La saison 2 d’Écrivains en séries est en montage. C’est-à-dire que les maquettes individuelles sont réalisées (bon, OK, presque, encore deux ou trois à boucler, mais vous croyez que les week-ends c’est fait pour buller, peut-être ?), il ne restera plus qu’à (ah ! ah !) tout chaîner à partir de lundi. Et puis reporter des corrections d’auteurs reçues à ce moment-là, ainsi que celles aimablement réalisées par Anne-Laure et Danièle, aussi… Et pof, quelque 500 pages en route vers l’imprimerie. Ce délicieux cauchemar aura donc duré trois semaines bien denses – je n’évoque, bien sûr, que la phase d’immersion. Mais au moins, j’ai protégé mon capital solaire, n’est-ce pas. Bientôt viendra le temps de la lecture en librairie et du verre de l’amitié… Je vous tiendrai au courant.
En attendant... Trailer#1 : la vidéo réalisée par l’artiste Mélissa Epaminondi sur la série I Love Lucy à l’occasion d’Écrivains en séries, saison 2 : I LOVE MAMAN :
Trailer#2 : cinq épisodes d’Écrivains en séries, saison 1 seront diffusés ces prochains jours sur France Culture dans le cadre de l’émission Micro Fiction ; réalisation : Jacques Taroni.
Épisode 1, lundi 30 août à 11h50 : « Capo di tutti capi » de Tarik Noui, d’après Les Soprano> émission.
Épisode 2, mardi 31 août à 11h50 : « Desperate in the City » d’Hortense Gauthier, d’après Desperate Housewives et Sex and the City> émission.
Épisode 3, mercredi 1er septembre à 11h50 : « Vanités ou l’ironie du sort » de Laure Limongi, d’après Six Feet Under> émission.
Épisode 4, jeudi 2 septembre à 11h50 : Laure Limongi : Twin Peaks> émission.
Épisode 5, vendredi 3 septembre à 11h50 : « Dallas ou l’Engrenage » d’Emmanuel Tugny, d’après Dallas> émission.
Et La Vignette d’Aude Lavigne (France Culture, toujours) du 1er septembre est consacrée à la collection Laureli. Vous pouvez l’écouter ici.
Je remercie vivement l’équipe de Micro Fiction d’avoir choisi Écrivains en séries pour inaugurer cette nouvelle émission. Et Aude Lavigne pour ce joli moment – j’ai l'impression qu’on se marre pendant cinq minutes... mais on dit des chose sérieuses, aussi !
En exclusivité mondiale sous vos yeux ébahis, voici la couverture d’Écrivains en séries, saison 2, réalisée par Danny Steve, qu’on applaudit bien fort. De surcroît, on appréciera à sa juste valeur ce moment de fraîcheur absolument salutaire par les temps qui courent, ou plutôt se traînent lamentablement en suant.
Je rappelle qu’Écrivains en séries, saison 2, sortira le 14 octobre – si j’ai survécu à son élaboration (sinon, j’imagine que mes collègues observeront un petit délai de deuil et que ça sortira le 15 – Julia, Florent, au cas où : le dossier se trouve dans Macintosh HD>Laureli>ECRIVAINS EN SERIES>EES2>EES2_Exe).
Vous pourrez consulter ici avant que le mois d’août ne pose ses pattes brûlantes sur nous, grâce au talent et à l’adorable diligence de Tony Lesterlin, le détail du casting ainsi que les séries dont on parlera dans ce pléthorique volume.
Je vous avais narré ici et là les aventures d’Écrivains en séries « saison 1 ». Eh bien voici à présent : Écrivains en séries « saison 2 », à paraître le 20 octobre, plus bottinesque encore que le premier, avec 102 auteurs et 135 séries – ces chiffres sont susceptibles d’évoluer encore un chouilla dans la semaine qui vient.
J’ai heureusement appris de mes trois semaines de bouclagecauchemardesques en février et mars 2009, j’aborde donc ce challenge de secrétariat de rédaction, correction, harmonisation, maquette, etc. avec une relative sérénité. J’ai bien dit relative, je finirai bien par céder à la panique à un moment ou à un autre – étant donné, n’est-ce pas, qu’il y a d’autres livres à faire, choisir, défendre, écrire…
L’essentiel, c’est quand même qu’avec Emmanuel Rabu – créateur du projet –, nous sommes plus que ravis : enthousiastes et euphoriques devant l’extrême qualité des textes reçus. Il faut dire que, comme pour la « saison 1 », on a bien soigné le casting.
Voilà déjà la liste des séries dont on parlera dans Écrivains en séries « saison 2 ». Pas de répétition par rapport à la « saison 1 », exception faite de quelques séries cultes et/ou dont de nouvelles saisons sont parues entre temps (Lost, The Wire, Mad Men) et/ou dont le traitement est très différent : texte/intervention graphique (Dexter, Derrick). Vous pourrez y lire des textes à la fois sur des chefs-d’œuvre intemporels (Le Manège enchanté), sur des séries symbolisant ce qu’on s’est accordé à appeler le « nouvel âge d’or des séries » (Les Soprano) ou encore sur de toutes nouvelles séries de grands réalisateurs (Treme). Coming soon : la couverture de Danny Steve – qui avait réalisé la couverture d’Écrivains en séries « saison 1 » –, la liste des auteurs et une page de présentation, concoctée par Tony Lesterlin, sur le modèle de celle-ci (créée pour la « saison 1 »).
