jeudi, mars 10, 2011
mardi, août 17, 2010
CosmoZ
Cher lecteur,
On a essayé de ne pas donner dans le méchant vilain spoiler.
Mais comme CosmoZ parle du Magicien d’Oz, on en raconte l’intrigue pour pouvoir expliquer comment et pourquoi l’auteur... enfin, vous voyez, quoi. Alors si ça fait trente ans que vous attendez de dévorer ce livre de L. Frank Baum ou de voir le film éponyme où l’on chante « Somewhere over the rainbow »… Eh bien, faites-le avant de lire cet article.
De surcroît, depuis la lecture de CosmoZ, on cherche à inventer un mot plus fort qu’« adorer » – là on est entre « aduldorer » et « gosténérer » –, alors on n’a pas pu s’empêcher, c’était plus fort que nous, d’analyser certains éléments du texte, notamment en les mettant en rapport avec d’autres livres de Claro.
Donc si vous êtes du genre à préférer arriver vierge de tout commentaire dans une œuvre magistrale – un peu comme à la plage on ne saurait s’interdire le plaisir violent de la déferlante –, vous pouvez suspendre la lecture de ces lignes et vous ruer les yeux fermés chez votre libraire préféré et lire CosmoZ là, maintenant, tout de suite, avant que le monde n’explose.
CosmoZ est le quinzième livre de Claro. CosmoZ avec un Z capital final, faisant tourner le mot sur lui-même en une ronde folle, annonçant les 496 pages de vertige narratif, d’émerveillement et d’inquiétude offerts au lecteur, portant le Oz du Magicien, point de départ et matériau d’écriture.
Le Magicien d’Oz, vous vous rappelez1 ? La petite Dorothy s’ennuie au Kansas dans la ferme de son oncle et de sa tante, elle est toujours accompagnée de son chien Toto, enthousiaste et jappant, à la façon d’un Milou. Une tornade s’élève, Dorothy s’assomme, absurdement réfugiée dans sa chambre, et déboule dans le monde merveilleux d’Oz, parmi les Munchkins – de fort pittoresques petits êtres chantant et dansant –, oh ! we are not in Kansas anymore, écrabouillant au passage la Méchante Sorcière de l’Est dont elle récupère les souliers magiques, en argent (en rubis dans le film avec Judy Garland, c’était plus spectaculaire pour les effets en technicolor…) Elle emprunte la route de briques jaunes pour rencontrer le Magicien d’Oz qui vit dans la cité d’Émeraude et qui lui permettra sans doute – lui dit la bonne sorcière Glynda – de rentrer chez elle. En chemin, elle rencontre l’Épouvantail qui aimerait tant avoir un cerveau, l’Homme de fer-blanc, qui se plaint de ne pas avoir de cœur, et le Lion poltron, dont la couardise est un inconvénient notable pour un félin censé régner sur la jungle… Chacun investi d’une mission ontologique, ils poursuivent leur Graal malgré les embûches semées par la Méchante Sorcière de l’Ouest qui est vraiment énervée qu’une pimbêche en robe vichy ait trucidé sa sœurette la Méchante Sorcière de l’Est et qui en récupérerait volontiers les souliers magiques… Bon, je saute les péripéties suivantes, les singes volants et autres seaux d’eau létale, vous connaissez la fin, vaguement déceptive, le Magicien est un charlatan mais tout est happy car chaque self made personnage détient la clef de son mystère. There is no place like home, buddies.
« Mais la légende ne sait pas comment finit le monde, tout comme elle ignore la façon dont il a commencé. La légende ne sait que relever la jupe et confier au caniveau l’image de ses plis intimes. La légende boit du vermouth et bat les cartes. Elle suit des inconnus dans la rue. Elle creuse des tranchées qu’elle remplit d’os et de diamants. Elle se mouche à tout bout de champ. La légende est folle et on doit, parfois, l’interner de force, entre l’idée et la réalité, afin que tombe l’ombre. »2
CosmoZ. « Lasciate ogni speranza voi che entrate ! » Dieu n’est pas un gentil toutou qui donne la papatte, Dieu est plutôt un charlatan pervers, façon Magicien d’Oz, qui t’envoie ton libre-arbitre en pleine figure tout en pipant un peu les dés, quand même, c’est plus drôle. « Si la terre n’était que vaine, ça irait encore ! Hommes creux, hommes de peu de feu ! Tous destinés aux fours, avec livres et brioches ! »3 Claro tend une pomme à Dorothy qui la croque, évidemment, en défaisant ses tresses, et voilà les personnages d’Oz, incarnés, lancés dans le tumultueux XXe siècle. « Un jour, le monde les avait reniés, leur offrant pour seul refuge la prison du réel. »4 Dorothy devient une infirmière dévouée et un peu naïve de la guerre de 14-18, toujours flanquée de son Toto jappant. L’Homme de fer-blanc et l’Épouvantail sont respectivement Nick Chopper et Oscar Crow, l’un, grand mutilé rapiécé de pied en cap par la science, l’autre, dont la mémoire est devenue défectueuse en raison d’un éclat d’obus. Le lion poltron, lui, a très vite mal fini5… La Méchante Sorcière de l’Est, Elfeba, est une aviatrice qui prend le ciel pour une page à noircir. Quant aux Munchkins, Avram et Eizik, des jumeaux, ils découvrent ce que signifie vivre dans un monde qui n’est pas à leur échelle, les considérant comme une monstruosité, un spectacle, et entament une errance à la recherche d’une porte pour retourner à Oz ainsi que leurs autres camarades, déplacés. Ils sont perdus dans l’absurdité du réel et son déchaînement de violence : « Le monde est un abattoir et nous n’avons plus faim »6 , there is no place like Oz, finalement. Leur parcours tragique est l’occasion d’une traversée des cinquante premières années de ce siècle qui a inventé les camps de concentration et la bombe atomique. Dans Livre XIX, Claro se livrait à une magistrale recomposition du XIXe siècle7, avec le cheval pour animal totémique, des découvertes défiant les airs en « baudruches infernales »8, la barricade en support de traité et marche à révolution. CosmoZ s’inscrit dont en suite chronologique de Livre XIX et si l’écriture de Claro s’y révèle plus dévouée à la narration – développant cette cosmogonie avec envergure et souffle épique –, elle ne cède en rien à l’exigence et aux obsessions de ses précédents livres.
