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vendredi, mars 16, 2012

LIRE ÉLIRE



À quelques semaines des élections présidentielles et pendant le Salon du Livre de Paris, LIRE ÉLIRE, une lettre ouverte signée Philippe Annocque (écrivain), Claro (écrivain), Nathalie Lacroix (libraire), Laure Limongi (écrivain, éditeur), Lionel-Édouard Martin (écrivain), Vincent Monadé (directeur du MOTif), Romain Verger (écrivain) et Marc Villemain (écrivain, éditeur) à lire dans Le Monde.

La culture, c’est maintenant.
 

lundi, décembre 05, 2011

Forever 5,5 ; et un jour fier d’être français ?…

Le moins qu’on puisse dire, ami lecteur, est que je délaisse cet espace. C’est vrai. Et je t’assure que c’est pour la bonne cause, tu verras. D’ors et déjà, regarde (en cliquant sur "consulter le catalogue Laureli") un peu tous les jolis livres Laureli parus ces derniers temps !
Je réapparais fugacement pour donner de la voix dans la défense du livre auprès d’un gouvernement qui a apparemment décidé de l’achever avec toutes les professions qui l’entourent. J’ai d’abord cru à une blague en entendant qu’on augmentait la TVA sur le livre d’1,5 points. La TVA sur le livre passe de 5,5 % à 7%. Voici tout le comique de la chose : ce sont des mecs qui ont fait l’ENA et des études d’économies poussées qui prennent ce genre de décisions, non ? L’idée est bien de réduire la dette de l’État français ? Alors j’aimerais bien qu’on m’explique comment on va réduire la dette de l’État français… en achevant un secteur économique en difficulté et poussant des milliers de personnes au chômage – dans un contexte où les entreprises faisant faillite, elles auront bien du mal à retrouver du travail… Oui, j’aimerais bien qu’on m’explique comment en contraignant les travailleurs à dépendre des allocations chômage dans quelques mois, voire du RSA et des allocations logement, on va la diminuer, la dette, hein. J’ai beau avoir suivi un cursus Lettres et langues, ça m’a pas l’air bien logique, cette affaire. Mais c’est sans doute parce que contrairement aux énarques de l’UMP, je réfléchis avant de pianoter sur ma calculette.
De surcroît, devant la difficulté de mise en place de cette augmentation de la TVA, un sournois plan sous-jacent montre son immonde papatte ensanglantée : foutre en l’air le prix unique du livre. Pas besoin de boule de cristal pour entendre déjà les voix qui vont s’élever : « Ben voui, c’est difficile de la mettre en place cette augmentation de TVA, mais ça, c’est la faute à ces empaffé de socialistes, aussi, hein, le prix unique du livre c’est vraiment pas pratique… » (Vous noterez que j’essaie de pasticher autant que possible le style de notre élégant gouvernement.)
Donc, amis lecteurs, aux armes ! Enfin je veux dire, ce serait bien qu’on commence à gueuler autrement qu’en bouffant du Xanax en ouvrant ses factures, hein…

Je vous transmets donc ci-dessous une lettre de Yannick Poirier de la librairie Tschann et vous invite tous à lutter, à votre manière. Si chacun crée un espace de liberté, d’égalité et de fraternité à son échelle, je vous assure, on reprendra le contrôle de nos vies et on en finira avec ce sentiment de honte face aux décisions injustes de l’État français. Et n’oubliez pas qu’on vote au printemps, hein…
Un autre exemple de belle initiative, Elli Medeiros en a eu assez de s’énerver dans son coin face à ces insultes quotidiennes à la dignité du peuple, la goutte d’eau ayant été cet article du Monde expliquant que désormais, les agriculteurs – qui crèvent de faim, on le rappelle – n’auront plus de droit de ressemer leur propre récolte ou seront taxés sévèrement s’ils le font… Elle a donc décidé de créer des rassemblements dominicaux, voici son explication : « Bonjour ! Suite à des échanges très passionnés et concernés sur ma page vendredi 2 décembre (suite à un poste très énervé de ma part voir le détail ici), j'ai proposé que le dimanche, on se réunisse devant les mairies... Tous ceux qui ne sont pas d'accord avec ces abus et ces dérives et tous ceux qui ont des infos et qu'on arrête de s'énerver tout seul dans son coin... Nous avons décidé d'en faire un rendez vous régulier, chaque dimanche à 15 h... J'attends tous les amis et j'attends des nouvelles de tous ceux qui le feront dans chaque ville, chaque village... donc si vous avez des infos et si vous avez envie d'échanger, rendez-vous le dimanche à 15 h devant la Mairie de Paris... ou devant toutes les mairies… merci ! Un abrazo. Elli Medeiros. Paris, dimanche 4 décembre 2011 »

Et voici la lettre de Yannick Poirier, libraire chez Tschann, Paris :
« Chers Tous, 

Le projet de loi de finances rectificative, voté en ce moment à l'Assemblée et déjà en discussion au Sénat met en place la nouvelle TVA réduite à 7%. Elle était à 5,5% jusqu'alors.
Le livre est assujetti à cette TVA réduite. 

La rentabilité de la librairie française s'établit autour de 0,5% de son chiffre d'affaires avant impôt.
Cette fragilité l'empêche de résister au choc de cette progressivité du taux de 5,5 à 7. 

Alerté par l'ensemble des professions du livre, l'État commence à en prendre conscience.
Les députés et sénateurs auront ce mercredi, dans le cadre de la commission mixte paritaire qui se réunira, le pouvoir de proposer un changement de la loi. 

Le livre étant aussi un produit de première nécessité, l'affirmer à nos députés et sénateurs est vital ce samedi. 

Je vous invite à leur adresser ce message par courriel dès aujourd'hui :
“Madame, Monsieur, nous comptons sur votre appui pour que l'Assemblée et le Sénat s'opposent à l'application de la TVA à 7% pour le livre. Cela menace directement toute la chaîne du livre (imprimeries, éditions, librairies, bibliothèques) sur tout notre territoire.” :

Et bien sûr, nous comptons sur l'immense force de votre action si vous adresser aussitôt ce courriel à l'ensemble de votre fichier. 

Yannick Poirier
Tschann Libraire
125 bd du Montparnasse
F 75006 Paris »

Ami, ton futur t’appartient !

mardi, août 17, 2010

CosmoZ

Cher lecteur,

On a essayé de ne pas donner dans le méchant vilain spoiler.

Mais comme CosmoZ parle du Magicien d’Oz, on en raconte l’intrigue pour pouvoir expliquer comment et pourquoi l’auteur... enfin, vous voyez, quoi. Alors si ça fait trente ans que vous attendez de dévorer ce livre de L. Frank Baum ou de voir le film éponyme où l’on chante « Somewhere over the rainbow »… Eh bien, faites-le avant de lire cet article.

De surcroît, depuis la lecture de CosmoZ, on cherche à inventer un mot plus fort qu’« adorer » – là on est entre « aduldorer » et « gosténérer » –, alors on n’a pas pu s’empêcher, c’était plus fort que nous, d’analyser certains éléments du texte, notamment en les mettant en rapport avec d’autres livres de Claro.

Donc si vous êtes du genre à préférer arriver vierge de tout commentaire dans une œuvre magistrale – un peu comme à la plage on ne saurait s’interdire le plaisir violent de la déferlante –, vous pouvez suspendre la lecture de ces lignes et vous ruer les yeux fermés chez votre libraire préféré et lire CosmoZ là, maintenant, tout de suite, avant que le monde n’explose.



CosmoZ est le quinzième livre de Claro. CosmoZ avec un Z capital final, faisant tourner le mot sur lui-même en une ronde folle, annonçant les 496 pages de vertige narratif, d’émerveillement et d’inquiétude offerts au lecteur, portant le Oz du Magicien, point de départ et matériau d’écriture.