Les 4400 (The 4400) ; 90210 Beverly Hills : Nouvelle Génération (90210 (next gen)) ; Alerte à Malibu (Baywatch) ; Alfred Hitchcock présente (Alfred Hitchcock Presents) ; Alias ; Angels in America ; En analyse (In Treatment) ; Aqua Teen Hunger Force ; Arabesque (Murder, She Wrote) ; Les Arpents verts ; Astro Boy ; Au cœur du temps (The Time Tunnel) ; Au nom de la loi (Wanted: Dead or Alive) ; Les Aventures de Saturnin ; Baby Cart (Kozure Ōkami) ; Baretta ; Battlestar Galactica ; Beavis and Butt-Head ; Berlin Alexanderplatz ; The Big Bang Theory ; A Bit of Fry and Laurie ; Bones ; Bored to Death ; Breaking Bad ; Les Brigades du Tigre ; Californication ; Candy ; La Caravane de l’étrange (Carnivàle) ; Cashmere Mafia ; Chapeau melon et bottes de cuir (The New Avengers) ; Chateauvallon ; Les Chevaliers du Zodiaque (Saint Seiya) ; ChiPs ; Les Cinq dernières minutes ; Clara Sheller ; La Cloche tibétaine (Die Gelbe Karawane) ; Le Club des Gentlemen (The League Of Gentlemen) ; Le Commissariat de Tampy ; Conrad ; The Corner ; Coronation street ; Cosby Show (The Cosby Show) ; Cosmetic Paradise ; Cowboy Bebop ; La Croisière s’amuse (The Love Boat) ; Daktari ; Damages ; Derrick ; Deux flics à Miami (Miami Vice) ; Dexter ; Docteur Who (Doctor Who) ; Dollhouse ; Dream on ; Dr. Horrible’s Sing-Along Blog ; Duas Caras ; Dynastie (Dynasty) ; Edge of Darkness ; Entourage ; Les Envahisseurs (The Invaders) ; L’Equipée du Pony Express (The Young Riders) ; Faites entrer l’accusé ; Ma famille ; La Famille Addams (The Addams Family) ; Femmes$ de Footballeurs (Footballers’ Wive$) ; France tour détour deux enfants ; Freaks and Geeks ; Friends ; Fringe ; La Fureur dans le sang (Wire in the Blood) ; Gabriela ; Goldorak (Yūfō Robo Gurendaizā) ; Gossip Girl ; Les Griffin (Family Guy) ; Haine et Passion (Guiding Light) ; Happy Tree Friends ; Hartley, cœurs à vif (Heartbreak High) ; L’Homme qui valait trois milliards (The Six Million Dollar Man) ; L’Hôtel en folie (Fawlty Towers) ; How I Met Your Mother ; Les Insatiables ; The IT Crowd ; Jinny de mes rêves (I Dream of Jeannie) ; John from Cincinnati ; Journal intime d’une call girl (Secret Diary of a Call Girl) ; Kadi Jolie ; Kaamelott ; Kojak ; Kung Fu ; Life ; Lost ; I Love Lucy ; The L Word ; Mad Men ; Mafiosa ; Maigret ; Le Manège enchanté ; Mannix ; M*A*S*H ; MillenniuM ; Monk ; Monsieur Manatane ; Mushishi ; Les Mystères de l’Ouest (The Wild Wild West) ; NCIS : Enquêtes spéciales (NCIS) ; Une nounou d’enfer (The Nanny) ; The Office ; Pépin la bulle ; La Petite maison dans la prairie (Little House on the Prairie) ; Peyton Place ; Profit ; Le Renard (Der Alte) ; Six Sexy (Coupling) ; Skins ; Les Soprano (The Sopranos) ; Starsky & Hutch ; Star Trek ; Super Jaimie (The Bionic Woman) ; Superjail ; Sur écoute (The Wire) ; Les Télétubbies (Teletubbies) ; Les Têtes brûlées (Baa Baa Black Sheep puis Black Sheep Squadron) ; Thierry la Fronde ; Treme ; True Blood ; United States of Tara ; Urgences (ER) ; The Vampire Diaries ; Vidocq ; La Vipère noire (Blackadder) ; Walker, Texas Ranger ; Wallander ; Wonder Showzen ; Wonder Woman ; X-Files : Aux frontières du réel (The X-Files) ; Zorro.
J’ai un peu peur toute seule rue de l’Arcade, c’est très silencieux, j’ai pas l’habitude. Mais il y a une jolie lumière pour rappeler qu’un jour le printemps reviendra, à commencer par mes collègues demain, alors, ça va.
Ce matin, j’ai récupéré les photos de Daniel Foucard prises par Thierry Rateau qui mettent bien en valeur sa tête de séductueur russe. Si avec ça les féminins (abréviation pour « magazines féminins » utilisée dans le milieu de l’édition) ne se l’arrachent pas, je rends mon béret léopard – j’ai pas de tablier.
Je commence à corriger les textes reçus pour Écrivains en séries, saison 2. Emmanuel aussi, de son côté. Après avoir reporté nos corrections, je les refile à Aurélie pour une troisième lecture. Ils sont de très haute tenue, avec une euphorie ironique (ou une ironie euphorique), une bonne matière formelle, bien incarnée, bien dense, bien idiolectale pourléchée, bien « plain » – au sens du « plain text » steinien –, tout ce que j’aime.
