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jeudi, août 27, 2009

En attendant Mauricette

Mauricette Beaussart a un secret. Ce secret ronge Mauricette Beaussart. Mais la rongeant, il s’enfle de mots, bégaie les souvenirs, colorie le quotidien noir cèdre ou jaune cahier, hoquette en bouffée d’angoisse, énigme les indices, déroule son chemin sonore, polyphrène. Mauricette Beaussart a 75 ans. Elle est née à Steenbecque, dans le Nord. Elle sera institutrice comme sa mère, amatrice de poésie, voyageuse, sédentaire, souvent perdue, toujours étrange. Elle porte un cabas vert en guise de sac à main. Vit chichement dans la maison héritée de ses grands-parents. Elle a deux proches amis, Christophe Moreel et Alfonsina Vandenbeulque. Elle vient de s’enfuir de la clinique arborée où l’on soigne sa santé mentale.

On ne découvre pas Mauricette Beaussart à l’occasion de la sortie de sa Patience puisqu’on lisait son blog , en 2006, Étoile point étoile, blog détruit – dans le livre et dans la « vraie vie » – puis recommencé – les archives semblant irrémédiablement inaccessibles – le 6 mai 2009 : « Je ne suis pas usurpatrice, mais j’ai des blancs à compléter sur la pointe des pieds au risque des crampes. Je ne suis pas tombée malgré la mise dans l’abyme de ma santé mentale. Je suis l’authentique Mauricette Beaussart revenue de la maison des remords. » Mauricette Beaussart a également publié dès 1991 en revues papier ou Internet ainsi que dans l’anthologie Cadavre grand m’a raconté (Le Corridor bleu, 2006). Liens tissés entre toile et papier, frontière floutée entre fiction et réalité, apparaît donc un personnage pas comme les autres, hétéronyme plus que protagoniste, dans la tradition – et l’amitié – des doubles foisonnants et picards d’Ivar Ch’vavar – grand ordonnateur de Cadavre grand m’a raconté, entre autres aventures éditoriales.

On ne découvre pas non plus Lucien Suel romancier à force de Patience, puisque son Mort d’un jardinier (La Table ronde, 2008), nous l’avait déjà révélé, brillamment, comme tel. Ce bas monde étant parfois bien fait, La Critique Elle-Même s’en était émue, filant la métaphore en rivages mondiaux, célébrant l’avènement en chant de Figaro, ici et là. Lucien Suel réalise donc, en Monsieur Jourdain de l’ambition, l’idéal de nombreux poètes : être reconnu dans l’épreuve de l’écriture romanesque. J’ajouterai que s’il y réussit, c’est justement parce qu’il ne l’a pas cherché, il ne veut pas séduire, il écrit. Il est lui. Simple, raffiné, généreux. S’il y réussit, c’est que pour lui, le roman n’est pas épreuve, étape ou tapette à Prix mais prolongement logique de son œuvre poétique – à découvrir absolument si, fasciné par les méandres lunaires de la petite fille septuagénaire, on veut comprendre la genèse de sa création.

On ne dévoilera pas le mystère de Mauricette Beaussart. Pour le découvrir, il faudra vous donner la possibilité de vivre une belle aventure esthétique et lire impatiemment les épisodes de sa Patience. Juste une précision lexicographique en pâture d’avant-première : « Patience » vient du latin « patientia » : « supporter, endurer » – ce que l’on tait. L’évolution lexicale voit apparaître son adjectif substantivé « patient », désignant notamment le malade par rapport au médecin. « Patience » peut également signifier « réussite », en jeu solitaire – cartes tirées ainsi en 1811 chez Stendhal, page 90 chez Madame Beaussart. On ajoutera simplement en guise de cerise d’épilogue que son phrasé rappelle les grands noms de l’Art Brut. Que le roman charrie cette langue dans toute sa précieuse rugosité tout en ménageant les effets requis par le genre. Qu’enfin, oui, c’est confirmé, elle est retrouvée Mauricette, plus en forme que jamais.


La Patience de Mauricette
Lucien Suel
La Table Ronde
En librairie le 3 septembre.

{Texte à paraître dans quelques jours dans La Revue littéraire n°41.}

vendredi, août 07, 2009

Bon, c’est pas tout ça…

… les enfants, mais yen a des qui s’envolent demain – enfin, tout à l’heure – vers des pays qui sentent bon la cachaça et le manjar. Et ce sera studieux, je vous rassure et même frisquet – histoire de ne pas vous faire bisquer.

