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mercredi, novembre 15, 2006

Pain Killers mes amis…



Quand je pense que j’avais réussi à me convaincre de l’intérêt et de la drôlerie d’une invit’ inattendue au Lasserre – avec célébration de Michel Schneider en prime –, tout ça pour la louper à la dernière minute pour cause de baptême de morphine… (nouveau coming’in à prévoir ?) Enfuie la séquence Disney…

Ça rappelle les oreillons aux sports d’hiver, les genoux couronnés avant carnaval, l’énooorme bouton la veille de la boum, la rage de dents pendant le concert…

C’est un drôle de moment – mais c’est le seul que j’ai trouvé, faute de – pour se plonger dans le dernier Peter Sotos, commotionnant et cru. Peut-être cette fébrilité fortuite pourrait-elle exprimer un état de vulnérabilité à rechercher pour se laisser, atteindre, justement, par des écritures et des expériences de l’excès. Pas au sens propre bien sûr. Juste déstabiliser ses attentes, ses réflexes de lecture, ses rejets. Et goûter la constellation offerte par Laurence Viallet à travers les éditions Désordres – qui viennent de publier un nouveau livre : Émile perverti de René Schérer… va falloir passer à la Vitamine C pour faire diminuer un peu les piles « à lire »…

dimanche, novembre 05, 2006

samedi, avril 08, 2006

… oui, les séries télé sont un univers addictif…



…Un espace fictionnel suractif. Et les années 2000 ++ semblent représenter un âge d’or formel de séries initiées, par exemple, par Twin Peaks. Mais les généalogies sont plus complexes. Car justement, ce qu’il y a de bien, avec les séries, c’est que c’est un genre décomplexé…

Ça ne vous est jamais arrivé à vous ? Vous êtes censé représenter une espèce de catégorie culturelle Bac +(quelque chose entre le souvenir des fesses ankylosées sur les mauvaises chaises de l’Éduc. Nat. et le goût aigre annonciateur d’ulcère (mais c’est la nicotine, aussi) du café machine n’en ayant que le nom – de café – avec, parfois, heureusement, quelques éveils intellectuels et sensoriels, ouf), vous vous trouvez en pleine discussion dite « culturelle » avec des personnes censées représenter la même catégorie « sociale » que vous (clever fauchés) lorsque, entre une citation de Futur ancien fugitif et une allusion à Clément Rosset, vous vous mettez, sans transition à évoquer le dernier épisode de Dark Angel, de Six Feet Under, de Star Trek, des Simpsons, de Futurama… et vos interlocuteurs vous regardent soudain comme si vous veniez de commettre un geste totalement déplacé tout en ayant perdu un gros morceau de cerveau en route…

Le problème – si tant est qu’il y en ait un – est sans doute que les séries peuvent être le lieu de rencontre, justement, de plusieurs catégories culturelles. Que s’y superposent différents niveaux de lecture avec pour point commun : le plaisir de l’instant. Socialement, les séries sont fédératrices ce qui passe difficilement dans une structure hiérarchisée. Moralement, elles représentent une espèce de pause active, une détente teintée d’affects et de sentiments ; c’est encore pire.

Et puis c’est une culture de branleurs, quand même, non ? (pas de pages à tourner, de piste difficile à avaler, de place à raquer, de public à supporter…)

Yes ! so what ?

Nullement bridées par un cadre historique, esthétique ou culturel, les séries peuvent se permettre de piocher où bon leur semble pour créer leur univers dans une temporalité fragmentée qui est leur dénominateur commun. Ainsi, pour les anciens insomniaques shootés à Xfiles (amoureux de Mulder ? de Scully ? de la carrure de Skinner ?… ou juste paranos…), les insomniaques chroniques branchés sur Profiler, les régressifs-mais-pas-trop abonnés à Buffy contre les Vampires, les punks ne ratant jamais un South Park, les Œdipe foirés matant Les Feux de l’amour (avec leur grand-mère – c’est toujours moins déprimant que Julien Lepers) + Côte Ouest + Santa Barbara + Love & Married + Derrick en phase dépressive (là on commence à avoir du mal à acquiescer, tout de même…)… il existe aujourd’hui nombre de séries réconciliant une qualité d’image et de narration avec ce plaisir un brin pervers du découpage en épisodes – avec production d’adrénaline garantie.

Par exemple (en tout sauf exhaustif) : 24 heures chrono, Six Feet Under, Desesperate Housewifes, Les Sopranos, The She World, Carnivàle, Lost… il s’agit là d’un espace de création qui n’a rien à envier – du point de vue de l’exigence formelle – aux arts dits « nobles » (du 1er au 7e) avec une efficacité impactuelle décuplée.

