Affichage des articles dont le libellé est musique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est musique. Afficher tous les articles

dimanche, août 30, 2009

Au Chili

Au Chili, il fait froid en été qui est l’hiver.

Au Chili, la lune semble à 90° quand on a l’habitude de la voir depuis l’Europe – ou alors les cartes postales mentent.

Au Chili, la lune est énorme – ou alors photoshopée, et les cartes postales mentent.

Au Chili, je n’ai pas vu la lune qui se cachait derrière les nuages.

Au Chili, on dit que le temps évolue à chaque changement de lune.

Au Chili, il y a du papier toilette dans les toilettes des universités et des bouteilles d’eau portant le logo de l’université – j’aurais aimé aller à l’université au Chili.

Au Chili, la télévision de ma chambre d’hôtel ressemblait à celle de ma grand-mère. N’ayant plus de télévision depuis 1994, cela m’a permis d’approcher cet appareil bombé et familier sans appréhension ni télécommande.

Au Chili, Anne-James Chaton pourrait être millionnaire – en Pesos chiliens.

Au Chili, il y a des livres dans les clubs de jazz – en tout cas au Thelonius.

Au Chili, « después » se prononce à peu près « de’pué’ » et « yesterday » « ye’terday ».

Au Chili, il semble y avoir une certaine obsession concernant les maladies cardio-vasculaires.

Au Chili, il semble y avoir une certaine obsession concernant d’éventuels fruits ou légumes importés.

Au Chili, il peut faire en 30 et -2 °.

Au Chili, on peut aller du désert à la montagne – qui est une sorte de désert.

Au Chili, on est tombé sur Andy Moor alors qu’Anne-James Chaton était en train de prononcer son nom. C’était assez bizarre. Joachim Montessuis a dit : « Il est apparu comme un rabbit sort d’un chapeau. »

L’île de Pâques fait partie du territoire chilien.



À l'ami Vicente Perez de Arce.

Vous pouvez également voir cette vidéo sur le site Dailymotion pour éviter que le 16/9 ne soit amputé.

jeudi, avril 23, 2009

OVNI

OVNI, c’est un magazine publié au Canada et dirigé par Éric de Larochellière (l’éditeur des superbes éditions du Quartanier) et Karine Denault. On y parle de d’art, de littérature, de musique, de cinéma et d’autres choses encore (de skate-board, par exemple…), d’une plume fine, maligne, qui tire dans les coins pour dénicher la perle rare. On y trouve aussi un espace dédié aux textes de création.

Pas de règlements de comptes, pas de séduction facile au détriment du contenu, pas de vol plané au secours de la victoire, pas de baromètre à la con… mais un réel travail d’analyse de l’actualité artistique et littéraire, avec le désir de faire connaître ce qui n’est pas forcément toujours sur le devant de la scène.

Vous y trouverez même quatre pages sur Jandek !

Dans OVNI, il y a de très belles photos mais surtout beaucoup de textes – pari inverse de nombre de magazines culturels contemporains… Loin de l’effet graphique clinquant et cheapissime, OVNI prend le pari d’un papier satiné de bonne main et de choix graphiques de grande classe.

Bref, j’y suis abonnée et je vous le conseille aussi !

Si vous habitez à Paris et que vous voulez jeter un œil au magazine, allez à la Librairie du Québec (où vous pouvez aussi acheter en ligne).

Renseignements : ovnimagazine@gmail.com

mardi, décembre 30, 2008

Le premier jour

... et c'est qui qui a réussi à finir sa pièce sonore d'une minute (enfin un peu plus, on va pas chipoter) pour le CRUNCHY-CRUNCH de Joël Hubaut/Station Mir/NAD ? C'est Loloche ! Et même qu'elle est vachement fière car c'est le premier truc mobilisant un certain dynamisme neuronal qu'elle arrive à faire depuis à peu près un mois !

dimanche, décembre 28, 2008

mercredi, novembre 26, 2008

Soleil du soir

Une chanson du nouvel album de Dick Annegarn, clip Michek Gondry :

samedi, novembre 15, 2008

The Narcotic Story

La grosse claque de l’année 2007, tellement grosse que je la sens encore, c’est l’album d’Oxbow, The Narcotic Story, et ce n’est pas Emmanuel ou Basile qui vont dire le contraire.

Oxbow, c’est Dan Adams à la basse, Greg Davis à la batterie et aux percussions, Eugene Robinson au chant et à la plume, et Niko Wenner à la guitare, aux claviers et aux compositions. The Narcotic Story est loin d’être leur premier album, c’est même leur sixième après Fuckfest en 1989, Kind of the Jews en 1991, Let Me Be a Woman en 1995, Serenade in Red en 1997 et An Evil Heat en 2002. Mais, je l’ai déjà écrit, je commence souvent par la fin.

Ce qui surprend dès l’abord de The Narcotic Story, c’est l’équilibre entre un son rock et des arrangements complexes (violons, violoncelle, hautbois, basson, clarinette…) où plus exactement l’impression que tout est exactement à sa place sans être pour autant léché. Ce serait plutôt un chaos (K.O. ?) qui aurait rencontré la grâce. Cette incarnation supra carnée de l’oxymore étant un bon résumé d’Oxbow.

L’album est narratif comme l’est également Serenade in Red – les autres, je ne sais pas encore (c’est que j’ai besoin des livrets pour causer, moi). Au départ, The Narcotic story a été conçu comme une bande originale de film d’où l’omniprésence de l’orchestre et les voix chuchotées, toutes proches. Le soin des détails. C’est vrai que, dans un genre très différent, certaines constructions m’ont fait penser à Christophe qui imagine également ses albums comme des films. Quelque chose qui dépasse largement le cadre de la piste. L’histoire, c’est celle de Franck dans la sublime abjection du monde, winner & losser every time : « my numbers are always the right numbers »/« my numbers are NEVER not the right one ». Avec une obsession, donc, pour les extrêmes, la confusion du personnage extrêmement down et extrêmement high à la fois. Mais qui finit par trouver une nervure le reconstruisant et reconstruisant le monde autour de lui : « It’s the giving/Not the taking/That I love ».

