avec ma robe citadine et mes talons qui s’enfonçaient dans la boue alors que tout le monde était, plus adéquatement, en vieux jeans et vêtements kaki. À mon retour à Paris, le disque dur de mon ordinateur a grillé avant que j’ai eu le temps de faire la moindre sauvegarde et j’ai perdu toutes mes notes. Cet article coûtera donc le double du temps habituel, ce qui équivaut à l’exemplaire perdu. Cette coïncidence me rappelle une phrase du livre, après une description de dessins égyptiens : « … je me mets à rêver que notre langage soit structuré par une certaine géométrie prédictionnelle, que nos langues, dès le départ, soient faites pour désigner aux autres les événements à venir qui intéressent chacun d’eux en privé, comme l’oiseau raide sur le papyrus me montrerait avec une certitude immédiate l’oiseau inconnu. » Architecture et plasticité, une plasticité qui me fait penser à une littéralité (post Francis Ponge, post Jean-Marie Gleize, mutatis mutandis, of course) susceptible de créer une communauté intersubjective. Mais aussi malléabilité des signes et notion de ressemblance, qui est un des éléments clefs du livre : « Lorsque vous écrivez un livre, c’est, au fond, dans l’espoir qu’il fasse de vos lecteurs des individus qui vous ressemblent. »

Celui-ci se présente moins comme un journal de personnage médiatique (j’évoque Miette de Loana) que comme un livre théorique composé de huit chapitres dessinant une cosmogonie propre à définir une humanité : « changer d’opinion », « comment mes proches parlent de moi au futur », « les images dans lesquelles je suis bien », « quand je suis trahie par mes goûts », « les périodes de mon vécu », « ce qui est classe », « quand je fais du sexe, qu’est-ce que je fais au juste ? », « est-ce dans nos natures de finir par accepter ? », bref, la vie, l’amour, la mort, comme qui dirait, représentés sur mon petit théâtre personnel, avec proches et passants. Un étrange système de name dropping où défilent des inconnus – pour vous, lecteurs, mais des gens qui sont des points sur la chronologie de ma vie – qui donnent leur avis, des instantanés de moi.

Il faudrait un autre livre pour parler de ce livre. Car les affirmations qui y apparaissent y sont constamment contredites par les personnages qui y fourmillent. Car sous le maquillage jet set de Valérie se développe une pensée esthétique, morale, métaphysique complexe. Et que j’ai un cours de body sculpt à 16 heures. Mais ce qu’on pourrait déjà en dire, c’est qu’il détruit le « je » et recrée un « je ». Puisque le « je » du livre est à la fois le mien et celui d’un (Christophe Hanna dont je reconnais les traits à certains indices) ou de plusieurs agents de La Rédaction. C’est pourquoi je suis en mesure de dire que l’assertion : « Je suis un écrivain, je ne tends pas de traquenards » est fausse. Si on croit à une phrase comme « je vous dois la vérité en littérature et je vous la dirai » (de Denis Roche, qui y répond d’ailleurs, si mes souvenirs sont bons, « tu parles ! »), Valérie est un vaste traquenard dans la mesure où le « je » qui s’y exprime est un « je-mosaïque » composé, virussé. Il s’agit à la fois, dans la vie du personnage, de « changer d’apparence pour rester relativement anonyme en brouillant les souvenirs qu’on pourrait garder [de moi] », comme le dit l’une de mes amies, et dans celle du lecteur, d’annihiler la notion d’unicité du moi. De même que dans les chapitres « les images dans lesquelles je suis bien » ou « changer d’opinion » nous sommes face à une variation permanente d’images censées définir positivement la personne, une fluctuation de goûts et d’avis selon les fréquentations, mon « je » n’a pas de traits ou, plus exactement, ses traits changent sans cesse en morphing accéléré. On regarde à nouveau l’image de couverture, à la fois très explicite (buste de nu cachant ses seins) et de trois quarts dos, mon visage qui se retourne paraissant presque dessiné, tant on m’a maquillée, mon regard baissé étant caché. Une peau à projections.