Ainsi la fascination pour les machines – ou plutôt le rapport entre les hommes et les machines, l’invention des machines par les hommes –, la description scientifique comme matière de langage malléable dont on peut explorer la polysémie et dériver ainsi vers des continents imaginaires. Dans Livre XIX, on narre l’art de la montgolfière et l’avènement du gaz, avec une précision de dissection gourmande ; dans Chair électrique, c’est le siège homophone dont on chante la « furie noueuse »9 et qui devient un étrange vaisseau traversant les généalogies. Dans CosmoZ, on l’a évoqué, les grandes trouvailles du siècle, les morbides10, les « chouettes, [l]es brillantes, [l]es qu’il faut nettoyer souvent pour le plaisir »11, mais aussi la technique de dactylographie aérienne d’Elfeba ou encore la reconstruction des plus expérimentales du soldat Nick Chopper – surnommé « la Charpie » après sa reptation explosive dans une tranchée – traité par le Dr Huizard, rafistolant à tout va les mutilés comme on ferait en sorte que des épaves automobiles puissent passer sans encombre leur contrôle technique pour être encore propres à la circulation, mû par un motif économique réifiant les êtres – « allait-on laisser ces gueules ratées, ces unijambistes et ces manchots se tourner, hum, des pouces que très souvent ils n’avaient plus ? »12 – pour mieux les exploiter, dans l’intérêt de l’État. Mais évidemment, le grain de sable. Quelque chose échappe au scientifique, dérape, et Nick Chopper, rebaptisé « la Conserve », quart homme, trois quarts machine, ne finira pas ses jours à l’usine inaugurer les congés payés en rouillant sa carcasse sur une plage de Normandie, mais devient – sans le vouloir – récepteur d’ondes radio, habité par la voix fantomale de T.S. Elliot. Poésie contre industrie. Industrie tombe à l’eau. Les abîmés refusent le spectacle et se font la malle.
L’« insurrection des détails »13 se poursuit dans le domaine médical avec l’étrange tumeur de la langue du jeune L. Frank Baum – le futur créateur de l’univers d’Oz, donc – qui explose et infecte l’air comme une vesse de loup pailletée, et finira par réapparaître dans la bouche de Dorothy pour mieux la manger, cette enfant. Et chaque personnage de s’ériger en monstre pour interroger la normalité et ses diktats : Oscar Crow, par exemple, amputé de sa mémoire, a finalement une appréhension du temps sans doute plus subtile que la moyenne… Monstres et chimères animent ainsi tous les livres de Claro : Guilderstein l’homme-chien dans Ezzelina14, la borgne Nina de Livre XIX, ou encore Méduse – celle-là même dont la chevelure est un nid de serpents – dans Bunker anatomie15. S’y adjoint évidemment, la horde ozienne phénoménale, scène freaksienne s’il en est, lâchée dans le siècle des camps, chair à bourreaux, orpheline, victime, qui va de désillusion en désenchantement, avec son humanité, oui, son humanité – la notion semble déjà obsolète au XXe – pour seul bagage. « Ce sont là des couleurs trop violentes pour des hommes qui veulent croire que le monde restera sépia face à l’attraction des parcs et à la concentration des camps. »16
CosmoZ est une anti-féerie magnétique qui prend dans ses rets un lecteur qu’elle ne lâche plus, jouant de l’indistinction entre fiction et réalité pour mieux s’immiscer dans chaque pli vécu, dans chaque souvenir, crainte ou espérance. On la dévore à grands traits comme un poison au goût d’ambroisie. CosmoZ est un outre-monde infiniment fascinant, infiniment inquiétant. Il faudrait à la fois contempler la voûte lumineuse, considérer l’épopée dans son ensemble, et savoir s’arrêter à l’échelle d’une étoile, d’une phrase, en observer la mécanique précise, implacable, les jeux de miroir, l’horizontalité sémantique. Suspendons le temps et faisons-le, dévorons et dégustons CosmoZ tout à la fois, nous en avons le pouvoir, l’écrivain dit qu’il est en nous.
