Affichage des articles dont le libellé est laureli. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est laureli. Afficher tous les articles

vendredi, juin 10, 2011

La rentrée Laureli

Ce n’est pas encore l’heure de la plage et bien sûr, comme chaque année, on évoque déjà la rentrée. Chez Laureli/Léo Scheer, l’on est très fier d’annoncer deux livres en septembre :

Myrha Tonic, un premier roman de Dominique Dupart, dont on a la chance de vous faire découvrir l’univers : Une épopée initiatique entre la France et l’outre-Atlantique, de la populaire rue Myrha au New York underground du club de jazz Le Tonic. Une héroïne, à l’aube de l’âge adulte, part à la découverte de l’amour, de l’étranger et de la musique. Elle traverse un Paris misérable dont elle détaille sans complaisance les balafres. Un Paris inconnu, attachant. Loin des clichés, ce livre audacieux dépeint des quartiers à la mauvaise réputation, levant le voile sur des vies étranges et chaotiques. Ici les princes charmants s’appellent Choucri ou Barbaross ; la Ville Lumière est tissée de rues sombres. L’héroïne pose un regard toujours neuf sur les gens et les choses. Elle refuse de se laisser socialement circonscrire en aimant qui elle aime, avec une liberté irréductible. Puis vient le départ pour New York, la prise de distance nécessaire afin que tout fasse sens dans le concert d’une langue fière de ses métissages et qui ne cesse de se confronter à la sonorité des mots. Myrha Tonic est l’aventure d’un roman indocile entraînant le lecteur aux confins du récit, vers une forme à la fois littéraire, musicale et résolument politique.


Et  Futur fleuve d’Emmanuel Rabu dont vous aviez peut-être lu Tryphon Tournesol & Isidore Isou (Fiction & Cie, 2007), Cargo culte (Dernier Télégramme, 2007) ou les collectifs Écrivains en séries saison 1 & saison 2 : Une catastrophe d’ampleur mondiale a lieu. L’humanité oublie ses prétentions pour être condamnée à la survie. Un groupe de personne décide de quitter leur ville détruite à la recherche d’un endroit plus vivable. Le livre est l’histoire de leur trajet et la description d’un monde apocalyptique, décrivant les aventures de personnages projetés dans une situation extraordinaire. En parallèle est – entre autres – évoquée la question de la domestication animale – les animaux ayant survécu réinvestissant le champ laissé vacant par les hommes affaiblis. Pas de misérabilisme, pas de constat désespéré ; à la façon d’un Quentin Tarantino ou d’un Robert Rodríguez, Emmanuel Rabu investit le champ de la série B dans une rencontre sincère entre littérature dite populaire et littérature dite exigeante.


Et en attendant de découvrir ces livres dans un peu plus de deux mois, je vous rappelle les livres récemment parus chez Laureli :

Ma mère est humoriste de Carla Demierre : À travers l’analyse du rapport entre mère et fille, Carla Demierre reconstruit le monde, c’est-à-dire redéfinit les mots, apprend à parler sa langue. Dans un exercice de gigogne où la fille de la mère finit toujours mère de sa fille, elle interroge les généalogies sur de vieilles photos, se souvient de pénibles séances de gymnastique, envisage la psychanalyse comme remplacement des vacances en famille, troue le réel au stylo effaceur, finit – écoutant Glenn Gould – par devenir Glenn Gould…

Après la terre d’Emmanuel Tugny, sur les traces de La Pérouse : En 1786, le roi Louis XVI confie au navigateur La Pérouse (1741- ?) le commandement d’une expédition d’exploration de l’Océan Pacifique. La Pérouse disparaît en 1788 dans les Iles Salomon dans des conditions demeurées mystérieuses jusqu’à aujourd’hui. Entre Pacifique, France des Lumières, Amériques, Asie et terres rêvées, Après la Terre est le récit imaginaire des dernières semaines de la vie de l’explorateur, rédigé par lui-même.

{La photo de couverture de Myrha Tonic est de Tarik Noui.
La couverture de Futur fleuve est de Jochen Gerner.
Les photos de Dominique Dupart et Emmanuel Rabu sont de Thierry Rateau.}

mercredi, mars 16, 2011

Ma mère est humoriste

Ma mère est humoriste de Carla Demierre : en librairie le 13 avril.




À travers l’analyse du rapport entre mère et fille, Carla Demierre reconstruit le monde, c’est-à-dire redéfinit les mots, apprend à parler sa langue. Dans un exercice de gigogne où la fille de la mère finit toujours mère de sa fille, elle interroge les généalogies sur de vieilles photos, se souvient de pénibles séances de gymnastique, envisage la psychanalyse comme remplacement des vacances en famille, troue le réel au stylo effaceur, finit par devenir Glenn Gould, écoutant Glenn Gould.
 « Je suis en mesure d’être une femme brune réelle. Il me serait facile de mesurer la même taille. Je pourrais devenir un parent biologique et social de sexe féminin, et avoir un léger accent. Je serais nettement plus mince avec les cheveux plus courts et je regarderais toujours les gens avec intensité et défi. »
Carla Demierre


« Carla Demierre est notre Gertrude Stein des Préalpes helvétiques. »
Fabienne Radi


 Ma mère est humoriste est le deuxième livre de Carla Demierre.

dimanche, octobre 03, 2010

Billy in Paris

Quelques mots après les trois jours de Billy Corgan à Paris, venu assurer la promotion de Chants magnétiques, son livre écrit avec Claire Fercak, alors qu’il est en pleine tournée des Smashing Pumpkins ; on le remercie donc à nouveau bien chaleureusement pour sa gentillesse et sa disponibilité.


Certaines rumeurs – qu’il faut donc prendre comme telles – le disent difficile. Rien de plus absurde : j’ai côtoyé au contraire quelqu’un de tout à fait prévenant, généreux et intuitif, artiste dans chacune de ses inflexions, star uniquement dans le bon sens du terme – conscient de son art, détestant l’apparat inutile. Et vous pourrez le lire ou l’entendre dans les entretiens à paraître, outre ses propos sur le choix de Médée pour l’écriture de Chants magnétiques, il délivre des analyses très pertinentes sur le monde de la musique, la nécessité de ne pas cloisonner les genres ni les pratiques artistiques – ce à quoi on ne peut qu’acquiescer, vous l’aurez compris.

Billy Corgan, Claire Fercak, Jérôme Dayre : à la librairie Atout-Livre.

Ceux qui étaient présent à la soirée de lecture musicale chez Atout-Livre le 30 septembre savent à quel point le moment était magique, et unique. L’équipe de Michel Field était là, donc, vous en aurez bientôt des nouvelles dans votre poste, mais des vidéos circulent déjà sur YouTube.



Outre la lecture d’extraits de Chants magnétiques par Claire Fercak accompagnée à la guitare par Billy Corgan, celui-ci nous a fait la joie de jouer plusieurs chansons – huit, si je me souviens bien – dont un inédit : « Jesus needs a hit ».

Il a également joué la chanson du dernier album des Smashing Pumpkins, Teargarden by Kaleidyscope, « Spangled », sortie le même jour que Chants magnétiques et que j’apprécie particulièrement ; la voici donc, dans l’émission Ce soir ou jamais du mercredi 29 septembre.