En résumé :

Au Brésil : conférences à Porto Alegre et São Leopoldo dans le cadre d’Etapa (Escola Temporária de Artes França-Brasil) sur « La machinerie de l’art (la création collective et le concept en art) » avec Eric Lengereau, Marcelo Ferraz, Jean-Claude Conesa, Juremir Machado da Silva, Luiz Augusto Fischer, Flávio Wild, François Martin, Siron Franco et bibi. Mon intervention s’appelle : « Le “cadavre exquis” de l’écrivain »…
Je n’en dis pas plus pour l’instant, je ne sais pas encore si je la mettrai en ligne – il est difficile de lire un texte écrit pour être dit, volontairement composé de phrases courtes – histoire que le traducteur ne soit pas paumé – sans les jeux de mots et autres finasseries que j’affectionne histoire de présenter quelque chose de pas trop abscons…
En guise de petits cailloux mystère, voici les liens que je vais utiliser, je me servirai de cette page pour y accéder en direct – je complèterai sans doute dans deux ou trois jours, j’ai pas fini ma valise :
L'oulipo
Sur Iva Ch'vavar
Le blog de Mauricette Beaussart
Sur Un ABC de la barbarie de Jacques-Henri Michot
Ent'revues
T.A.P.I.N.
Remue.net
Cronopios
Une chic fille
Écrivains en séries : saison 1
Écrivains en séries : le casting
La Rumeur des espaces négatifs
Le Travail de rivière
Fanette Mellier
Le Ralbum
Laureli/Léo Scheer
Le Résumé d'Hélène Bessette
Rougelarsenrose
Editions Léo Scheer
m@nuscrits
m@nuscrits ("rétropublication")




Au Chili : des lectures et une table-ronde entre poètes français, catalan et chilien. Côté français, je sais qu’il y aura Anne-James Chaton, Joachim Montessuis et bibi. Le catalan, c’est l’ami Eduard Escoffet. Par contre, je n’ai pas reçu la programmation chilienne, mais je vous tiens au courant.
Si vous êtes sages en mon absence et que les moyens techniques dont je dispose me le permettent – wifi, car j’ai bousillé l’entrée internet de mon portable en me plantant de câble un jour, Iphone… –, je vous tiendrai au courant avec de jolies photos du fleuve Guaíba et de la cordillère vraisemblablement enneigée vu les températures locales.

dimanche, février 15, 2009

O que é poesia para você?

Euh...



























Tentatives de réponse sur le blog :

...

lundi, octobre 06, 2008

À midi ou à minuit

Si vous êtes à Nantes du 9 au 12 octobre, faites un tour à MidiMinuitPoésie...



Lecture Olivier Mellano/Laure Limongi samedi 11 octobre, place du Change à 20 heures.

dimanche, septembre 07, 2008

Conte de F

{... J'avais commencé à évoquer Conte de F—— de Thomas Braichet il y a quelques mois, voici un texte un peu plus complet à lire dans le prochain CCP qui devrait vraisemblablement paraître aux alentours du Salon des Revues, en octobre.}

Conte de F——
, à mi-chemin entre le bleu du ciel et le cri des rats dans un mur creux, invente une forme à la fois expérimentale et sensible. Une forme hybride, livreaudio ou audiolivre1 . Une poésie terriblement ancrée dans le réel et assumant l’émotion, réinvestissant l’héritage formel des avant-gardes, le détournant, le virussant et l’incarnant, « saturant les possibilités ». Un style jouant de tous les supports, avec agilité, humour cruel. Le conte en est bien un, tiraillé de la terre aux étoiles, de la barre de céréales à la contemplation, un pli dans l’espace-temps, arrêt sur image, note tenue. Des instantanés de la vie de Phil – celui dont le nom glisse sur le fil du récit et sur la grille d’accord, un peu Fogg aussi, tournant dans la cage de sa « mer-de-monde » – au quotidien gluant, résolument azur, aqueux, souvent noir « de monde et d’objets du monde (…) d’une harmonie surhumaine ». Les jours s’égrènent et tout finit en chanson, sur un happy end en forme de mire. « Il vécut longtemps et. »
Le disque ? Une piste par fragment. Musique, lecture, texture sonore. Le montage opère une nouvelle grammaire du récit, un autre rythme se superposant à l’écrit. Cela ne coïncide pas vraiment et, par conséquent, cela échappe, polysémise, glisse aux frontières se foutant bien de leur gueule et de celle des genres. C’est bien fait puisque cela créée un « bâtard »2 « verbi-voco-visuel » inédit. Une œuvre dont Thomas Braichet est l’ouvrier autant que le créateur, se coltinant le faire et les outils, manifestant une conscience suraiguë de la forme. Dans un livreaudio ou un audiolivre de Thomas Braichet, tout est pensé : la typographie est créée pour l’occasion, la mise en page recherchée et signifiante, le montage son/texte calculé au millième de centimètre et de seconde, la syntaxe modulée pour en révéler les nuances musicales piannissimo, piano, mezzo forte, forte, jusqu’au grammage du papier et sa main, j’en suis sûre, et les petits oiseaux en « V » du quatrième de couverture qui annoncent d’autres cieux de printemps éternel.

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1. Tout comme son premier opus, On va pas sortir comme ça, on va pas rentrer, POL, 2004.
2. « N’étant pas de race pure », dit Robert, citant aussi l’écriture « bâtarde » intermédiaire entre la ronde et l'anglaise. « Bat’art » est le pseudonyme de Thomas Braichet sur Myspace.


Conte de F—— de Thomas Braichet, POL, octobre 2007, livre 80 pages + disque 26 pistes.

mardi, juillet 29, 2008

... je suis sûre qu'on nous prend pour des cons...