Les livres de Claro sont des mondes, ses cadences, des arias. Dans CosmoZ, il conserve son goût de l’invention typographique17 tout en atteignant – depuis Mille milliards de milieux – une autre dimension littéraire. Plus vaste, plus fédératrice. Pour la décrire, je tenterais volontiers une comparaison avec Glenn Gould et son « apprentissage de la lenteur », dans les Variations Goldberg, entre son interprétation de 1955 et celle de 1981, plus lente, faisant l’économie d’une virtuosité qui n’avait plus besoin d’être démontrée. Claro atteint cet accomplissement là avec CosmoZ, maîtrisant à la perfection chaque inflexion, sachant céder au plaisir du récit, peignant l’émotion à bras le corps, la cruauté sans parallaxe, tissant d’innombrables pistes, planquées en cheval de Troie, pour une lecture inépuisable, bifurquante. Une épopée du siècle déjà dernier – celui qui nous a vus naître, celui dont les mythologies incandescentes nous habitent – incontournable, bouleversante.
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Notes :
1- Le roman écrit en 1900 par L. Frank Baum est un classique de la littérature enfantine aux États-Unis, quant au film réalisé par Victor Fleming (sorti en 1939), il est l’un des plus grands succès cinématographiques mondiaux.
2- CosmoZ, p. 48.
3- Ibidem, p. 350.
4- Ibid., p. 177.
5- Mais l’on vous assure qu’aucun animal n’a été blessé ou maltraité pour l’écriture de ce livre.
6- Ibid., p. 90.
7- Livre XIX, Verticales, 1997. Et puisque l’on parle de goût pour l’intrication histoires/Histoire, notons que dès Insula Batavorum (Claro, Arléa, 1989), le personnage Moghilev apprivoise sa langue (mort-vivante) et son histoire à travers l’épopée du peuple batave au début de l’ère chrétienne – et sa défaite face à l’Empire romain.
8- Livre XIX, p. 59.
9- Chair électrique, Verticales, 2003, p. 11.
10- « Et la colère de Dieu n’est plus qu’une allumette. » (CosmoZ, p. 492.)
11- « Des armes », poème de Léo Ferré interprété par Noir Désir.
12- CosmoZ, p. 173.
13- Ibid., p. 218.
14- Ezzelina, Arlea, 1986.
15- Verticales, 2004.
16- CosmoZ, p. 364.
17- Très présente dans Chair électrique et Mille milliards de milieux (éditions Le bec en l’air, 2010).
CosmoZ, Claro, Actes Sud, 496 pages, en librairie le 18 août 2010.
par
Laure Limongi
:
1:41 AM
2
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Libellés : Actes Sud, claro, CosmoZ, livre, rentrée littéraire
jeudi, mars 11, 2010
Mille milliards de milieux
Raymond Queneau, Cent mille milliards de poèmes.
« Du mouvement avant tout mais pas n’importe lequel. Ce qu’il nous faut, c’est un grand carrousel hygiénique, un sublime manège aérique où nos corps, successivement enlevés, soulevés, puis précipités, enivrés, ralentis, puissent vaincre leur propre manie ambulatoire pour se révéler à eux-mêmes dans la célérité absolue. »
Claro, Livre XIX, p. 95.
Vesna Vulovic est-elle tombée les bras en croix ? A-t-elle embrassé l’air comme un vieil ami enfin retrouvé ? A-t-elle cherché à contrôler le sens de la chute pour respirer le bleu du ciel ou au contraire s’en remettre à la terre, à ses reliefs brun, vert, acier, acérés, au goût d’inévitable ?
Vesna Vulovic est cette hôtesse de l’air serbe ayant survécu à une chute de plus de 10 000 mètres en 1972, entrant ainsi, malgré elle, dans le Guiness des records. Mythe politique ou réalité miraculeuse, peu importe. Reste cette chute prodigieuse, « irréversible », écrite et imaginée par Claro, qui s’enfonce dans la chair du paysage à l’horizontalité cadrée par les photographies de Michel Denancé. Le livre s’étale, les bras en croix. Un voyage aux accents métaphysiques contre, tout contre les bruissements urbains de Seine Saint-Denis1. Gris de carlingue, brut de décoffrage. Motifs qui s’empruntent. Scènes de genre.
Claro change d’octave, de rythme. Après la prose au scalpel de Livre XIX2 ou celle, électrique de la chair éponyme3, après l’incandescence précipitée d’Enfilades4 et le souffle cruel de Bunker anatomie5, après la métamorphose du fou d’Emma, délesté d’Estée6, voici des cadences douces, parfois sucrées, une simplicité – au sens du « plain text » steinien – limpide et qui file, fait défiler la vie de Vesna sous ses yeux, mêmes. Vesna, jeune femme d’une vingtaine d’années ayant connu vertige de l’amour et deuil de l’aimé. Vesna qui se délecte de pâtisseries à la folie comme d’autant d’amants de passage. Vesna qui, enfant, adulait Joseph Kittinger, cet Américain détenant le record du plus haut saut en parachute surnommé « l’homme d’acier », un rêve de mâle, quelques traits flous sur cliché de presse punaisé, dont elle pulvérisera les exploits en madame Jourdain de la prouesse.
« “Je m’affranchis aujourd’hui et pour toujours de l’immobilité humaine, je suis en mouvement ininterrompu, je m’approche des objets, je m’éloigne d’eux, je me faufile sous eux, je me juche sur eux, j’avance à côté du museau d’un cheval au galop, je m’enfonce au milieu d’une foule, je cours devant les soldats qui chargent, je me renverse sur le dos, je m’envole avec les avions, je tombe et je remonte avec des corps qui tombent et qui remontent.” (Dziga Vertov, de dziga, dérivé d’un mot ukrainien qui veut dire “toupie” et signifie allusivement “roue qui tourne sans cesse, mouvement perpétuel” ; et de vertov, du verbe russe vertet qui veut dire “tournoyer, pivoter”.) »7
En écho : Louve basse de Denis Roche, dont Claro partage l’obsession pour la vitesse, contre – tout contre, encore – la mort.