Bande originale d’un livre fantôme, The Narcotic Story est également composé comme un livre, pas si évanescent. Dans les entretiens en lien ci-dessous, Eugene Robinson parle de littérature. Pour lui, les mots viennent d’abord, comme charge d’histoires et d’émotion. Niko Wenner compose ensuite à partir de ces textes et le sens, la couleur finale naissent, bien entendu, de cette interprétation et recréation.

Le livret se présente comme un petit livre qu’il est, avec une table des matières et une citation de la Satire X de Juvenal, à la langue crue et savante, en exergue :

« I demens ! et saevas curre per Alpes, Ut pueris placeas et declamatio fias »

Grosso modo : « Va insensé, cours à travers les Alpes escarpées, pour finalement amuser des écoliers et devenir un sujet de déclamation. »

Ce qui d’entrée de jeu trace un portrait ambivalent de héros un peu gonflé, un peu ridicule, un héros exposé aux vents et aux quolibets. Mais héros quand même. Le texte placé sous cet exergue (non chanté, simplement présent dans le livret) décrète : « failure is the only option » – cette idée étant ensuite malmenée, comme on l’a évoqué puisque « the geometry of business » is variable…
Parenthèse factuelle, ce portrait d’excité traversant les Alpes davantage que les Rocheuses correspond assez bien à Eugene Robinson (j’aime bien prononcer son nom à la française, tout de suite, ça veut dire autre chose…), Oxbow étant beaucoup plus connu en Europe qu’aux Etats-Unis – où, selon les dires des musiciens eux-mêmes, ils serait carrément méconnus…

Enfin, trêve de. Dans l’entretien vidéo avec Françoise Massacre, Eugene Robinson parle de la nécessité de l’économie de mots. Il trouve qu’il écrivait trop dans Serenade in Red et que ce flux pouvait paradoxalement nuire à la narration dans ce contexte. Avec la musique, l’ellipse révèle et fait sens. C’est sans doute pourquoi c’est un latin – la langue latine étant très concentrée, sans superflu – qui ouvre le livret. On peut également y lire des phrases entre parenthèse, non chantées. Les ellipses. Le travail de soustraction de l’écrivain.

Cet écrivain insensé, cet écrivain au daïmôn les porte, ses mots, sur scène, dans une transe aiguë : « It’s the giving/Not the taking/That I love ». Un état qui peut paraître incompréhensible, le chanteur s’y effeuille sans en avoir conscience et répond d’ailleurs ainsi à Françoise Massacre au sujet de la nudité ou plutôt de ce que représente sa nudité sur scène :
« E.R : Bien. (Pause) J’ai une question pour toi. Pourquoi tu retires tes fringues pour baiser ? Hum… ok. (Rires) Ne me dis pas que tu restes habillée (Rires)
F.M. : Joker.
E.R. : Plus sérieusement, ce que je veux dire, c’est que quand tu baises, personne ne t’oblige à retirer tes vêtements. Sur scène, c’est exactement la même chose… »
Une transe, une mise à nu qui peut le rendre fragile en le transformant en « sujet de déclamation » pour les enfants – c’est sans doute pour ça que Françoise Massacre, encore et toujours elle (I love Françoise Massacre) a intitulé l’un de ses articles : « Oxbow, musique pour adultes ». Et c’est justement cette fragilité qui le rend fort car elle le porte au-delà. C’est dans cette dialectique que se déplace Eugene Robinson.

Peu après la sortie de The Narcotic Story, il a publié Fight (chez HarperCollinsPusblishers). Un drôle de livre grand format, cartonné, tout en quadri, richement illustré, bien sanglant, sur le combat : « everything you wanted to know about ass-kicking but were afraid you’d get your ass kicked for asking ».
Je ne vous parlerai pas en détail de ce livre, le slang qui s’y développe dépassant largement mes compétences linguistiques (et puis il est trop tôt pour mater des nez défoncés) mais en gros, c’est une étude sur la fascination du combat, à travers ses formes institutionnelles, artistiques et très prosaïques – free fighting, combats de rue, de prison…

Refermant les parenthèses les unes après les autres
)))))))))
je dirai que peu d’albums représentent un tel concentré d’énergie, de vie, d’émotion à l’état pur, pour moi. On parle souvent de noirceur concernant Oxbow. C’est tout l’inverse – cf, d’ailleurs, la conception de leur site Internet noir OU blanc (oh, encore une parenthèse !) –, la dialectique dont j’ai parlé y fonctionne au contraire parfaitement. On n’est pas dans un oubli du monde, dans des couleurs pastels. On n’est pas des anges sans épreuves ni combats. Mais bien des cœurs battants dont le sang, parfois, s’épanche. Le plus souvent, il bat en désir, « rise and shine ». C’est au milieu du chaos que le winner/loser existe, et le winner/loser le chante et le crie, se reconnaît dans le miroir, aime son reflet, est heureux et malheureux, heureux encore, high, down, le winner/loser danse, donne et jouit.


Sur Oxbow :

Le site du groupe : à vous de choisir l’entrée, lumineuse ou obscure, donc…
Le site d’Eugene Robinson.
Un entretien écrit avec Françoise Massacre en juin 2007 à la Loco.
Un article de Ana C. dans Millefeuille.
Un entretien vidéo avec Françoise Massacre en juillet 2008 à la Maroquinerie (j’y étais !!!), première partie. Et deuxième partie.
Une autre vidéo.
Un livre de Samuel Rochery prenant pour titre Oxbow (+ p).
Un aperçu dans Les Cahiers de Benjy.

lundi, novembre 03, 2008

Les ondes silencieuses


Je découvre colleen en commençant par la fin, Les ondes silencieuses, j’appréhende donc son chemin à rebours, des instruments rares et anciens (viole de gambe, épinette…) aux boucles électroniques (à partir de sons acoustiques, il faut le préciser) alors qu’il s’agit de : des boucles électroniques aux instruments rares et anciens. Chemin diablement plus intéressant.
L’électronique est un outil.
La musique est la musique.
La physique de l’instrument est matière à émotion.
Telle est, du moins, ma conclusion d’auditeur.