Le Magicien d’Oz, vous vous rappelez1 ? La petite Dorothy s’ennuie au Kansas dans la ferme de son oncle et de sa tante, elle est toujours accompagnée de son chien Toto, enthousiaste et jappant, à la façon d’un Milou. Une tornade s’élève, Dorothy s’assomme, absurdement réfugiée dans sa chambre, et déboule dans le monde merveilleux d’Oz, parmi les Munchkins – de fort pittoresques petits êtres chantant et dansant –, oh ! we are not in Kansas anymore, écrabouillant au passage la Méchante Sorcière de l’Est dont elle récupère les souliers magiques, en argent (en rubis dans le film avec Judy Garland, c’était plus spectaculaire pour les effets en technicolor…) Elle emprunte la route de briques jaunes pour rencontrer le Magicien d’Oz qui vit dans la cité d’Émeraude et qui lui permettra sans doute – lui dit la bonne sorcière Glynda – de rentrer chez elle. En chemin, elle rencontre l’Épouvantail qui aimerait tant avoir un cerveau, l’Homme de fer-blanc, qui se plaint de ne pas avoir de cœur, et le Lion poltron, dont la couardise est un inconvénient notable pour un félin censé régner sur la jungle… Chacun investi d’une mission ontologique, ils poursuivent leur Graal malgré les embûches semées par la Méchante Sorcière de l’Ouest qui est vraiment énervée qu’une pimbêche en robe vichy ait trucidé sa sœurette la Méchante Sorcière de l’Est et qui en récupérerait volontiers les souliers magiques… Bon, je saute les péripéties suivantes, les singes volants et autres seaux d’eau létale, vous connaissez la fin, vaguement déceptive, le Magicien est un charlatan mais tout est happy car chaque self made personnage détient la clef de son mystère. There is no place like home, buddies.

« Mais la légende ne sait pas comment finit le monde, tout comme elle ignore la façon dont il a commencé. La légende ne sait que relever la jupe et confier au caniveau l’image de ses plis intimes. La légende boit du vermouth et bat les cartes. Elle suit des inconnus dans la rue. Elle creuse des tranchées qu’elle remplit d’os et de diamants. Elle se mouche à tout bout de champ. La légende est folle et on doit, parfois, l’interner de force, entre l’idée et la réalité, afin que tombe l’ombre. »2

CosmoZ. « Lasciate ogni speranza voi che entrate ! » Dieu n’est pas un gentil toutou qui donne la papatte, Dieu est plutôt un charlatan pervers, façon Magicien d’Oz, qui t’envoie ton libre-arbitre en pleine figure tout en pipant un peu les dés, quand même, c’est plus drôle. « Si la terre n’était que vaine, ça irait encore ! Hommes creux, hommes de peu de feu ! Tous destinés aux fours, avec livres et brioches ! »3 Claro tend une pomme à Dorothy qui la croque, évidemment, en défaisant ses tresses, et voilà les personnages d’Oz, incarnés, lancés dans le tumultueux XXe siècle. « Un jour, le monde les avait reniés, leur offrant pour seul refuge la prison du réel. »4 Dorothy devient une infirmière dévouée et un peu naïve de la guerre de 14-18, toujours flanquée de son Toto jappant. L’Homme de fer-blanc et l’Épouvantail sont respectivement Nick Chopper et Oscar Crow, l’un, grand mutilé rapiécé de pied en cap par la science, l’autre, dont la mémoire est devenue défectueuse en raison d’un éclat d’obus. Le lion poltron, lui, a très vite mal fini5… La Méchante Sorcière de l’Est, Elfeba, est une aviatrice qui prend le ciel pour une page à noircir. Quant aux Munchkins, Avram et Eizik, des jumeaux, ils découvrent ce que signifie vivre dans un monde qui n’est pas à leur échelle, les considérant comme une monstruosité, un spectacle, et entament une errance à la recherche d’une porte pour retourner à Oz ainsi que leurs autres camarades, déplacés. Ils sont perdus dans l’absurdité du réel et son déchaînement de violence : « Le monde est un abattoir et nous n’avons plus faim »6 , there is no place like Oz, finalement. Leur parcours tragique est l’occasion d’une traversée des cinquante premières années de ce siècle qui a inventé les camps de concentration et la bombe atomique. Dans Livre XIX, Claro se livrait à une magistrale recomposition du XIXe siècle7, avec le cheval pour animal totémique, des découvertes défiant les airs en « baudruches infernales »8, la barricade en support de traité et marche à révolution. CosmoZ s’inscrit dont en suite chronologique de Livre XIX et si l’écriture de Claro s’y révèle plus dévouée à la narration – développant cette cosmogonie avec envergure et souffle épique –, elle ne cède en rien à l’exigence et aux obsessions de ses précédents livres.

Ainsi la fascination pour les machines – ou plutôt le rapport entre les hommes et les machines, l’invention des machines par les hommes –, la description scientifique comme matière de langage malléable dont on peut explorer la polysémie et dériver ainsi vers des continents imaginaires. Dans Livre XIX, on narre l’art de la montgolfière et l’avènement du gaz, avec une précision de dissection gourmande ; dans Chair électrique, c’est le siège homophone dont on chante la « furie noueuse »9 et qui devient un étrange vaisseau traversant les généalogies. Dans CosmoZ, on l’a évoqué, les grandes trouvailles du siècle, les morbides10, les « chouettes, [l]es brillantes, [l]es qu’il faut nettoyer souvent pour le plaisir »11, mais aussi la technique de dactylographie aérienne d’Elfeba ou encore la reconstruction des plus expérimentales du soldat Nick Chopper – surnommé « la Charpie » après sa reptation explosive dans une tranchée – traité par le Dr Huizard, rafistolant à tout va les mutilés comme on ferait en sorte que des épaves automobiles puissent passer sans encombre leur contrôle technique pour être encore propres à la circulation, mû par un motif économique réifiant les êtres – « allait-on laisser ces gueules ratées, ces unijambistes et ces manchots se tourner, hum, des pouces que très souvent ils n’avaient plus ? »12 – pour mieux les exploiter, dans l’intérêt de l’État. Mais évidemment, le grain de sable. Quelque chose échappe au scientifique, dérape, et Nick Chopper, rebaptisé « la Conserve », quart homme, trois quarts machine, ne finira pas ses jours à l’usine inaugurer les congés payés en rouillant sa carcasse sur une plage de Normandie, mais devient – sans le vouloir – récepteur d’ondes radio, habité par la voix fantomale de T.S. Elliot. Poésie contre industrie. Industrie tombe à l’eau. Les abîmés refusent le spectacle et se font la malle.

L’« insurrection des détails »13 se poursuit dans le domaine médical avec l’étrange tumeur de la langue du jeune L. Frank Baum – le futur créateur de l’univers d’Oz, donc – qui explose et infecte l’air comme une vesse de loup pailletée, et finira par réapparaître dans la bouche de Dorothy pour mieux la manger, cette enfant. Et chaque personnage de s’ériger en monstre pour interroger la normalité et ses diktats : Oscar Crow, par exemple, amputé de sa mémoire, a finalement une appréhension du temps sans doute plus subtile que la moyenne… Monstres et chimères animent ainsi tous les livres de Claro : Guilderstein l’homme-chien dans Ezzelina14, la borgne Nina de Livre XIX, ou encore Méduse – celle-là même dont la chevelure est un nid de serpents – dans Bunker anatomie15. S’y adjoint évidemment, la horde ozienne phénoménale, scène freaksienne s’il en est, lâchée dans le siècle des camps, chair à bourreaux, orpheline, victime, qui va de désillusion en désenchantement, avec son humanité, oui, son humanité – la notion semble déjà obsolète au XXe – pour seul bagage. « Ce sont là des couleurs trop violentes pour des hommes qui veulent croire que le monde restera sépia face à l’attraction des parcs et à la concentration des camps. »16

CosmoZ est une anti-féerie magnétique qui prend dans ses rets un lecteur qu’elle ne lâche plus, jouant de l’indistinction entre fiction et réalité pour mieux s’immiscer dans chaque pli vécu, dans chaque souvenir, crainte ou espérance. On la dévore à grands traits comme un poison au goût d’ambroisie. CosmoZ est un outre-monde infiniment fascinant, infiniment inquiétant. Il faudrait à la fois contempler la voûte lumineuse, considérer l’épopée dans son ensemble, et savoir s’arrêter à l’échelle d’une étoile, d’une phrase, en observer la mécanique précise, implacable, les jeux de miroir, l’horizontalité sémantique. Suspendons le temps et faisons-le, dévorons et dégustons CosmoZ tout à la fois, nous en avons le pouvoir, l’écrivain dit qu’il est en nous.