Quant à l’effet anxiolytique – anesthésiant ? floutant ? euphorisant ?… (« divertissement » ?)… sans doute autant que la tartine du matin, la clope de 11 heures, le Spéculos dans le café, la surenchère de produits de beauté, le p’tit Chardonnay de 19 heures, le ronron du chat, l’odeur du pot-au-feu… le réel dans ses effets…

dimanche, mars 26, 2006

Cocain Cola

… Où l’on découvre l’enfance malheureuse de Marlon Brando (icône kitch à ses heures), le taux de cocaïne contenu dans le Coca Cola d’origine, le complexe d’Œdipe négatif de Sade, les origines de Winnie l’Ourson, les culottes de golf et les concours de poésie qu’appréciait l’Empereur Hiro-Hito, les talents de Nancy Reagan en matière de fellation, le fusil à deux coups de Burroughs, l’admiration de Mussolini pour Mae West, la résolution du dilemme « nourriture ou sexe ? » (ne pas choisir), la carrière de footballeur ratée de F. Scott Fitzgerald, la blondeur naturelle d’Elvis Presley dissimulée sous sa teinture noire de héros de Comics, l’appétit sexuel de Einstein…

Balayage rétrospectif de notre siècle & beyond à renfort d’intelligence acérée et d’humour traversant le ciselage précis de formules efficaces – façon « la chapelle Sixtine de la punkitude » (sur Mad Max) ou « … nombreux {sont} ceux qui considèrent déjà Joyce et Proust comme la meilleure approximation du Valium. » –, Millénaire mode d’emploi fait le tour des mythologies et des icônes de notre époque pour mettre à jour une série d’éléments récurrents, obsessionnels, pouvant agir comme l’exosquelette d’une autobiographie possible de J.G. Ballard. Une autobiographie comme une galerie de portraits, de sujets de fascination, d’objets de désirs et de répulsion. La vision du monde à la fois euphorique (l’engouement de l’émotion esthétique) et cruelle (la cruauté de l’Histoire) d’un honnête homme non pas contemporain mais futur car résolument tourné vers la science-fiction.

Partie intégrante de l’œuvre et de la vie de J. G. Ballard, la science-fiction apparaît, selon lui, comme le seul horizon possible pour la littérature : « … je crois fermement que la science-fiction est la littérature authentique du XXe siècle et qu’elle est probablement la dernière forme littéraire qui existe avant la mort du mot écrit et la domination de l’image visuelle. » (p. 25). En revanche, les réalisations cinématographiques de sciences-fiction le laissent en général perplexe sauf quelques exceptions parmi lesquelles on pourrait citer Alphaville de Jean-Luc Godard ou La Jetée de Chris Marker, donnant lieu à des articles aussi précis que subtiles. J. G. Ballard est ainsi souvent tourné vers des extrapolations futures, parfois fantasques, souvent irrésistibles : « Une littérature invisible prolifère autour de nous aujourd’hui – télécopies, courriers électroniques, communiqués de presse et notes de service, obscurs romans d’aérogares habillés de couvertures métallisées, que nous remarquons à peine sur le chemin de la boutique hors-taxes. Un jour, dans un futur proche, lorsque le dernier siège de société aura été démoli et que nous gagnerons tous notre vie devant nos terminaux domestiques, des anthologies de notes de services du vingtième siècle seront peut-être aussi recherchées que la correspondance de Virginia Woolf ou de T. S. Elliot. » (p. 96)

C’est à travers cet esprit d’un humour tranchant au vif des hypocrisies et du mauvais goût que J. G. Ballard recompose les jalons de notre culture qui se mue en défilé bariolé de mythes, de dictateurs, de catastrophes, de chef-d’œuvres, de nanards, de héros, de célébrations, de tristes sires, de souvenirs, de bouffons, d’innocents… Outre cette sélection d’articles, Millénaire mode d’emploi se compose également d’un texte à proprement parlé autobiographique, « La fin de ma guerre », narrant l’enfance de J. G. Ballard dans un Shanghai tout juste libéré, en ruines ; un passage sensible et analytique, d’une facture rappelant celle de ses romans, dévoilant la matrice de nombreuses obsessions (également développée dans l’article consacré aux « espaces intérieurs » des écrivains).

Cette cosmogonie ne serait pas complète sans un glossaire en célébrant les icônes = « CHAPLIN – La grande réussite de Chaplin a été de discréditer le corps et de ridiculiser tout concept de la dignité du geste. (…) PASOLINI – Le sociopathe comme saint. (…) PROTHÈSES – Le complexe de castration élevé au niveau d’une forme d’art. (…) RÉPONDEURS – Ils nous entraînent patiemment à penser dans une langue qu’il leur reste à inventer. »

On aura compris – on le savait sans doute déjà – que J. G. Ballard est un auteur majeur, et plus encore, en ce qu’il parvient à faire se rencontrer l’exigence de la littérature avec une thématique qu’elle a trop longtemps relégué au rang de para- ou d’infra- par snobisme suranné : la science-fiction. Il fait œuvre des stéréotypes qui nourrissent notre quotidien – la violence, la technologie, la culture de la célébrité… – en en mettant à nu les rouages dans une langue d’une beauté grinçante, magnétique.


Millénaire mode d’emploi de J. G. Ballard, Éditions Tristram.
Note publiée dans La Revue Littéraire.

jeudi, février 23, 2006

Elvis lives // fonction Bubba Ho-Tep// fonction Superfutur


« J’ai réalisé hier soir (…) qu’avec son goût pour la drogue et le sexe, sans parler de son statut de yéti du jugement dernier, Elvis est la réponse à la question

Qui a tué Laura Palmer ? »

Greil Marcus, Dead Elvis…