Je vis donc avec elle – c’est ce qu’elle souhaite partager – ce son de viole sublime, joué sans virtuosité mais sur un tempo apaisé qui permet à l’instrument de se poser tranquillement dans la pièce et d’abolir le temps (« this place in time », je jette un œil au titre après avoir écrit cette phrase…)



J’écoute cette étrange partition du « labyrinthe », à l’épinette (qu’on pourrait décrire rapidement comme un petit clavecin), partition qui joue des décalage rythmiques infimes, des pauses, respirations profondes. S’y dessinent comme des phrases de voix humaine, des bribes de conversation davantage qu’un archétype de sarabande ou de fugue. À la moitié du morceau, la mécanique de l’instrument devient très présente et donc, le corps du musicien. L’alliance de la mécanique de l’instrument et du geste du musicien. Quand intensification il y a, elle est chromatique. Et des pluies de ritournelles achèvent la scène.



La guitare acoustique apparaît, semblant doucement jouée au doigt (j’allais dire tamisée et là encore, ça tombait bien : « sun against my eyes ») associée à la clarinette. La douceur du son n’est pas sans me rappeler (là encore, ce devrait être l’inverse, leur album date de 2008) le travail des musiciens de The Magic I.D. – dont la guitare est un chouilla plus piquante, plus guitare – ou plus exactement les deux premières minutes de « True Holiday ». Album, Till my breath gives out que je conseille également ardemment si je ne l’ai pas déjà fait. Mais revenons à « sun against my eyes ». Guitare et clarinette commencent à s’entremêler puis, au quart du morceau, décident de cheminer en mélodie et ça pourrait ne jamais s’arrêter tellement, soudain, c’est l’évidence de la musique, le rythme des doigts, le souffle comme une simple respiration qui aurait décidé de parler.

La viole joue ensuite à la drôle de guitare dans « blue sands » (comme elle le fera dans « past the long black land » et « le bateau ») en accords arpégés, toute vibrante, presque frémissante, jusqu’à l’apparition de cordes frottées en aigus naïfs, presque crissants. Et tout finit en doubles cordes.

Je m’arrêterai aux « echoes and coral », sons de verres en crystal semblant sonner dans la brume, le but de ces quelques lignes n’étant pas analytique mais engageant…

J’ajouterai seulement qu’on pourrait parler d’« apprentissage de la lenteur », pour reprendre une expression de Glenn Gould, dans ce troisième album. Jetant un œil à la définition de « lenteur », je ne trouve que des éléments négatifs, le présupposé étant que la vitesse est positive et la lenteur négative. Pourtant, l’étymologie est tout autre. « Lentus », aux origines obscures, sans doute étrusques, référant à la souplesse, à l’élasticité. Plasticité des eaux dans lesquelles on ne se baigne pas deux fois, loin des rumeurs furieuses du monde. colleen a tout compris ou plutôt senti.

Dernière parenthèse. Je ne sais pas pourquoi, pendant l’entretien avec François Bon, j’ai parlé de physique, d’un rapport physique à l’écriture – je ne l’avais jamais évoqué avant. Je crois que c’est lorsqu’il me parlait d’« idées » de livres. Je ne crois pas aux idées de livres au alors comme listes d’idées (cf. Œuvres d’Édouard Levé) Je ne crois qu’aux formes réalisées. Cette intuition se confirme à l’écoute de la musique de colleen. Il s’agit de formes à sensibles, de mélodies, d’émotion, dans son sens étymologique. Comme l’écrit Emmanuel Rabu : « une émotion est un mouvement ».

Visuel de l'album de colleen : Iker Spozio.

Outre l'entretien avec la blogothèque cité plus haut, voici quelques pages consacrées à colleen (j'ai éliminé ceux qui parlaient d'electronica ambient !) :
Autres directions
pop news
Millefeuille
Jade

jeudi, octobre 09, 2008

sous la barque (quand on creuse)

Depuis quelques jours, on trouve chez tous les bons disquaires le premier disque du groupe Molypop.


Découvrez Molypop!


En exclusivité mondiale, je vous livre ci-dessous un descriptif de l’album, à travers quelques chansons, tiré d’un entretien réalisé avec Emmanuel Tugny – qui signe toutes les paroles et compositions.

« Sous la barque : L’idée était de faire une chanson sur un jeu enfantin qui consistait à creuser des cabanes sous les barques déposées sur les plages en Bretagne. Le phénomène acoustique est le même que lorsque l’on met un coquillage sur l’oreille, on y entend la mer d’une façon étonnamment puissante. Le sens se rapproche de celui de la chanson La pêche à la ligne, à savoir que lorsque l’on veut s’arrêter de comprendre les choses, les choses vous parviennent avec une intensité folle. C’est une autre chanson sur la contemplation et la nécessité d’y arriver. Alors ce qu’on contemple, ce n’est pas seulement la nature et des objets inanimés, mais aussi ce qui nous intéresse dans la nature et en fait partie, c’est-à-dire les femmes.