Les livres de Claro sont des mondes, ses cadences, des arias. Dans CosmoZ, il conserve son goût de l’invention typographique17 tout en atteignant – depuis Mille milliards de milieux – une autre dimension littéraire. Plus vaste, plus fédératrice. Pour la décrire, je tenterais volontiers une comparaison avec Glenn Gould et son « apprentissage de la lenteur », dans les Variations Goldberg, entre son interprétation de 1955 et celle de 1981, plus lente, faisant l’économie d’une virtuosité qui n’avait plus besoin d’être démontrée. Claro atteint cet accomplissement là avec CosmoZ, maîtrisant à la perfection chaque inflexion, sachant céder au plaisir du récit, peignant l’émotion à bras le corps, la cruauté sans parallaxe, tissant d’innombrables pistes, planquées en cheval de Troie, pour une lecture inépuisable, bifurquante. Une épopée du siècle déjà dernier – celui qui nous a vus naître, celui dont les mythologies incandescentes nous habitent – incontournable, bouleversante.

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Notes :
1- Le roman écrit en 1900 par L. Frank Baum est un classique de la littérature enfantine aux États-Unis, quant au film réalisé par Victor Fleming (sorti en 1939), il est l’un des plus grands succès cinématographiques mondiaux.
2-
CosmoZ, p. 48.
3- Ibidem, p. 350.
4- Ibid., p. 177.
5- Mais l’on vous assure qu’aucun animal n’a été blessé ou maltraité pour l’écriture de ce livre.
6- Ibid., p. 90.
7- Livre XIX, Verticales, 1997. Et puisque l’on parle de goût pour l’intrication histoires/Histoire, notons que dès
Insula Batavorum (Claro, Arléa, 1989), le personnage Moghilev apprivoise sa langue (mort-vivante) et son histoire à travers l’épopée du peuple batave au début de l’ère chrétienne – et sa défaite face à l’Empire romain.
8-
Livre XIX, p. 59.
9-
Chair électrique, Verticales, 2003, p. 11.
10- « Et la colère de Dieu n’est plus qu’une allumette. » (
CosmoZ, p. 492.)
11- « Des armes », poème de Léo Ferré interprété par Noir Désir.
12-
CosmoZ, p. 173.
13- Ibid., p. 218.
14-
Ezzelina, Arlea, 1986.
15- Verticales, 2004.
16-
CosmoZ, p. 364.
17- Très présente dans
Chair électrique et Mille milliards de milieux (éditions Le bec en l’air, 2010).

CosmoZ, Claro, Actes Sud, 496 pages, en librairie le 18 août 2010.

mercredi, avril 21, 2010

Rien n’aura eu lieu que le je

Le 12 mai, chez votre libraire adoré – embrassez-le de ma part – vous pourrez acquérir Je de Rémi Marie. Et vous avez une sacrée chance d’avoir la perspective de lire ce texte sublime, tout comme j’en ai une pas négligeable non plus de le publier, c’est-à-dire de l’avoir lu et relu, corrigé, composé et échangé moult emails avec son auteur. Tout cela, bien sûr, avec l’aide d’Aurélie Carpentier, toujours en stage chez nous.

J’avais lu des extraits de ce texte dans la revue Nioques. Je suis tombée sous le charme de cette écriture si simple, si dénudée et donc – et pas « pourtant » – si profonde, si juste.

Je pourrais vous en faire des périphrases… mais je préfère vous laisser faire l’expérience de sa lecture, ce livre étant, par définition, impossible à résumer. M’enfin, allez, un bout de la pré quatrième de couv : Lancé dans le monde, « Je » découvre, rencontre, respire, aime et c’est si facile, marche, lit, regarde, habite à Vienne, écrit, parle, pense, aime et c’est si difficile, vit en colocation, traduit, écoute de la musique, fait la cuisine, roule à vélo, prend le tram, aime.

Un récit où l’on découvre toute la simple complexité d’une subjectivité qui s’énonce comme en balade ou en dissection, allant toujours plus loin dans l’ego pour en annihiler l’insupportable emphase et dessiner le squelette fragile des affects, des désirs. Un moment d’émotion et de vérité porté par une langue rythmée, évidente.

L’image de couverture a été réalisée par l’auteur, qui œuvre aussi dans le monde de l’art contemporain. Elle est comme un cadre dans le cadre, décentré, déplacé – en réponse à ce « je » si central – et répète le choix habituel de la quatrième de couverture, dont le texte est toujours encadré par un filet coloré ou pas – cela dépend du choix de la couleur de titrage ou des teintes dominantes de l’image de première – en forme de « L ». Il y a des angles, des équilibres, et en même temps ça bouge, ça glisse un peu. ça suit la chute, si tranquille, figée dans son éternité, du personnage stylisé.

Pour l’intérieur, j’ai choisi la fonte Memento, qui me semble un bon compromis entre la linéale qu’avait utilisée l’auteur pour son manuscrit – mais dont les angles me semblaient trop coupants pour ce texte… – et les garaldes que j’emploie d’habitude. Autre originalité : le texte est ferré à gauche – pas justifié, quoi –, ce qui correspond bien à sa marche à la fois pensive et résolue. Du coup, eh bien les folios sont ferrés à gauche aussi et flottent différemment sur la page. Enfin, vous verrez ça.

mercredi, mars 10, 2010

Pourvu qu’on ait Libr’Est


Aujourd’hui, un nouveau site est en ligne : Libr’Est, une association de libraires regroupant Le Comptoir des mots, L’Atelier, Atout Livre, La Manœuvre, Le Genre urbain, Millepages (& Millepages BD & jeunesse), La Librairie du 104, Le Merle moqueur. Bref, comme vous le savez sans doute déjà si vous êtes parisiens durables ou occasionnels, des adresses assez idylliques.

Libr’Est s’était déjà fait connaître par des actions marquantes : une barricade de livres montée devant la mairie du XXe arrondissement pour fêter les 40 ans de mai 68, un pique-nique proposant d’arriver avec un livre… et de repartir avec un autre – ou comment découvrir un nouvel univers littéraire en buvant du rosé frais…

Le site Libr’Est permet de commander des livres pour ensuite aller les chercher dans l’une des librairies Libr’Est de votre choix ou bien de vous faire livrer par coursier – en vélo ! – en trois heures.

Vous pouvez aussi consulter la programmation de lectures et rencontres des librairies, accéder à leurs sélections de livres… et bientôt en ligne : Radio Libr’Est.

mardi, janvier 27, 2009

Le Travail de rivière #6

... Reçu !






Et on n'est pas peu fières !









{Cliquer sur les images pour les agrandir}

EN LIBRAIRIE LE 17 FÉVRIER.

vendredi, novembre 07, 2008

Question de fab, épisode 4

Ou le dilemme de la couverture...

Ça y est, le prochain livre de Claire Guezengar, Sister Sourire, une pure tragédie est presque prêt à envoyer à l’impression après moult péripéties concernant la couverture. La couverture, c’est comme un titre, soit ça apparaît du premier coup, soit, ben c’est plus compliqué. Voire carrément propice aux hésitations.
Ce qui a été, en l’occurrence, le cas.