Ou encore :
« DE LA NÉCESSITÉ QU’IL Y A À SE LAISSER MOUVOIR.
Tout corps souffrant mérite mouvement, et ce n’est que dans la locomotion perpétuelle, l’ascension soudaine et la chute attendue qu’un organisme pourra atteindre cet état sublime qui, loin de ressembler à la morne santé des hommes d’en-bas, faite tout entière de coliques intellectuelles et de renifleries morales, s’apparente plutôt aux bouleversantes extases des rapaces et des anges. » (Claro, Livre XIX, p. 93.)
Car si l’on devine le chignon sagement peigné de l’hôtesse et ses yeux qui reflètent les arbres, le jus de tomate qu’elle porte, à travers l’allée entourée de dormeurs, au moment de l’impact, est bien rouge, rouge sang. Et son voyage enchanté d’Alice qui ne distingue plus ni haut ni bas, qui fend l’air avant de le dévorer, se trouble de fétus humains, et sa pensée s’arrête, comme le temps, ou va trop vite, comme le temps – ce qui revient au même –, et mâche et remâche cette phrase de Kittinger (de Kittinger ?) : « Je vais plus vite que la mort. »
« Je vais plus vite que la mort » et la boucle est bouclée, ne pouvant s’achever, la chute est infinie, le rire vient aux larmes, le texte tourne sur lui-même comme la pupille de Vesna sidérée, comme le nuage troué témoin de sa chute, comme l’œil du photographe déclenchant dans une prise en trombe, comme celui, unique, de Nina, dans Livre XIX ; s’ouvre ainsi, dès les premiers mots de ce livre panoramique, un grand moment de littérature qui, tout doucement, prend aux tripes et s’imprime dans la mémoire du fer de l’évidence simple de la beauté.
Claro ayant inventé Vesna, plus douce sera la chute.
---------------------------------------Notes
1- Le livre est né d’une proposition de Hors limites, festival de l’association des bibliothèques en Seine Saint-Denis.
2- Livre XIX, Verticales, 1997.
3- Chair électrique, Verticales, 2003.
4- Enfilades, Verticales, 1998.
5- Bunker anatomie, Verticales, 2004 – vous pouvez notamment lire un article à propos de ce livre dans La Revue Littéraire n°9.
6- Madman Bovary, Verticales, 2008.
7- Denis Roche, Louve basse, Le Seuil, Fiction & cie, 1976, page 96.
Mille milliards de milieux : Claro (texte) & Michel Denancé (photographies)
Éditions le bec en l’air.
À noter :
Lecture/signature
Mille milliards de milieux
de Claro
jeudi 18 mars
à partir de 19 h
à la librairie Pensées classées
9 rue Jacques Cœur
Bastoche, Paname
par
Laure Limongi
:
5:47 AM
0
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Libellés : claro, Joseph Kittinger, Mille milliards de milieux, vesna vulovic
dimanche, février 07, 2010
Anne-Laure x 2 & quelque Mille milliards
Nous sommes toujours en pleine relecture de Matière première – qui a failli être rebaptisé Produit non coupé (pour Rohstoff) sur une subtile suggestion d’Olivier Quintyn, c’était très séduisant mais on y perdait quand même en polysémie – de Jörg Fauser avec Marie Bouquet – la traductrice – et Anne-Laure Blusseau qui a eu la bonne idée de faire allemand première langue, ça nous est très utile. Je connais Anne-Laure depuis 2002 ou 2003 – je me répète, je sais, mais je suis incapable de me situer dans le temps – quand elle a été embauchée comme assistante d’édition chez Al Dante – nous travaillions à l’époque rue Nicolas Appert dans l’atelier de Marc Touitou, maître ès graphisme et typographie. Mon poste de travail – où je m’occupais de la collection &, de codifications et de communication – se trouvait devant la guitare de Marc et j’étais aux premières loges de ses pauses en forme de déchaînements électriques dignes d’un Hendrix. Il attendait Jean-Luc Moulène – parfois, je me glissais dans le bureau d’à côté pour les voir travailler –, Manuel Joseph écrivait dans la salle de réunion, les Tanger passaient nous rendre visite. L’ampli chauffait agréablement les jambes, les épreuves tremblaient et l’imprimeur, au bout du fil, se disait que la musique d’attente était quand même vachement forte, surtout qu’elle déboulait en pleine négociation de devis… Faut dire que c’était bien rock’n’roll à l’époque. Anne-Laure a quand même notamment réussi à y saisir – presque deux fois, mais c’est une longue histoire… –, corriger et maquetter l’intégralité de La Créatique ou la novatique d’Isidore Isou, 1392 pages, 2 kilos et 220 grammes. Je m’étonne que cela n’ait pas été inscrit dans le Guiness des records. La suite dans mes mémoires à paraître en 2043.
