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lundi, février 09, 2009

Macédoine au marqueur

C’est un peu comme le souvenir de dessins animés d’enfance (plusieurs, mélangés anarchiquement) en plein rêve éthylique érotique ou sous acide. Pipi, caca, sperme, cyprine, sang et chocolat. Drawn Together réunit huit archétypes de héros dessinés sous le prétexte d’une émission de téléréalité de type Loft Story – vous vous souvenez ? Loana et Jean-Édouard dans la piscine ! – même pas si caricaturale que ça, finalement. Et c’est là où ça fait mal à la réalité dans laquelle nous nous mouvons et survivons. Plus le trait est forcé, plus il semble vrai. La vulgarité des dialogues, l’obsession sexuelle permanente, la perversion, la cruauté, la manipulation, la jalousie, la domination, tous ces éléments pourtant outrés de toute la force de couleurs RVB et d’effets Flash ne sont jamais aussi aigus, blessants ou révoltants que dans n’importe quelle autre émission de téléréalité mettant en scène de vraies personnes de chair et de sang. Drawn Together agit comme un révélateur critique du monde, du spectacle et du rapport à la représentation. Et un révélateur critique irrésistible, en plus.
Mais passons au casting avant d’évoquer la série plus en détail :

Captain Hero est une espèce de Superman stupide, obsédé par le sexe, à l’appétit d’ailleurs assez voile, vapeur, réacteur, rail… Il est à la fois terriblement viril et aussi nerveusement instable qu’une jeune fille pubère qui connaîtrait chagrin d’amour sur chagrin d’amour. Princesse Clara est un parangon de princesse Disney. Les animaux de la forêt arrivent quand elle chante (ils se font d’ailleurs massacrer dans l’un des épisodes) et elle ne quitte jamais sa robe pastel. C’est la première fois qu’elle sort de son château et affronte le monde extérieur. C’est pourquoi elle pense que tous les Noirs sont des serviteurs et qu’il faut suivre les préceptes du Christ à la lettre. Bref, elle est xénophobe, homophobe, masturbophobe, mais elle se dévergonde tout de même un peu. À sa décharge, elle porte le poids d’une malédiction infligée par sa marâtre qui a posté une pieuvre géante à l’entrée de son vagin. Ling Ling est clairement inspiré de Pikachu, en version psychopathe. Il sait également fabriquer des chaussures de sport en dix secondes – la série jouant beaucoup des clichés racistes. D’ailleurs, il parle un japonais plus qu’approximatif dans lequel des termes comme « Yoko Ono » servent de verbes… Foxxy Love est l’héroïne black des séries Hanna-Barbera des années 70, totalement funky, totalement sexie. À la fois musicienne et détective, son personnage s’inspire de Valerie Brown de Josie & the Pussycats, première héroïne noire à être apparue régulièrement dans un cartoon. Elle a connu un succès d’estime avec son groupe The Foxxy 5 dans les années 80 et tente de relancer sa carrière solo grâce à l’émission. Spanky Ham est la mascotte d’un site porno créée en Flash. Il est à l’image de ce dont il fait la promotion, du sexe à l’uro scato. Il est méchant et manipulateur mais bien sûr finalement très attachant – car tellement humain. Toot Braunstein apparaît en noir et blanc car c’est une Betty Boop des années 1920. Mais ça remonte, les années 1920. Depuis, elle est donc totalement has-been. Elle pensait faire partie des sex symbols de l’émission mais n’entre pas dans les canons actuels : trop grosse ! trop typée ! Elle devient donc « The Bitch » (que nous traduiront euphémistiquement par « la garce ») et tente de semer la zizanie entre ses colocataires. Complètement bipolaire, elle entre dans des rages folles, hurle et pleure dès que l’on ne lui prête pas attention. Elle trouve son réconfort dans la boulimie, ce qui la rend, évidemment, encore plus malheureuse. Xandir est une caricature des héros de jeux vidéo du style Link, le héros de Legend of Zelda. Au début de la série, il lasse tout le monde en ne cessant de répéter que sa mission est de sauver sa petite amie des méchants… mais il fait rapidement son coming out. Sa sensibilité à fleur de peau en fait le parfait confident et l’incarnation de tous les clichés homo. Wooldoor Sockbat semble être un mélange entre Bob l’Éponge et Stimpy des Looney Tunes. Naïf et loufoque, on lui attribue pourtant les fonctions fort responsables de médecin, psychiatre, professeur, prêtre ou pilote.