Au nom de Laureli & Léo Scheer, merci à tous ceux qui ont participé à cette belle aventure et notamment l’équipe de la librairie Atout-Livre, Nicolas Levy qui s’est – remarquablement – occupé du son ce soir-là, Nathalie Bru (traductrice), Claire Berest, Pascale Fougère (interprète), Aurélie Carpentier, l’hôtel Bedford pour son accueil et tout particulièrement l’attention diligente de Soizic et David.

samedi, août 28, 2010

sweat blood

La saison 2 d’Écrivains en séries est en montage. C’est-à-dire que les maquettes individuelles sont réalisées (bon, OK, presque, encore deux ou trois à boucler, mais vous croyez que les week-ends c’est fait pour buller, peut-être ?), il ne restera plus qu’à (ah ! ah !) tout chaîner à partir de lundi. Et puis reporter des corrections d’auteurs reçues à ce moment-là, ainsi que celles aimablement réalisées par Anne-Laure et Danièle, aussi… Et pof, quelque 500 pages en route vers l’imprimerie. Ce délicieux cauchemar aura donc duré trois semaines bien denses – je n’évoque, bien sûr, que la phase d’immersion. Mais au moins, j’ai protégé mon capital solaire, n’est-ce pas.
Bientôt viendra le temps de la lecture en librairie et du verre de l’amitié… Je vous tiendrai au courant.

En attendant... Trailer#1 : la vidéo réalisée par l’artiste Mélissa Epaminondi sur la série I Love Lucy à l’occasion d’Écrivains en séries, saison 2 : I LOVE MAMAN :



Trailer#2 : cinq épisodes d’Écrivains en séries, saison 1 seront diffusés ces prochains jours sur France Culture dans le cadre de l’émission Micro Fiction ; réalisation : Jacques Taroni.

Épisode 1, lundi 30 août à 11h50 : « Capo di tutti capi » de Tarik Noui, d’après Les Soprano > émission.

Épisode 2, mardi 31 août à 11h50 : « Desperate in the City » d’Hortense Gauthier, d’après Desperate Housewives et Sex and the City > émission.

Épisode 3, mercredi 1er septembre à 11h50 : « Vanités ou l’ironie du sort » de Laure Limongi, d’après Six Feet Under > émission.

Épisode 4, jeudi 2 septembre à 11h50 : Laure Limongi : Twin Peaks > émission.

Épisode 5, vendredi 3 septembre à 11h50 : « Dallas ou l’Engrenage » d’Emmanuel Tugny, d’après Dallas > émission.

Et La Vignette d’Aude Lavigne (France Culture, toujours) du 1er septembre est consacrée à la collection Laureli. Vous pouvez l’écouter ici.

Je remercie vivement l’équipe de Micro Fiction d’avoir choisi Écrivains en séries pour inaugurer cette nouvelle émission. Et Aude Lavigne pour ce joli moment – j’ai l'impression qu’on se marre pendant cinq minutes... mais on dit des chose sérieuses, aussi !

mercredi, juin 02, 2010

Matamore n°29, acte 2

And now, ladies & gentlemen… the cover!


Par Marion Pannier, donc. Quelque chose de très iconique, forcément, connoté sixties, avec un joli patatore pour tuer les gens avec des patates – pour toute explication, lire Matamore n°29 – et une jolie blonde qui pourrait être polonaise et qui pourrait jouer au tennis – pour toute explication, lire Matamore n°29.

Il ne vous reste donc plus qu’à attendre sagement le 1er septembre. Je sais que ça va être difficile et je vous soutiens dans cette épreuve. Une bonne nouvelle pour vous faire patienter : Alain Farah viendra à Paris une dizaine de jours à Paris au mois d’octobre. Lectures, signatures et cocktails en perspective. Je vous tiens au courant.

samedi, mai 22, 2010

Matamore n°29, acte I




« De l'intérieur d'un cheval fabriqué par moi-même, pour m'attaquer moi-même, par surprise. »

Alain Farah, Matamore n°29



Le 1er septembre, chez Laureli, sort Matamore n°29 d’Alain Farah. Ce livre était paru en 2008 au Quartanier, l’excellente maison d’édition d’Éric de Larochellière, au Québec – j’ai expliqué nos affinités Quartanier/Laureli dans un précédent billet. Quelques privilégiés, dont je fais partie, avaient réussi à se le procurer et découvert ainsi cette écriture incroyablement indomptée – pour ne pas réutiliser l’adjectif « indocile », dont j’abuse –, foisonnante, généreuse, où la sole meunière côtoie une – brève et lumineuse – analyse de Ulysse de Joyce, le coup de tête de Zizou, la correspondance de Flaubert, le « patatore » – description du « patatore » p. 27 de Matamore, le 1er septembre – s’érige en arme pour crime parfait, les règles du tennis structurent le récit, le-sombre est sans cesse repoussé de cuisses interminables de blondes polonaises en moments d’amitié, d’éternité.

En parlant d’amitié, parmi les personnages du roman, on retrouve aussi Thomas Braichet, dans sa période parisienne de l’atelier place Dalida – ça ne veut peut-être rien dire pour vous, mais pour nous, ça veut dire, beaucoup, voilà.

Nous en sommes à la relecture/corrections avec Alain. Ce Matamore n°29 ci sera un peu différent du Matamore n°29 de 2008. Parce qu’Alain a choisi de modifier son texte, mais aussi parce qu’on a décidé d’adapter certains termes propres au français du Québec au français de par ici. C’est subtile et c’est un travail absolument passionnant, pour moi, de sonder la langue et ses usages, de découvrir comme des instantanés historiques dans la grande province, des traces de patrimoine oubliés dans l’hexagone. Et surtout, comme toujours, le dialogue qui s’instaure ainsi avec l’auteur, qui fait, donc, proliférer son Matamore.


La maquette est déjà commencée sur XPress, avec une police Minion, une très belle garalde qui a aussi le mérite de posséder de nombreuses variations en display, black, bold, semi-bold, italiques, SC (c’est-à-dire petite cap.)… fort utiles pour le texte, comme vous pourrez le constater. J’avais lorgné tout d’abord sur la fonte Kennedy, bien évidemment – puisque le président apparaît dans le texte… – mais elle n’a pas la plasticité du Minion, hélas. Je tempère donc mes délires cratyliens cette fois-ci…

J’ai aussi passé un ptit coup de Prolexis, surtout, évidemment, pour éliminer les problèmes de mauvaises espaces typographiques… Car, comme vous pouvez le constater sur l’image illustrant ces quelques lignes – et ça me fait toujours bêtement rire, l’aveuglement des logiciels –, Prolexis est resté assez perplexe devant le vocabulaire employé.

Présentation et couverture arrivent bientôt : c’est Marion Pannier – qui avait déjà réalisé pour Laureli les couvertures de Ida ou le délire d’Hélène Bessette et des Carcasses de Raymond Federman – qui planche dessus…

Photo d’Alain Farah © F.Duchesne.

jeudi, mai 13, 2010

La rentrée Laureli, 1/3 : Chants magnétiques

Et nous voilà, de deadline en deadline, de réunion commerciale en réunion commerciale et d’instruction de mise à l’office en instruction de mise à l’office, depuis plusieurs semaines déjà, en pleine préparation intense de « la rentrée littéraire ». D’où mon silence relatif par ici, inversement proportionnel à ma surchauffe, ailleurs.