À ce titre, une saynette est significative, comme le sont toutes les saynettes du livre : un théâtre concret qui révèle autre chose à travers un processus d’analyse quasi chimique – non métaphorique. « … rue des Abbesses. Il y a toujours un groupe de jeunes Noirs qui procèdent au même type de commerce touristique. L’un d’eux t’aborde et te passe un bout de fil autour de l’index pendant qu’il te demande d’où tu viens et ce que tu fais (en plusieurs langues, environ quatre). Si tu réponds, assez de temps s’écoule pour qu’il noue le fil et te réclame 2 euros en justifiant que ce nœud qu’il t’a fait en trois secondes est en réalité un porte-bonheur. (…) La situation est telle que tu trouves suffisamment de raisons pour payer. (…) On ne peut pas faire avec cela un calcul de pertes et profits. On a juste pu, mentalement et d’une manière quasi automatique, fabriquer des raisons. » Ici aussi, on est pris au fil, même si celui-ci ne permet pas de retrouver son chemin (j’aurais dû dire « ses chemins », et tous bifurquent) et nous emmène ailleurs.

Par exemple, du côté de la « théorie du beau comme trace de gestes moralement significatifs » : « Toute production résulte d’actions déterminées dans leur forme même par les routines de la vie pratique, la vie morale. Exemple du dessin ou d’une interprétation pianistique : l’image picturale ou sonore est immédiatement lisible comme trace d’une gestuelle liée à une discipline. Cependant, aucune discipline n’a jamais isolé les gestes qu’elle enseigne de ceux de la vie pratique, il y a toujours contagion ou déformation des gestes disciplinaires par des gestes habituels (le danseur et sa manière de marcher). Tout geste artistique peut être lu comme une sorte de sublimation d’actes pratiques, ou comme une forme neutralisante dans laquelle les formes gestuelles de la vie pratique se retrouveraient en tant que résidus toujours sensibles. Exemple du pianiste et pédagogue Alfred Cortot critiquant le jeu de Clara Haskil : “ Tu joues comme une ménagère ”. »

La Rédaction étudie les réflexes de la rédaction. Et décompose les genres. Je peux donc dire que vous apprendrez à la fois beaucoup sur moi, dans ce livre, et bien peu. Mais sans doute la surprise de voir vos habitudes de lecture déjouées fera que vous ne lirez plus vraiment comme « une ménagère » ou « une banquière » ou « un professeur » ou « un pompier »… Je ne sais pas si je dois remercier La Rédaction ou pas. Je suis partagée entre deux sentiments. D’une part, je ne me reconnais pas dans ce livre, malgré les nombreuses anecdotes réelles. Comme je l’ai dit, « on » y dit souvent « je » à ma place et ça contamine même rougelarsenrose. Mais d’autre part, j’accède à un statut inédit dont n’oseraient pas rêver les plus grandes héroïnes : objet-outil littéraire, corps polymorphe habité des vies de tous les personnages et de tous les lecteurs. C’est mégalo et, finalement, ça me ressemble bien.

Article à paraître dans La Revue Littéraire, sortie 16 septembre.

Valérie par Valérie, La Rédaction, Al Dante collection Réalités non couvertes, 292 pages, 20 euros.
Lire un entretien sur Valérie par Valérie : ici.

{Ajout du jeudi 4 septembre : magnifique article d'Éric Loret sur Valérie par Valérie dans Libération.}
{Ajout du vendredi 5 septembre : & Nathalie Quintane sur Sitaudis.}

mardi, août 12, 2008

Questions théoriques : Forbidden Beach/Réalités non couvertes

Questions théoriques a mis en ligne son blog le mois dernier. Vous y trouvez les présentations des livres parus, les annonces des livres à venir, les coupures de presse, les actualités...

Questions théoriques a déjà publié deux excellents essais dans la collection « Forbidden Beach » : Dispositifs/dislocations d’Olivier Quintyn (une poétique du collage à travers différentes manifestations historiques et génériques) et Des documents poétiques de Franck Leibovici (qui « propose une poétique pragmatiste tentant de décrire comment des technologies qui participent à la fabrication de notre réalité peuvent produire des formes de vie secourables. »).

Le 4 septembre, dans la collection « Réalités non couvertes », paraîtra Valérie par Valérie de La Rédaction dont on vous reparle très prochainement ici.

À venir, la collection philosophie « Saggio Cassino », premier livre à paraître : L’objet de la critique littéraire de Richard Shusterman (traduction Nicolas Vieillescazes).