Après, j’ai des textes à écrire – mais j’ai aussi envie de finir le coffret de Star Trek Deep Space Nine que j’ai commencé, Odo le métamorphe vient de vivre sa première relation charnelle avec une solide tandis que les méchants du Dominion sont encore plus méchants. Brrr comme dirait Georges Hassomeris.
Je suis censée écrire quatre textes ce week end. L’un de « création », comme on dit ; trois, « critiques », enfin, sur des livres, quoi. Le problème, c’est que j’ai le cerveau grillé comme la Tefal qu’Emmanuel a achevée à coups de banane au miel et au chocolat et qui a fini tristement ses jours dans la poubelle de la cour… M’enfin bon, on va essayer de se la jouer Jack Bauer du Word et d’y arriver. Copy that.
En parlant de 24 heures, avec Emmanuel Rabu, nous sommes en train de boucler les attributions de séries pour la « saison 2 » d’Écrivains en séries qui devrait paraître en novembre 2010. Je serai donc en mesure de vous présenter les acteurs de cette nouvelle saison très prochainement. Autant d’enthousiasme que pour les prémices du projet, c’est une sacrée chance de pouvoir orchestrer un tel projet collectif bouillonnant de talents même si ma boîte email est en train d’exploser et que ça va forcément finir en nuits blanches… J’ai hâte, aussi, de voir la couverture que va nous concocter Danny Steve.
Casse de Daniel Foucard est arrivé de l’imprimerie le 8 décembre. Et chez les destinataires du service de presse il y a une petite semaine. Thierry Rateau a fait des photos de Daniel qui confirment sa grande photogénie. Vous les verrez bientôt. (Et ça change de l’unique cliché façon tueur russe que j’avais pris en 2006 et qui ne rendait pas vraiment hommage au modèle.) J’ai l’impression que Thierry n’a pas de site Internet présentant son travail, c’est bien dommage, c’est vraiment un très bon artiste et une personne délicieuse. Il a photographié plusieurs auteurs aux Éditions, toujours il parvient à saisir leur personnalité, à mettre à l’aise les plus craintifs devant l’objectif. C’est aussi ça, être un bon photographe.
Vendredi, j’ai réalisé des cartes de vœux avec les tampons qu’a fabriqué Le Tampographe Sardon à partir d’une affiche foucardienne. J’ai maquetté le verso en XPress, rouge et cyan, Aurélie a massicoté les feuilles cartonnées A4, puis j’ai tamponné le recto en rouge d’abord, puis en cyan, afin de pouvoir laisser sécher tranquillement ce week end. Ça m’a vraiment détendue et j’ai même fini en débardeur sous les yeux ébahis d’Anne et de Florent – qui devaient se demander si j’avais pas chopé la grippe, celle qui fait peur. Ça faisait longtemps, depuis Al Dante, je crois, que je n’avais pas fait quelque chose « à l’ancienne ». Avec tous ces logiciels de mise en page et de traitement d’image, on finit par oublier le plaisir de la texture non numérique…
Je travaille à présent à la maquette de La Tour d’Hélène Bessette, avec l’aide précieuse de notre stagiaire Aurélie Carpentier – elle vérifie la saisie du texte, je lui montre comment maquetter un livre sur XPress, échange de bons procédés. C’est drôle de voir comment les gens saisissent un texte – puisque évidemment, concernant Hélène Bessette, il n’existe aucune version numérique ; et la reconnaissance de texte donne autant de boulot que la saisie… Certains font des lapsus révélateurs. D’autres surbessettisent Bessette ou, au contraire, tentent de la débessettiser en corrigeant – malgré les consignes – sa typographie volontairement hors des conventions. Il faut donc être très attentif et faire plusieurs relectures… et en profiter pour corriger les fautes qui avaient échappées aux correcteurs des années 50… J’ai demandé à Fanette Mellier – qui avait déjà créé le « A » façon gommettes de maternA – de réaliser la couverture de La Tour. Je ne l’ai pas encore vue, Fanette ayant au moins autant de boulot que moi… mais elle devrait arriver entre la bûche et la galette. Noëlle Renaude nous a fait le cadeau d’une remarquable postface, elle défend les livres d’Hélène Bessette depuis longtemps, sa passion pour son écriture, la lecture acérée qu’elle en fait, transparaissent dans son texte, avec l’élégance que ses lecteurs lui connaissent.
Tiens, une alarme ICal, façon vanité Mac, me rappelle que je dois y aller…
Voici le texte de mon intervention sur Dexter dans le cadre de la soirée « séries télé » de la Semaine de la pop philosophiequi se déroule en ce moment à Marseille. Un texte écrit pour être dit, je le précise – donc volontairement clair (enfin, j’espère) – et itératif avec plein de points sur un certain nombre de « i ».
La dissection ludique de cette notion de « pop philosophie » s’est poursuivie aujourd’hui avec le « Jeu de la théorie » inventé par Patrice Maniglier et un audacieux parallèle entre Barbara Cartland et Hegel jonglé par Mark Alizart. Certaines interventions seront bientôt retransmises sur Léo Scheer.TV. L’on passe de très beaux et bons moments d’amusements théoriques et de joutes rhétoriques plus ou moins référencées que nous espérons ainsi vous faire partager prochainement.