Chez Laureli, trois livres à paraître, et j’en fais la roue en solo devant mon pack Adobe, tellement j’en suis fière :

Matamore n°29 de Alain Farah, à paraître le 1er septembre : le livre était déjà paru il y a deux ans au Quartanier, mais sans grande diffusion, hélas, par ici – tout comme j’ai toutes les peines du monde à faire diffuser Laureli au Québec… Du coup, avec Éric de Larochellière – éditeur du Quartanier –, on a décidé de procéder autrement. Comme nous admirons mutuellement nos catalogues, eh bien, nous allons en publier certains auteurs. Donc, très prochainement, CIVIL de Daniel Foucard, au Quartanier. Et Matamore n°29, donc, de Alain Farah, chez Laureli. J’en avais parlé ici au moment de sa sortie – enfin, pas mal de temps après, avec mon retard de lectures habituel, quoi. C’est, pour moi, un livre majeur, et un auteur majeur. Alain Farah passera une dizaine de jours à Paris au moment de la sortie du livre, l’occasion pour vous, lecteurs, journalistes, de le rencontrer lors d’événements que je suis en train d’organiser… je vous en tiendrai bien évidemment au courant ;

Chants magnétiques de Claire Fercak & Billy Corgan, à paraître le 15 septembre ;

Écrivains en séries « saison 2 », encore plus épais que la « saison 1 » ! à paraître le 20 octobre.

(Toutes les fiches de présentation seront bientôt en lignes ici.)


Je suis en pleine maquette de Chants magnétiques de Claire Fercak & Billy Corgan. Une belle aventure que celle-là. Oui, ce Billy Corgan, c’est bien le Billy Corgan des Smashing Pumpkins. Claire l’a rencontré en écrivant son livre The Smashing Pumpkins: Tarantula Box Set (Le mot et le reste, 2008), et l’idée de ce duo d’écriture est né. Il faut préciser que Billy est également écrivain. Il a publié aux États-Unis : Blinking with Fists (Faber and Faber, 2004), un livre de poésie qui a figuré sur la liste des best sellers du New York Times – ça mérite quand même d’être souligné, c’est pas si courant pour un livre de poésie… Nous nous sommes ensuite vus tous les trois, et Billy n’a pas été horrifié par mon anglais supra dégueulasse – j’ai un pote qui m’a dit que je ressemblais à Louis de Funès quand je parlais avec des Américains, parce que je mime les deux tiers des trucs… Alors, vous imaginez ce que ça peut donner quand il s’agit d’évoquer des termes d’édition précis…–, on s’est découvert pas mal d’addictions littéraires et musicales communes, j’ai été sidérée par son extrême douceur, sa simplicité… Il m’a même donné des conseils de composition musicale… Bref, une vraie belle rencontre, un trio d’affinités, et voilà ces Chants magnétiques, deux récits qui se répondent : Écho la nymphe déchue que ses bavardages ont transformé en phénomène sonore, désincarné, tragiquement amoureuse de l’inaccessible Narcisse. Médée la magicienne meurtrière qui, répudiée par Jason, saura inventer des armes barbares pour assouvir sa vengeance.

Estelle Degez a effectué une traduction préparatoire du texte de Claire en anglais pour que Billy ait accès à toutes ses subtilités. Nathalie Bru a ensuite traduit le texte de Billy Corgan en français, pour le livre.

L’image de couverture que vous découvrez ici a été réalisée par Danny Steve – à qui j’avais précédemment fait appel pour Écrivains en séries « saison 1 »… et qui créera aussi la couverture de la « saison 2 » – qui a également dessiné deux illustrations intérieures, avec la même technique mais en noir et blanc. J’en suis très fan car je trouve qu’elle arrive à tenir l’exacte ambivalence exprimée dans le livre, avec sa base de lumière et son ciel de chair, les yeux creux de ses nymphes : la cruauté/la tendresse, le désir/l’effroi… J’ai gardé ma fonte de titrage habituelle, Peignot, mais en la « vaguelisant » pour ne pas trop heurter le dessin de Danny et garder la sensation de mouvement.

La question de la fonte intérieure coulait de source : une garalde, bien évidemment. De l’empattement cristallin, de la larme légère. J’ai finalement opté, en bonne cryptocratylienne, pour Centaur. Et puis fait mumuse avec les quelques appels de note présents dans le texte de Claire, aussi. Comme ils se réfèrent tous aux Métamorphoses d’Ovide, j’ai opté pour l’ornemental davantage que pour une efficacité académique. Pour le texte de Billy, j’ai carrément fait péter la lettrine qui, à mon sens, s’accorde bien à son ambiance de conte noir… Voilà, maintenant que vous avez un vague aperçu des coulisses, vous n’avez plus qu’à découvrir le livre – vous en avez de la chance ! – chez votre libraire préféré, le 15 septembre.

dimanche, mai 02, 2010

To be continued…

Je vous avais narré ici et là les aventures d’Écrivains en séries « saison 1 ». Eh bien voici à présent : Écrivains en séries « saison 2 », à paraître le 20 octobre, plus bottinesque encore que le premier, avec 102 auteurs et 135 séries – ces chiffres sont susceptibles d’évoluer encore un chouilla dans la semaine qui vient.

J’ai heureusement appris de mes trois semaines de bouclage cauchemardesques en février et mars 2009, j’aborde donc ce challenge de secrétariat de rédaction, correction, harmonisation, maquette, etc. avec une relative sérénité. J’ai bien dit relative, je finirai bien par céder à la panique à un moment ou à un autre – étant donné, n’est-ce pas, qu’il y a d’autres livres à faire, choisir, défendre, écrire…

L’essentiel, c’est quand même qu’avec Emmanuel Rabu – créateur du projet –, nous sommes plus que ravis : enthousiastes et euphoriques devant l’extrême qualité des textes reçus. Il faut dire que, comme pour la « saison 1 », on a bien soigné le casting.

Voilà déjà la liste des séries dont on parlera dans Écrivains en séries « saison 2 ». Pas de répétition par rapport à la « saison 1 », exception faite de quelques séries cultes et/ou dont de nouvelles saisons sont parues entre temps (Lost, The Wire, Mad Men) et/ou dont le traitement est très différent : texte/intervention graphique (Dexter, Derrick). Vous pourrez y lire des textes à la fois sur des chefs-d’œuvre intemporels (Le Manège enchanté), sur des séries symbolisant ce qu’on s’est accordé à appeler le « nouvel âge d’or des séries » (Les Soprano) ou encore sur de toutes nouvelles séries de grands réalisateurs (Treme). Coming soon : la couverture de Danny Steve – qui avait réalisé la couverture d’Écrivains en séries « saison 1 » –, la liste des auteurs et une page de présentation, concoctée par Tony Lesterlin, sur le modèle de celle-ci (créée pour la « saison 1 »).