Si vous ne l’avez jamais ne serait-ce qu’entraperçu, je conçois que ce mélange soit difficile à imaginer. Mais Dave Jeser et Matthew Silverstein, les créateurs de la série, ne s’encombrent d’aucune notion de vraisemblance (chacun des héros mourant successivement pour revenir l’épisode suivant sans explication), il vous suffit donc de penser à un monde anarchique où Bob l’Éponge peut côtoyer Betty Boop. Et comme je l’évoquais plus haut, métaphoriquement, ce n’est pas bien différent de ce qui est offert à nos regards et à nos sensibilités tous les jours…

Drawn Together passe Loft Story (Big Brother, aux États-Unis) aux rayons X mais aussi – plus brièvement – The Bachelor (au moment où l’on cherche un Prince Charmant – qui d’ailleurs, trouvé, se suicidera aussitôt – pour la pieuvre vaginale de la Princesse) et Survivor (les colocataires tentant de fuir leur prison à caméras en hélicoptère s’étant écrasés sur une île paradisiaque…) Dans chacune de ces arènes télévisuelles est mise en scène l’utilisation quasi sacrificielle de l’être humain, annihilant la souveraineté de son identité au profit de l’amusement (ou plutôt : « entertainment », cela devient une notion à part entière) des masses. Chaque individu est un pion manipulé par les producteurs pour leur rapporter de l’argent. En dehors de ce circuit et dans leur logique, ce pion ne vaut rien. Les personnages de Drawn Together l’expérimenteront quand, ayant quitté à la fois leur Loft et Survivor, ils se feront claquer porte sur porte au nez à Hollywood. Usant d’un procédé oxymorique certes ancien mais efficace, Drawn Together – mettant en scène des personnages enchantés et merveilleux dans un décor de fiction télé censé mimer la réalité – est une série de la lucidité et du désenchantement. De nombreux thèmes politiques et sociaux y sont abordés. Et comme dans South Park, leur traitement vulgaire, scatologique et outrancier est une bonne arme de dénonciation. On a déjà évoqué le racisme et l’homosexualité. La série parle également de l’exploitation des masses, du travail des enfants, du handicap mental, des maladies alimentaires, des troubles psychiatriques, du rapport parents/enfants, de la guerre et même, métaphoriquement, de la Shoah (Wooldoor Sockbat et toute son espèce se retrouve en pyjama rayé, mené à la mort par les Sweetcakes) et donc, de la nécessité de ne pas oublier l’Histoire. Techniquement, l’animation joue souvent des codes du genre à travers, par exemple, l’utilisation extensive de pauses inhabituellement longues dans l’action, le spectateur se retrouvant face à une image fixe pendant d’interminables secondes. La répétition, tel un hoquet emballé, agit également en instrument comique et critique. Drawn Together ose tout et, osant tout, fait œuvre de salut public. En cela, paradoxalement, c’est une série qui porte beaucoup d’espoir. Mais cela n’aura duré que trois saisons.

Article à paraître dans Écrivains en séries à paraître mi mars - ben voui, je sais, avec du retard, mais c'est pas moi qu'il faut blâmer, c'est Algie !

dimanche, mars 09, 2008

« It’s very expensive to be me. »


… lecture du très chic roman collectif Une chic fille, chez Naïve, dans le train Paris > Rennes, caressé le chien du bar/bureau de tabac de la rue de clignancourt, reçu la republication en un volume du Jardin Ouvrier (1995-2003), la revue d’Ivar Ch’vavar, publiée par Yves di Manno chez Flammarion, évité l’averse en allant voter, oublié d’aller au Marché, adoré 30 Rock ! fume trop, travaillé sur le Contre Journal de Libé à paraître le 13 mars, fait mumuse avec les presets de l’orgue B4, une petite merveille, mais je sèche, côté composition piano, sur une transition entre un do # M et un do m 7, quelle idée, aussi, bon, ça se débloquera tout seul…