Mais revenons à Anne-Laure. J’ai toujours été impressionnée par le sérieux, la précision de son boulot et sa patience angélique. Aujourd’hui, elle est l’un des éditeurs de Questions théoriques dont je vous recommande vivement les publications. Et quand j’en ai la possibilité, j’ai parfois à nouveau la joie de travailler avec elle – qui a notamment corrigé Le Travail de rivière.
Vendredi, c’était donc la pénultième séance consacrée à Matière première ; après 5 heures de relecture et quelques bouchées de tarte à la framboise – et ses éclats de pistache –, j’ai sauté dans le métro direction Saint-Ouen pour entendre la lecture de Mille Milliards de Milieux de Claro. Remarquable lecture d’un remarquable livre que j’ai dévoré en sortant et dont je vous parlerais quand je m’en serai remise. En attendant, je vous signale d’autres présentations de Mille Milliards de Milieux, avec Claro himself, dans le cadre du festival Hors limites :
Vendredi 12 février à Montreuil :
- à 13h30 à la bibliothèque Robert Desnos (14 Boulevard Rouget de Lisle, métro 9, station Mairie de Montreuil) ;
- à 18h30 à la librairie Folies d’encre (9 Square de la Résistance, métro 9, station Croix de Chavaux).
Samedi 20 février au Bourget :
- à 17h30 à la médiathèque du Bourget (63 avenue de la Division Leclerc, bus 143, station Jean Jaurès – Division Leclerc).
Venez nombreux, plus douce sera la chute.
{Image : carte de l'Allemagne © Jochen Gerner.}
par
Laure Limongi
:
4:38 PM
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Libellés : claro, Jörg Fauser, Matière première, Mille milliards de milieux
lundi, janvier 18, 2010
Sur la terre comme
Sur le blog de La Revue Littéraire, un article évoquant Père des mensonges de Brian Evenson qui paraîtra dans le prochain numéro – papier, donc – de La Revue Littéraire, à paraître en février, avec plein d’autres trucs absolument palpitants.
Je rappelle que Père des mensonges vient de sortir chez Lot49 au Cherche midi, l’excellente collection de Claro et Hofmarcher, dans une traduction de Héloïse Esquié.
Photo de Brian Evenson trouvée sur le blog G D C S + S W D P.
par
Laure Limongi
:
1:23 PM
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Libellés : Brian Evenson, claro, Lot49
mardi, novembre 17, 2009
La suite, dans le désordre
Hier, c’était la soirée du Prix Wepler, fondation La Poste. C’est le seul prix littéraire auquel j’assiste depuis des années et j’y anime toujours le dance floor en fin de soirée – sur un mix d’Anne Garreta – pourtant éclipsée cette année par les prestations chorégraphiques extrêmement impressionnantes de Johan Faerber… Je m’incline, Johan – faudra quand même m’expliquer un jour comment tu fais ça.
En plus, comme j’ai été sage – ou terriblement diabolique, on peut jamais savoir… – j’ai eu des bons points du Tampographe… Chic !
Il faut aussi souligner – autre événement – que cette soirée était celle du retour au monde de Claro, actuellement en train de finir son prochain livre qu’on a hâte de lire, Madman that missed you et qui est apparu en grand forme et tout bronzé, ou alors je suis tellement pâle que je trouve tout le monde tout bronzé, je sais plus – comme quoi on a le droit de finir un livre en humant les embruns, j’essaierai de m’en souvenir.
Vous le savez sans doute puisque c’est dans la presse, Lyonel Trouillot a gagné le prix avec son livre Yanvalou pour Charlie (Actes Sud) et Hélène Frappat avec Par effraction (Allia) a remporté la mention. Qu’ils soient ici chaudement félicités ! Je n’ai pas besoin de réitérer mon goût pour l’écriture d’Hélène Frappat. Par contre, je dois avouer ne jamais avoir lu de livre de Lyonel Trouillot… ce qui va changer très vite car j’ai été, comme beaucoup, impressionnée par son discours, d’une justesse et d’une humilité extrêmes. Kart de Frédéric Junqua et Les Carcasses de Raymond Federman étaient sur la liste du Wepler, avec d’autres livres que j’aime comme Dans les ombres sylvestres de Jérôme Lafargue (Quidam) et L’Autoportrait bleu de Noémie Lefebvre (Verticales) mais, que voulez-vous, c’est la loi des prix, il faut un lauréat ! Et puis, ce qui est bien avec le Wepler, c’est qu’on sait que c’est un choix de lecteurs…
Un hommage a été rendu à Raymond Federman ainsi que le souhaitaient Marie-Rose Guarnieri et les autres membres du jury. Nous avons lu un court extrait des Carcasses avec Nathalie Lacroix – libraire du Comptoir des mots à Paris, membre du jury. Raymond était tellement heureux d’être sur une liste de prix français ! Il était présent à travers son écriture. Il le sera toujours.
J’en profite pour vous signaler un remarquable article de Frank Wagner sur Raymond Federman.
par
Laure Limongi
:
3:31 PM
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Libellés : claro, federman, Frank Wagner, Frédéric Junqua, Kart, prix wepler fondation la poste, Tampographe Sardon
vendredi, juillet 17, 2009
Pendant ce temps, à La Baule
(Ou tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la lecture publique sans avoir jamais osé le demander…)
Ils nous manquaient ces derniers temps, heureusement que Claro et Mathias Énard ont été filmés – bronzés ! – à La Baule !
par
Laure Limongi
:
9:18 PM
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Libellés : claro, écrivains en bord de mer, énard, la baule
samedi, mai 30, 2009
Résonnez sonnets !