Merci à la très talentueuse et adorable et efficace équipe de la Semaine de la pop philosophie, Jacques Serrano – créateur de l’événement –, Émilie, Vanessa…
J’avoue avoir innocemment donné dans le spoiler en écrivant mon texte sur Dexter pour Écrivains en séries. J’étais tellement immergée dans le rythme de diffusion américain qu’il ne m’était pas venu à l’idée que quelqu’un, en France, pouvait ne pas en avoir vu les deux premières saisons… Après m’être fait copieusement insulter par une amie qui se reconnaîtra, j’ai donc décidée d’être plus attentive et je vais tâcher de ne pas gâcher le plaisir de ceux qui seraient en pleine découverte dexterienne ou qui s’apprêteraient à s’y lancer en vous en faisant une rapide présentation subjective.
Avant la série : le livre
Avant d’être le héros d’une série, Dexter a été celui d’un roman de Jeff Lindsay – qui est marié avec la nièce d’Hemingway, pour la petite histoire, depuis que je lis Grazia, je n’ai plus de scrupules à distiller ce genre d’informations… – Ce cher Dexter (Darkly Dreaming Dexter), dont la traduction est parue en 2005 au Seuil. Pour les obsessionnels, je signale que Jeff Lindsay fera un caméo – « apparaîtra » en français, mais on perd la référence hitchcockienne… – dans le dixième épisode de la saison 3 dont je ne vous dirai rien, non, même si je l’ai vue, hé ! hé !…
La première saison de Dexter suit d’assez près les grandes lignes du roman de Jeff Lindsay, notamment à travers la constitution du personnage principal. Elle s’en déprend à partir de la saison 2, alors que l’écrivain poursuit de son côté sa saga avec : Le Passager noir (Dearly Devoted Dexter), Éditions du Panama, 2005 ; Les Démons de Dexter (Dexter in the Dark), Michel Lafon, 2008 ; Dexter by Design, sorti en 2009 au Royaume-Uni et encore non traduit en France, évoquant la lune de miel de Dexter à Paris pendant laquelle il découvre le monde de l’art contemporain… ; le prochain Dexter de Jeff Lindsay, prévu pour 2010, s’intitulera : Dexter is Delicious et devrait contenir des éléments de cannibalisme.
C’est donc Jeff Lindsay qui crée Dexter Morgan, expert judiciaire le jour, meurtrier en série la nuit, c’est lui qui évoque le « passager noir » qu’invoque sans cesse Dexter et surtout, l’écriture à la première personne – procédé d’ailleurs repris dans mon texte – qui est adaptée en voix off du héros dans la série.
James Manos Jr en réalise l’adaptation sérielle. Il est l’un des auteurs des Soprano (de David Chase) et de The Shield (de Shawn Ryan), séries dont l’univers est proche, par certains aspects, de celui de Dexter : la violence fragile de Tony Soprano, capable d’assassiner son meilleur ami sur une suspicion de trahison et de tomber dans les pommes parce que des canards sauvages ont déserté son jardin ; Vic Mackey, chef ripou de la « Strike Team » dont The Shield raconte les aventures, à la fois repoussant et corrompu mais terriblement attachant car humain, trop humain.
Pour donner dans la digression et citer d’autres îlots esthétiques dans le monde des séries contemporaines, on pourrait aussi évoquer Joss Whedon, créateur des séries Buffy, Angel, Firefly et Dollhouse – cette dernière sera diffusée en France à partir du 25 octobre 2009 sur Téva – qui développe un univers très cohérent tiré des comic books – voir à ce sujet l’article très riche de Clément Tuffreau dans Écrivains en séries.
Ou bien, évidemment – et là, on donne dans le très haut de gamme plastique – Alan Ball, qui a offert au cinéma American Beauty et aux séries les monuments que sont Six Feet Under et True Blood – actuellement en diffusion. Il est intéressant de remarquer une similitude entre le début d’American Beauty et les débuts d’épisodes de Six Feet Under puisque American Beauty commence par la mort du héros, Lester Burnham et développe ensuite une analepse – ce qui diffère, en l’occurrence, de la série Six Feet Under dans laquelle on suit à la fois le devenir des cadavres (réactions des proches, embaumement, enterrement…) et l’évolution de la famille Fisher, propriétaire de la société de pompes funèbres Fisher & sons. Quant à la cohérence esthétique entre Six Feet Under et True Blood, elle est tout d’abord thématique – puisque True Blood, c’est l’histoire du coming out des vampires dans la société des humains… donc, à nouveau, la mort surgissant dans la vie… – mais surtout esthétique, à travers une photographie extrêmement travaillée, des plans au cadrage léché, des personnages aux contours presque dessinés.
Fermons la parenthèse et revenons à notre cher Dexter… qui est d’ailleurs interprété par Michael C. Hall, alias David Fisher, le sage frère homosexuel et empli de doutes, dans Six Feet Under, que je viens d’évoquer ; Dexter lui offre une dimension bien différente.
Dexter : serial killer au quotidien
On pourrait commenter ce générique, plastiquement, pendant des heures.