L’association Les Sept Dormants propose de signer la pétition suivante :

« Naser Jamil Shaath est un poète palestinien né en 1979. Invité à la 11ème session du Festival des Voix de la Méditerranée de Lodève, qui s’est tenue du 19 au 28 juillet 2008, il n’a pu obtenir le visa, bien que cette édition du Festival soit parrainée par l’UNESCO. Le Consulat de France à Jérusalem en particulier et les services français en général, qu’ils dépendent du Ministère des affaires étrangères ou du Ministère de l’immigration et de l’identité nationale, sont dans l’obligation de respecter les institutions culturelles et littéraires. La République des Lettres a son mot à dire au sein de la République. Cette pétition a pour ambition d’en porter la voix. »

lundi, mai 12, 2008

Un peu de poésie, que diable !




{cliquer sur les images pour les agrandir}

Gotlib

samedi, mai 10, 2008

Augusto de Campos : littérature & Internet

Dans TV Cronòpios, le dernier entretien est réalisé avec Augusto de Campos (par Edson Cruz, avec Pipol à la caméra). Cronòpios a en effet consacré le quatrième numéro de sa revue en ligne, Mnemozine - que je vous conseille vivement de consulter, elle est remarquable ! - à ce poète brésilien très important. Vous pouvez notamment y voir quelques poèmes visuels créés à partir de technologies numériques. Et de très nombreux articles, entretiens, extensions audio et vidéo...

Pour résumer le propos de la vidéo ci-dessus (l'image n'est qu'une capture d'écran, il faut aller ici pour la voir), Augusto de Campos parle de l'importance d'Internet et de l'ordinateur dans sa création. Pour lui, le rapport à la machine est devenu indispensable. Et Internet est le seul espace qui reste réellement ouvert à la poésie - puisque les espaces d'édition papier connaissent des difficultés économiques. Il ajoute qu'Internet est devenu incontournable pour la visibilité de la poésie (il cite Cronòpios et Erratica) dans la mesure où les supports papiers n'ont plus la possibilité de la chroniquer et se dédient presque exclusivement aux best-sellers. Dans la grande mare de communication qu'est Internet, on trouve des niches artistiques exceptionnelles. Et pour sa part, il dit fréquenter moins les librairies car il trouve davantage d'informations internationales sur Internet. Mais il précise que le livre reste un objet unique, qu'il a des avantages, par exemple, il n'est pas sujet à la cruauté des mises à jour. C'est un objet intime, avec une matérialité intrinsèque, unique. Un support n'en élimine pas un autre. Augusto de Campos parle de complémentarité de ces deux supports, Internet, et le livre papier, particulièrement en littérature.

dimanche, avril 27, 2008

Inimigo rumor

... Hier, donc, lecture d'un extrait de Fonction Elvis pour le dixième anniversaire de la revue Inimigo rumor, à Rio, à la Livraria Berinjela, sur une invitation de Carlito Azevedo & Marilia Garcia.
Très fière de participer à la célébration de cette revue de grande qualité, heureuse des échanges (un peu honteuse, néanmoins, tout le monde parle un français parfait, alors que mon vocabulaire portugais se restreint à une trentaine de mots...) et très impressionnée par le travail éditorial de la collection "às de colete". Non seulement le choix des textes mais la qualité (technique, matérielle) des publications. Oh, le temps passe trop vite...

dimanche, mars 23, 2008

Les fantômes de la célébration

« Faux barrage 10

La vie continue.

D.A.F. : Deutsche-Amerikanische Freundschaft. Non la supposée amitié germano-américaine de l’après-guerre, mais un groupe, allemand, composé de 2 et chantant d’une voix virile sur des rythmes annonçant la techno autre chose que l’amitié entre les peuples dans les années 80.

C’est mon idée de D.A.F. et je ne vais certainement pas, aux jeunes Algériens, imposer par un texte qui probablement ne les atteindra pas – ou l’équivalent en nombre de ce que nous sommes ici : poignée – un rappel (vaccinatoire) du D.A.F. : Déserteur de l’Armée Française

et peut-être qu’après tout ce rappel nous concerne plus qu’eux, car les méthodes et modèles de gouvernement en vigueur aujourd’hui en Alger sont, d’après ce que j’en sais, assez mal librement inspirés des modèles et méthodes de l’A.F.

créatrice de la guerre contre-subversive.
inventeur du faux maquis.
poète puis poiein c’est faire du faux barrage.

on voit alors à quel point la pensée de l’Armée Française me concerne et m’informe à l’égal de Molière dont le Géronte pleure la disparition d’un fils enlevé par des barbares en Alger
que cela justifierait bien, 2 siècles plus tard, une intervention préparée

je peux donc à bon droit me demander si parfois je n’écris pas comme un caporal et si parfois vous ne me lisez pas comme un adjudant
peut-être êtes-vous en ce moment même en train d’entendre un texte scout
mais comment pourrez-vous le reconnaître si vous-même vous êtes scout
vous, imprégné de scoutisme, jurerez vos grands dieux que ce texte n’est pas scout

— Ce texte n’est pas scout, la preuve : il est anti-militaire.