« *
– Houston, le 22 octobre 2001 –
Sugar Pie, caniche

Chien chien à sa Nana. Moi. Chic. Caniche ma race. Aboie. Chut. Pas sauter. Zizi stop. Pipi maintenant. Poutou. Ici. Non, ici. Là. C’est pour qui le joli bobol. Pas sauter. Chut. Doucement. Doucement. Voilà. Qu’il est mamour. Zizi stop. Moi caniche à sa Nana. Chic. Concon le chien. La nounou. Dans le cul à son moimoi le crayon. La cutie nounou à son caniche. Elle est pas là ta maman. Dans le cul. Non, ici, pas zizi, non. Voilà maman, il est vontent, il est con, va voir maman, voilà. Chic. Non, ici. Zizi stop. Oh les mamours. Moi content. Pas besoin prozac. Chut. Aboir prozac. Non, pas besoin prozac du bobol. Pas besoin prozac du cul. Les mamours. Oh mamour. Le joli chienchien à sa Nana. Lui manque que la parole. Si manquait pas saurait Nana maman mamour pour crayon du cul la nounou. Pas besoin crayon du cul, pas besoin la nounou. Méchante avec moimoi. Moi pas crayon dans le cul si Nana pas là. Moi pas nounou. Doucement. Gentil. Zouzou. Mamour. Pas zizi. Non, ici, là, chut, pas sauter, ici, pas zizi, pas sauter, ici, là, là j’ai dit, là, là, là. Gentil chienchien. Nana contente. Zouzou. Poutou ma race. Rerepoutou. Qu’il est mamour. Qu’il est concon. Chic. Rererepoutou. Mamour. Doucement. Voilà. Pas zizi. Pas sauter. Ici, Nana. Chic. Cuite moimoi. Ici, non, là. Ici. Oh les mamours. Voilà. Doucement. Pas zizi, pas sauter. Chut. Aboie. Chut. Aboie. Chut. Aboie. Chut. Aboie. Ta gueule à moimoi, maintenant. Prozac. Méchante Nana. Méchante nounou dans le cul. Prozac à moimoi pas zizi. Pas crayon nounou dans le cul. Pas sauter. Mamour. Couché. Non, ici. Couché. Prozac. Pas zizi. Moimoi. Couché.

* »

Une chic fille, collectif Inculte, Naïve, p. 92-93.

(dessin noir & blanc d'Ivar Ch'vavar)

samedi, novembre 24, 2007

Un jour mon prince viendra

voir une lap dance.
Profitez-en pour regarder Drawn Together !

samedi, juillet 28, 2007

Un dernier pour la route quand même



... et pour frimer, surtout, parce que j'ai déjà vu le pilote : Californication, la nouvelle série de Showtime dont le héros est un écrivain en crise artistique et sentimentale interprété par David Duchovny alias le flic travesti de Twin Peaks alias, bien sûr, Mulder dans X Files.
Le gâteau sur la cerise, c'est que le héros est écrivain - j'aime bien aussi les croques-morts, les mafieux, les patrons de saloon, les empereux romains, les femmes au foyer alcooliques et atteintes de TOC, les cultivatrices de beuh, les super héros japonais et autres tueurs en série moraux - mais ici il s'agit d'un écrivain dépressif et obsédé sexuel. Où l'on observe que les écrivains américains en crise d'inspiration made in Showtime roulent en Porsche - ça change du Marché de la Poésie...

mercredi, juillet 25, 2007

Séries d'été (non, pas les séries françaises de l'été)



... en ce moment, même si ce n'est pas ma préférée, je dois avouer que je regarde (nous regardons) avec plaisir Weeds saison 3 tout en attendant avec impatience la suite de Heroes et de Dexter.
Ah oui, il reste la saison 2 de Rome, aussi, à voir...

samedi, octobre 28, 2006

Post autisme – please, beam me up…

« — Ce n’est pas ton genre, tout ça.
¬— J’essaie de ne pas avoir de genre, même pas le masculin et surtout pas le singulier. »
Jean-Jacques Schuhl, Telex n°1

Ya des moments comme ça, où l’on se sent comme si on vivait dans une machine à laver bloquée au stade essorage 1200 tours, avec le cerveau qui tourne dix fois plus vite encore, à la recherche d’une cohérence, d’une analyse un tant soit peu logique de la situation – d’où le retour de Zomig et de Biprofénid, d’ailleurs, mais la somatisation est une autre histoire…