La force de Dexter, c’est qu’il se fond dans le paysage. On assiste au petit-déjeuner d’un personnage masculin, tout ce qu’il y a de plus innocent : café, œufs, bacon… mais l’omniprésence du rouge sang, quasiment écœurante quoique presque toujours métaphorique – n’était-ce le meurtre d’un moustique innocent – annonce d’ors et déjà la couleur : Dexter est ce qu’il est dans un univers au sein duquel il a appris à se fondre, tel un caméléon. Dexter a une autre lecture du monde que le commun des mortels.
Ce générique semble s’inspirer librement de celui du film American Psycho, adapté en 1999 par Mary Harron du roman éponyme de Bret Easton Ellis – paru en 1991. Même jeu sur les contrastes rouge/blanc, même présence métaphorique du sang à travers un univers culinaire. L’ambiance d’American Psycho est néanmoins d’emblée plus trouble, cynique voire malsaine, dès son générique, bien moins lumineuse que celle de Dexter. Le parallèle entre ces deux œuvres ne s’arrête pas là, puisqu’on pourrait superposer par certains aspects ces deux héros à double visage : lisse et professionnel d’un côté, tueur en série de l’autre. D’ailleurs, la série fait explicitement référence à American Psycho : – Dans un épisode, pour obtenir un tranquilisant pour animaux, Dexter utilise le pseudonyme Patrick Bateman, qui est le nom du héros de Bret Easton Ellis ; – Dans un autre épisode de la saison 1, se rendant chez un psychanalyste, Dexter se fait appeler Sean Ellis. Sean étant le prénom du frère de Patrick Bateman, protagoniste du livre Les Lois de l’attraction (The Rules of Attraction), deuxième livre de Bret Easton Ellis paru en 1987 ; le nom de famille étant, bien sûr, celui de l’auteur.
Parenthèse : ce générique donne lieu à de nombreuses parodies sur le net, intéressantes en ce qu’elles adaptent l’univers de Dexter à chaque pays : parodie à l’italienne (« Luciano ») : salami et pastis ; parodie juive (« Dessler ») : jus de grenade et viande casher ; parodie à l’espagnole (« Malviviendo ») : pastèque et pasteis – enfin, feuilletés sud-américain, « pasteis », c’est du portugais, je ne sais plus comment ça s’appelle en espagnol ; parodie française (« Pierre ») : brioche vendéenne, confiture bonne maman et lait Candia… Bref, des adaptations amateur qui révèlent l’énorme succès de ce générique.
D’ailleurs, je ne sais pas si c’est une forme de réponse à ces multiples parodies-hommages, mais Dexter parodie lui-même le générique dans l’un des épisodes de la saison 3… je n’en dirai pas plus.
Un héros ambivalent
On l’a déjà rapidement évoqué en parlant du générique, Dexter ne cesse de manifester son ambivalence. Derrière son sourire d’ange se trament les pires plans de capture. Il travaille pour la police alors qu’il devrait être traqué par elle. Il peut être doux comme un agneau avec ses proches et sans pitié pour ses victimes… qui sont des bourreaux. Car Dexter est un tueur qui a un code : il élimine les criminels sanguinaires qui sont passés au travers des filets de la police. C’est son père, policier, qui lui a donné ce code.
L’on pense d’abord que c’était pour l’aider à contrôler ses pulsions, à les canaliser. Pour sauver sa vie, en apprenant la ruse et la prudence. On se demande ensuite si ce père – qui disparaît très tôt dans la série et n’apparaît plus que sous forme de fantôme, de conscience perverse – n’en a pas profité pour exercer par procuration – sans se salir les mains, donc – une justice qu’il ne pouvait faire respecter en tant que policier, en suivant le chemin strict tracé par la loi.
Dexter est à la fois un tueur en série au sens classique du terme, un cas d’école : il tue des victimes de même profil selon un rituel précis avec une grande méticulosité ; et un justicier, là encore archétypal, portant deux identités, l’une sociale, l’autre nocturne, de combat, et qui défend la société, selon une vision utopique de son amélioration. Il est donc à la fois le gentil et le méchant – ce qui était d’ailleurs l’un des axes de communication de la série concernant les deux premières saisons : « la série dont le gentil est le méchant. »
C’est sans doute là que réside le succès de cette œuvre : mettre en scène un superhéros jusqu’au-boutiste, offrir un défouloir à pulsions, une catharsis presque primale à travers la mise en scène d’exécutions sanguinaires, morale sauve.
En même temps – le paradoxe dexterien se poursuit donc jusqu’au bout… – c’est également là que le bât pourrait blesser : le déchaînement meurtrier de Dexter est circonscrit par une morale qu’il se crée. Il justifie ses pulsions meurtrières par une éthique extérieure à elles – qui ne font que soulager un besoin animal. Ce code, aussi épris de justice qu’il soit, ne justifie nullement les actes meurtriers de Dexter au regard de la société – Hegel s’en retournerait dans sa tombe. Il y a de la rhétorique dans ce geste, presque du sophisme : « Ma mission est d’éliminer les meurtriers qui échappent à la justice, Or je suis un tueur en série, Donc, je tue les meurtriers. » Un syllogisme qui ne tient pas.
Car, à force de parler d’ambiguïté et d’ambivalence, on pourrait simplement trouver que Dexter a le cul entre deux chaises et ne cesse de ménager la chèvre de ses pulsions et le chou de son confort personnel, salarié, conduisant sa blonde petite-amie en voiture hybride.