Les 4400 (The 4400) ; 90210 Beverly Hills : Nouvelle Génération (90210 (next gen)) ; Alerte à Malibu (Baywatch) ; Alfred Hitchcock présente (Alfred Hitchcock Presents) ; Alias ; Angels in America ; En analyse (In Treatment) ; Aqua Teen Hunger Force ; Arabesque (Murder, She Wrote) ; Les Arpents verts ; Astro Boy ; Au cœur du temps (The Time Tunnel) ; Au nom de la loi (Wanted: Dead or Alive) ; Les Aventures de Saturnin ; Baby Cart (Kozure Ōkami) ; Baretta ; Battlestar Galactica ; Beavis and Butt-Head ; Berlin Alexanderplatz ; The Big Bang Theory ; A Bit of Fry and Laurie ; Bones ; Bored to Death ; Breaking Bad ; Les Brigades du Tigre ; Californication ; Candy ; La Caravane de l’étrange (Carnivàle) ; Cashmere Mafia ; Chapeau melon et bottes de cuir (The New Avengers) ; Chateauvallon ; Les Chevaliers du Zodiaque (Saint Seiya) ; ChiPs ; Les Cinq dernières minutes ; Clara Sheller ; La Cloche tibétaine (Die Gelbe Karawane) ; Le Club des Gentlemen (The League Of Gentlemen) ; Le Commissariat de Tampy ; Conrad ; The Corner ; Coronation street ; Cosby Show (The Cosby Show) ; Cosmetic Paradise ; Cowboy Bebop ; La Croisière s’amuse (The Love Boat) ; Daktari ; Damages ; Derrick ; Deux flics à Miami (Miami Vice) ; Dexter ; Docteur Who (Doctor Who) ; Dollhouse ; Dream on ; Dr. Horrible’s Sing-Along Blog ; Duas Caras ; Dynastie (Dynasty) ; Edge of Darkness ; Entourage ; Les Envahisseurs (The Invaders) ; L’Equipée du Pony Express (The Young Riders) ; Faites entrer l’accusé ; Ma famille ; La Famille Addams (The Addams Family) ; Femmes$ de Footballeurs (Footballers’ Wive$) ; France tour détour deux enfants ; Freaks and Geeks ; Friends ; Fringe ; La Fureur dans le sang (Wire in the Blood) ; Gabriela ; Goldorak (Yūfō Robo Gurendaizā) ; Gossip Girl ; Les Griffin (Family Guy) ; Haine et Passion (Guiding Light) ; Happy Tree Friends ; Hartley, cœurs à vif (Heartbreak High) ; L’Homme qui valait trois milliards (The Six Million Dollar Man) ; L’Hôtel en folie (Fawlty Towers) ; How I Met Your Mother ; Les Insatiables ; The IT Crowd ; Jinny de mes rêves (I Dream of Jeannie) ; John from Cincinnati ; Journal intime d’une call girl (Secret Diary of a Call Girl) ; Kadi Jolie ; Kaamelott ; Kojak ; Kung Fu ; Life ; Lost ; I Love Lucy ; The L Word ; Mad Men ; Mafiosa ; Maigret ; Le Manège enchanté ; Mannix ; M*A*S*H ; MillenniuM ; Monk ; Monsieur Manatane ; Mushishi ; Les Mystères de l’Ouest (The Wild Wild West) ; NCIS : Enquêtes spéciales (NCIS) ; Une nounou d’enfer (The Nanny) ; The Office ; Pépin la bulle ; La Petite maison dans la prairie (Little House on the Prairie) ; Peyton Place ; Profit ; Le Renard (Der Alte) ; Six Sexy (Coupling) ; Skins ; Les Soprano (The Sopranos) ; Starsky & Hutch ; Star Trek ; Super Jaimie (The Bionic Woman) ; Superjail ; Sur écoute (The Wire) ; Les Télétubbies (Teletubbies) ; Les Têtes brûlées (Baa Baa Black Sheep puis Black Sheep Squadron) ; Thierry la Fronde ; Treme ; True Blood ; United States of Tara ; Urgences (ER) ; The Vampire Diaries ; Vidocq ; La Vipère noire (Blackadder) ; Walker, Texas Ranger ; Wallander ; Wonder Showzen ; Wonder Woman ; X-Files : Aux frontières du réel (The X-Files) ; Zorro.

mercredi, avril 21, 2010

Rien n’aura eu lieu que le je

Le 12 mai, chez votre libraire adoré – embrassez-le de ma part – vous pourrez acquérir Je de Rémi Marie. Et vous avez une sacrée chance d’avoir la perspective de lire ce texte sublime, tout comme j’en ai une pas négligeable non plus de le publier, c’est-à-dire de l’avoir lu et relu, corrigé, composé et échangé moult emails avec son auteur. Tout cela, bien sûr, avec l’aide d’Aurélie Carpentier, toujours en stage chez nous.

J’avais lu des extraits de ce texte dans la revue Nioques. Je suis tombée sous le charme de cette écriture si simple, si dénudée et donc – et pas « pourtant » – si profonde, si juste.

Je pourrais vous en faire des périphrases… mais je préfère vous laisser faire l’expérience de sa lecture, ce livre étant, par définition, impossible à résumer. M’enfin, allez, un bout de la pré quatrième de couv : Lancé dans le monde, « Je » découvre, rencontre, respire, aime et c’est si facile, marche, lit, regarde, habite à Vienne, écrit, parle, pense, aime et c’est si difficile, vit en colocation, traduit, écoute de la musique, fait la cuisine, roule à vélo, prend le tram, aime.

Un récit où l’on découvre toute la simple complexité d’une subjectivité qui s’énonce comme en balade ou en dissection, allant toujours plus loin dans l’ego pour en annihiler l’insupportable emphase et dessiner le squelette fragile des affects, des désirs. Un moment d’émotion et de vérité porté par une langue rythmée, évidente.

L’image de couverture a été réalisée par l’auteur, qui œuvre aussi dans le monde de l’art contemporain. Elle est comme un cadre dans le cadre, décentré, déplacé – en réponse à ce « je » si central – et répète le choix habituel de la quatrième de couverture, dont le texte est toujours encadré par un filet coloré ou pas – cela dépend du choix de la couleur de titrage ou des teintes dominantes de l’image de première – en forme de « L ». Il y a des angles, des équilibres, et en même temps ça bouge, ça glisse un peu. ça suit la chute, si tranquille, figée dans son éternité, du personnage stylisé.

Pour l’intérieur, j’ai choisi la fonte Memento, qui me semble un bon compromis entre la linéale qu’avait utilisée l’auteur pour son manuscrit – mais dont les angles me semblaient trop coupants pour ce texte… – et les garaldes que j’emploie d’habitude. Autre originalité : le texte est ferré à gauche – pas justifié, quoi –, ce qui correspond bien à sa marche à la fois pensive et résolue. Du coup, eh bien les folios sont ferrés à gauche aussi et flottent différemment sur la page. Enfin, vous verrez ça.

mercredi, mars 24, 2010

Libé des écrivains, édition 2010

Demain – jeudi 25 mars, donc –, vous pourrez trouver en kiosque Libé des écrivains, l’édition spéciale publiée chaque année par le quotidien Libération au moment du Salon du livre de Paris, la règle du jeu étant que l’intégralité du journal soit rédigée par des écrivains. Vous en trouverez la liste ici ainsi qu’un document audio de la réunion de rédaction. La collection Laureli a eu la chance d’être invitée à investir les pages Médias/Écrans dirigées par Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos, vous y lirez donc des textes de Claire Guezengar, Daniel Foucard, Frédéric Junqua et bibi. Sinon, hein, évidemment, on s’est bien amusés.

samedi, mars 14, 2009

Mauvais genres

Mardi 17 mars à 17 heures - voyez comme c'est facile à retenir ! - Laureli organise un débat au Salon du Livre de Paris (Porte de Versailles) sur le stand Ile-de-France, G 76 :

Le roman est-il encore un genre ?
(titre façon presse manifestant un suspens insoutenable...)