Je fume plus : Si je fume est-ce que je me guéris ? En France, la réponse est clairement non, c’est en arrêtant que l’on va se sauver, moins on fume, plus on est sain. Moi j’avais l’impression en écrivant cette chanson que c’est justement en arrêtant de fumer que l’on se sauvait pas. Le fait d’arrêter de fumer implique la rupture nette avec un lien au monde formidable, le lien aux amis, le lien au jardin, le lien au café, toutes ces petites choses qui sont fondamentales pour vivre, justement, et par conséquent on ne meurt pas moins en ne fumant plus, on meurt plus, et puis finalement, j’ai généralisé l’affaire dans le refrain en disant qu’au fond, c’est La peau de chagrin de Balzac : la vie tue. « La vie est ce qui tue la vie ». Ce qui est le plus dangereux pour la santé, c’est de vivre, ce n’est pas de fumer. Plus l’on vit longtemps, plus la mort est terrible. Il y avait une émission sur France Inter sur ce sujet justement, et tout le monde était d’accord, mais un auditeur a appelé en disant “ Oui c’est bien joli tout ce que vous me dites, mais moi j’ai pas envie de m’emmerder 170 ans. Je veux bien vivre longtemps, mais si je vis sans fumer sans baiser, sans me droguer, je vais m’emmerder, donc j’aime autant fumer et pas vivre longtemps. ”

La Parade : C’est un appel à l’aventure. C’est pour cela que L’Espérance est centrale dans cet album, car il fallait absolument que cela se termine sur une note d’espérance. Des gens sont morts, des gens vous ont quitté, la situation contemporaine est un peu merdeuse, on ne peut plus fumer, tout d’un coup les dieux de la métaphysique médiévale refont leur apparition, on souffre de ne pas pouvoir être contemplatif, de ne pas pouvoir voir les choses mais ce n’est pas grave puisqu’un nouvel amour, de nouveaux pays, des choses illusoires mais bandantes vous attendent au bout du voyage, c’est ça l’idée. C’est ce que dit Woody Allen dans un film : “ La réalité est atroce mais c’est le seul endroit où l’on peut manger un bon bifteck. ” Hé bien La Parade, c’est cela : je vais un jour rencontrer ce bifteck. Prends un train et tu vas voir, ça va être super mieux après. C’est jamais super mieux après, mais il vaut mieux se dire que ce sera super mieux. Et c’est pour ça que les dernières notes de l’album sont des notes de fête. Allez hop ! Joue de la trompette en plastique ! Et si t’as pas de trompette tu vas la faire avec la voix et si t’as pas de voix tu vas la faire avec les aisselles et puis démerde toi pour faire plutôt que de ne pas faire ! Et peut-être que ce sera la cause du salut. »

Ah oui, et pourquoi « Molypop » ? Bon, deuxième exclusivité mondiale mais c’est bien parce que c’est vous… Dans la mythologie grecque, le moly (μῶλυ) est une plante magique. Dans L’Odyssée, Hermès en offre à Ulysse comme antidote aux sortilèges de la magicienne Circé, qui transformait ses hommes d’équipage en pourceaux : « (...) le dieu aux rayons clairs tire du sol une herbe, qu’il m’apprit à connaître avant de la donner : la racine en est noire, et la fleur, blanc de lait ; « μῶλυ » disent les dieux ; ce n’est pas sans effort que les mortels l’arrachent ; mais les dieux peuvent tout. »… C'est peut-être une explication...

mardi, octobre 07, 2008

Fabiana Cozza em Europa

Caras, la grande Fabiana Cozza en concert à Paris ce soir à la Favela Chic mais aussi le 10 octobre au Festival Brésil de la Mairie du XIIe arrondissement. Les berlinois quant à eux pourront l'entendre le 9...

7/10 à 22 heures
Roda do Cavaco invite Fabiana Cozza à la Favela Chic
18 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris

9/10 à 22h30
Popkomm - Wabe Jazz Club
Danziger Straβe 101, Berlin

10/10 à 20h30
Festival Brésil Douze à la Mairie du Douzième
130 Avenue Daumesnil, 75012 Paris



dimanche, septembre 21, 2008

Le Jakez Orkeztra

En première bloggeuse, le Jakez Orkestra !



Et ce n'est pas seulement parce que la violoniste, Célia Picciocchi, est ma meilleure amie d'enfance et de toute éternité...
C'est un groupe corse qui ne fait pas de paghjella, ben ouais.



On retrouve aussi Célia dans le quatuor Elixir.


dimanche, juin 29, 2008

Aimer ce que nous sommes




Découvrez Christophe!



Découvrez Christophe!



Découvrez Christophe!

mercredi, mai 28, 2008

En voilà une nouvelle

et une bonne !



(Photo Olivier Roller).

samedi, mars 22, 2008

Plein jeux

… Tel est le titre de la dernière pièce de Pierre Henry, magnifique, qu’on pouvait écouter à la Cité de la Musique jeudi dernier, ainsi que La Grande Toccata, La Noire à soixante et Granulométrie, dans un dispositif sonore impressionnant, le maître à la table.

Bon, je le dis d’emblée histoire de m’en débarrasser, je suis nettement moins fan du jeu de lumières accompagnant la musique. Et puis je suis allergique aux fumigènes. J’en imagine bien la fonction ; ce travail lumineux peut servir de support visuel à un public très jeune (façon féerie des eaux au Rex) ou peu averti, soulignant les architectures musicales, appuyant les effets. Mais bon… L’avantage étant néanmoins qu’on peut fermer les yeux pour s’en passer ce qui est tout de même fort pratique et a d’ailleurs été fort pratiqué.

La Noire à soixante (1961) est, selon Pierre Henry, un « essai de structuration subjective du temps » et un « conditionnement rythmique à la mesure de chaque auditeur ». Bref, le fantasme de chaque musicien : pulvériser le métronome, carcan à la fois douillet et détesté. Le diffracter, mais en post percussionniste, en multipliant les battements dans une grande économie de moyen dont le classicisme rappellerait le projet du Clavier bien tempéré, par exemple. C’est une œuvre qui subdivise le temps en en conservant la logique, qui le provoque et en célèbre l’inéluctabilité. Une présence aussi indissociable qu’une ombre avec laquelle on joue, lui imprimant des formes décidées.