La donnée de départ était le dessin, fort réussi, de Ivo Provoost et Simona Denicolai. Un dessin conçu en noir et blanc, à la fois sobre et très chargé en sens. Il a donc fallu, comme à chaque fois, contextualiser l’image dans le cadre de la couverture, c’est-à-dire qu’évidemment, une image signifie autre chose dans un format particulier et associée à un titre (d'où le fait qu'il arrive qu'une bonne image fasse une mauvaise couverture...) Selon la place qu’on lui donne, également : centrée, décentrée, omniprésente, discrète… Un espèce de nombre d'or intuitif, adapté à chaque cas. Le noir et blanc absolu me semblant trop austère, nous avons beaucoup tâtonné…

Si je vais les évoquer, je ne vous montre pas la vingtaine d'essais réalisés pour plusieurs raisons. Tout d'abord, car je pense que dévoiler certaines coulisses choisies n'est pas faire assister à une séance de dissection. C'est-à-dire que la magie de la forme passe par l'évidence muette des procédés qui y ont conduit. Si on montre du doigt, en images, toutes les coutures, ça finit par prendre un goût de sirop pour la toux – tu les sens bien les antiseptiques ? Ensuite, parce que de toute façon, je n'ai pas la force de passer une demi heure à tout convertir en EPS, réimporter sur Photoshop et uniformiser à un format vignette... Et puis surtout, ça m'évitera les commentaires : « Oh mais je préférais la rouge ! » « Oh ben moi la jaune ! » « La noir et blanc n'était pas si mal... » Et la lassistude intense qui s'ensuivrait.

Donc voici LA couverture :


{Cliquer dessus pour la voir en moins dégueulasse...}

... noir + un ton direct orange seventies mais pas halloween, éclairant le titre. Le noir et blanc, donc, me semblait un peu plat, sa version en négatif presque mortuaire (je ne peux plus voir un livre noir en peinture), la typo manuelle (façon PanAmérica, mutatis mutandis) quoique réussie, tirait trop du côté de la caricature associée au dessin, nous sommes donc revenus à la fonte Laureli habituelle, le faisceau blanc façon poursuite de théâtre faisait penser à la belle charte de maquette des belles Éditions Cartouche (même si c’était en soi une bonne idée, transformant une partie de l’espace en public !), le rouge était trop classique, le rose trop rose, le violet peut-être un peu trop ecclésiastique et associé au noir, ça me faisait penser l'enterrement de mon arrière grand-mère en 1981, le bleu exclu, le vert – portant malheur, paraît-il – aussi, les nuances fluo étaient séduisantes, très séduisantes, mais risquaient de vibrer, en titrage, j’aimais bien mon jaune/anis en fond mais il écrasait le dessin, qu’on a donc repassé en noir et blanc pour garder les contrastes, flottant dans une mare de jaune, oui mais voilà, le jaune était quand même trop présent et ça manquait de relief… Ce jaune volait la vedette, c’est sûr. Bref, au final, deux essais tout de même concluants entre lesquels nos cœurs balançaient. Jusqu'à l’illumination (c’est dans la thématique !) de cet orange palpitant.
Le résultat d’encre et de papier le 7 janvier !
En attendant, vous pouvez lire des extraits de Sister Sourire, une pure tragédie ici. Évidemment, je ne parle dans le cadre de ce billet que d’éléments techniques, mais c’est simplement parce qu’ils sont au service du texte, et quel texte !

vendredi, octobre 03, 2008

Question de fab, épisode 3

Réponse de la PAO :

Bonjour,

Votre couverture est très bien.
Du texte noir à 80% ne doit pas pixeliser (ou alors le conducteur méritera d'être pendu par les pieds).
Reporter la couleur de l’image, c’est une idée qui se défend (on le fait assez souvent).
Par contre, cette teinte est plus soutenue que le noir 80%, donc tout dépend dans quelle mesure vous voulez différencier ces éléments du noir du reste du texte…

Bien à vous,

F.

Petit aperçu des vrais problèmes techniques que l’on se pose et de l’hypocondrie inhérente à ce métier. Il arrive d’échafauder des difficultés qui ne se poseront jamais (d’autant plus qu’on les imagine !), et parfois, l’évidence disparaît sous le détail, effet lettre volée, comme si un malin génie jouait avec la perception…

Question de fab, épisode 2

Envoi des fichiers à l’impression, J – 3, question à mon interlocuteur PAO à l’imprimerie :

Cher F.,

Je ne vais pas tarder à vous envoyer les fichiers de l’ouvrage Treize mille jours moins un, devis n° tant, pour impression.
Je me pose une question concernant la couverture.

Je souhaiterais que certains éléments sur le dos et la 4e de couv apparaissent en gris foncé.
Sur le dos : le titre et les 2 “L” du logo Laureli/Léo Scheer.
Sur la 4e : le titre et les filets.

Je les ai mis en noir 80 % mais je me demander si ça ne va pas pixeliser...

Bref, ma question est : est-ce que le noir 80% passe bien (vraiment bien) ou faut-il créer un gris foncé quadri ?
Dans ce dernier cas, quel gris foncé quadri correspondant en densité à un noir 80 % voire 85 % ?
(En général, je m’appuie sur la facilité du Pantone, j’ai du mal à créer un gris quadri sans le teinter outrageusement en cyan ou en magenta...)
En me référant au gris du sol de l’image, j’obtiens (pipette Photoshop) : C 70/M 64/J 60/N 54.
Cette valeur vous semble t-elle correcte et préférable à mon noir 80 % ?

Je joins le PDF compressé de la couv pour vous donner une idée.

En vous remerciant par avance et dans l’attente de votre réponse,

Bien à vous,

Laure

jeudi, octobre 02, 2008

Question de fab, épisode 1

J’imagine que de loin on pense que la conception physique (relecture, correction, maquette, couverture, suivi de fabrication…) d’un livre se fait relativement rapidement et sans douleur. Ou peut être que certains ont cette chance – réaliser toutes ces étapes rapidement et sans douleur. Moi pas. Douleur est exagéré, bien sûr. Disons plutôt obsession maladive du détail, réveil en sueur à 4 heures du matin en criant « page 86 ! » (et en découvrant le lendemain une coquille à la même page… assez flippant…), traquer les fautes de toutes sortes, vérifier la syntaxe, la concordance des temps, l'utilisation de la ponctuation, heures passées à peaufiner la maquette, remplacer les espaces avant certaines marques de ponctuation par des demis insécables, régler les coupes, éliminer systématiquement ces pauvres veuves et orphelines, choisir, entre deux maux (une dernière page de chapitre avec seulement trois lignes ou une quasi orpheline 3 pages auparavant) le moindre, éventuellement se maudire d’avoir choisi une police bâton jolie mais difficile à travailler (car créée pour le titrage), supprimer les folios superflus, vérifier la pagination, vérifier encore la pagination, ajouter les seuils qui permettront de parvenir à un multiple de 32 (nombre de pages dans un cahier) donc ajouter éventuellement page de faux titre, page « du même auteur », page « dans la même collection », créer l’achevé d’imprimer, éventuellement appeler l’imprimeur pour lui dire que finalement le livre ne fera pas tant de pages mais tant, calculer le prix de vente possible à l’unité d’après l’ensemble des coûts du livre, se renseigner sur « l’atterrissage » du livre (objectif de mise en place) auprès du diffuseur pour ajuster le tirage, passer à la couverture, placer correctement le titre sur l’image ou l’illustration, éventuellement se maudire d’hésiter entre plusieurs solutions sans élire la bonne immédiatement, vérifier que l'image soit bien en TIFF et en CMJN (ou la passer en TIFF et CMJN en contrôlant l'évolution de couleur par rapport au RVB), vérifier la colorimétrie de l’image ou de l’illustration, choisir le Pantone ou la couleur quadri de titrage qui correspond, placer ensuite le logo, prévoir le trait du mors collé sur la 1ère de couv, régler le dos, créer puis régler l’approche de la 4e, placer les filets, le prix, le code barre, le © de l’image ou de l’illustration, vérifier le code EAN (je dis abusivement EAN par habitude mais c'est en fait l'ISBN 13 qui équivaut à présent au code EAN) dans l’achevé d’imprimer du livre et sur la 4e de couv, vérifier le code EAN dans l’achevé d’imprimer du livre et sur la 4e de couv, vérifier le code EAN dans l’achevé d’imprimer du livre et sur la 4e de couv, vérifier le code EAN dans l’achevé d’imprimer du livre et sur la 4e de couv (ça, je peux le faire une bonne dizaine de fois…), imprimer la couverture en A3 pour pouvoir la tracer et vérifier les coupes, vérifier à nouveau la pagination de l’intérieur du livre, intégrer éventuellement les derniers ajouts de l’auteur ou retrancher ses repentirs (et donc, régler à nouveau la maquette en vérifiant à nouveau les chasses, la pagination… et puis tant qu'on y est le code EAN et la place des folios), relire une dernière fois avant d’envoyer les fichiers à l’imprimeur, les envoyer finalement avec angoisse (le sentiment de l’irrémédiable), contrôler soigneusement les fichiers B.A.T. page par page, vérifier une dernière fois la pagination, vérifier le code EAN dans l’achevé d’imprimer du livre et sur la 4e de couv (ad. lib.), contempler l’ensemble, couverture et intérieur, en espérant que par miracle une dernière coquille maligne saute enfin au visage, en avoir marre d’attendre l’illumination et finir par envoyer un « bon à tirer » à la fois soulagé et terrorisé (le sentiment de l’irrémédiable), expérimenter la déréliction sans jardin des oliviers (« livre, livre, pourquoi m’as-tu abandonnée ?! »), aller au calage de la couverture pour contrôler la balance des couleurs ou la recevoir avant montage et façonnage, attendre la réception du livre et frôler l’arrêt cardiaque à l’ouverture du carton…