(par exemple), Mais chacun sait que le scoutisme fondé par un militaire anglais, tout en continuant à cultiver des techniques et pratiques militaires, peut se proclamer anti-militaire, Et que le fils d’un général, formé par un général, peut ne pas aimer les généraux, il n’en aura pas moins été formé par un général, Alors comment pouvez-vous savoir que vous n’êtes pas scout au fond Et Donc comment pourriez-vous m’apprendre si mon texte est scout ou ne l’est pas ?

Je n’ai plus qu’à travailler seule à débarrasser ce texte – qui peut-être n’est pas scout du tout – de tout scoutisme. »

Nathalie Quintane, Grand ensemble, POL, pages 33 à 35

lundi, novembre 05, 2007

« Des dessous-de-langue comme il y a des dessous-de-table ! »



En cet automne, Claude Royet-Journoud publie deux livres complémentaires. La Théorie des prépositions, chez POL, et La Poésie entière est préposition, chez Éric Pesty éditeur – qui réalise un travail éditorial remarquable, cf. son catalogue. Deux livres remarquables compilant des notes publiées par Jean Daive dans la revue Fin – puisque je rappelle que CRJ a publié sa tétralogie poétique chez Gallimard.

Voici quelques extraits de La Poésie entière est préposition :

« L’immobilité de celui qui écrit met le monde en mouvement.

(…)

J’écris d’abord de la prose sans aucun intérêt littéraire. Le poème ne vient pas de la prose, mais il n’arrive pas non plus à son terme sans elle. Elle n’est qu’un “nettoyage”, une possibilité de voir.

La prose, c’est l’enfance. Elle sert d’éveil. Elle sert à sortir de l’aveuglement. Mais tout ça n’explique rien. On ne peut voir le rapport de la prose initiale au poème publié. Aucun manuscrit ne montre un état réel du texte en train de se faire.

C’est aussi un travail de suppression. Ce qui ne veut pas dire qu’il y aurait sous le texte un autre texte qui viendrait à manquer. La suppression permet seulement la théâtralisation de certains mots, de certains projets qui se concrétisent mieux ainsi.

Je donne à lire quelque chose qui est à peine visible : c’est là que s’exerce la menace, que quelque chose de violent peut naître. Bataille dit que le philosophe est quelqu’un qui a peur. Il y a des livres endimanchés. Écrire, c’est être capable de montrer l’anatomie. Il faut aller jusqu’au bout du littéral. J’affectionne Aristote et Wittgenstein. J’ai souvent pensé que c’était parce que je n’y comprenais rien. Aujourd’hui, je pense que c’est parce que c’est simple, minutieux, tatillon. La minutie me fascine. Si l’on pousse le littéral à l’extrême, comme l’a fait Wittgenstein, on tombe dans la terreur.

Ce qui fait problème, c’est la littéralité (et non la métaphore). C’est mesurer la langue dans ses unités “minimales” de sens. Pour moi, le vers d’Éluard, La terre est bleue comme une orange est épuisable, c’est-à-dire s’annule par son surcroît de sens, tandis que, par exemple, Le mur du fond est un mur de chaux de Marcelin Pleynet reste et restera, je crois, pour son exactitude même et dans son contexte bien sûr, paradoxalement, infixable quant au sens, donc porteur d’une fiction constante pour chacun.

Faire surgir la partie du corps qui écrit (la rendre visible, lisible) : bras, poignet, main, doigt, bouche… L’inscrire dans la fable, en faire un personnage de l’intrigue. Comme si tout se tenait là : dans la main qui se sépare du corps par l’écrit. Et le froid.

(…)

On se vit comme un corps plat, sans volume. C’est à partir de l’instant où le cœur, l’émotion entrent en jeu qu’on retrouve l’épaisseur. L’épaisseur, c’est parfois écrire un livre, c’est aussi quand on ne sait pas si on le fera.

(…)

On se demande toujours pourquoi un poème se finit. Il existe quand on le reconnaît, comme on “reconnaît” un corps à la morgue. C’est une chose à la fois affreuse et étrange. C’est quand cela se détache. Tu reconnais quelque chose qui est absent, qui est soustrait au moment même où le poème est suffisamment anonyme pour que tu le signes. »

jeudi, mars 22, 2007

Cargo & culte



On l'a déjà évoqué ici : la publication de Tryphon Tournesol & Isidore Isou permet au plus grand nombre de découvrir aujourd’hui le travail d’un activiste forcené de la scène poétique – dans le sens post-poétique – contemporaine que les amoureux de fanzines ou de concerts-performances ont peut-être déjà lu et entendu.
Né en 1971 à Nantes, Emmanuel Rabu n’a eu de cesse depuis sa découverte juvénile d’Artaud d’interroger le son et le mot, dans une recherche minimale, concentrée sur la matière du son et la répétition des structures.
En 1993, il donne ses premiers concerts de rock – à la voix et à la perceuse dans le groupe La disjonction de Freddy – en 1994, il crée sa première revue. Dès 1998, il est l’un des premiers de la génération de poésie sonore contemporaine (voire le !) à se situer à la jonction – ne hiérarchisant ni l’un ni l’autre – de la musique (expérimentale, improvisée, électronique) et de la poésie. Il travaille en collaboration avec des musiciens et organise des rencontres entre ces deux mondes, musique et poésie, initiant ainsi une évolution formelle majeure. Non plus « faire sortir le poème de la page » ou conférer un supplément poétique à la musique, mais bien, tenter de créer un espace à l’arête de ces deux univers. La revue (papier + CD) et les actions Plastiq, qu’il crée en 1999 aux éditions Mémo exposent et fédèrent ce mouvement naissant. Emmanuel Rabu publie ensuite dans de nombreuses revues et collectifs, sur cassettes, disques, mais aussi des plaquettes : moderne faculté des Maîtres chez Poésie Express en 2000, ou ev-zone chez Derrière la salle de bain, en 2002.