S’il y a pourtant bien quelque chose que je déteste, ce sont les poses alarmistes, cul sur la guérite à beugler des prophéties tissées de tristes constatations d’époque du genre : c’est la chienlit/la panade/la zone/la merde/la récession/la débandade… Eheu, Eheu. La plainte, la nostalgie. Néanmoins, force est de constater que ça commence à dauber sévère, au-delà du pourri, pas plus loin que dans notre minuscule royaume à ISBN. Les mutations ne se font pas sans mal, sans doute. Et ce n’est pas la comédie imminente des prix à pots-de-sancerre/poutous mondains qui saurait nous rassurer. Certes, c’est un lieu commun de dire que dans le milieu de l’édition, tout le monde crie au loup depuis que le papier et l’encre se sont rencontrés. Mais ce coup-ci, structurellement, c’est une première puisque tous, t-o-u-s les secteurs du livre sont en crise et que l’espace de l’expérimentation, de l’édition créative, se restreint comme peau de chagrin jusqu’à devenir une utopie dans un système de distribution formatée pour les produits à potentiel de vente conséquent. (Évidemment, de nombreux éditeurs dits « expés » se créent sans cesse, mais sont-ils visibles ? correctement diffusés et distribués ?)

Je n’analyserai pas les choses chapelle par chapelle car je ne suis pas en mesure de le faire et surtout que je n’ai pas envie de passer la nuit à modérer 45 commentaires – en pleine saison 2 de Dead Wood ? impensable – mais il y a trop de fins en ce moment pour qu’on n’en soit pas atteints et surtout qu’on ne ressente pas la nécessité de penser, de toute urgence, la situation.

Il faut dribbler ce système par tous les moyens que notre imagination pourra inventer, sinon dans quelques années, on va se réjouir que Christine Angot trouve encore un éditeur dans un monde de livres hideux en corps 14, imprimés à Taiwan par des enfants mutilés, portant en quatrième de couv une pub pour Starbuck Coffee ou H&M, vendus entre les rayons condiments/épices et essuie-tout – z’imaginez le cauchemar ?

Cette édition-fiction un peu glauque pour dire que c’est sans doute le moment de s’alarmer un peu… pas de s’armer contre les moulins, bien sûr, on ne peut rien contre un courant charrié par le cynisme et l’argent. Mais de dénicher les interstices et se concentrer sur l’essentiel : la création, l’écriture, la médiation entre l’écrivain et ses lecteurs ; et peut-être d’initier quelques réflexions collectives, affinités par affinités. ( ?)

Damned, ce n’est pas mon genre, tout ça (chanter comme une sirène d’ambulance, prendre la pose du guetteur, donner des conseils, beurk). Nécessité ferait loi ? J’essaie de ne pas avoir de genre, etc.

jeudi, juin 15, 2006

Bababa®



En petits caractères au dos des étiquettes de Babybel®, il est inscrit « à consommer en plusieurs bouchées ». Babybel® – la firme – est donc contre une absorption gloutonne de Babybel® – le produit – à l’unité. Babybel® ne veut pas entendre parler de gens qui enfourneraient, comme ça, des Babybel® en entier, parleraient la bouche pleine avec les dents pleines de fromage, voire, boiraient, entre deux déglutitions grumeleuse de Babybel®. Babybel® énonce un bien-manger du Babybel®, divisable, donc, en plusieurs bouchées.

(Babybel® ne le précise pas, mais cette division peut s’effectuer directement dans la bouche grâce au tranchant des dents ou à la main, tirant sur la matière élastique jusqu’à sa rupture pour confectionner de petites portions de Babybel® propres à être mâchées).

Outre cette éthique de dégustation, on ne peut s’empêcher de penser au syndrome Bush-Bretzel® et d’imaginer toutes ces morts absurdes par absorption inconséquente de Babybel®. Des Babybel® coincés dans des trachées, des Babybel® qui empêchent l’air de passer, des Babybel® qui étouffent leur consommateur. Leur entourage essaie de les secourir ; ayant regardé Urgences®, un proche tente de percer la gorge avec un Bic® démonté… et au lieu d’offrir l’arrivée d’air salvatrice tombe sur ce maudit Babybel® qu’il ne peut même pas déloger en tirant dessus comme avec un tire-bouchon (trop gore même pour un téléspectateur assidu)…

Vanité des temps modernes, Babybel®, soleil vert d'époque...