Et après, on dira qu’un livre n’est pas un objet magique…

dimanche, septembre 14, 2008

C’est la Fête !

Comme chaque année depuis quelques années, je vais signer mes livres à la Fête de l’Huma accompagnée de petits camarades auteurs classés par ordre alphabétique. Parfois approximatif : cette année, je suis bien contente, c’est Emmanuel (Rabu, pourtant), qui est à côté de Louise London, très redoutable concernant le rythme de signatures. En général, il y a une large file de personnes devant cette vieille dame supra dynamique et l’auteur à côté n’a plus qu’à prendre un air détaché ou jouer à Tetris sur son téléphone portable.
Non, cette année, je suis dans un angle entre deux sociologues mais ça ne m’empêche pas de causer du RALBUM !
Après, c’est le traditionnel tour de la Fête dans une ambiance euphorique. J’ai entendu Bashung de loin, la grande scène étant évidemment blindée, et mangé des aberrations diététiques délicieuses, entendu un chanteur irlandais – accompagné d’un flûtiste tout aussi irlandais – très talentueux, bref, ya pas de petit plaisir : on se paie peut être un atroce gouvernement de droite, mais en attendant, c’est pas aux congrès de l’UMP ou du FN qu’on peut aller danser avec plein d’inconnus au large sourire sur le stand berbère en mangeant des beignets asiatiques et en buvant l’une des meilleurs bières allemandes qui existent… On n’est pas imposables sur la grande fortune, mais on sait vivre ensemble (reste à expliquer ça aux partis, me direz-vous) et ça, c’est l’avenir. On dansera jusqu'à ce que le crépuscule se transforme en aurore, comptez sur nous. Et d'ailleurs, j'y retourne.


(Si vous passez par là, vous pourrez également voir Élodie Issartel dont je parlais hier, Julien Doussinault, biographe d'Hélène Bessette avec plein de livres d'Hélène Bessette, Éric Maclos, les amis des Lettres Françaises (tous les premiers samedis du mois dans l'Huma), peut être Claro (s'il n'est pas en train de traduire ou d'écrire 200 pages), Hélène Frappat, Véronique Pittolo... Bref, la liste est là.)

dimanche, septembre 07, 2008

Conte de F

{... J'avais commencé à évoquer Conte de F—— de Thomas Braichet il y a quelques mois, voici un texte un peu plus complet à lire dans le prochain CCP qui devrait vraisemblablement paraître aux alentours du Salon des Revues, en octobre.}

Conte de F——
, à mi-chemin entre le bleu du ciel et le cri des rats dans un mur creux, invente une forme à la fois expérimentale et sensible. Une forme hybride, livreaudio ou audiolivre1 . Une poésie terriblement ancrée dans le réel et assumant l’émotion, réinvestissant l’héritage formel des avant-gardes, le détournant, le virussant et l’incarnant, « saturant les possibilités ». Un style jouant de tous les supports, avec agilité, humour cruel. Le conte en est bien un, tiraillé de la terre aux étoiles, de la barre de céréales à la contemplation, un pli dans l’espace-temps, arrêt sur image, note tenue. Des instantanés de la vie de Phil – celui dont le nom glisse sur le fil du récit et sur la grille d’accord, un peu Fogg aussi, tournant dans la cage de sa « mer-de-monde » – au quotidien gluant, résolument azur, aqueux, souvent noir « de monde et d’objets du monde (…) d’une harmonie surhumaine ». Les jours s’égrènent et tout finit en chanson, sur un happy end en forme de mire. « Il vécut longtemps et. »
Le disque ? Une piste par fragment. Musique, lecture, texture sonore. Le montage opère une nouvelle grammaire du récit, un autre rythme se superposant à l’écrit. Cela ne coïncide pas vraiment et, par conséquent, cela échappe, polysémise, glisse aux frontières se foutant bien de leur gueule et de celle des genres. C’est bien fait puisque cela créée un « bâtard »2 « verbi-voco-visuel » inédit. Une œuvre dont Thomas Braichet est l’ouvrier autant que le créateur, se coltinant le faire et les outils, manifestant une conscience suraiguë de la forme. Dans un livreaudio ou un audiolivre de Thomas Braichet, tout est pensé : la typographie est créée pour l’occasion, la mise en page recherchée et signifiante, le montage son/texte calculé au millième de centimètre et de seconde, la syntaxe modulée pour en révéler les nuances musicales piannissimo, piano, mezzo forte, forte, jusqu’au grammage du papier et sa main, j’en suis sûre, et les petits oiseaux en « V » du quatrième de couverture qui annoncent d’autres cieux de printemps éternel.

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1. Tout comme son premier opus, On va pas sortir comme ça, on va pas rentrer, POL, 2004.
2. « N’étant pas de race pure », dit Robert, citant aussi l’écriture « bâtarde » intermédiaire entre la ronde et l'anglaise. « Bat’art » est le pseudonyme de Thomas Braichet sur Myspace.


Conte de F—— de Thomas Braichet, POL, octobre 2007, livre 80 pages + disque 26 pistes.

mercredi, juin 25, 2008

Tortue ou tamanoir ?