On parlera d’esthétiques littéraires qui consistent non pas à célébrer un genre dans sa pureté mais à le virusser et à déjouer, justement, cette notion de genre.
Comment on peut faire entrer la poésie dans le roman.
Comment on dénie le clivage « Littérature »/« paralittérature ».
Comment on floute les frontières entre réalité et fiction à travers le roman biographique.
(texte de présentation en 300 signes, s'il vous plaît, c'est pour ça que c'est elliptique...)


Participants :

Pascal Arnaud : dirige les éditions Quidam. Il évoquera notamment l’œuvre de B.S. Johnson qu’il publie en France.
Claro : écrivain (dernier livres parus : Madman Bovary, Verticales ; Le Clavier Cannibale, Inculte), traducteur (notamment de Vollmann, Pynchon…) et co-directeur de la collection Lot 49 au Cherche Midi.

Julien Doussinault : auteur d’une Biographie d’Hélène Bessette parue aux Éditions Léo Scheer, parlera du « roman poétique » inventé par cet auteur.

Daniel Foucard : notamment auteur de COLD et CIVIL (Laureli/Léo Scheer).

Bastien Gallet : notamment auteur de Une longue forme complètement rouge (Laureli/Léo Scheer) et éditeur aux éditions MF.

Claire Guezengar : a publié Ouestern et Sister Sourire, une pure tragédie (Laureli/Léo Scheer).



Modération : Bibi.


Venez nombreux !

lundi, février 23, 2009

La course finale

Silence radio pour cause d’Écrivains en séries…

71 auteurs, 114 textes, 1 directeur de projet nommé Emmanuel Rabu, 1 superbe image couleur de Danny Steve, 2 stagiaires, 1 imprimeur, 1 esclave-éditeur (= 240 litres de thé vert, 50 de thé bleu, 4 de champagne, 12 de café, 50 de Coca light, 20 grammes de matcha, 20 cartouches de Muratti, 5 boîtes de Xanax, 2 de Vérapamil, 5 tubes de Guronzan, 2 paquets de Canistrelli, 1 abonnement chez Picard, 674 emails échangés, 5 documents XPRESS, 12 images Tiff niveaux de gris 300 DPI, 130 PDF…) ont été nécessaires à sa réalisation.

lundi, février 16, 2009

Question de fab, épisode 7

Prolexis en est à 18 488 erreurs trouvées dans Écrivains en séries - déjà multiplement corrigé, bien sûr, mais ça compte les erreurs typo - ; la nuit va être longue !...

lundi, novembre 24, 2008

... & célébrons !

Suite du 10 septembre...
Bastard Battle de Céline Minard mention spéciale du jury du PRIX WEPLER-FONDATION LA POSTE !



Re-YEAHHHHHHHHHH !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Ou plutôt YEEPEE !!! comme dirait Céline.

dimanche, novembre 09, 2008

Jeunes gens passionnés, devenez critiques !

Mais devenez-le bien.

(Titre alternatif : Le Blues de l’éditeur)

Laureli a publié quatre livres entre août et novembre : Bastard Battle de Céline Minard, Mademoiselle de Biche d’Emmanuel Tugny, Rouge à lèvres sur le plongeoir d’une piscine municipale de Tarik Noui et Treize mille jours moins un de Didier da Silva.

Céline a eu beaucoup de presse et c’est mérité. Les autres livres (cela ne concerne pas celui de Didier qui vient de sortir ! wait & see, donc) beaucoup moins, ce qui n’est pas, mais alors pas du tout mérité. D’autant plus que ce n’est pas un effet de mon petit bout de lorgnette éditoriale, je reçois des emails de lecteurs – écrivains ou pas, que je connais ou pas – très enthousiastes.

J’enfonce une porte ouverte, mais tant pis, parfois ça soulage : on a un sérieux problème avec la presse papier. Les espaces classiques diminuent comme peau de chagrin. C’est-à-dire, par voie de conséquence, que la témérité critique diminue également comme peau de chagrin. Moins ya de place, plus on va dans le sens du courant. C’est une sorte de mouvement naturel. Je l’ai même observé à l’échelle de La Revue Littéraire : on (les chroniqueurs) est bien contents qu’elle redevienne mensuelle à partir du mois de janvier car ainsi, on aura plus de place pour parler de livres dénichés chez de petits éditeurs, paraissant en dehors de tout calendrier institué – « rentrée littéraire », « rentrée de janvier »…
Ce n’est donc pas dénué d’une certaine logique : crise du papier = crise du papier
Malgré cette pente, j’observe que certains journalistes que je lis depuis longtemps où d’autres, que je découvre, se battent comme de beaux diables pour lutter contre ce processus. On se sent donc moins seul – autrement dit : ils souffrent du même problème que nous, auteurs et éditeurs – mais numériquement, c’est infime par rapport à la production.

Cette conjoncture a pour conséquence que des livres aussi importants à mes yeux que Mademoiselle de Biche ou Rouge à lèvres sur le plongeoir d’une piscine municipale risquent de passer à côté de leurs lecteurs par simple défaut de visibilité. Ce qui n’est pas sans me déprimer un max car quand on fait ce métier – enfin, j'imagine, c'est mon cas tout du moins – c’est pour créer des rencontres auteurs/lecteurs, pas pour se constituer sa bibliothèque idéale à ressasser sous son plaid… Et pour avoir eu une enfance provinciale très loin de tout milieu littéraire, je sais à quel point il est important d’avoir la possibilité – simplement ça : avoir la possibilité – de tomber sur une information orientant vers un livre qui peut changer une vie, faire prendre une bifurcation, créer un déclic esthétique, ou même simplement passer une bonne journée et c’est déjà ça de pris.

Un exemple personnel assez cocasse : j’ai découvert le travail d’Orlan à 14 ou 15 ans en regardant… Ciel mon mardi. Oui oui, avec Christophe Dechavanne. Elle sortait de l’une de ses opérations performances, le visage encore cerné de bandages comme un buste égyptien, et montrait des reliquaires de sa propre chair. Évidemment, le dispositif était atroce et j’en avais le cœur serré : Christophe Dechavanne brandissait un reliquaire sanglant en s’approchant du public qui poussait des « aaaaah ! », et des « beurk ! »… Bref, le cirque. Mais j’ai été marquée par la détermination de l’artiste, droite comme un i, qui ne se démontait nullement et continuait à expliquer calmement sa démarche. Et évidemment bouleversée de découvrir cette forme d'art extrême qui m'était totalement inconnue. Quand je pense que c’est comme ça que j’ai commencé à faire des recherches sur la performance et l’art action (surtout que 10 ans plus tard, je rencontrais Orlan et travaillais sur son livre paru chez Al Dante ! et tiens, j'avais oublié Le Plan du film séquence 1, dont on entend des extraits sur son site, avec la musique de Tanger – je ne vois pas comment j'ai pu oublier ça, j'ai passé des heures à assembler la jaquette, les disques, le livret, à Romainville...), je me dis que ça vaut le coup de continuer à se démener en tout sens pour faire connaître ce à quoi l’on croit, même si c’est vraiment épuisant – et puis cette impression d’être ouistiti ou danseuse nue…


Je précise que cet état des lieux assez sombre ne concerne pas la radio, qui demeure, me semble-t-il un espace ayant la possibilité de prendre des risques et de défendre ses choix. Quant à la télévision, je l’ai évoquée ci-dessus… J'exhorterais volontiers n'importe quel animateur télé à inviter Manuel Joseph, Dominiq Jenvrey, Marie Frering... Sans doute un moment difficile à passer pour eux, mais sait-on jamais ce qui se passe de l'autre côté du miroir...