Un espace éditorial exigeant et intrépide comme on n’en fait pas assez et que je vous conseille de suivre de près…


Questions théoriques : Forbidden Beach : Réalités non couvertes /al dante/Hypérion diffusion/distribution Sodis

jeudi, février 28, 2008

Ouvriers vivants

Je l’ai déjà évoqué, le RALBUM ROUGE est un projet créé par Emmanuel Tugny & Olivier Mellano qui paraît (livre + disque) en mai et dont vous pouvez déjà entendre des extraits ici.
L’idée, épidermique, face à une situation politique et sociale qu’il est inutile de détailler, était de solliciter auprès d’écrivains que nous apprécions un texte de chanson, tout aussi épidermique et motivé. D’où le « président nucléaire » d’Éric Meunié, le « Nisard » à détruire de Chevillard, le « carré de haine sur fond rouge » de Nathalie Talec, le « crève » d’Emmanuel Tugny, la « chute » inexorable d’Olivier Mellano, le « bon papa » de Nathalie Quintane, etc.

Mon texte, quant à lui, s’appelle « ouvriers vivants ». Le titre est une référence explicite à un livre éponyme publié aux Éditions Al Dante en 1999, un des premiers auquel j’ai travaillé, éditorialement, chez Al Dante (principalement en constituant un matériel photographique) et qui a été une forte expérience politique et esthétique. Un livre collectif dont l'énergie était assez proche de celle du RALBUM ROUGE, avec des textes de Philippe Beck, Jean-Marie Gleize, Josée Lapeyrère, La Rédaction, Vannina Maestri, Natasha Michel, Katy Molnar, Charles Pennequin, Christophe Tarkos. Je me souviens du sourire radieux de Josée pendant les manifestations, de la parole limpide et lumineuse des ouvriers, inventant une langue pour exister, du quatrième de couverture retravaillé chez Jacques-Henri Michot, avec Laurent Cauwet, à Mouchin, de la force acérée de chacun des textes de ce livre… J’espère y faire écho et contribuer à enfoncer le clou de cette lutte plus que jamais d'actualité.
La musique de cette chanson est d’Olivier Mellano. La deuxième voix de Benoît Burello, les voix wyattiennes sont d’Emmanuel Tugny & Benoît Burello.

samedi, septembre 22, 2007

Samedi, le ciel est blanc



Lecture-feuilletage du dernier livre de Julien Blaine : POëMES VULGOS (Transbordeurs/Al Dante), avec le reflet de la fenêtre sur papier glacé et surtout, pour l’oreille, une séance d’improvisation entre Julien Blaine, Emmanuel Rabu, Carine Léquyer, Phil Tremble, Basile Ferriot et Sylvain Courtoux au Blockhaus DY10 (Nantes), le 16 mai 2001 – publié par Dernier Télégramme.

Julien a « lu » des extraits du livre à la librairie L’Atelier du XXe, 2 bis rue du Jourdain, à Paris, jeudi dernier ; j’écris « lu » car comme vous le savez sans doute, Julien Blaine ayant fait ses adieux à la performance fait à présent des « déclaractions »… c’est-à-dire qu’il « lit » assis, c’est-à-dire qu’il a juste failli casser la chaise qui tentait de contenir son corps vociférant…

Un papillon de nuit, qu'en Corse on appelle "nouvelle"(je ne sais pas si ça se dit ailleurs) lorqu'il entre dans une maison est venu nous visiter après la lecture, ce qui pouvait difficilement être plus blainien - les POëMES VULGOS s'ouvrent sur une chenille... D'ailleurs, une page-ready made à visiter, Julien.

Je conseille vivement la visite de la librairie – on en ressort à regrets & chargé ! – et des soirées de lectures, débats, rencontres, signatures… qu’y organise Georges-Marc Habib, libraire.

jeudi, novembre 30, 2006

« la majuscule s’absout, la métaphore se dénude et le nom s’absente »


A.-M. A photo C.R.J.


« L’AMOUR SUPRÊME »

Anne-Marie Albiach
(à/pour/avec Danielle Collobert)


… nul ne peut posséder son réel idéal
sinon dans la lumière créatrice…

Villiers de l’Isle-Adam


je peux sans doute dire elle, dans l’instant ; elle vit elle attend elle ne fuit pas : ce qui l’entourait devenait, pour le témoin occulté du même genre, donnée de plus en plus mortifère et nocturne – Admettons que la loi aveuglante de l’inscription qu’elle désirait s’obscurcissait à chaque élaboration, de par un mécanisme absorbant de l’Autre qui lui renvoyait en miroir « Survie » ;

Dans la peur peut-être mêlée de Désir, elle s’appropriait cette image multiforme qui ne transparaissait pas sur son corps intact. Cependant les inscriptions réitérées d’une certaine recherche d’équation appropriée aux doubles pulsions imprégnaient en elle, malgré l’éclat de sa chevelure, le dessein sourd, devenu irréductible, d’une CHUTE