La trame de Golden Gate serait assez classique
Si elle ne déchantait pas désespérément
Ses héros se déchirent sans apaisement
Sans goûter de l’amour la puissante musique.
Vikram Seth ose le vers contre toute prudence
Mais sa forme se fond dans la grâce de l’histoire
Et on est pris aux rets de son puissant vouloir
Transformant le roman en symphonie immense
Lecteur tu te plieras au doux spleen narquois
Que révèlent ses pages, tu en resteras coi
Charmé et cornaqué le long de la corniche
De ce pont traversant destinées, idéaux
Et tu remercieras le traducteur Claro
Qui nous dit que « la mort attend à l’hémistiche ».
par
Laure Limongi
:
4:29 PM
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Libellés : claro, Golden Gate, vikram seth
mercredi, mai 27, 2009
Pont Neuf
« … La semaine dernière après avoir écrit
Le chapitre que vous venez juste de lire,
Alors que j’ébauchais d’autres péripéties
Avec une énergie qu’on ne saurait décrire,
Un éditeur – au cours d’une soirée mondaine
(Riche en vins et mets, d’une classe certaine)
Donnée par Thomas Cook (souhaitons-lui longue vie !)
À l’occasion de la sortie de mon récit
De voyage au Tibet – me prit le bras : « Ami,
Sur quoi travaillez-vous ? » « Un roman… » « Épatant !
Sachez, Vikram, que nous sommes tous impatients… »
« … En vers », ajoutai-je aussitôt, et il blêmit.
« Ma foi, c’est pittoresque en diable », conclut-il
Avant de s’éclipser d’un pas plutôt fébrile… »
Extrait de Golden Gate, de Vikram Seth, traduit de l'anglais (Inde) par Claro, Grasset, mars 2009.
par
Laure Limongi
:
7:25 AM
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Libellés : claro, vikram seth
samedi, mars 14, 2009
Mauvais genres
Mardi 17 mars à 17 heures - voyez comme c'est facile à retenir ! - Laureli organise un débat au Salon du Livre de Paris (Porte de Versailles) sur le stand Ile-de-France, G 76 :
Le roman est-il encore un genre ?
(titre façon presse manifestant un suspens insoutenable...)
On parlera d’esthétiques littéraires qui consistent non pas à célébrer un genre dans sa pureté mais à le virusser et à déjouer, justement, cette notion de genre.
Comment on peut faire entrer la poésie dans le roman.
Comment on dénie le clivage « Littérature »/« paralittérature ».
Comment on floute les frontières entre réalité et fiction à travers le roman biographique.
(texte de présentation en 300 signes, s'il vous plaît, c'est pour ça que c'est elliptique...)
Participants :
Pascal Arnaud : dirige les éditions Quidam. Il évoquera notamment l’œuvre de B.S. Johnson qu’il publie en France.
Claro : écrivain (dernier livres parus : Madman Bovary, Verticales ; Le Clavier Cannibale, Inculte), traducteur (notamment de Vollmann, Pynchon…) et co-directeur de la collection Lot 49 au Cherche Midi.
Julien Doussinault : auteur d’une Biographie d’Hélène Bessette parue aux Éditions Léo Scheer, parlera du « roman poétique » inventé par cet auteur.
Daniel Foucard : notamment auteur de COLD et CIVIL (Laureli/Léo Scheer).
Bastien Gallet : notamment auteur de Une longue forme complètement rouge (Laureli/Léo Scheer) et éditeur aux éditions MF.
Claire Guezengar : a publié Ouestern et Sister Sourire, une pure tragédie (Laureli/Léo Scheer).
Modération : Bibi.
Venez nombreux !
par
Laure Limongi
:
8:03 AM
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Libellés : bastien gallet, BS Johnson, claire guezengar, claro, daniel foucard, débat, hélène bessette, julien doussinault, laureli, pascal arnaud, quidam, salon du livre
vendredi, septembre 12, 2008
He's Pynchon
Une atroce photo de téléphone portable (j’essaie de la passer en noir et blanc pour masquer l’effet cyan à la Derrick) pour évoquer l’extraordinaire soirée Pynchon à la bien-aimée librairie Le Comptoir des mots, avec THE Claro himself (dixit « I’m not Pynchon », ça reste à prouver) ainsi que deux Incultes et pas des moindres, Arno Bertina et Mathieu Larnaudie.
N’ayant pas d’arme sous la main pour vous la coller sur la tempe, je ne peux que vous conseiller vivement la lecture des 1216 pages de Contre-Jour et de Face à Pynchon, le collectif Inculte chez Lot49, plus maigre mais pas moins dense. D’ailleurs, moi-même…
jeudi, mai 29, 2008
En juin (c'est rouge !)
Une soirée consacrée à Hélène Bessette à la Librairie Le Comptoir des mots jeudi 19 juin à 20 heures.
Avec : Michèle Lesbre, auteur ; Robert Cantarella, metteur en scène, directeur du 104 et postfacier de Suite Suisse ; Julien Doussinault, biographe d’Hélène Bessette & Bibi.
Heureuse de voir qu’Hélène Bessette ne cesse de faire de nouveaux adeptes – et pas des moindres ! – enthousiastes.