Heureusement que l’effervescence du net compense la donne et j’ose espérer que cela sera un mouvement croissant. Outre les sites littéraires, je découvre régulièrement de nouveaux blogs offrant leurs enthousiasmes de lecture, et c’est terriblement exaltant (je ne les cite pas tous, j'en oublie toujours ! et après je me fais disputer). J’aurais donc dû plutôt intituler ce billet : « Jeunes gens, soyez lecteurs et faites-le savoir ! » car c’est cette fonction de partage qui importe, hors mode. La sincérité et la passion. Le reste n'est que toile de fond de crise économique et temps qui passe. Soyons souverains et fous !

Images : Orlan, Le Baiser de l'artiste, 1977 (œuvre que l'on peut voir au Frac des Pays de la Loire).

vendredi, novembre 07, 2008

Question de fab, épisode 4

Ou le dilemme de la couverture...

Ça y est, le prochain livre de Claire Guezengar, Sister Sourire, une pure tragédie est presque prêt à envoyer à l’impression après moult péripéties concernant la couverture. La couverture, c’est comme un titre, soit ça apparaît du premier coup, soit, ben c’est plus compliqué. Voire carrément propice aux hésitations.
Ce qui a été, en l’occurrence, le cas.

La donnée de départ était le dessin, fort réussi, de Ivo Provoost et Simona Denicolai. Un dessin conçu en noir et blanc, à la fois sobre et très chargé en sens. Il a donc fallu, comme à chaque fois, contextualiser l’image dans le cadre de la couverture, c’est-à-dire qu’évidemment, une image signifie autre chose dans un format particulier et associée à un titre (d'où le fait qu'il arrive qu'une bonne image fasse une mauvaise couverture...) Selon la place qu’on lui donne, également : centrée, décentrée, omniprésente, discrète… Un espèce de nombre d'or intuitif, adapté à chaque cas. Le noir et blanc absolu me semblant trop austère, nous avons beaucoup tâtonné…

Si je vais les évoquer, je ne vous montre pas la vingtaine d'essais réalisés pour plusieurs raisons. Tout d'abord, car je pense que dévoiler certaines coulisses choisies n'est pas faire assister à une séance de dissection. C'est-à-dire que la magie de la forme passe par l'évidence muette des procédés qui y ont conduit. Si on montre du doigt, en images, toutes les coutures, ça finit par prendre un goût de sirop pour la toux – tu les sens bien les antiseptiques ? Ensuite, parce que de toute façon, je n'ai pas la force de passer une demi heure à tout convertir en EPS, réimporter sur Photoshop et uniformiser à un format vignette... Et puis surtout, ça m'évitera les commentaires : « Oh mais je préférais la rouge ! » « Oh ben moi la jaune ! » « La noir et blanc n'était pas si mal... » Et la lassistude intense qui s'ensuivrait.

Donc voici LA couverture :


{Cliquer dessus pour la voir en moins dégueulasse...}

... noir + un ton direct orange seventies mais pas halloween, éclairant le titre. Le noir et blanc, donc, me semblait un peu plat, sa version en négatif presque mortuaire (je ne peux plus voir un livre noir en peinture), la typo manuelle (façon PanAmérica, mutatis mutandis) quoique réussie, tirait trop du côté de la caricature associée au dessin, nous sommes donc revenus à la fonte Laureli habituelle, le faisceau blanc façon poursuite de théâtre faisait penser à la belle charte de maquette des belles Éditions Cartouche (même si c’était en soi une bonne idée, transformant une partie de l’espace en public !), le rouge était trop classique, le rose trop rose, le violet peut-être un peu trop ecclésiastique et associé au noir, ça me faisait penser l'enterrement de mon arrière grand-mère en 1981, le bleu exclu, le vert – portant malheur, paraît-il – aussi, les nuances fluo étaient séduisantes, très séduisantes, mais risquaient de vibrer, en titrage, j’aimais bien mon jaune/anis en fond mais il écrasait le dessin, qu’on a donc repassé en noir et blanc pour garder les contrastes, flottant dans une mare de jaune, oui mais voilà, le jaune était quand même trop présent et ça manquait de relief… Ce jaune volait la vedette, c’est sûr. Bref, au final, deux essais tout de même concluants entre lesquels nos cœurs balançaient. Jusqu'à l’illumination (c’est dans la thématique !) de cet orange palpitant.
Le résultat d’encre et de papier le 7 janvier !
En attendant, vous pouvez lire des extraits de Sister Sourire, une pure tragédie ici. Évidemment, je ne parle dans le cadre de ce billet que d’éléments techniques, mais c’est simplement parce qu’ils sont au service du texte, et quel texte !

mercredi, octobre 22, 2008

EM HTIW KLAW ERIF

Un état du début de mon texte sur Twin Peaks pour Écrivains en séries...

Welcome to Twin Peaks. My name is Margaret Lanterman. I live in Twin Peaks. I am known as the Log Lady. There is a story behind that. There are many stories in Twin Peaks - some of them are sad, some funny. Some of them are stories of madness, of violence. Some are ordinary. Yet they all have about them a sense of mystery - the mystery of life. Sometimes, the mystery of death. The mystery of the woods. The woods surrounding Twin Peaks.

To introduce this story, let me just say it encompasses the all - it is beyond the fire, though few would know that meaning. It is a story of many, but begins with one - and I knew her.

The one leading to the many is Laura Palmer. Laura is the one.

L'envers du décor
Les ombres de la forêt
La nuit sert à entendre et le jour à voir
Laura Palmer ne se résoud pas à mourir

Sometime ideas, like men, jump up and say « hello ». They introduce themselves, these ideas, with words. Are they words ? These ideas speak so strangely. All that we see in this world is based on someone's ideas. Some ideas are destructive, some are constructive. Some ideas can arrive in the form of a dream. I can say it again : some ideas arrive in the form of a dream.

En gesticulant. Scènes de désespoir, de lamentations. La mère, masque de tragédienne, est sous calmant, prostrée au fond d'un canapé. La télévision est allumée. Le père oublie toute dignité, sanglote en public, pantin manipulé par la violence de la douleur. Leur espoir, leur enfant devenue grande, trop vite. Arrachée à la vie. La petite ville de Twin Peaks est stupéfiée. Le charme de sa nature grandiose, rompu. Comment une telle chose peut-être arriver dans un endroit aussi paisible ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? En gesticulant, en pleurant, on s'interroge. Il était une fois la mort de la belle Laura Palmer. Le 23 février 1989. Laura, la belle Laura, fierté de tous, retrouvée morte, flottant sur une rivière dans une aube glacée, près de l'usine de bois. La rumeur laisse passer. Des gémissements, quelques doutes. J'étais déjà partie. Les cheveux blonds, trempés, ondulés, la pâleur du visage ceint d'un drapé opaque de plastique immaculé lui donnent l'aura d'un ange lassé, malgré lui. C'était écrit, d'ailleurs.

There is a sadness in this world, for we are ignorant of many things. Yes, we are ignorant of many beautiful things - things like the truth. So sadness, in our ignorance, is very real.