Eux savaient qu’on ne pouvait parvenir au UN d’une diction pleine, et cette évidence, comme de par l’alimentation d’un feu mourant, tendait vers l’irréversibilité de la trajectoire sans même considérer la négation qu’elle prit en plein recul, elle recherche simplement l’anonymat des lieux de passage : fuir ce désir de plus en plus urgent, ou la tentation de faire coïncider les extrêmes ;

Le hasard d’une disparition de ce qui constituait telle force corporelle ou scripturale s’élaborait, sous-tendu par les Voix d’un Chœur mémorielles ; ainsi peuvent-ils se mettre en demeure de franchir des limites factices – Quelle est maintenant la différence entre limites factices et limites tangibles ? Cela dépasse ce que l’on pourrait dire « plusieurs livres », cela tiendrait peut-être d’un conditionnement textuel/social – et ceci sans conclusion, car comment en entrevoir.


Extrait de Anawratha de Anne-Marie Albiach > Spectres Familiers 1984 / Al Dante 2006.

mercredi, novembre 01, 2006

matachine



« Lecteur, vous pourriez reprendre ce texte aux endroits qui ne vous conviennent pas. Nous serions deux à parler, mais votre voix prendrait le pas sur la mienne. Vous ne connaîtriez pas le sentiment de gêne à mon égard, aucun respect d’un quelconque auteur ne viendrait vous empêcher d’écrire ici ce qui vous chante. Vous pourriez tout effacer et tout reprendre, ou ne garder que les passages qui vous conviennent et inventer une autre fin à cette histoire ; ou écrire un début à votre guise, qui change le contenu de livre, ou laisser de l’espace entre mes mots, mes phrases ou mes paragraphes pour vous donner l’impression d’écrire à deux mains. Je ne serais pas là pour vous contredire, je ne serais pas là pour débattre avec vous d’un quelconque espace littéraire ou de la solitude essentielle de l’écrivain, ou me moquer de vous en évoquant quelque élément asynchrone, quelque différé entre nous deux, ou quoi que ce soit qui puisse vous déplaire. — Après tout, si tu penses qu’il n’existe pas de frontière entre nous deux, qu’y puis-je ? »


(Roman Opalka)

Matachine de Bruno Lemoine, p. 23 (Éditions Al Dante, septembre 2006)

(écouter l'auteur aux mardis littéraires)

mercredi, octobre 18, 2006

Viva Abel Blackbush





Juste pour retransmettre l’alerte-info de François Bon - dont d'autres font largement écho. On a beau savoir que ce n’est qu’un aurevoir – on n’en finit pas, comme ça, avec l’indocilité – , on en a un peu marre du principe de réalité qui s’acharne dans notre petit secteur de bouffeurs de livres... Et puis le cœur lourd, bien sûr, stories, souvenirs-souvenirs, cartons innombrables, salons improbables, lectures, performances, heurts, sentiments. al dante is al dante is al dante - & will be ! Alors on a hâte de découvrir les prochaines aventures menées par Laurent Cauwet et, oui, courez chez votre libraire ! avant qu’il ne se transforme en G20, StarbuckCoffee, H&M ou Kebab – selon les quartiers.

jeudi, juin 29, 2006

« Pour un bazar, c’est un bazar »*



Jacques Sivan, Le Bazar de l'Hôtel de Ville
Éditions Al Dante


{* citation de Hélène Bessette}

mercredi, mars 08, 2006

« Elle ignorait qu’elle ne connaîtrait plus jamais cela. »