Aujourd’hui, une femme qui lisait La Valse lente des tortues en marchant, d’une bonne corpulence la dame, m’est copieusement rentrée dedans. Boum. Je pensais qu’elle allait modifier sa trajectoire, et puis non. Ya pas à dire, ça absorbe, Catherine Pancol. Faut dire qu’il lui restait une vingtaine de pages, le suspens devait être intolérable. Où l’on imagine bien l’usage allégorique – le tableau est composé – du terme « valse ». (Toujours soigner les seuils des textes.) Non pas quelque chose d’aérien à trois temps sur un parquet ciré mais un chassé-croisé un peu maladroit… et qui fait réfléchir (zavez déjà vu valser des tortues, vous ? c’est forcément méta-phorique, méta-physique, méta-lurgique, méta-laine tu vas choper la crève…) Mais c’était bizarre en pleine cohue à Saint-Lazare. Boum. Le Placage rapide du tamanoir… Pendant ce temps, sur Facebook, on me propose de savoir quels sont les défauts des hommes qui me font « craquer »… comme si je ne les connaissais pas suffisamment, ça va, tout le staff de Facebook n’est pas obligé de le savoir pour refiler l’info aux grandes entreprises de la planète (sinon, dans quarante ans, on va sonner à ma porte, et ce sera un androïde concentrant tous les défauts qui me font « craquer » chez les hommes, que me proposera une filiale de Coca-Cola pour la modique somme de 3000 supereuros – 5 fois le montant de ma retraite mensuelle…), tout en essayant de me classer en « drunken friend », là c’est carrément l’abus, je ne bois plus que du champagne ! (donc très peu et peu souvent, ne me faites pas écrire ce que je n’ai pas écrit.)

mardi, juin 24, 2008

Le Travail de rivière



Fini hier mon nouveau livre : Le Travail de rivière, texte écrit à l’invitation de Fanette Mellier, actuellement en résidence à Chaumont, et qui paraîtra en novembre prochain, chez Dissonances/Pôle graphique de la ville de Chaumont. Il m’aura bien tourmenté, ce livre. J’étais partie dans l’idée d’écrire un « roman naturaliste »… Et puis c’est très chargé, pour moi, l’histoire ouvrière, puisque j’ai rapidement choisi mon camp, enfant, entre la noblesse génoise du côté paternel et ma prolétaire autodidacte de mère. Beaucoup de défis formels, beaucoup d’affect. Bref, les moustaches tristes de Zola ont rencontré Burroughs et Gysin à vélo, et ça donne un hybride assez indéfinissable qui part de l’histoire très concrète de la ganterie Trefousse, entre les deux guerres, plus exactement, de l’histoire d’une ouvrière, pour se broder de contes locaux peuplés de loups et crisser du train de la grande Histoire. Ça finit en 1944.
J’ai hâte de voir ce que Fanette va en faire, après les deux sublimités déjà réalisées, Dans la zone d’activité et Bastard Battle…
Champagne ! À présent, je peux donc reprendre mes deux autres textes en souffrance… euh, finalement, je vais commencer par un Efferalgan…

mardi, mai 13, 2008

Norma Ramón

Après l’excellent Volume, Orion Scohy nous livre un tout aussi intriguant Norma Ramón qui va plus loin encore du côté de l’absurde avec une certains évolution de l’écriture… entretien !


L.L. : Par rapport à Volume, je décèle dans Norma Ramón un changement stylistique. J’ai l’impression que la notion d’absurde – que ne renierait pas le pigeon malfaisant de ton premier livre – va croissant. C’est vrai ou j’ai trop abusé de la caipirinha au Brésil ? Si mon taux d’alcoolémie résiduelle n’est pas en cause : pourquoi ?

O.S. : Tout d’abord, si l’on a la chance de passer par le Brésil, c’est plutôt le fait de ne pas boire assez de caipirinhas qui consisterait un abus, à mon avis.
Dans Volume, mon premier roman, j’avais voulu multiplier les styles, les références, les strates. J’avais la naïve ambition, sans me départir toutefois de mon fidèle scepticisme, de fabriquer quelque chose de total, n’ayant pas encore prévu d’écrire autre chose après ça. Et puis c’était un premier livre. Après sa parution, mes tentatives d’écriture se sont toutes avérées assez décevantes, jusqu’à ce que me vienne l’idée d’un projet peut-être plus vaste encore. Or, comprenant que cela me prendrait pas mal de temps et me révélant assez impatient de publier quelque chose de plus court et de plus léger en guise de transition ou d’intermède, je me suis lancé dans NR. Mais le contenu du livre n’était absolument pas prémédité, je l’ai rédigé assez vite, une idée en entraînant une autre, sans réfléchir ou presque. Même s’il ne s’agit tout de même pas d’écriture automatique à proprement parler, c’est notamment cette façon de travailler qui peut expliquer la présence importante de la notion d’absurde dont tu parles, les références au surréalisme et à Dada, la récurrence de l’eau, des rêves – l’imagination de la matière.


L.L. : Tout comme Volume, Norma Ramón tisse des rapports étroits avec des intertextes, l’un, ici, tout particulièrement, Je m’appelle Jeanne Mass (et je suis videur au Coconut café) de Thomas Lélu. Là, je ne peux pas accuser la cachaça, c’est très explicite dans le texte puisque tu y nommes l’auteur à plusieurs reprises. Pourquoi passer de références classiques, tout du moins, faisant partie du patrimoine littéraire dans Volume à un livre paru très récemment ? Quelle est la fonction de cet intertexte omniprésent aussi bien dans l’absurdité des situations que dans le style ?

O.S. : Juste avant « Lélu », il est question de « l’Élu », dans le livre. C’est l’homophonie, toujours dans ce contexte d’écriture semi-automatique, qui m’a d’abord conduit à citer cet auteur – promis juré. Volume avait à sa sortie eu droit à un petit article dans Art Press, lequel jouxtait un autre petit article concernant Je m’appelle Jeanne Mass. L’auteur de ces deux critiques (un dénommé Jacques Leuil dont le patronyme a tendance à me laisser rêveur), comparait les deux livres, notamment en raison de leur « postmodernisme » commun et par ce que cela comportait selon lui de positif (inventivité parodique, ironie) comme de négatif (vacuité/vanité, distanciation excessive). J’avais déjà entendu parler de Thomas Lélu et de son roman, et j’avais très envie de le lire. Je ne l’ai cependant toujours pas fait. J’ai maintenu la référence explicite à cet auteur pour ces raisons, et aussi parce qu’alors elle me permettait de renforcer l’un des fils rouges de NR, à savoir le jeu parodique vis-à-vis de l’autofiction, ou du moins vis-à-vis de l’utilisation contemporaine que l’on a cette notion (d’où aussi l’évocation du name dropping et la présence d’un personnage romanesque nommé Christine Angot...)

Je sais par ailleurs qu’un des personnage de Je m’appelle Jeanne Mass se nomme Derrick et qu’il est question de la série allemande du même nom dans NR. C’est une pure coïncidence : il se trouve qu’étant sous-titreur Télétexte, je m’en suis coltiné un paquet d’épisodes, que j’ai du mal à m’en remettre et que cela est ressorti, toujours presque inconsciemment, en écrivant.
Je connais aujourd’hui un peu mieux le travail de Lélu, notamment ses photographies, et je prévois toujours de lire Je m’appelle Jeanne Mass très bientôt. Juré promis.


L.L. : Ton écriture met en place un jeu permanent sur les lieux communs et autres topoï littéraires, de façon assez agressive, parfois, quant au ronron narratif classique. Peut-on dire – en tant que non-philosophe – que tu construis une espèce de dialectique romanesque : élaboration d’un roman + déconstruction de ce même roman = roman d’Orion Scohy ?
Quel est ton rapport à cette forme romanesque au sein de laquelle tu développes tes livres ?