Le Comptoir des mots : 239, rue des Pyrénées - 75020 Paris - M°Gambetta - 01 47 97 65 40
Et puis le jeudi 26 juin à 20 heures, ce sera une soirée RALBUM, cette fois, à la Librairie La Cour des Miracles, à Rennes. Lecture/rencontre/écoute/apéro. Avec notamment : Olivier Mellano, Thomas Poli, Arm & encore Bibi.
La Cour des Miracles : 18 rue Penhöet, 35000 Rennes - 02 99 79 55 87
par
Laure Limongi
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1:40 PM
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dimanche, février 03, 2008
Madman Bovary, c’est lui

… plongée dans Madman Bovary de Claro, mais pas complètement, à mi-cuisses, non pas parce que l’eau est froide, au contraire, mais parce qu’absorbée par mes propres interstices d’écriture – échéance oblige, pour une fois, moi qui n’aime pas ce genre de seuils, mais c’est sans doute par peur et encombrée de moi-même que je ne les aime pas – et ne sachant pas, je l’ai déjà écrit, monter un escalier en mâchant un chewing-gum, id est, me perdre dans l’écriture de Claro et dans la mienne, tout à la fois, être à la fois en moi et hors de moi, non, je ne sais pas faire ça. Mais ce que j’ai lu du livre est grand, commotionnant, et j’ai hâte de laisser mes neurones, mes émotions s’imprégner de sa prose, tout comme le narrateur de Madman Bovary s’immerge en Madame Bovary, le diffracte, l’avale, le recrache, le caresse, le malmène, le fait entrer dans sa vie, dans son corps, comme un membre en plus, un organe salvateur.
« Poisson hameçonné, donc, mais pas encore arraché à la flaque bavarde, je sais combien ma lecture est fragile. Les mots n’ont pas encore trouvé leurs racines, le phrasé demeure branlant comme une dent sous le davier, je dois fermer des yeux que je serais incapable d’écarquiller pour mieux voir les limites de l’écran qu’interpose la lecture.
Si je passe d’un groupe de lettres à l’autre sans volonté de ricochet, si j’enjambe des relatives ou piétine des incises, je sais ce qui se passera. Le crabe du regret refermera ses pinces sur mes couilles et adieu ivresse. Pour ligaturer convenablement l’obnubilant chagrin, les armes sont chiches et souvent mal affûtées.
Bon. Ramassez un galet, glissez-le dans votre poche puis courez, courez. Ça cogne. Ça tressaute. Coupez vos poches. Bovarysez tout ce qui contient et protège. Je rêve d’une poche qui ne me contienne en rien et se paie de mots, une vesse assez résistante pour n’empocher que mes gains et laisser vaquer au vent les mille et une pertes de ma petite personnalité.
J’aurais pu me rouler dans la steppe de Jivago ou m’égarer entre les lustres du Grand Meaulnes, enfiler le fin coton de Mademoiselle Else ou désapprendre à vivre avec Pavese, mais le sort a voulu que mon dévolu épouse celui de cette sotte Emma B. et c’est tant mieux. Tant mieux pour Madman Bovary !
Flaubert peut être fier de lui : il a bouffé un bourgeois de plus. »
Madman Bovary, Claro, Verticales, p. 21.
par
Laure Limongi
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1:36 PM
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jeudi, juillet 26, 2007
Arrêter d'écrire

(Oui, un simple débat à la BNF pourrait être une raison suffisante. Meuh non, allez...)
(Saint-John Perse… d’après David Markson in Arrêter d’écrire, p.36)
« Écrivain est plus que las d’inventer des histoires. (…)
Écrivain est tout aussi las d’inventer des personnages. (…)
Un roman sans la moindre indication d’une histoire quelconque, voilà ce qu’aimerait inventer Écrivain.
Et sans personnage. Pas un seul. (…)
Sans intrigue. Sans personnage.
Mais incitant le lecteur à tourner néanmoins les pages. (…)
Sans action, insiste Écrivain.
Autrement dit, sans une suite d’événements.
Autrement dit, sans que soit marqué le passage du temps.
Mais bon, en arrivant quelque part malgré ça. (…)
Un roman sans décor 2. Sans prétendu mobilier. (…)
Un roman entièrement dépourvu de symboles. (…)
Au final, une œuvre d’art sans même un sujet, souhaite Écrivain. (…)
Écrivain existe-t-il même ? Dans un livre sans personnages ? (…)
Visiblement, Écrivain existe. N’étant pas personnage, mais l’auteur, ici. Écrivain écrit, bon sang… »
Il n’y a pas plus écrit que cette compilation motivée par la paranoïa et l’hypocondrie – topique – de l’écrivain. Pas plus composé que la juxtaposition de ces éléments hétérogènes, faisant alterner détail morbide et anecdote irrésistible, par exemple :
« Rembrandt travaillait si lentement, surtout à la fin de sa vie, qu’il devint de plus en plus difficile pour lui de trouver des modèles.
Ce qui explique en bonne partie les cent et quelques autoportraits.
Luisa Tetrazzini est morte sans le sou.
Tolstoï à qui l’on demandait s’il avait lu une pièce récente de Materlinck :
Pourquoi l’aurais-je lu ? Ai-je commis un crime ? » (p. 58 )
Ou encore :
« Rilke aimait cirer les meubles.
Jackson Pollock faisait des tartes.
Origène s’est castré.