Plus largement, on pourrait reprocher à la série de manquer de l’ampleur des grandes œuvres dérangeantes, réellement révolutionnaires. Pour n’en citer que quelques unes de mon panthéon personnel, selon moi particulièrement représentatives, on pourrait évoquer celle du Marquis de Sade, de Pierre Klossowski, de Pasolini, Yapou bétail humain de Shozo Numa, ou pour rester dans le domaine des séries télévisées : Twin Peaks de David Lynch dont le dénouement est tout sauf moral puisque le gentil y devient méchant – pour reprendre ce vocabulaire dexterien – mais pas au sens de Dexter : il n’élimine pas de plus méchants que lui mais s’en prend aux gentils. On passe donc, réellement, dans ce cas, de l’autre côté du miroir.
À mon sens, Dexter, si elle est une série haut de gamme, particulièrement originale et réussie à de nombreux points de vue, reste trop politiquement correcte et échoue à faire partie des œuvres marquantes par défaut d’indocilité. Elle ne va pas assez loin dans le chaos humain, ce qu’accomplit davantage, pour citer un dernier exemple, une série comme The Wire (David Simon, 2002). Sur la mosaïque photo de gauche à droite et de haut en bas : Joseph Mouton, Bastien Gallet, Patrice Maniglier, Stéphane Legrand, Jacques Serrano, la cagoleu de Marseilleu, Laure Limongi (à ne pas confondre) des pieds à la tête, Léo Scheer, re Joseph Mouton, Patrice Blouin, re Bastien Gallet, Marc Alizart, une image de l’exposition du FRAC de Marseille en cours, « Voyage sentimental » : œuvre de Marcel Broodthaers.
Écrivains en séries est en librairie depuis mercredi. Emmanuel et moi en ressentons pleinement l’euphorie – on (lui, depuis Plastiq, chez Memo ; moi, du temps de ma participation à Nioques) avait un peu oublié combien il était exaltant d’organiser des projets collectifs. D’autant qu’on est très fiers de l’ensemble, une succession d’étonnement et d’intrépidité formelle sur 496 pages. Nous avons hâte de retrouver une bonne partie des auteurs et de rencontrer des lecteurs au Comptoir des mots (239 rue des Pyrénées, 75020, métro Gambetta) vendredi 10 avril à partir de 20 heures. Je vous donne à lire la présentation de la soirée par l’une des libraires du lieu, Nathalie Lacroix :
« Le livre se présente comme un bon gros bottin dans lequel on a immédiatement envie de fouiner. On commence par les séries qu’on adore, celles de notre enfance ou celles qu’on a toujours trouvé nulles et ringardes... On continue en cherchant par auteurs, qui aime quoi, qui a écrit quoi. Les articles sont à chaque fois des surprises, poétiques, schématiques, historiques, critiques... Bref, c’est l’éclate et c’est aussi addictif qu’un feuilleton ! Spéciale dédicace à Emmanuel Rabu, grand ordonnateur de cet indispensable guide.
Pour fêter ça, venez tous au clair de lune sous le soleil pour une soirée Monty Python’s Flying Circus dans la quatrième dimension vendredi 10 mars et comme c’était mission impossible de faire lire tout le monde, le tirage au sort a désigné : Claire Fercak (Daria) Frédéric Dumond (Generation kill) Orion Scohy (Magnum) Claire Guezengar (L’Île aux trente cercueils) Hélèna Villovitch (La Quatrième dimension) Claro (« La mire ») mais bien d’autres auteurs nous feront l’honneur de leur visite version hommes invisibles...
On vous attend nombreux.
On dormira quand on sera six feet under !
Amicalement vôtre. »
J’ai reçu Crunchy Crunch (= Fractal Musik n°4, revue sonore créée par Joël Hubaut), cette semaine. L’objet est magnifique – avec notamment des visuels et une « écriture sociopolitique » de Jacques Villeglé – et recèle pas mal de découvertes et de surprises parmi les 51 pièces d’environ 1 minute (c’était la règle !) Il y a Frédéric Acquaviva, il y a Lucille Calmel, il y a Vincent Epplay, il y a Christelle Familiari, il y a David Fenech, il y a Matthieu Laurette, il y a Joachim Montessuis, il y a Jean-François Pauvros & Charles Pennequin, il y Prexley, il y a Lucien Suel, il y a Nathalie Talec & Xavier Boussiron, il y a Kasper Toeplitz, et il y a en a bien d’autres (encore merci pour l'invitation, Joël !)… Cet objet indéfinissable a été publié avec la participation de NAD production (alias Al Dante) ; il est diffusé par le comptoir des indépendants.