Granulométrie (1967) est une autre œuvre mythique, en ce qu’elle concrétise la rencontre de Pierre Henry et de François Dufrêne. C’est donc une pièce violemment expressionniste (comparée au "classicisme" de La Noire à soixante) qui se concentre sur le travail vertigineux de la voix : cris, murmures, borborygmes, râles… L’un de mes voisins de rangée en trouvait la facture un peu vieillie. Moi, pas du tout. Écouter Granulométrie avant ou après une pièce de Mike Patton, par exemple (je parle évidemment des pièces expérimentales), on aurait presque du mal à les dater. De surcroît, la rencontre des univers à la fois proches (la musique concrète/la poésie sonore) et distants (la voix, brute/la recherche sonore, symbolique) crée une alchimie profuse et sensible : la tension de ces deux extrêmes module une outrance éloquente, terriblement sensible.

Enfin, concernant Plein jeux, pièce en cinq mouvements (« Pressentiment », « Expérience », « Croissance », « Plénitude ») je vais citer Pierre Henry : « Une polyphonie de claviers, une miniaturisation de motifs musicaux exécutés sur un piano sont les principaux paramètres de cette composition.
Plein jeux est une aventure esthétique vécue comme une expérience intérieure : combat/exaltation, intensité/rythmicité, repos/pulsation. Je tente ici une réalité temporelle sans cesse recommencée. Pour moi, et en contradiction avec Gaston Bachelard, le réel est continu. »

dimanche, mars 09, 2008

« It’s very expensive to be me. »


… lecture du très chic roman collectif Une chic fille, chez Naïve, dans le train Paris > Rennes, caressé le chien du bar/bureau de tabac de la rue de clignancourt, reçu la republication en un volume du Jardin Ouvrier (1995-2003), la revue d’Ivar Ch’vavar, publiée par Yves di Manno chez Flammarion, évité l’averse en allant voter, oublié d’aller au Marché, adoré 30 Rock ! fume trop, travaillé sur le Contre Journal de Libé à paraître le 13 mars, fait mumuse avec les presets de l’orgue B4, une petite merveille, mais je sèche, côté composition piano, sur une transition entre un do # M et un do m 7, quelle idée, aussi, bon, ça se débloquera tout seul…

« *
– Houston, le 22 octobre 2001 –
Sugar Pie, caniche

Chien chien à sa Nana. Moi. Chic. Caniche ma race. Aboie. Chut. Pas sauter. Zizi stop. Pipi maintenant. Poutou. Ici. Non, ici. Là. C’est pour qui le joli bobol. Pas sauter. Chut. Doucement. Doucement. Voilà. Qu’il est mamour. Zizi stop. Moi caniche à sa Nana. Chic. Concon le chien. La nounou. Dans le cul à son moimoi le crayon. La cutie nounou à son caniche. Elle est pas là ta maman. Dans le cul. Non, ici, pas zizi, non. Voilà maman, il est vontent, il est con, va voir maman, voilà. Chic. Non, ici. Zizi stop. Oh les mamours. Moi content. Pas besoin prozac. Chut. Aboir prozac. Non, pas besoin prozac du bobol. Pas besoin prozac du cul. Les mamours. Oh mamour. Le joli chienchien à sa Nana. Lui manque que la parole. Si manquait pas saurait Nana maman mamour pour crayon du cul la nounou. Pas besoin crayon du cul, pas besoin la nounou. Méchante avec moimoi. Moi pas crayon dans le cul si Nana pas là. Moi pas nounou. Doucement. Gentil. Zouzou. Mamour. Pas zizi. Non, ici, là, chut, pas sauter, ici, pas zizi, pas sauter, ici, là, là j’ai dit, là, là, là. Gentil chienchien. Nana contente. Zouzou. Poutou ma race. Rerepoutou. Qu’il est mamour. Qu’il est concon. Chic. Rererepoutou. Mamour. Doucement. Voilà. Pas zizi. Pas sauter. Ici, Nana. Chic. Cuite moimoi. Ici, non, là. Ici. Oh les mamours. Voilà. Doucement. Pas zizi, pas sauter. Chut. Aboie. Chut. Aboie. Chut. Aboie. Chut. Aboie. Ta gueule à moimoi, maintenant. Prozac. Méchante Nana. Méchante nounou dans le cul. Prozac à moimoi pas zizi. Pas crayon nounou dans le cul. Pas sauter. Mamour. Couché. Non, ici. Couché. Prozac. Pas zizi. Moimoi. Couché.

* »

Une chic fille, collectif Inculte, Naïve, p. 92-93.

(dessin noir & blanc d'Ivar Ch'vavar)

mardi, février 19, 2008

RALBUM #1

... mais c'était pour la bonne cause ! L'enregistrement du RALBUM ROUGE au studio Cocoon, près de Rennes, un projet créé par Emmanuel Tugny & Olivier Mellano en réaction à la donne sociale et politique contemporaine. Un album énervé, qui voit rouge, l'écrit, le compose et le chante, frontalement. Le hasard - mais il n'en existe jamais vraiment - a voulu que ce projet soit diffusé (il sortira le 5 mai) au moment de l'anniversaire de mai 68 que le gouvernement a tendance à vouloir évacuer comme l'un de ces détails de l'Histoire.

Nous espérons que ce Ralbum 2008, s'il ne lancera pas de pavés physiquement graniteux, constituera une série de tracts à penser et à écouter. C'est ainsi qu'il a été conçu.

Il réunit :
- les musiciens (outre Olivier Mellano - composition, voix, guitare, claviers, programmation - & Emmanuel Tugny - composition, voix, guitare) :

Nicolas Courret à la batterie. Il joue notamment dans les groupes Bed, FL et Headphone.

Thomas Poli enregistre, joue du clavier et s’occupe de la programmation numérique. Il joue notamment avec Montgomery et Mobiil.

David Euverte aux claviers. Il joue notamment avec Dominique A, X mas X.

Benoît Burello : voix, guitare, basse ; créateur, chanteur et instrumentiste du groupe Bed.

Ainsi que les amis qui sont passés au studio, notamment les Montgomery.

- les écrivains :

Arm : auteur et chanteur du groupe psykick-lyrikah.

Stéphane Bérard est artiste et écrivain. A notamment publié Le problème martien (Al Dante, 2002), L’Enfer, de Dante Alighieri nouvelle traduction, chants I à X, (Al Dante, 2006). Musicien, il a sorti trois disques dont Progressistes, avec Nathalie Quintane.