The tears are real. What is this thing called a tear ? There are even tiny ducts--tear ducts - to produce these tears should the sadness occur. Then the day when the sadness comes - then we ask : « Will this sadness which makes me cry - will this sadness that makes my heart cry out - will it ever end ? »

The answer, of course, is yes. One day the sadness will end.

Il y a toujours de la musique dans l'air. Mis en scène par l'encadrement de la fenêtre, le spectacle de la famille déchirée de douleur. On ne distingue que des hoquets entrecoupés de mots d'amour à l'attention de leur petite fille morte, leur enfant si lumineuse. Et le contraste de la campagne alentour, d'un vert tonitruant. Elle pourrait en raconter tant, de jour comme de nuit. Et moi donc. La cime des grands arbres ondule une chanson triste. Les chœurs sont des jeunes filles éplorées, intemporelles. Sans conviction, les élèves du lycée de Twin Peaks poursuivent leur journée de cours après la macabre nouvelle. Mais l'entourage proche de Laura ne parvient pas à surmonter le choc. « Que faire dans un monde où n'importe qui peut surgir de n'importe où et faire n'importe quoi ? » Personne ne comprend comment le conte de fées a pu ainsi tourner au cauchemar, comment la jolie princesse blonde au sourire renversant a pu être sacrifiée avec tant de violence. Un déchaînement qui paraît inhumain, comme le fruit de forces obscures et lointaines. Dans cette petite ville noyée au cœur de la forêt, plus qu'ailleurs, on connaît le poids d'une histoire tissée de légendes indiennes, le combat permanent du bien et du mal au cœur de chaque instant. (Le poids de l'histoire et des légendes, et ce qu'il en coûte de ne pas écouter les menaces grandiloquentes du vent dans les sycomores.)

...



jeudi, octobre 02, 2008

Question de fab, épisode 1

J’imagine que de loin on pense que la conception physique (relecture, correction, maquette, couverture, suivi de fabrication…) d’un livre se fait relativement rapidement et sans douleur. Ou peut être que certains ont cette chance – réaliser toutes ces étapes rapidement et sans douleur. Moi pas. Douleur est exagéré, bien sûr. Disons plutôt obsession maladive du détail, réveil en sueur à 4 heures du matin en criant « page 86 ! » (et en découvrant le lendemain une coquille à la même page… assez flippant…), traquer les fautes de toutes sortes, vérifier la syntaxe, la concordance des temps, l'utilisation de la ponctuation, heures passées à peaufiner la maquette, remplacer les espaces avant certaines marques de ponctuation par des demis insécables, régler les coupes, éliminer systématiquement ces pauvres veuves et orphelines, choisir, entre deux maux (une dernière page de chapitre avec seulement trois lignes ou une quasi orpheline 3 pages auparavant) le moindre, éventuellement se maudire d’avoir choisi une police bâton jolie mais difficile à travailler (car créée pour le titrage), supprimer les folios superflus, vérifier la pagination, vérifier encore la pagination, ajouter les seuils qui permettront de parvenir à un multiple de 32 (nombre de pages dans un cahier) donc ajouter éventuellement page de faux titre, page « du même auteur », page « dans la même collection », créer l’achevé d’imprimer, éventuellement appeler l’imprimeur pour lui dire que finalement le livre ne fera pas tant de pages mais tant, calculer le prix de vente possible à l’unité d’après l’ensemble des coûts du livre, se renseigner sur « l’atterrissage » du livre (objectif de mise en place) auprès du diffuseur pour ajuster le tirage, passer à la couverture, placer correctement le titre sur l’image ou l’illustration, éventuellement se maudire d’hésiter entre plusieurs solutions sans élire la bonne immédiatement, vérifier que l'image soit bien en TIFF et en CMJN (ou la passer en TIFF et CMJN en contrôlant l'évolution de couleur par rapport au RVB), vérifier la colorimétrie de l’image ou de l’illustration, choisir le Pantone ou la couleur quadri de titrage qui correspond, placer ensuite le logo, prévoir le trait du mors collé sur la 1ère de couv, régler le dos, créer puis régler l’approche de la 4e, placer les filets, le prix, le code barre, le © de l’image ou de l’illustration, vérifier le code EAN (je dis abusivement EAN par habitude mais c'est en fait l'ISBN 13 qui équivaut à présent au code EAN) dans l’achevé d’imprimer du livre et sur la 4e de couv, vérifier le code EAN dans l’achevé d’imprimer du livre et sur la 4e de couv, vérifier le code EAN dans l’achevé d’imprimer du livre et sur la 4e de couv, vérifier le code EAN dans l’achevé d’imprimer du livre et sur la 4e de couv (ça, je peux le faire une bonne dizaine de fois…), imprimer la couverture en A3 pour pouvoir la tracer et vérifier les coupes, vérifier à nouveau la pagination de l’intérieur du livre, intégrer éventuellement les derniers ajouts de l’auteur ou retrancher ses repentirs (et donc, régler à nouveau la maquette en vérifiant à nouveau les chasses, la pagination… et puis tant qu'on y est le code EAN et la place des folios), relire une dernière fois avant d’envoyer les fichiers à l’imprimeur, les envoyer finalement avec angoisse (le sentiment de l’irrémédiable), contrôler soigneusement les fichiers B.A.T. page par page, vérifier une dernière fois la pagination, vérifier le code EAN dans l’achevé d’imprimer du livre et sur la 4e de couv (ad. lib.), contempler l’ensemble, couverture et intérieur, en espérant que par miracle une dernière coquille maligne saute enfin au visage, en avoir marre d’attendre l’illumination et finir par envoyer un « bon à tirer » à la fois soulagé et terrorisé (le sentiment de l’irrémédiable), expérimenter la déréliction sans jardin des oliviers (« livre, livre, pourquoi m’as-tu abandonnée ?! »), aller au calage de la couverture pour contrôler la balance des couleurs ou la recevoir avant montage et façonnage, attendre la réception du livre et frôler l’arrêt cardiaque à l’ouverture du carton…

Et après, on dira qu’un livre n’est pas un objet magique…

mercredi, septembre 24, 2008

Trop peu, trop peu de temps

Ou trop de choses comprimées dans les laps, peut-être. Bref, vous l’aurez remarqué, je ne suis guère loquace, non par goût du silence, mais par obligation – les vases communicants one more time. Ça se passe bien et mieux encore pour Bastard Battle de Céline Minard. Du coup, ben je travaille beaucoup, et sur son livre, et sur Mademoiselle de Biche d’Emmanuel Tugny (dont vous pouvez entendre quelques extraits lus par Yann Linaar ici) et Rouge à lèvres sur le plongeoir d’une piscine municipale de Tarik Noui que je viens de recevoir de l’imprimerie aujourd’hui et qui est fort joli. Le temps ne suspendant pas son vol, je travaille en ce moment aussi (côté éditorial cette fois, et pas encore comm’ mais ça ne saurait tarder) sur Treize mille jours moins un de Didier da Silva, le prochain joyau – un vrai, un pur, un dur. Et sur le collectif Écrivains en séries : un guide des séries télé 1948 -2008 par une soixantaine d’écrivains, artistes, musiciens… sans parler de la magnifique couverture made in Danny Steve. On se doutait bien qu’on avait été ambitieux avec Emmanuel Rabu, initiateur et directeur du projet, mais là, on va quand même y passer un peu de temps – corrections, coordination, maquette, notes, index… Nous sommes plus qu’enthousiastes du résultat qu’on commence à entrapercevoir. Sortie après la digestion de la bûche crème au beurre et avant mon anniversaire dramatique puisque c’est le fameux âge du Christ – je m’excuse auprès de mon frère de n’avoir pas compati à cet événement lorsqu’il l’a subi, ah la jeunesse insouciante. Bref, I’ll be back soon !