Tryphon Tournesol & Isidore Isou
est également un objet de frontières, agénérique ou plutôt foisonnant de définitions possibles. Emmanuel Rabu y fait se rencontrer, de façon tout à fait inattendue au premier abord, deux figures. Celle de l’inventeur un peu loufoque créé par Hergé, moteur efficace des Aventures de Tintin (dans le sens où ses inventions y jouent souvent un rôle narratif fondamental) et celle du créateur du Lettrisme, véritable initiateur d’un véritable mouvement. Voici un personnage de fiction, issu d’une œuvre de culture populaire et un personnage bien réel, connu d’une catégorie de la population s’intéressant à l’histoire (puisqu’il s’agit d’une histoire, à présent) des avant-gardes et à celle des –ismes.
L’une des forces du livre est de rendre immédiatement présente et crédible cette comparaison, dans le cadre de l’univers créé par l’auteur, d’une érudition ludique. On comprend qu’il écrit de la génération d’après les « métaphores martiales ». Celle qui ne proclame pas, n’exclue aucun membre d’aucun parti mais, au contraire, met les systèmes et les sphères en relation, agit dans une circulation des genres et des supports.
Emmanuel Rabu opère ainsi une typologie des surfaces sur lesquelles Tryphon Tournesol et Isidore Isou pourraient agir, en même temps : l’apparition des personnages en 1943, leurs visées totalisantes mutuelles (« Tournesol est un vidéaste expérimental, un astrophysicien, un cosmonaute, un spécialiste de ultra-sons, un pharmacologue, un inventeur, un botaniste… » (p. 29) quant au Lettrisme il propose une refondation intégrale du savoir), le « Supercolor Tryphonar » (la machine infernale des Bijoux de la Castafiore) dépassant la radicalisation opérée dans Le Traité de bave et d’éternité d’Isidore Isou (les photogrammes y étant ciselés tandis que la bande-son est constituée d’un chœur lettriste), etc. Dans cette intrication entre fiction et réalité à la fois touchante – le battement oscillant du sublime au ridicule de la figure de l’inventeur – et irrésistible, on en vient à se laisser fasciner par les interactions, les hasards, les jeux de miroirs, comme par une musique savante qui ne s’interdirait pas les refrains. Ainsi cette citation étrange de l’Internationale situationniste : « NOUS NOUS ENNUYONS dans la ville, il n’y a plus de temple du soleil. » (1958).
Mais surtout, à travers ce grand écart soigneusement tissé, diffracté, Emmanuel Rabu invente une écriture à mi-chemin entre analyse, bruissement de la narration et énoncé poétique : un objet hybride à la fois conscient de sa place d’énonciation dans l’histoire et terriblement libre, de la liberté du live, de la chute (le rebut utilisé comme matériau principal, en inversion des rôles), de l’absence de virtuosité. La liberté d’une forme en train de se créer, sous vos yeux.
À travers analyses, références, schémas, cases citées, cartes, l’auteur crée une écriture atteignant une grâce, la grâce de la beauté et de la suspension esthétique, à travers le machinique. Le paradoxe de l’émotion émergeant à travers le rigueur de circuits soigneusement reliés. Une logique post-humaine qui est son art poétique.

Emmanuel Rabu publie également un petit livre de 32 pages, presque un 45 tours : Cargo culte, reprenant le titre de l’un des morceaux composant l’album de Serge Gainsbourg, Melody Nelson (1971). Cargo culte, jouant également de l’interaction (fortuite ?) des destins, propose une explicitation de l’histoire racontée par Serge Gainsbourg dans Melody Nelson : un homme, au volant de sa rolls, renverse en Angleterre, une jeune fille dont il s’éprend – leur amour, étant, donc illicite. La jeune fille meurt dans le crash d’un cargo de nuit qui la ramène chez elle. Et l’album, en dernière piste, de revenir à l’instant, cristallisé, de la rencontre : l’instant de la nomination et de l’amour. Emmanuel Rabu se penche sur la genèse de la figurine chromée qui a renversé la jeune fille à cet instant précis : Spirit of Ectasy, la sculpture qui orne le capot des rolls, un doigt sur les lèvres, comme pour conserver le secret de son histoire. Or, justement, elle offre des échos troublant avec celle de Melody… D’autres éléments de coïncidence viennent étayer le rapprochement des deux figures, avec la même acuité et la même grâce que celles que l’on a décrit dans Tryphon Tournesol & Isidore Isou.
Mais dévoiler cette structure, cette quête, ce n’est rien dire, encore. Tout l’intérêt du livre tient dans le déploiement ténu et subtile de ces interactions. C’est ce mouvement qui fait art et poésie. Ainsi que les motifs : « Dans La Vénus au miroir, le peintre ne voit le visage du modèle que dans le reflet d’un miroir. Ce qu’il voit directement, c’est son cul. » (p. 9) « Le scénar de Melody Nelson ? Je pourrais dire que c’est La Vénus au miroir. (…) On lui voit son cul mais on ne voit pas sa gueule. Et on lui voit sa gueule parce qu’elle tient un miroir. C’est un grand chef opérateur et un grand metteur en scène qui a fait cela. » (interview de Serge Gainsbourg à la radio, cité p. 23). Cargo culte est un livre de fascination, celle de la musique, celle de l’amour, celle du drame. Avec l’horizon de la mort, en basse continue. (Oui, l’amour est tragique.) C’est un livre d’amour fou. Et c’est un livre dont le centre poétique est un cul.