O.S. : Tu as raison mais, en fait, cette question de dialectique ne m’est pas propre : elle est propre au roman. Car si l’on considère, à juste titre, que le roman moderne est né avec Rabelais et Cervantès, on peut voir que, dès le début, sa déconstruction est corrélative à son élaboration. C’est-à-dire que la simple narration en prose d’une histoire ne suffit pas à faire un roman : par nature, celui-ci comporte sa propre critique, il se met lui-même en abyme, interroge son artificialité, met l’ironie – le questionnement – en avant, il ne reste pas en place. C’est bien après son apparition que les codes se sont figés, qu’on a voulu faire croire au lecteur que l’objet d’art complexe qu’il avait entre les mains n’était qu’un simple générateur de catharsis. L’émotion directe, le divertissement, l’identification aux personnages ou le bovarysme sont devenus les maîtres mots. Les traîtres mots, plutôt. Bien sûr, les exceptions sont nombreuses, mais c’est tout de même la tendance générale qui se dégage depuis le XIXe siècle (pourtant même Balzac, l’inventeur du fameux « roman balzacien » qui continue de constituer le modèle actuel, n’était pas dépourvu d’ironie et d’inventivité). Pour moi, le roman est par nature polymorphe, mouvant, et donc expérimental. Si j’opte pour la matière romanesque plutôt que pour la poésie, c’est peut-être parce que, comme tout le monde, j’aime aussi me laisser conter des histoires, j’aime être diverti, m’identifier aux personnages, j’aime ce pacte de lecture qui repose sur le mensonge – à condition justement de laisser au lecteur la possibilité de prendre la distance, de lui laisser déceler les ficelles ou du moins des bouts de ficelle, de dévoiler de temps à autre des facettes de l’artifice, de ne pas lui faire prendre des vessies pour des lanternes et la fiction pour un quelconque défouloir émotionnel ou placebo artistico-psychique. La narration, quand elle est dotée de cette conscience et de cette réflexivité-là, peut alors devenir un formidable outil de subversion. J’ai toujours du mal à comprendre pourquoi après Flaubert, Nabokov, le Nouveau Roman, l’Oulipo, Queneau et tous les autres, la norme romanesque reste celle que l’on nous inflige. Mais d’aucuns me rétorqueront : « C’est normal, Raymond. »


L.L. : Norma Ramón s’affirme explicitement – c’est même l’héroïne éponyme qui l’énonce – comme la représentation d’un roman. Peut-on dire que tes créations typographiques participent de cette spécularité ? Comment les envisages-tu ? Quelle fonction ont-elles ?

O.S. : Oui, les questions du double, du miroir, du spéculaire et du reflet reviennent fréquemment dans mon travail. Ce sont au fond des thèmes très classiques. Cela permet évidemment de laisser des indices insistants quant au côté faux, fictif, de l’œuvre. Et bien sûr, tous les passages graphiques et visuels vont dans ce sens. Cela casse la linéarité du fil romanesque et introduit de la poésie, de l’image et de la verticalité dans l’horizontalité de la prose romanesque. Rien n’empêche le roman d’être plastique, lui aussi. Au contraire. Par son extrême malléabilité, il est le meilleur moyen de m’aider à approcher la sculpture, moi qui ne sais rien faire de mes mains (à part utiliser des couverts (pour les planter bienveillamment dans la joue de mon voisin de table). Je crois savoir que mes livres trouvent un écho chez des plasticiens – on ne s’étonnera donc pas de me voir travailler avec certains d’entre eux et multiplier les références à l’art contemporain (principalement, dans NR, à Duchamp, Broodthaers, Abdi).


L.L. : En parlant d’héroïne éponyme, on peut dire qu’elle n’est pas très présente, la Norma Ramón, même si elle est un personnage clef – puisque la femme aimée du personnage narrateur, c’est un sacré statut, tout de même. Peut-on dire que ce manque participe également de ton entreprise de renversement des codes narratifs traditionnels ?

O.S. : Oui.


L.L. : Et d’ailleurs, c’est quoi, la suite ? Tu sais déjà ?

O.S. : Tout d’abord, comme je regrette d’avoir trop brièvement répondu à la question précédente, voici quelques précisions… Très vite, en écrivant NR, j’avais prévu d’intituler le livre Ceci n’est pas un roman. Une brève recherche sur Goûgueul m’a appris que ce titre était déjà pris, comme je m’y attendais un peu. C’est alors en lui cherchant un remplaçant, et en jouant à un subtil jeu d’anagrammes à la portée d’un marcassin prématuré que je suis tombé sur Norma Ramón. (Je rechigne généralement à livrer ce genre d’informations, mais j’ai conscience que tout le monde n’a pas le réflexe de jouer aux anagrammes ni spontanément envie de faire l’effort de décrypter ce qui me sert de cerveau débile.) Ainsi est né le personnage, roman au carré mais pas tout à fait, moins absent qu’un automne à Pékin puisqu’il apparaît deux ou trois fois et de façon presque identique – et cela venait renforcer la thématique du dédoublement, de la spécularitéétiralucéps, etc. Bref, cela collait assez bien, quoique avec un soupçon de hasard – ce qui était parfait car je déteste qu’un plan se déroule sans raccrocs. Ainsi, le livre s’est fait presque tout seul : c’est en cherchant un titre qu’a été créé le personnage supposé principal, lequel, grâce à son nom et par ricochet, m’a donné l’idée de la fin du livre. En fait, le personnage principal, c’est le (ou les) point(s) de coïncidence entre l’objet que le lecteur tient entre les mains et l’idée mentale qu’il se fait du roman qu’il est en train de lire ; ou entre l’art et l’amour/désir de l’art. Ou bien c’est autre chose. Tout cela est très clair, je n’en doute pas.

Concernant mes projets, je préfère ne rien en dire, pas par superstition mais parce que je me réserve la liberté de changer d’avis ou de direction dans la seconde qui suit.


Orion Scohy, Norma Ramón, POL, en librairie depuis le 2 mai 2008.

dimanche, mars 23, 2008

Les fantômes de la célébration

« Faux barrage 10

La vie continue.

D.A.F. : Deutsche-Amerikanische Freundschaft. Non la supposée amitié germano-américaine de l’après-guerre, mais un groupe, allemand, composé de 2 et chantant d’une voix virile sur des rythmes annonçant la techno autre chose que l’amitié entre les peuples dans les années 80.

C’est mon idée de D.A.F. et je ne vais certainement pas, aux jeunes Algériens, imposer par un texte qui probablement ne les atteindra pas – ou l’équivalent en nombre de ce que nous sommes ici : poignée – un rappel (vaccinatoire) du D.A.F. : Déserteur de l’Armée Française

et peut-être qu’après tout ce rappel nous concerne plus qu’eux, car les méthodes et modèles de gouvernement en vigueur aujourd’hui en Alger sont, d’après ce que j’en sais, assez mal librement inspirés des modèles et méthodes de l’A.F.

créatrice de la guerre contre-subversive.
inventeur du faux maquis.
poète puis poiein c’est faire du faux barrage.

on voit alors à quel point la pensée de l’Armée Française me concerne et m’informe à l’égal de Molière dont le Géronte pleure la disparition d’un fils enlevé par des barbares en Alger
que cela justifierait bien, 2 siècles plus tard, une intervention préparée

je peux donc à bon droit me demander si parfois je n’écris pas comme un caporal et si parfois vous ne me lisez pas comme un adjudant
peut-être êtes-vous en ce moment même en train d’entendre un texte scout
mais comment pourrez-vous le reconnaître si vous-même vous êtes scout
vous, imprégné de scoutisme, jurerez vos grands dieux que ce texte n’est pas scout

— Ce texte n’est pas scout, la preuve : il est anti-militaire.

(par exemple), Mais chacun sait que le scoutisme fondé par un militaire anglais, tout en continuant à cultiver des techniques et pratiques militaires, peut se proclamer anti-militaire, Et que le fils d’un général, formé par un général, peut ne pas aimer les généraux, il n’en aura pas moins été formé par un général, Alors comment pouvez-vous savoir que vous n’êtes pas scout au fond Et Donc comment pourriez-vous m’apprendre si mon texte est scout ou ne l’est pas ?