lundi, juin 09, 2008

« Qui copie le hibou et où ? »

« Tenez, René, choisissez, lisez.
Lisez un des ces gentils poèmes que vous avez lus, l’autre soir, à l’occasion du forum annuel que nous organisons depuis le Ministère pour signifier le retour en force, aujourd’hui que nous cherchons du sens – C’est si vrai, opina Douce –, aujourd’hui que nous cherchons un sens contemporain à la modernité, pour signifier le retour en force de la poésie, ou plus exactement du poétique, partout, du poétique partout, du poétique sous le sabot d’un cheval, du lyrisme de toute chose dont parlent si bien nos Allemands : un coucher de soleil, ma femme au bord des lèvres, une petite fleur, tout.
René est le client idéal de ce genre de manifestation : d’abord, il est un grand poète – si, René, ne soyez pas médiocrement poète –, vous êtes et resterez un grand modeste, vous avez d’ores et déjà marqué le temps de votre empreinte un peu céleste, permettez-moi de le dire après Fatime Sharopi, vous êtes une voix dans le siècle. D’abord, donc, vous êtes un grand poète, et puis vous êtes un poète dans l’ordre public, vous avez le souci d’âtre platoniquement utile à la cité et, en son sein, comme l’ajoutait Fatime Sharopi l’autre soir, à la poésie toute entière, qui, j’y insiste, vous doit d’être aujourd’hui placée sous les feux de la rampe, dans l’ombre des projecteurs, sous les sunlights, comme dirait ma chère Biche, qui est d’une génération à qui cela ne fait pas peur d’employer un lexique un peu mécanique – tu me pardonnes mon chéri ?
Et puis, vous êtes le bon cheval parce que vous savez lire.
Vous lisez si joliment, lisez.

J’ouvre au hasard, voilà – je ne lis pas le poème dans son intégralité, il est très long, j’indique qu’il s’agit d’un épithalame composé à l’occasion du mariage de ma petite sœur Pia. Voilà – « le monstre, il nous fait languir ! », « pas plus longtemps, en tout cas, Madame » –, voilà :

Pour Pia

À l’envers
À l’endroit
À l’envers
À l’endroit

À l’envers à l’endroit

À l’envers
À l’endroit
À l’envers
À l’endroit

À l’envers à l’endroit

Je n’ai guère
À l’envers
J’ai que toi
À l’endroit

À l’envers à l’endroit

Je te perds
À l’envers
Et pourquoi
À l’endroit
À l’envers à l’endroit

Pourquoi faire
À l’envers
Qui veut quoi ?
À l’endroit

À l’envers à l’endroit

Oui, bon ! interrompit Agrippa que ça crispait quand même un peu.
Oui, bon, mais il doit y avoir un moyen d’écrire pour tout le monde, de ne pas systématiquement exclure par la parole qu’on prend partout comme on veut. Je ne dis pas que ce ne soit pas beau, j’ai pas les moyens, pardon, de juger, mais je trouve que ça manque terriblement de cœur, tout ça, je trouve que ça ne concerne pas, voilà, que ça ne concerne pas. Ce n’est pas écrit pour les gens, c’est fait pour les tenir à distance. S’il y a une beauté, au monde, c’est pour que chacun en profite. Regardez, par exemple, Dato Fraucino, il a dit des choses d’une grande, d’une irréfragable importance, et il a dit tout ça tout bonnement, tout simplement (et vous n’êtes pas Dato Fraucino). Ce qui me gêne là-dedans, René, voyez-vous, c’est que ça contribue à ce que la poésie se ferme sur elle-même, alors qu’elle appartient à tout le monde, vous, moi, tous, notre amie, dans le fond, avec sa fleur et ses grosses miches, tous, je vous dis.
Agrippa est en colère.
Agrippa – laissez, Léonce, non, j’insiste, cela ne peut pas rester sans réponse –, Agrippa, vous venez d’entendre quelque chose qui ne peut pas se mettre, comme vous le suggérez un peu rapidement, à la portée d’un public qu’il veut ignorer dans sa conception même. Notre ami invente un monde. Je puis comprendre que cela ne vous agrée pas. Je puis comprendre que l’habitude de fréquentation de celui où nous vivons qui est la vôtre vous conduise à contester l’existence d’autres possibles. Mais sachez que l’objet, que l’objectif, que le machin, en bref, que ce que la poésie se propose, c’est de tendre le doigt, lentement, et en dépit de préventions dont vous êtes l’incarnation un peu grotesque, pardon mais un peu grotesque tout de même, de tendre le doigt vers un ailleurs, vers un bel horizon par lequel le public est happé.
La poésie ne se subordonne pas à l’ordre du commun, sa dignité est dans la définition de nouveaux ordres, ne vous déplaise, merde alors.
N’empêche que je me sens exclu par ces choses-là, et que je n’ai pas envie de faire le chemin dont vous parlez pour trouver ça au bout.
Si vous me permettez de défendre ma cause moi-même, Léonce, je voudrais dire que, loin de vous exclure, cher Agrippa, j’ai voulu par ce poème rendre quelque chose de ce que nous partageons, d’une sorte de bien commun qui nous réunit, tous les deux. Vous avez aussi, certainement, une sœur, un frère, des proches. Vous faites incontestablement la différence entre votre envers et votre endroit. Le reste est question de poésie, de rime, de truc et de tout, mais le point est là : nous nous ressemblons et ce poème est une ode à la ressemblance de tout qui est notre lot, comme est notre lot la poésie, qui vient napper tout ça d’un coup pour que ce soit joli comme tout ce qui nous entoure et se rassemble pour faire un lot.
Vous voyez bien, Agrippa, qu’on ne vous en veut pas.
Vous voyez qu’il est prêt à vous concéder qu’en dépit de la grande vulgarité dont exsude toute votre personne, manières, conceptions, tout, vous êtes un diable d’homme quand il s’agit d’éristique. Vous êtes une force qui va.

Kind of a man

Une espèce d’homme.
Vous voyez bien que, dès qu’il s’agit de poésie, les débats s’enveniment : chacun a son idée de la poésie.
L’on sent bien qu’elle reste un ferment fort de vie en groupe.
Vous voyez bien, Agrippa, que ce n’est pas contre vous.
Vous voyez bien.
J’ai peut-être été un peu loin, mais l’intention y était.
Tout juste me reprocherais-je la forme, qui tendait à laisser penser qu’il y aurait peut-être, sur la question qui nous occupe, moyen de m’amadouer. Ce serait mal me connaître.
Agrippa se leva d’un bond et saisit René à la gorge.
Navré, René, dit Léonce, vous étiez la victime, ce soir. Une autre fois, vous aurez plus de chance. À présent, que voulez-vous, il faut passer. »

Extrait de Mademoiselle de Biche de Emmanuel Tugny, Laureli/Léo Scheer, à paraître en septembre 2008.