Tryphon Tournesol & Isidore Isou, Le Seuil, Fiction & Cie, mars 2007, 15 euros.
Cargo Culte, Dernier Télégramme, à paraître en avril 2007, 9 euros.
Musique et concerts d’Emmanuel Rabu ici.

Image : image de couverture de Cargo Culte, © Jean-Jacques Rabu.

mercredi, janvier 10, 2007

(Poète de Merde)



C'est demain, au Palais de Tokyo à Paris, vers 20h30 !

Sylvain Courtoux & Emmanuel Rabu présentent

VIE ET MORT D’UN POETE (DE MERDE)


Opéra crotte-rock en 16 actes de Sylvain Courtoux & friends (Emmanuel Rabu, Lise Etcheverry, Laure Limongi, Jérôme Bertin).

« … Je suis pas un winner
Une pointure alexandrine
J’ai niqué mes inhibiteurs
De recapture d’sérotonine… »


RISE AND FALL OF A POET LOSER

Avec Vie et Mort d’un Poète (de Merde), Sylvain Courtoux se pose en anti-star post maudite ayant définitivement perdu son sang froid – et tous ses amis du milieu de la poésie…
Les chansons hilarantes d’un bidouilleur de génie, fan de pop FM, de post punk et de new wave dans un show inoubliable avec des guest stars littéraires et des pépettes en bodies…

Ne manquez pas le premier opéra de la post-poésie !

« Ce n’est pas de la merde c’est de la poésie. »
JACK SPICER

« La Poésie, des coups, depuis Rimbaud, elle en a reçus. Depuis « la haine de la poésie », « la poésie ça n’existe pas », « la poésie écrite n’a plus lieu d’être » et j’en passe. Alors Vie et Mort d’un Poète (de Merde), vient, à point, de façon singulière et nouvelle, s’inscrire dans cette lignée, dans cette – maintenant – tradition. Et la poésie aime cela ! Elle est faite pour cela ! Ça la fouette et lui redonne un coup de jeune ! Un bon lifting, en somme ! Dont elle a régulièrement besoin. Ça lui est salutaire. Ça la réveille, la sort de son ronron… »
BERNARD HEIDSIECK

« … J’adore ! Un mix entre les chansons de Jacques Lizènes, celles de Stephane Bérard /Nathalie Quintane, Saverio Lucariello, Boussiron mais recrottées maxi par Charles Pennequin avec un fond new wave de chez Auchan et Charlie Oleg et aussi du rut primate secondaire comme j'avais dans le temps avec mon groupe New Mixage néo hara kiri… »
JOËL HUBAUT


>> dernière répét' :

jeudi, novembre 30, 2006

« la majuscule s’absout, la métaphore se dénude et le nom s’absente »


A.-M. A photo C.R.J.


« L’AMOUR SUPRÊME »

Anne-Marie Albiach
(à/pour/avec Danielle Collobert)


… nul ne peut posséder son réel idéal
sinon dans la lumière créatrice…

Villiers de l’Isle-Adam


je peux sans doute dire elle, dans l’instant ; elle vit elle attend elle ne fuit pas : ce qui l’entourait devenait, pour le témoin occulté du même genre, donnée de plus en plus mortifère et nocturne – Admettons que la loi aveuglante de l’inscription qu’elle désirait s’obscurcissait à chaque élaboration, de par un mécanisme absorbant de l’Autre qui lui renvoyait en miroir « Survie » ;

Dans la peur peut-être mêlée de Désir, elle s’appropriait cette image multiforme qui ne transparaissait pas sur son corps intact. Cependant les inscriptions réitérées d’une certaine recherche d’équation appropriée aux doubles pulsions imprégnaient en elle, malgré l’éclat de sa chevelure, le dessein sourd, devenu irréductible, d’une CHUTE

Eux savaient qu’on ne pouvait parvenir au UN d’une diction pleine, et cette évidence, comme de par l’alimentation d’un feu mourant, tendait vers l’irréversibilité de la trajectoire sans même considérer la négation qu’elle prit en plein recul, elle recherche simplement l’anonymat des lieux de passage : fuir ce désir de plus en plus urgent, ou la tentation de faire coïncider les extrêmes ;

Le hasard d’une disparition de ce qui constituait telle force corporelle ou scripturale s’élaborait, sous-tendu par les Voix d’un Chœur mémorielles ; ainsi peuvent-ils se mettre en demeure de franchir des limites factices – Quelle est maintenant la différence entre limites factices et limites tangibles ? Cela dépasse ce que l’on pourrait dire « plusieurs livres », cela tiendrait peut-être d’un conditionnement textuel/social – et ceci sans conclusion, car comment en entrevoir.