François Bon, auteur d’une trentaine de livres, dernier paru : Bob Dylan, une biographie (Albin Michel, 2007). Il est également éditeur de la collection Déplacements, au Seuil, et l’un des pionniers de la littérature sur Internet cf. Le Tiers Livre.

Éric Chevillard, auteur d’une vingtaine de livres parus pour l’essentiel aux Editions de Minuit, parmi lesquels Mourir m’enrhume, Palafox, La Nébuleuse du crabe, Du hérisson, Oreille rouge, Démolir Nisard et Sans l’orang-outan. Nisard est aussi quotidiennement démoli sur son blog, L’Autofictif.

Claire Guézengar a publié Ouestern (Laureli/Léo Scheer, 2007). Elle travaille régulièrement comme critique d’art et commissaire d’expositions. Elle est chroniqueuse à l’émission Minuit/10 (France culture).

Laure Limongi : bon ben ça c'est ouam, on va pas faire les présentations.

Yann Linaar est auteur, compositeur et interprète. Parmi ses disques publiés : Nus dans l’herbe (Ailleurs Diffusion, 1998), Les filles naissent dans les choux... (Les doigts dans la prise, 2000), L’Ami Corto (Rapport d’Étape Son, 2002). Il fait partie du groupe Molypop.

Jérôme Mauche, dernier livre paru : La Loi des rendements décroissants (Déplacements/Le Seuil, 2007). Il est également commisaire d’exposition et organise fréquemment des cycles de lectures.

Éric Meunié a publié une dizaine de livres, derniers parus : Automobile fiction (POL, 2006), Poésie Complète (Exils, 2006).

Nathalie Quintane a publié une quinzaine de livres. Derniers parus : Cavale (POL, 2006), Grand ensemble (concernant une ancienne colonie) (POL, 2008).

Nathalie Talec est artiste plasticienne, performeuse, auteur de chansons. Exposition monographique, Solo intégral, au Mac Val, Vitry sur Seine, Printemps 2008, accompagnée d’un catalogue.

David Wahl a publié Le Chant du Narcisse (Archimbaud).

>>>>> Quant aux suscitateurs à la fois écrivains et musiciens du RALBUM, je rappelle :

Olivier Mellano, guitariste, auteur compositeur et interprète, travaille avec Dominique A, Miossec, Yann Tiersen, Bed, Laetitia Shériff, Sloy, Polar, Psykick Lyrikah. Il écrit et compose au sein de son groupe, Mobiil, ainsi que pour la danse et le théâtre. Il a sorti, chez Naïve Classique, son premier album de pièces instrumentales : La Chair des Anges. En avril sort son premier livre chez MF Éditions : La Funghimiracolette.

Emmanuel Tugny est écrivain et musicien. Il vit et travaille au Brésil.Tour à tour professeur (agrégé et Docteur en littérature), diplomate, inspecteur des enseignements artistiques, il a publié plusieurs livres. Dernier paru : Corbière le crevant (Laureli/Léo Scheer, 2007). Il a traduit PanAmérica de José Agrippino de Paula (Laureli/Léo Scheer, 2008). Il est également parolier de chansons et librettiste pour divers artistes (Dani, John Greaves, Michal,etc.) et auteur-compositeur-interprète. Il fonde avec quelques amis le groupe Molypop en 2006 dont le premier album sort en avril chez Trackmusic : sous la barque (quand on creuse).

Voici quelques photos de studio, pas représentatives de l'ensemble des participants. D'autres photos et vidéos et extraits de chanson sur la page myspace du RALBUM.



Olivier Mellano & Thomas Poli


Benoît Burello, Olivier Mellano & Thomas Poli


Olivier Mellano & Thomas Poli


Benoît Burello


Benoît Burello & Emmanuel Tugny


Laure Limongi, Olivier Mellano, Benoît Burello, Emmanuel Tugny & Thomas Poli (de dos)


Nicolas Courret


Olivier Mellano, Emmanuel Tugny & Thomas Poli

dimanche, octobre 28, 2007

« I’m in love with life »



Parfois, et ce sont des moments de grâce, on ne se pose pas la question de ce qu’on entend. On sait que cela touche au sublime, que tout est là. C’est ce que j’ai ressenti en voyant Laetitia Shériff sur scène, à Vendôme. Ce que j’ai ressenti en écoutant son album Codification, composé avec Olivier Mellano & Gaël Desbois du groupe Mobiil.



Comme tout le monde, pour tenter de raisonner en termes de comparaison, j’ai parlé de P.J. Harvey (dont le dernier disque, White Chalk est, soit dit en passant, une pure merveille ; je cherche en vain sur quel drôle de piano elle peut bien jouer) en songeant à l’oxymore de ces voix-là : le timbre à la fois puissant & fragile, la richesse vocale s’exprimant dans le plus grand dénuement. Une palette immense qui se déroule sans virtuosité, avec émotion, cœur mis à nu sur scène dans le simple appareil de son affect et de sa générosité. Mais il est évident que Laetitia Shériff est Laetitia Shériff et c’est tout, et je suis stupéfaite de ne la découvrir qu’aujourd’hui et qu’on ne parle pas davantage de cet univers immense de la scène française. Je suis sûre que la sortie de son prochain album changera les choses.