Aucun artiste ne tolère la réalité, a dit Camus. » (p. 108)
Le monde de l’art apparaît sous des couleurs drôles, certes, voire grotesques, mais aussi acides et cruelles – la jalousie et les médisances des artistes entre eux, notamment. (Les critiques n’étant pas épargnés). Le monde de l’art apparaît peuplé de mortels dotés de corps fragiles, soufrant, se répandant, mourant tous, mourant bêtement, un jour, à l’échelle de six ou sept par page, achevés d’une phrase. Et d’ailleurs, « Écrivain » ne se sent pas très bien non plus, il a mal à la tête, mal au dos, mal à la tête, mal au dos… et s’inscrit donc dans ce futur cimetière (après la page 192) à compléter, sans fin.
David Markson ne cesse, au cours de livre, comme on l’a vu dans la première citation, de questionner les possibilités de son anti-roman : une absence de roman ? un catalogue ? une étude approfondie sur les maladies de la vie artistique » (p. 89) ? en insistant sur le fait que ce qu’Écrivain décrète, l’objet le devient – puisque l’objet n’existe qu’à travers l’énonciation même d’Écrivain. Il semble conclure ainsi :
« Ou n’était-ce peut-être rien de plus qu’un genre fondamentalement identifiable tout ce temps, en dépit de tout ce qu’a affirmé Écrivain.
Rien de plus ou de moins qu’une lecture ?
Simplement une lecture non conventionnelle, globalement mélancolique bien que parfois même espiègle et s’achevant maintenant ? » (p. 187)
Je souscrirai davantage à l’option de l’autobiographie (p. 60). Au sens ou Télex n°1 de Jean-Jacques Schuhl, Garance Rose d’Hélène Bessette, Louve basse de Denis Roche ou Un ABC de la barbarie de Jacques-Henri Michot pourraient être des autobiographies. Les plus réussies du genre contemporain, d’ailleurs, selon moi (avec une certaine adaptation historique et en guise de matrice on pourrait même ajouter Vie de Henri Brulard à la liste). Des textes cernant un moi écrivant à travers le prisme d’éléments d’écriture hétérogènes, des montages, des listes… détournant la question de l’abondance écœurante de « je » et de « moi » mais poursuivant néanmoins une quête auto-réflexive et d’identité. Même si celle-ci reste, bien sûr, toujours un peu flottante :
« Vous n’êtes pas oune escrivain, vous êtes oune araignée, et au Mejico nous abattons les araignées. » (p. 177)
Note écrite pour La Revue Littéraire n°32 à paraître le 24 août prochain (la suite dans la revue, donc...)
Arrêter d’écrire de David Markson, traduction Claro, collection Lot 49 au Cherche Midi, 192 pages, 15 euros.
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1 Dont le titre est : La Trahison des images. (la trahison du roman ?)
2 Bon, on va dire que je suis obsessionnelle (ce qui n’est pas faux) mais un parallèle : « Roman sans paysage. Pas de décor. Pas le temps de décorer. Sans décoration. Siècle de la vitesse. Le lecteur est pressé. La romancière est pressée. Le lecteur lit à 60 à l’heure. à 80 à l’heure. à 35 nœuds. à 400 à l’heure. Et : LES PERSONNAGES SONT PRESSES. — RITE. ALLONS. DEPECHEZ-VOUS. VITE ». maternA, Hélène Bessette, incipit.
par
Laure Limongi
:
3:24 PM
2
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mardi, mars 20, 2007
L’oméga d’obladi accolé à l’alpha d’oblada... avant la guerre

En lisant le somptueux – crazy, psyché-anticipé, ultra jubilatoire – Black Box Beatles de Claro, ma mémoire vive regrette amèrement, avec un arrière-goût de circuit grillé, de n’avoir suffisamment de laps libre (c’est la faute à maternA et à mes œuvres complètes) pour pouvoir en parler ici, immédiatement, comme on le devrait.
De la tarte à la crème beattles, Claro crée une fiction ultrabright, imaginant la rencontre entre une intelligence artificielle futuriste rencontrant et scannant l’opus des Beattles, virussant peu à peu sa logique et infestant ses références. Dans une écriture menée sur un tempo vif, on lit à la fois une traversée très documentée et précise de l’aventure beattles et un roman SF déjanté, poussant loin les contours du genre. Traquez les hidden tracks !
« Rappel : il n’est pas de mon ressort de sonder les entrailles farceuses des mythes ni d’éplucher l’oignon du verre coloré. Je suis là pour décrypter, trier, archiver, non pour interpréter et divaguer. On attend de moi un peu de sérieux, mais quand veux t’embrasser tout ce que j’ai à faire c’est murmurer à ton oreille les mots que tu veux entendre.
J’ai, apparemment, encore besoin de moi. »
Claro, Black Box Beatles, naïve session, mars 2007, p. 24-25.
Dans la constellation des « sessions » naïve, voici un hit, ladies & gentlemen, so let’s read !
... & un deuxième, aussi, tout juste reçu : La dernière fille avant la guerre de Chloé Delaume, toujours dans les « sessions » naïve, sur Indochine - non, je ne mettrais pas d'illustration d'Indochine même si je trouve que le texte est du grand Delaume, confrontant Anne, le corps fan, vivant son addiction et sa Sirkis mania, au personnage de fiction Chloé... encore un bras de fer autofictionnel à lire, même si vous préfériez Téléphone...
par
Laure Limongi
:
9:30 PM
5
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