Extrait de Anawratha de Anne-Marie Albiach > Spectres Familiers 1984 / Al Dante 2006.

lundi, novembre 20, 2006

Jack Spicer de Nice



Dans C’est mon vocabulaire qui m’a fait ça (traduction Éric Suchère, préface Nathalie Quintane), on découvre un Jack Spicer vraiment féroce, n’épargnant rien ni personne, dont l’ironie est totalement délectable.

Ça casse.


« Ferlinghetti est une syllabe sans signification inventée par Le Poète. »

« Dis à chacun d’avoir les couilles
Fais-le toi-même
Ayez des couilles jusqu’à ce que les couilles
Pénètrent les marges »

« Merde, Robert Duncan, il y a seulement un bordel.
Un oreiller. Mais un seul tapine vers ce qui provoque la poésie
Leurs voix hautes
Leurs queues raides
Quand ils nous rencontrent.
Et c’est ça la rhétorique. L’avertissement le mien
Pas le leur.
Words-
Worth
Acquiesce
Il cumule bien
Poète gris
Département d’anglais dans son crâne. »

« Pute de Pound
S’étonna Homère »

« “Les slips de ce garçon“ est une référence évidente à Eurydice. »


Jack Spicer était un drôle de personnage qui croyait aux fantômes. Il pensait que c’était eux qui lui dictaient sa poésie. Ses fantômes n’étaient pas des substances éthérées à apparitions brumeuses mais des mots donnés. Un flux offert de langage. Dans le mystère de ce don. « Le poète est une radio. Le poète est un menteur. Le poète est une radio à contrepoing. » Les Caspers de Spicer - comme les appelle Quintane - sont des subterfuges bien pratiques qui permettent autant de prosopopées en guest stars – Federico Garcia Lorca, par exemple, en correspondant post mortem.

Les poèmes de Jack Spicer ne sont pas satisfaits d’eux-mêmes. Leur créateur avait fréquemment tendance, dit-on, à tout vouloir jeter aux orties. D’où le rapport polémique permanent qui s’instaure entre ce qui est écrit et le geste l’écrivant. La pompe et la baudruche crevée, dans une dialectique ricanante. L’auteur fait ainsi mine de livrer le poème et un supplément : une lettre l’accompagnant ou son commentaire – mais c’est pour mieux nous leurrer mes enfants. La lettre comme art poétique surjoué. Le commentaire détournant sa fonction d’explication et créant un nouveau texte d’une grande férocité parodique.

Le poème est toujours en miroir de lui-même, en interrogation permanente et instable dans une composition sérielle qui nie toute notion de grand’œuvre démiurgique. Un lieu qui dérange et déroute.

samedi, novembre 04, 2006

gelée / eingefrorene

Rien à avoir – ou presque – avec le manque de chauffage pendant 24 heures (et la conscience subite de mes infimes chances de survie en milieu polaire – synonyme d’hostile, pour moi). Gelée, c’est la mer (on l'évoquait déjà il y a quelques mois), revue bilingue français/allemand « création & critique » dont le numéro trois est sorti au printemps dernier dans un magnifique format A4 jaune de Naples – et dont on trouve des extraits sur le site de la revue.



Textes français et allemand en miroir, dessins d’Arnika Müll (ci-dessus), dossier consacré à l’enfermement… on y découvre de nouvelles écritures, des amorces d’espaces narratifs, des enclaves de pensée…

vendredi, novembre 03, 2006

« Opéra de merde = OPA de nerds »



« … Je suis pas un winner
Une pointure alexandrine
J’ai niqué mes inhibiteurs
De recapture d’sérotonine… »


Good news ! Sylvain Courtoux à fini son opéra-crotte : Vie et Mort d’un Poète (de Merde) dont on peut entendre quelques extraits ici.
(Bientôt sur chro.tv ?)

RISE AND FALL OF A POET LOSER

Avec Vie et Mort d’un Poète (de Merde), Sylvain Courtoux se pose en anti-star post maudite ayant définitivement perdu son sang froid – et tous ses amis du milieu de la poésie…
Les chansons hilarantes d’un bidouilleur de génie, fan de pop FM, de post punk et de new wave dans un show inoubliable avec des guest stars littéraires et des pépettes en bodies…

Ne manquez pas le premier opéra de la post-poésie !