Codification plante dès son titre la notion de série, de classification. La chanson éponyme laisse à penser qu’il s’agit d’une codification sociale, la façon dont le monde qui nous entoure s’organise d’après des valeurs déshumanisées, le pivot en étant l’argent. « … Awake me, take me… But don’t encase me in your codify. » Il s’agit évidemment de cela et d’un engagement dans la vie (« I’m in love with life »), d’une singularité à chaque note, à chaque inflexion. Dans son « Can’t you hear me », je ne peux m’empêcher d’entendre, en chœur lointain, le « can you hear me now » de Shellac, hurlé. Les pétales de roses artificielles chuchotent dans les rues, pleurent, et atteignent le ciel (« Roses ») ; l’étalage du boucher (« The Butcher’s Shop ») montre des cœurs saignants, toute une panoplie d’organes en vanités à penser.
Mais la « codification » série aussi les sentiments. S’il y a célébration de la singularité de l’individu, elle s’exprime dans le lien (« … binds… ») et tout particulièrement le lien amoureux (« for ever »). L’humain est cœur et ventre et bras. L’humain est de chair qui vibre et ressent (« like a thousand fishes swimming inside me » in « Aquarius »). L’humain est humain en tant qu’il aime et qu’il accepte l’extrême vulnérabilité dans laquelle le plonge cet amour, qui est sans pourquoi, qui est sans mesure, qui est absolu. L’être est cet à-pic là, aux bords des larmes et du vide de la souffrance. Ainsi l’amour pour un enfant à qui on chante doucement qu’il a le droit de pleurer (« Baby Man »), qu’il en a le pouvoir. Ainsi l’amour pour un père absent (« The Date »), blessure à vif et colère et manque. Ainsi les mots de Yeats, aussi, dans « That Lover », de la terre, morceau de nuit bruissant, au ciel qui contient tout.
« Lord teach me how not to lose you… » sont les derniers mots de l’album.

Toutes les paroles – mis à part le poème de Yeats – sont écrites par Laetitia Shériff. Vous pouvez entendre des extraits de Codification sur son site (pas mis à jours concernant les actualités, se reporter davantage à sa page myspace.)

lundi, octobre 22, 2007

D’un V qui veut dire Verneuil mais aussi Vendôme


portradium & Véronique Levy lisant Daniel Foucard, Galerie Léo Scheer
Photo © Corinne, de Litote en tête


J’ai déjà évoqué brièvement la soirée anniversaire de la collection Laureli à la Galerie Léo Scheer sur le blog des Éditions, Corinne en a parlé aussi et a pris quelques photos. C’était un grand moment de rencontre entre les auteurs et avec leur public venu nombreux malgré les grèves. Une soirée qui manifeste à quel point la création littéraire est sans frontière – loin de l’image de l’auteur qui toussote son livre en mains –, les arts peuvent dialoguer entre eux. La ligne serait celle-là : investir les formes, toutes les formes, faire entrer poésie, musique, théâtre, biographie… dans le roman pour le bruisser de l’intérieur. Tout cela non pas – non plus ? – dans une de provocation à –ismes ou de déconstruction ; une logique déceptive pour le lecteur/récepteur. Mais dans un mouvement qui l’implique avec pour notion clef : la tension, le plaisir – lui aussi polymorphe – du texte.


Olivier Mellano, Laure Limongi & Emmanuel Tugny à Vendôme
Photo © Jean-Claude Bourdais


Samedi, nous lisions avec Emmanuel Tugny & Olivier Mellano, à la guitare, à Vendôme, dans le cadre du Festival Rockomotives que je recommande vivement. Jean-Claude Bourdais – qui avait bravé kilomètres et froid naissant pour venir nous voir – & François Bon en parlent.
Un grand moment de bonheur. J’y ai découvert de formidables musiciens que je ne connaissais pas et entendu en concert certains que je ne connaissais que par leurs disques. Et rencontré un public hip hop, rock... qu’intéressait le rapport aux textes (de livres) lus sur scène, entremêlés, improvisés, liés à la musique d’Olivier.

Parmi le foisonnement talentueux de ce long concert, je citerai une découverte, (shame on me de ne l’avoir entendue avant) Laetitia Shériff, dont je suis immédiatement et inconditionnellement fan. Je vous recommande son premier disque. Le prochain sort dans peu de temps et sera une absolue merveille. Je n’aime pas les comparaisons, mais on pourrait dire que quelques inflexions de sa voix font penser à P.J. Harvey ou Karen Dalton.
J’ai entendu Psykick Lyrikah (= Arm & Olivier Mellano), également, grands textes, présence, émotion.

mercredi, septembre 26, 2007

« Sometimes I feel like I took the blue pill »

EMMANUEL RABU invité de rougelarsenrose :
« Sometimes I feel like I took the blue pill »*, sur JANDEK.




En 1978 paraît sur le label Corwood Industries dont c’est la première production, le premier album de Jandek1, c’est un vinyle tiré à 1000 exemplaires. C’est un album de « blues » atypique, porté par une voix atonale, accompagnée d’une guitare acoustique. La pochette ne comporte pas d’indication. Aucun musicien n’est crédité. En 1981, Corwood sort deux autres albums de Jandek. Le tirage est revu à la baisse (300 exemplaires). En 1982, Corwood sort trois albums de Jandek. En 1983, deux, etc. En 1985, Jandek accorde une première interview (téléphonique), ne divulguant rien de son identité, ne dévoilant rien de sa musique. À un rythme hors-norme (plusieurs disques par an et jusqu’à six en 2006…) le label Corwood sort les disques de Jandek, ne publiant aucun autre artiste. Corwood Industries n’a pas d’adresse physique, le label dispose seulement d’une boîte postale sise à Houston, au Texas. On ignore tout de Jandek, son anonymat strict prête le flan à de nombreuses suppositions de la part de ses fans. Les productions se poursuivent à un rythme effréné. En 1999, Katy Vine, une journaliste à Monthly Texas « traque » Jandek et parvient à rencontrer un « représentant de Corwood industries », elle reproduit ses propos sans donner aucune indication de l’emplacement géographique (il s’agit de sa deuxième et ultime interview). Jandek est un mystère. Les choses en étaient là, jusqu’à ce que le 17 octobre 2004, à Instal04, un festival à Glasgow (auquel jouait notamment Keiji Haino), se produise sur scène (sans que cela ait été annoncé) un « représentant de Corwood Industries », formellement identifié par David Tibet (Current 93 et organisateur du concert) comme étant Jandek lui-même2. De fait, sur les photos du concert, l’homme qui joue est la même personne, en plus âgé, que celle représentée sur les pochettes de disques.
Depuis cette date, Jandek s’est produit 25 fois, notamment à Londres et à Montréal cet été (dans un festival où jouait également Henri Chopin et Nihilism Spasm band), parfois accompagné d’autres musiciens (dont Alan Licht et Loren Conors), rompant une invisibilité publique de 26 années mais ne dévoilant pas pour autant la moindre information sur lui-même ou sur sa musique, n’ôtant strictement au mystère absolu qui entoure ce musicien.