Je n’ai plus qu’à travailler seule à débarrasser ce texte – qui peut-être n’est pas scout du tout – de tout scoutisme. »

Nathalie Quintane, Grand ensemble, POL, pages 33 à 35

dimanche, mars 09, 2008

« It’s very expensive to be me. »


… lecture du très chic roman collectif Une chic fille, chez Naïve, dans le train Paris > Rennes, caressé le chien du bar/bureau de tabac de la rue de clignancourt, reçu la republication en un volume du Jardin Ouvrier (1995-2003), la revue d’Ivar Ch’vavar, publiée par Yves di Manno chez Flammarion, évité l’averse en allant voter, oublié d’aller au Marché, adoré 30 Rock ! fume trop, travaillé sur le Contre Journal de Libé à paraître le 13 mars, fait mumuse avec les presets de l’orgue B4, une petite merveille, mais je sèche, côté composition piano, sur une transition entre un do # M et un do m 7, quelle idée, aussi, bon, ça se débloquera tout seul…

« *
– Houston, le 22 octobre 2001 –
Sugar Pie, caniche

Chien chien à sa Nana. Moi. Chic. Caniche ma race. Aboie. Chut. Pas sauter. Zizi stop. Pipi maintenant. Poutou. Ici. Non, ici. Là. C’est pour qui le joli bobol. Pas sauter. Chut. Doucement. Doucement. Voilà. Qu’il est mamour. Zizi stop. Moi caniche à sa Nana. Chic. Concon le chien. La nounou. Dans le cul à son moimoi le crayon. La cutie nounou à son caniche. Elle est pas là ta maman. Dans le cul. Non, ici, pas zizi, non. Voilà maman, il est vontent, il est con, va voir maman, voilà. Chic. Non, ici. Zizi stop. Oh les mamours. Moi content. Pas besoin prozac. Chut. Aboir prozac. Non, pas besoin prozac du bobol. Pas besoin prozac du cul. Les mamours. Oh mamour. Le joli chienchien à sa Nana. Lui manque que la parole. Si manquait pas saurait Nana maman mamour pour crayon du cul la nounou. Pas besoin crayon du cul, pas besoin la nounou. Méchante avec moimoi. Moi pas crayon dans le cul si Nana pas là. Moi pas nounou. Doucement. Gentil. Zouzou. Mamour. Pas zizi. Non, ici, là, chut, pas sauter, ici, pas zizi, pas sauter, ici, là, là j’ai dit, là, là, là. Gentil chienchien. Nana contente. Zouzou. Poutou ma race. Rerepoutou. Qu’il est mamour. Qu’il est concon. Chic. Rererepoutou. Mamour. Doucement. Voilà. Pas zizi. Pas sauter. Ici, Nana. Chic. Cuite moimoi. Ici, non, là. Ici. Oh les mamours. Voilà. Doucement. Pas zizi, pas sauter. Chut. Aboie. Chut. Aboie. Chut. Aboie. Chut. Aboie. Ta gueule à moimoi, maintenant. Prozac. Méchante Nana. Méchante nounou dans le cul. Prozac à moimoi pas zizi. Pas crayon nounou dans le cul. Pas sauter. Mamour. Couché. Non, ici. Couché. Prozac. Pas zizi. Moimoi. Couché.

* »

Une chic fille, collectif Inculte, Naïve, p. 92-93.

(dessin noir & blanc d'Ivar Ch'vavar)

dimanche, février 03, 2008

Madman Bovary, c’est lui



… plongée dans Madman Bovary de Claro, mais pas complètement, à mi-cuisses, non pas parce que l’eau est froide, au contraire, mais parce qu’absorbée par mes propres interstices d’écriture – échéance oblige, pour une fois, moi qui n’aime pas ce genre de seuils, mais c’est sans doute par peur et encombrée de moi-même que je ne les aime pas – et ne sachant pas, je l’ai déjà écrit, monter un escalier en mâchant un chewing-gum, id est, me perdre dans l’écriture de Claro et dans la mienne, tout à la fois, être à la fois en moi et hors de moi, non, je ne sais pas faire ça. Mais ce que j’ai lu du livre est grand, commotionnant, et j’ai hâte de laisser mes neurones, mes émotions s’imprégner de sa prose, tout comme le narrateur de Madman Bovary s’immerge en Madame Bovary, le diffracte, l’avale, le recrache, le caresse, le malmène, le fait entrer dans sa vie, dans son corps, comme un membre en plus, un organe salvateur.

« Poisson hameçonné, donc, mais pas encore arraché à la flaque bavarde, je sais combien ma lecture est fragile. Les mots n’ont pas encore trouvé leurs racines, le phrasé demeure branlant comme une dent sous le davier, je dois fermer des yeux que je serais incapable d’écarquiller pour mieux voir les limites de l’écran qu’interpose la lecture.
Si je passe d’un groupe de lettres à l’autre sans volonté de ricochet, si j’enjambe des relatives ou piétine des incises, je sais ce qui se passera. Le crabe du regret refermera ses pinces sur mes couilles et adieu ivresse. Pour ligaturer convenablement l’obnubilant chagrin, les armes sont chiches et souvent mal affûtées.
Bon. Ramassez un galet, glissez-le dans votre poche puis courez, courez. Ça cogne. Ça tressaute. Coupez vos poches. Bovarysez tout ce qui contient et protège. Je rêve d’une poche qui ne me contienne en rien et se paie de mots, une vesse assez résistante pour n’empocher que mes gains et laisser vaquer au vent les mille et une pertes de ma petite personnalité.
J’aurais pu me rouler dans la steppe de Jivago ou m’égarer entre les lustres du Grand Meaulnes, enfiler le fin coton de Mademoiselle Else ou désapprendre à vivre avec Pavese, mais le sort a voulu que mon dévolu épouse celui de cette sotte Emma B. et c’est tant mieux. Tant mieux pour Madman Bovary !
Flaubert peut être fier de lui : il a bouffé un bourgeois de plus. »

Madman Bovary, Claro, Verticales, p. 21.

mercredi, janvier 30, 2008

Paul New



Révolution ! Daniel Foucard a un site ! (et même que maintenant, des fois, il lit - avec Véronique Levy - quand on ne le voit pas...)

vendredi, janvier 25, 2008

Rio Grande do Sul

Reportage sur PanAmérica de José Agrippino de Paula, livre que j'ai évoqué à plusieurs reprises et qui vient de paraître.
Rencontre d'écrivains, d' artistes, de critiques littéraires, de cinéma... évoquant de près (l'œuvre elle-même qu'ils connaissent et analysent devant nous) ou de loin (la période des années 1967-1968, en pleine dictature militaire brésilienne, les prémices du Tropicalisme...)

Voici une sélection des vidéos de nos entretiens mises en ligne. Pour les autres, consulter la page Laurelit dailymotion (la totalité des vidéos devrait y être présente dans une semaine).

Les vidéos sont archivées sur Léo Scheer. TV.


Juremir Machado da Silva est né en 1962 à Santana do Livramento. Il est écrivain, journaliste et historien brésilien, docteur en sociologie diplomé de l'université de Paris V (René Descartes).
Après avoir été chroniqueur indépendant et correspondant du journal Zero hora à Paris de 1993 à 1995, il est aujourd'hui professeur de journalisme et coordinateur du programme de post-diplomes de communication. Il écrit régulièrement pour le Correio do Povo de Porto Alegre.
Il a publié une vingtaine de livres.
Il me parle, en cette après-midi venteuse, de PanAmérica de José Agrippino de Paula ainsi que de la situation actuelle du roman brésilien.



Luis-Augusto Fisher, professeur de littérature brésilienne à l'université, écrivain (auteur de chroniques, d'essais et de contes), critique littéraire vivant à Porto Alegre, nous parle de PanAmérica de José Agrippino de Paula.

Présentation de Luis-Augusto Fisher (en portugais) ; son blog sur le site Saraueletrico (en portugais).



Sergius Gonzaga est professeur de littérature à l'université fédérale du Rio Grande do Sul et secrétaire municipal à la culture de la mairie de Porto Alegre.



Luis-Fernando Verissimo est l'un des plus grands auteurs brésiliens contemporains, né en 1936 à Porto Alegre. Ecrivain, journaliste, musicien de jazz, ses oeuvres recèlent une ironie empreinte d’humour qui tout à la fois critique le réel et le reconstruit.

Voir son site & le dossier bibliographique que la librairie Compagnie lui a consacré.