C’est un peu comme le souvenir de dessins animés d’enfance (plusieurs, mélangés anarchiquement) en plein rêve éthylique érotique ou sous acide. Pipi, caca, sperme, cyprine, sang et chocolat. Drawn Together réunit huit archétypes de héros dessinés sous le prétexte d’une émission de téléréalité de type Loft Story – vous vous souvenez ? Loana et Jean-Édouard dans la piscine ! – même pas si caricaturale que ça, finalement. Et c’est là où ça fait mal à la réalité dans laquelle nous nous mouvons et survivons. Plus le trait est forcé, plus il semble vrai. La vulgarité des dialogues, l’obsession sexuelle permanente, la perversion, la cruauté, la manipulation, la jalousie, la domination, tous ces éléments pourtant outrés de toute la force de couleurs RVB et d’effets Flash ne sont jamais aussi aigus, blessants ou révoltants que dans n’importe quelle autre émission de téléréalité mettant en scène de vraies personnes de chair et de sang. Drawn Together agit comme un révélateur critique du monde, du spectacle et du rapport à la représentation. Et un révélateur critique irrésistible, en plus. Mais passons au casting avant d’évoquer la série plus en détail :
Captain Hero est une espèce de Superman stupide, obsédé par le sexe, à l’appétit d’ailleurs assez voile, vapeur, réacteur, rail… Il est à la fois terriblement viril et aussi nerveusement instable qu’une jeune fille pubère qui connaîtrait chagrin d’amour sur chagrin d’amour. Princesse Clara est un parangon de princesse Disney. Les animaux de la forêt arrivent quand elle chante (ils se font d’ailleurs massacrer dans l’un des épisodes) et elle ne quitte jamais sa robe pastel. C’est la première fois qu’elle sort de son château et affronte le monde extérieur. C’est pourquoi elle pense que tous les Noirs sont des serviteurs et qu’il faut suivre les préceptes du Christ à la lettre. Bref, elle est xénophobe, homophobe, masturbophobe, mais elle se dévergonde tout de même un peu. À sa décharge, elle porte le poids d’une malédiction infligée par sa marâtre qui a posté une pieuvre géante à l’entrée de son vagin. Ling Ling est clairement inspiré de Pikachu, en version psychopathe. Il sait également fabriquer des chaussures de sport en dix secondes – la série jouant beaucoup des clichés racistes. D’ailleurs, il parle un japonais plus qu’approximatif dans lequel des termes comme « Yoko Ono » servent de verbes… Foxxy Love est l’héroïne black des séries Hanna-Barbera des années 70, totalement funky, totalement sexie. À la fois musicienne et détective, son personnage s’inspire de Valerie Brown de Josie & the Pussycats, première héroïne noire à être apparue régulièrement dans un cartoon. Elle a connu un succès d’estime avec son groupe The Foxxy 5 dans les années 80 et tente de relancer sa carrière solo grâce à l’émission. Spanky Ham est la mascotte d’un site porno créée en Flash. Il est à l’image de ce dont il fait la promotion, du sexe à l’uro scato. Il est méchant et manipulateur mais bien sûr finalement très attachant – car tellement humain. Toot Braunstein apparaît en noir et blanc car c’est une Betty Boop des années 1920. Mais ça remonte, les années 1920. Depuis, elle est donc totalement has-been. Elle pensait faire partie des sex symbols de l’émission mais n’entre pas dans les canons actuels : trop grosse ! trop typée ! Elle devient donc « The Bitch » (que nous traduiront euphémistiquement par « la garce ») et tente de semer la zizanie entre ses colocataires. Complètement bipolaire, elle entre dans des rages folles, hurle et pleure dès que l’on ne lui prête pas attention. Elle trouve son réconfort dans la boulimie, ce qui la rend, évidemment, encore plus malheureuse. Xandir est une caricature des héros de jeux vidéo du style Link, le héros de Legend of Zelda. Au début de la série, il lasse tout le monde en ne cessant de répéter que sa mission est de sauver sa petite amie des méchants… mais il fait rapidement son coming out. Sa sensibilité à fleur de peau en fait le parfait confident et l’incarnation de tous les clichés homo. Wooldoor Sockbat semble être un mélange entre Bob l’Éponge et Stimpy des Looney Tunes. Naïf et loufoque, on lui attribue pourtant les fonctions fort responsables de médecin, psychiatre, professeur, prêtre ou pilote.
Si vous ne l’avez jamais ne serait-ce qu’entraperçu, je conçois que ce mélange soit difficile à imaginer. Mais Dave Jeser et Matthew Silverstein, les créateurs de la série, ne s’encombrent d’aucune notion de vraisemblance (chacun des héros mourant successivement pour revenir l’épisode suivant sans explication), il vous suffit donc de penser à un monde anarchique où Bob l’Éponge peut côtoyer Betty Boop. Et comme je l’évoquais plus haut, métaphoriquement, ce n’est pas bien différent de ce qui est offert à nos regards et à nos sensibilités tous les jours…
Drawn Together passe Loft Story (Big Brother, aux États-Unis) aux rayons X mais aussi – plus brièvement – The Bachelor (au moment où l’on cherche un Prince Charmant – qui d’ailleurs, trouvé, se suicidera aussitôt – pour la pieuvre vaginale de la Princesse) et Survivor (les colocataires tentant de fuir leur prison à caméras en hélicoptère s’étant écrasés sur une île paradisiaque…) Dans chacune de ces arènes télévisuelles est mise en scène l’utilisation quasi sacrificielle de l’être humain, annihilant la souveraineté de son identité au profit de l’amusement (ou plutôt : « entertainment », cela devient une notion à part entière) des masses. Chaque individu est un pion manipulé par les producteurs pour leur rapporter de l’argent. En dehors de ce circuit et dans leur logique, ce pion ne vaut rien. Les personnages de Drawn Together l’expérimenteront quand, ayant quitté à la fois leur Loft et Survivor, ils se feront claquer porte sur porte au nez à Hollywood. Usant d’un procédé oxymorique certes ancien mais efficace, Drawn Together – mettant en scène des personnages enchantés et merveilleux dans un décor de fiction télé censé mimer la réalité – est une série de la lucidité et du désenchantement. De nombreux thèmes politiques et sociaux y sont abordés. Et comme dans South Park, leur traitement vulgaire, scatologique et outrancier est une bonne arme de dénonciation. On a déjà évoqué le racisme et l’homosexualité. La série parle également de l’exploitation des masses, du travail des enfants, du handicap mental, des maladies alimentaires, des troubles psychiatriques, du rapport parents/enfants, de la guerre et même, métaphoriquement, de la Shoah (Wooldoor Sockbat et toute son espèce se retrouve en pyjama rayé, mené à la mort par les Sweetcakes) et donc, de la nécessité de ne pas oublier l’Histoire. Techniquement, l’animation joue souvent des codes du genre à travers, par exemple, l’utilisation extensive de pauses inhabituellement longues dans l’action, le spectateur se retrouvant face à une image fixe pendant d’interminables secondes. La répétition, tel un hoquet emballé, agit également en instrument comique et critique. Drawn Together ose tout et, osant tout, fait œuvre de salut public. En cela, paradoxalement, c’est une série qui porte beaucoup d’espoir. Mais cela n’aura duré que trois saisons.