mercredi, avril 19, 2006

« En avant, vitesse de distorsion facteur 1 »…



{Sur La Manadologie de Céline Minard, Éditions MF.}

Si Gene Roddenberry (le créateur de Star Trek) avait lu Leibniz en fumant du THC, il aurait certainement sympathisé avec Céline Minard et on aurait peut-être eu droit à une super production avec Gilles Deleuze et Léonard Nimoy à l’affiche (+ R2D2 en guest star)? Car elle initie dans sa Manadologie une rencontre du troisième type entre Science Fiction et philosophie, développant un univers SF ludique et cohérent tout en l’investissant d’une pensée – qui n’a rien à envier à des essais de facture « classique » – sur la perception, l’être, le langage… Une sorte de science-fiction spéculative – double projection vers le futur et la connaissance. Le tout à la vitesse des Lumières.

Dans la lignée du roman philosophique made in XVIIIe siècle exilant son action dans un orient propre à rendre des réalités sociales, politiques, philosophiques plus limpides, Céline Minard – dont on avait déjà remarqué le premier « voyage », R. – confronte deux voyageurs intergalactiques à une succession d’aventures qui leur montrera d’autres notions d’existence, de langage, de pensée, d’étendue, de sentiment d’appartenance à une espèce… avec pour point commun des boissons à 55° dont la saveur et l’attrait à heures fixes ne semblent guère changer…

Ainsi faut-il lire la Manadologie en bafouillant un peu la Monadologie de Leibniz ; le héros, René Dancart, est – tiens, tiens… – attaché au doute méthodique, à la morale par provision, à la question de l’union de l’âme et du corps… ; la planète Baruch est expliquée par le sage Spaïnoz ; apparition monumentale à la 2001 l’Odyssée de l’espace, un curieux morceau de cire flotte dans l’espace, semblant tout juste « tiré de la ruche : il n'a pas encore perdu la douceur du miel qu'il contenait, il retient encore quelque chose de l'odeur des fleurs dont il a été recueilli »… Chaque lieu, chaque personnage, chaque aventure est investi d’un souvenir philosophique signifiant, s’imbriquant dans une architecture dont le langage est le ciment et la quête…

Le commandant René Dancart et Maine, son ami Streck – son Spock à lui, un alien aux facultés surdéveloppées, télépathe, sensible et réservé qui change joliment de couleur selon son humeur – étudient les manifestations d’une « manade » lorsqu’ils sont contraints de quitter le site chassé par les autorités du métaroyaume – qui n’apprécie pas trop que ça manade à tort et à travers dans l’espace. S’en suit une série d’aventures qui les conduiront dans des univers où seront mises en jeu les notions de mesure, de langage, de performatif et de fiction. Cette quête s’écrivant dans une langue malicieuse et euphorique, tissée de dialogues savoureux (rencontre d’expressions populaires plus ou moins « futurisées » et d’idiomes aliens aux consonances musicales) et d’apartés irrésistibles. Car on se marre quand même beaucoup dans l’espace et son silence éternel entre une panne de navette, un accueil hostile, une rencontre de charme et une explosion mystérieuse…

Mais n’en disons pas plus, les planètes se découvrent, elles ne s’expliquent pas… après cette traversée riche en suspens, raisonnant sans stagner, philosophant en apesanteur, le lecteur ne pourra que se sentir embarqué dans le même vaisseau spéculatif et se laisser délicieusement aller à des mises en abyme vertigineuses du réel qui l’entoure… avec une bonne rasade de 55°, tout de même – il reste des valeurs absolues.

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Texte à paraître dans La Revue Littéraire du mois de mai 2006.

dimanche, avril 16, 2006

La course

… Il y a des moments, comme ça, où l’on se sent courir après le train, dans un écart qui se creuse sans cesse, le robinet qui goutte dans la baignoire qui fuit et si l’on double sur chaque case d’un échiquier le nombre de grain de blés déposés sur la case précédente tout en comparant deux horloges dont l’une retarde de 2 minutes et l’autre avance de 4 minutes 30…

{migraine}

… bref, le retard devient exponentiel et c’est – entre autres – rougelarsenrose qui trinque… En vrac : nouvelle série à addiction immédiate : Rome (en plus, c’est l’occas’ ludique de ne jamais perdre son latin…) ; une expo à fictions et le livre qui va avec (+ image ci-dessous) ; ici, à partir d’aujourd’hui, quelques notes factuelles sur Fonction Elvis ; l’envie de partir à la plage mais ce n’est sans doute pas le moment…