Pour résumer et sans faire trop d’extrapolations, Jandek est le nom sous lequel Sterling R. Smith (identité vraisemblable, il est né en 1945) a autoproduit, depuis 1978, 51 albums (46 albums studio et 5 lives). Jandek joue seul (à quelques exceptions près : une chanteuse (sur Nancy sings et No break, Chair beside the window), un batteur sur John plays drum, in You turn to fall, manifestement d’autres musiciens sur The electric end, mais jamais crédités.
Jandek « chante », en s’accompagnant principalement d’une guitare acoustique ou d’une guitare électrique et sur les derniers albums d’une basse. Auxquels viennent s’ajouter parfois l’harmonica et la batterie.

Portée par une voix atonale, sa musique atypique et désolée semble à la fois témoigner de la conscience étasunienne la plus aigue et s’en départir radicalement. Si son œuvre, donc agénérique, indécidable (quelque part… entre Daniel Johnston, John Fahey, Beat Happening, le One foot in the grave de Beck, le travail solo de Lou Barlow, Robert Johnson et Harry Partch (sic)), semble bien s’ancrer dans le blues et la folk (mais une folk rugueuse, un blues primitif et déstructuré, dissonant), elle s’en émancipe pour aller vers un espace qui doit aussi à la musique savante, au noise, au free, au post-punk…

Une musique de réclusion, presque autiste et à la fois la plus ouverte qu’on puisse imaginer, une musique affranchie, détachée de toute influence, inclassable, inqualifiable, une œuvre proprement hors-norme, sans équivalent. Keiji Haino aurait dit « Jandek est le blues ». Jandek a bâti et continue de bâtir une des œuvres les plus magistrales, les plus radicales, qui soit, une des plus importantes actuellement (tous genres confondus), une œuvre réussissant réellement à balayer les notions de musiques savantes et populaires, de virtuosité et d’absence de virtuosité.

Je ne vois aucun équivalent à cette œuvre ascétique issu d’un personnage invisible et sur-représenté sur ses pochettes de disques (il apparaît sur 28 d’entre elles). Mais il ne s’agit pas ici, on l’aura compris, d’une absence de concession esthétique et au système médiatique. Il ne s’agit là que de musique, à l’état pur.

----------------
* Jandek, propos rapportés par Katy Vine in Texas Monthly, août 1999.

1- Ce premier disque sort en réalité sous le nom collectif de The Units. Mais ce nom est aussitôt abandonné parce qu’appartenant à un autre groupe. Les rééditions de ce premier album se feront sous le nom de Jandek.


2- from David Tibet
Date: Mon Oct 18 10:24:28 PDT 2004

I can absolutely confirm it was JANDEK live at 5pm on Sunday 17th at the Instal Festival put on by Barry Esson.
He played for an hour with Richard Youngs on bass and Alex Neilson on drums.
The whole show came about after 7 months of secret negotiations and was done on the basis that Jandek’s name was not used in ANY of the publicity at ANY time.
It was absolutely amazing — JANDEK was happy and relaxed and looked great and as Godlike as it comes.

Date: Tue Oct 19 06:08:03 PDT 2004

1) JANDEK was absolutely not announced; part of the deal was that no-one would be informed who was playing, just that there was a mystery guest. People turned up at 5 and someone near my wife said: « There is someone impersonating Jandek on stage. » Then he said: « F**K! It IS Jandek.... »
2) He played for an hour, and used the lyric stand that I used (that was bought for me) the night before. The band rehearsed just once, earier the same day. They were stunning, stunning, stunning--and I do know as I am a MASSIVE fan and have every single vinyl, every CD and even the bar-code/non-bar-code variant release.
3) He never referred to himself as JANDEK — the word was not used at ANY time. He was there as « a representative from Corwood Industries. »
4) He did not stay in the same hotel as any of the bands, who did not know he was playing either.
5) He did not attend the festival, except briefly, when SIX ORGANS OF ADMITTANCE were playing. He didn’t go for meals or drinks with any of the bands, and didn’t attend the post-show party at the hotel. The only person who spoke to him was the band and the promoter and his partner.
6) There are lots of other bits I could add, but can’t as they are confidential. .. but maybe they will come out later. Or not.


Référence :
http://tisue.net/jandek/, site prodigieux d’exhaustivité.
L’interview téléphonique accordée par Jandek à un journaliste est disponible ici http://fr.youtube.com/watch?v=S87J52jXqlc.
L’article de Katy Vine est disponible ici http://web.archive.org/web/20041105103137/http://www.texasmonthly.com/mag/1999/aug/jandek.html.
Un documentaire sur Corwood a été réalisé en 2004 (Jandek n’y figure pas), le trailer est disponible ici http://fr.youtube.com/watch?v=VbjlBHl4OKk&NR=1.
Ses albums sont disponibles à partir de 4 € sur amazon…

Fragmentation

The form of a corporation is delimited
Why is it so vernacular 

When you talk to a man
How do you get through
How do you reach yourself
When it’s down to fragmentation
And you’re doing your thing
How could you be another
It’s a simple condition
It’s the time of all time
With your thought in an envelope
Traveling in my attention
I can’t get away from you
No matter what thought could ??? I try
I’m not sure I want to leave
Even if I’m waiting alone
The times have all changed for me
The space is a different place
I’m resolute as a robot
I’m a long blank stare
I tear myself to pieces



You other man


I Knew You Would Leave


Just Whisper


The Electric End


They Told Me About You


What things are