« … la loi est imparfaite de par l’œil. la loi(e) est avec paupières où elle accuse une impossibilité d’engendrement de l’un qui “regarde” au lieu “regardé” – non vu, le e est sa paupière et ainsi serait-elle applicable. dans la mémoire elle perd sa lumière ou sa précision, de même perd-elle peut-être certaines des applications de sa logique – disons “l’absence de l’absence” – qui manifeste, comme le cube aspire la sphère, l’incompatibilité de l’étranger avec la terre ou le lieu qui le désigne – mais que lui ne désigne pas. le lieu est assigné dans le livre et le livre assigne la fiction –
un mouvement permanent et de vitesse variable anime – à la fois extérieur et immédiat – dans un sens insécant – s’interfère le blanc, celui de la respiration, blanc en tant que métaphore, – blanc de la marge ou du souffle, en tant que discours
ainsi les positions du corps se réfèrent au nombre d’une mémoire dont le sang simplifie le symbole et l’œil la générescence. renvoyant la vision à la procréation – et tout objet à l’objet antérieur – et tout “autre” perçu au précédent qui a ainsi pu constater intimement l’absence : métaphore d’absence puisque déjà aliénée à sa propre forme, séparée d’une majuscule de l’identique, sacrifice apparent à l’apparent continuité du respect fictif de la loie. la majuscule s’absout, la métaphore se dénude et le nom s’absente, la fiction ne coïncide plus à la loi qui la désintègre en la semblant élaborer dans sa “déchirure” nécessaire… autant que nécessité il y ait si en terme de dynamique / respiration on veut simuler aborder l’œuvre d’alentour de périphérique mémoire, c’est-à-dire l’œuvre de la loie et celle de la loi, l’une, la seconde, ne s’élaborant dans son impossible préconisation que par la momentanée aliénation de la paupière qui nous a faits étrangers en constitution et astreints à l’amputation pour parvenir à la loi – aliénation sans point de relation, si insécable : tel “il” serait insécable en ses trois genres, s’il était conçu dans les termes d’une absence relationnelle et non propre, scandale de rejet – répétitif, et équation de toutes relations innommables ou imprononçables… d’où cette intimité de principe entre l’un et nous qui renouvelons les six termes d’un temps passé présent futur (d’une loi) doublés… d’où loie – au carré et au carré loi. carré faisant que la parole peut-être n’est pas prononçable. l’absence ne pourrait se concrétiser dans un volume d’une présence implicitement antérieure que relativement à une présence “déjà” – mais de par la loi du pronom “elle” dont le e propose l’aléatoire abstraction, la division en quatre (lettres) de son volume, l’absence abolit la première loi(e) connue et devient dans sa réitération plausible d’une possibilité de l’“écart” de la “mort” dans le présent, de même sa survie, entre deux termes identiques et immobiles car la fixité de l’absence présupposée fait d’elle (en tant que géométrie ou figure de style) l’absence d’un pronom, absence au langage.
ainsi le vocable, s’il prend corps, s’instaure dans un lieu, un temps – s’y efface – respire sans doute – devient sphère dans le cube pour une apparition : seul lieu où il se peut coïncider.
le paraître, la surface, s’offre stérile au regard et proclamant la composition du volume trois, l’apparition de l’apparition carré virtuel (soumis à une perpétuelle entropie) ne survient que dans le mouvement, lui-même sans doute reflet et permanente exigence ou substitut d’une “preuve” irréfutable, donc linéarité de l’absence. disparition, disparité de ce qui demeure une inconséquence apparemment linéaire avec une apparente articulation où la logique paraît savoir s’instaurer : en fait une absence qui nous mène à l’absence. »

Anawratha de Anne-Marie Albiach, Éditions Spectres Familiers 1984 > Éditions Al Dante 2006.

vendredi, février 10, 2006

Mobiles



« Avec la série intitulée Mobiles j’essaye d’installer un dispositif qui fait fonctionner (comme une machine fonctionne) plusieurs types de montages. Les fragments utilisés sont expérimentés jusqu’à épuisement. Chaque Mobile est en effet une installation précaire où le(s) discours et le(s) montage(s) constitués d’affirmations diverses, de petites histoires, de constructions grammaticales… construisent un réseau particulier. Ailleurs, les mêmes éléments combinés de manière différemment aléatoire, composeront un autre texte-installation. Avec ces images, avec ce système de montage, j’aimerais construire un paysage à aménager. Il s’agit de dispositions particulières d’expérimentation.
Mon but serait une écriture-carte dessinée comme un territoire passager où les discours s’entrecroisent sur une surface qui mimerait un discours vrai ; mais ceci comme si le texte n’était pas vraiment dans un territoire exact ni utopique mais simplement variable. Mon espace textuel se situe sur une frontière : le texte appréhendé comme un espace cartographié, souvent décadré et recadré, avec des perspectives particulières et mouvantes, faites de signes reconnaissables et cependant tout en surface. La contrainte serait donc dans l’utilisation de mêmes objets pour aboutir à un espace légèrement décalé et semblable ; vrai et faux. Comme pour le jeu de go où les pions occupent sur le damier une intersection de lignes ; ils se combattent grâce à une imperceptible avancée : une armée de mots-pions (noirs et blancs de la page) ravageant le terrain par petites avancées et contournements, solitaires mais en groupes – accolés et formant cependant une linéarité. »



Vannina Maestri, Éditions Al Dante.