Article à paraître dans Écrivains en séries à paraître mi mars - ben voui, je sais, avec du retard, mais c'est pas moi qu'il faut blâmer, c'est Algie !
Welcome to Twin Peaks. My name is Margaret Lanterman. I live in Twin Peaks. I am known as the Log Lady. There is a story behind that. There are many stories in Twin Peaks - some of them are sad, some funny. Some of them are stories of madness, of violence. Some are ordinary. Yet they all have about them a sense of mystery - the mystery of life. Sometimes, the mystery of death. The mystery of the woods. The woods surrounding Twin Peaks.
To introduce this story, let me just say it encompasses the all - it is beyond the fire, though few would know that meaning. It is a story of many, but begins with one - and I knew her.
The one leading to the many is Laura Palmer. Laura is the one.
L'envers du décor Les ombres de la forêt La nuit sert à entendre et le jour à voir Laura Palmer ne se résoud pas à mourir
Sometime ideas, like men, jump up and say « hello ». They introduce themselves, these ideas, with words. Are they words ? These ideas speak so strangely. All that we see in this world is based on someone's ideas. Some ideas are destructive, some are constructive. Some ideas can arrive in the form of a dream. I can say it again : some ideas arrive in the form of a dream.
En gesticulant. Scènes de désespoir, de lamentations. La mère, masque de tragédienne, est sous calmant, prostrée au fond d'un canapé. La télévision est allumée. Le père oublie toute dignité, sanglote en public, pantin manipulé par la violence de la douleur. Leur espoir, leur enfant devenue grande, trop vite. Arrachée à la vie. La petite ville de Twin Peaks est stupéfiée. Le charme de sa nature grandiose, rompu. Comment une telle chose peut-être arriver dans un endroit aussi paisible ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? En gesticulant, en pleurant, on s'interroge. Il était une fois la mort de la belle Laura Palmer. Le 23 février 1989. Laura, la belle Laura, fierté de tous, retrouvée morte, flottant sur une rivière dans une aube glacée, près de l'usine de bois. La rumeur laisse passer. Des gémissements, quelques doutes. J'étais déjà partie. Les cheveux blonds, trempés, ondulés, la pâleur du visage ceint d'un drapé opaque de plastique immaculé lui donnent l'aura d'un ange lassé, malgré lui. C'était écrit, d'ailleurs.
There is a sadness in this world, for we are ignorant of many things. Yes, we are ignorant of many beautiful things - things like the truth. So sadness, in our ignorance, is very real.
The tears are real. What is this thing called a tear ? There are even tiny ducts--tear ducts - to produce these tears should the sadness occur. Then the day when the sadness comes - then we ask : « Will this sadness which makes me cry - will this sadness that makes my heart cry out - will it ever end ? »
The answer, of course, is yes. One day the sadness will end.
Il y a toujours de la musique dans l'air. Mis en scène par l'encadrement de la fenêtre, le spectacle de la famille déchirée de douleur. On ne distingue que des hoquets entrecoupés de mots d'amour à l'attention de leur petite fille morte, leur enfant si lumineuse. Et le contraste de la campagne alentour, d'un vert tonitruant. Elle pourrait en raconter tant, de jour comme de nuit. Et moi donc. La cime des grands arbres ondule une chanson triste. Les chœurs sont des jeunes filles éplorées, intemporelles. Sans conviction, les élèves du lycée de Twin Peaks poursuivent leur journée de cours après la macabre nouvelle. Mais l'entourage proche de Laura ne parvient pas à surmonter le choc. « Que faire dans un monde où n'importe qui peut surgir de n'importe où et faire n'importe quoi ? » Personne ne comprend comment le conte de fées a pu ainsi tourner au cauchemar, comment la jolie princesse blonde au sourire renversant a pu être sacrifiée avec tant de violence. Un déchaînement qui paraît inhumain, comme le fruit de forces obscures et lointaines. Dans cette petite ville noyée au cœur de la forêt, plus qu'ailleurs, on connaît le poids d'une histoire tissée de légendes indiennes, le combat permanent du bien et du mal au cœur de chaque instant. (Le poids de l'histoire et des légendes, et ce qu'il en coûte de ne pas écouter les menaces grandiloquentes du vent dans les sycomores.)