Photo Édouard Levé

samedi, avril 08, 2006

… oui, les séries télé sont un univers addictif…



…Un espace fictionnel suractif. Et les années 2000 ++ semblent représenter un âge d’or formel de séries initiées, par exemple, par Twin Peaks. Mais les généalogies sont plus complexes. Car justement, ce qu’il y a de bien, avec les séries, c’est que c’est un genre décomplexé…

Ça ne vous est jamais arrivé à vous ? Vous êtes censé représenter une espèce de catégorie culturelle Bac +(quelque chose entre le souvenir des fesses ankylosées sur les mauvaises chaises de l’Éduc. Nat. et le goût aigre annonciateur d’ulcère (mais c’est la nicotine, aussi) du café machine n’en ayant que le nom – de café – avec, parfois, heureusement, quelques éveils intellectuels et sensoriels, ouf), vous vous trouvez en pleine discussion dite « culturelle » avec des personnes censées représenter la même catégorie « sociale » que vous (clever fauchés) lorsque, entre une citation de Futur ancien fugitif et une allusion à Clément Rosset, vous vous mettez, sans transition à évoquer le dernier épisode de Dark Angel, de Six Feet Under, de Star Trek, des Simpsons, de Futurama… et vos interlocuteurs vous regardent soudain comme si vous veniez de commettre un geste totalement déplacé tout en ayant perdu un gros morceau de cerveau en route…

Le problème – si tant est qu’il y en ait un – est sans doute que les séries peuvent être le lieu de rencontre, justement, de plusieurs catégories culturelles. Que s’y superposent différents niveaux de lecture avec pour point commun : le plaisir de l’instant. Socialement, les séries sont fédératrices ce qui passe difficilement dans une structure hiérarchisée. Moralement, elles représentent une espèce de pause active, une détente teintée d’affects et de sentiments ; c’est encore pire.

Et puis c’est une culture de branleurs, quand même, non ? (pas de pages à tourner, de piste difficile à avaler, de place à raquer, de public à supporter…)

Yes ! so what ?

Nullement bridées par un cadre historique, esthétique ou culturel, les séries peuvent se permettre de piocher où bon leur semble pour créer leur univers dans une temporalité fragmentée qui est leur dénominateur commun. Ainsi, pour les anciens insomniaques shootés à Xfiles (amoureux de Mulder ? de Scully ? de la carrure de Skinner ?… ou juste paranos…), les insomniaques chroniques branchés sur Profiler, les régressifs-mais-pas-trop abonnés à Buffy contre les Vampires, les punks ne ratant jamais un South Park, les Œdipe foirés matant Les Feux de l’amour (avec leur grand-mère – c’est toujours moins déprimant que Julien Lepers) + Côte Ouest + Santa Barbara + Love & Married + Derrick en phase dépressive (là on commence à avoir du mal à acquiescer, tout de même…)… il existe aujourd’hui nombre de séries réconciliant une qualité d’image et de narration avec ce plaisir un brin pervers du découpage en épisodes – avec production d’adrénaline garantie.

Par exemple (en tout sauf exhaustif) : 24 heures chrono, Six Feet Under, Desesperate Housewifes, Les Sopranos, The She World, Carnivàle, Lost… il s’agit là d’un espace de création qui n’a rien à envier – du point de vue de l’exigence formelle – aux arts dits « nobles » (du 1er au 7e) avec une efficacité impactuelle décuplée.

Quant à l’effet anxiolytique – anesthésiant ? floutant ? euphorisant ?… (« divertissement » ?)… sans doute autant que la tartine du matin, la clope de 11 heures, le Spéculos dans le café, la surenchère de produits de beauté, le p’tit Chardonnay de 19 heures, le ronron du chat, l’odeur du pot-au-feu… le réel dans ses effets…

jeudi, février 23, 2006

Elvis lives // fonction Bubba Ho-Tep// fonction Superfutur


« J’ai réalisé hier soir (…) qu’avec son goût pour la drogue et le sexe, sans parler de son statut de yéti du jugement dernier, Elvis est la réponse à la question

Qui a tué Laura Palmer ? »

Greil Marcus, Dead Elvis…