« Ce n’est pas de la merde c’est de la poésie. »
JACK SPICER

« La Poésie, des coups, depuis Rimbaud, elle en a reçus. Depuis « la haine de la poésie », « la poésie ça n’existe pas », « la poésie écrite n’a plus lieu d’être » et j’en passe. Alors Vie et Mort d’un Poète (de Merde), vient, à point, de façon singulière et nouvelle, s’inscrire dans cette lignée, dans cette – maintenant – tradition. Et la poésie aime cela ! Elle est faite pour cela ! Ça la fouette et lui redonne un coup de jeune ! Un bon lifting, en somme ! Dont elle a régulièrement besoin. Ça lui est salutaire. Ça la réveille, la sort de son ronron… »
BERNARD HEIDSIECK

« … J’adore ! Un mix entre les chansons de Jacques Lizènes, celles de Stephane Bérard /Nathalie Quintane, Saverio Lucariello, Boussiron mais recrottées maxi par Charles Pennequin avec un fond new wave de chez Auchan et Charlie Oleg et aussi du rut primate secondaire comme j'avais dans le temps avec mon groupe New Mixage néo hara kiri… »
JOËL HUBAUT

VIE ET MORT D’UN POETE (DE MERDE) par SYLVAIN COURTOUX & friends : EMMANUEL RABU, LAURE LIMONGI, LISE ETCHEVERRY, JEROME BERTIN.

dimanche, octobre 29, 2006

Hubaut re-mix

« Perturbation nourricière, contaminante, dérangeante, politiquement incorrecte et révolutionnaire, la planète Hubaut constitue un monde à part tout en étant partie prenante du monde. Joël Hubaut en donne ici un texte à voir et à lire, à sucer colonne après colonne comme autant de bonbons au poivre qui s’ouvrent à chaque page dans le délice de la découverte d’une nouvelle machination de l’artiste. Mixées ces pages le sont à l’extrême, refusant la catégorisation et la chronologie, elles reprennent dans un désordre construit – désordre de celui qui n’a ni repère géographique ni repère idéologique si ce n’est celui de la démesure, de l’improbable et de la dispersion – un engagement de tous les instants dans la pensée artistique. Rhizomiques, elles tissent le réseau de la prise de position de l’artiste sur la scène de l’art ou de la vie. Un texte en écho à un engagement total sous les masques de la performance, de l’installation, de la poésie, du concert, du texte automatique, du banquet, de la peinture, du dessin, du remue-ménage et de la récréation. »
(Sylvie Froux, introduction à Joël Hubaut Re-mix épidémik Esthétique de la dispersion).



Le livre consacré à Joël Hubaut publié par Les Presses du réel dans la précieuse collection de Michel Giroud, L’écart absolu – qui porte bien son nom – est à consulter d’urgence. Peu d’œuvres expriment de façon aussi impérieuse la liberté sans dogmes, le refus des genres et des limites, l’évidence d’une œuvre essentielle, répandue sous toutes ses formes comme une épidémie excentrique.
Les quelques images montrées ci-dessus n’en sont pas tirées – défaut de scan oblige – mais sont simplement des traces trouvées sur le réseau ; le livre quant à lui regorge de documents inédits, de pièces, de photos…

« La Bicyclette des avant-gardes usées, 1989.
Bicyclette trouvée et ensevelie naturellement dans la végétation pour absorber les mauvaises herbes puis préparée et modifiée par un magnétophone-guidon diffusant une bande-son à chaque coup de pédale. De la roue de bicyclette comme ready made à la bicyclette fonctionnelle de Beuys pour s’évader du musée… je propose une bicyclette potiche au rebut mais bavarde et amplifiée, un rébus pour pédaler dans la choucroute tel un néo-sur-mâle digne d’Alfred Jarry ! Il s’agit là en effet d’un vélo-poubelle pour les encombrants, une ruine en roue libre et transformable en dada. Après tout, c’est dans le recyclage que chaque élément prend véritablement tout son sens. Une bicyclette transformée en cheval de TROIE devient une monture off pour une autre chevauchée, car cette monture est comme une plante… of course ! Ma bicyclette, transformée en cheval-plante pour que je devienne une amazone dans le grand manège sociétal qui tourne en rond ! Yé ! J’aurais pu évidemment grimper sur un camélia, éperonner un cactus, une mandragore… mais la bicyclette me paraissait plus juste pour dérailler dans cet esprit picaresque et me faufiler à l’aise en pédalant dans l’entrisme en roue libre gênée… » (p. 171)

« … L’épidémik, quelque forme qu’il adopte, marche en ce sens : désorganiser, produire une contre-partition, faire état du mix irréductible des vies contemporaines. Mais sans pathos, cependant. De là, cette caractéristique du Hubautwork : la propension à faire rire, la pulsion à la joke, la dimension ludique… Mais l’esprit épidémik, quoique volontiers clownesque, est redoutable, forme rusée de dépeçage symbolique… Cet art épidémik qui devait désorganiser pour finir, au niveau de la vie publique, reconstitue. Un paradoxe ! Cet art dont on eût pu attendre qu’il égare, dissémine, disperse, tout compte fait, réunit… » (Paul Ardenne, extrait de Hubaut-Théorik – ici p. 175).

+ le site de Joël Hubaut, épidémik et agité jusqu’au bout des liens hypertextes…

& calendrier d’action ici !

vendredi, octobre 06, 2006

Poésie cœur de cible


Poésie cœur de cible
Vidéo envoyée par laurelimongi
Lettre à Julien Blaine, publiée dans la revue Doc(k)s - écrite en janvier 2006.