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samedi, août 29, 2009

Alegre Porto Alegre (mais saudade)

Comme promis, quelques mots sur le très dense séjour à Porto Alegre et São Leopoldo, au Brésil, plus exactement dans le Rio Grande do Sul, dans le cadre du séminaire « La machinerie de l’art », école temporaire d’art France-Brésil.

Des conférences d’une très grande tenue – j’étais notamment très intimidée d’intervenir en compagnie du professeur et écrivain Luis Augusto Fischer… –, un accueil comme on n’en connaît peu – trop peu – en France, une terre qui respire comme un animal serein… Bref, merci à ceux qui se reconnaîtront pour l’invitation et ravie de rencontres dont certaines prennent le chemin d’une amitié sûre.

Parmi les découvertes artistiques fortes : Walmor Corrêa – dont je vous laisse découvrir quelques œuvres –, l’architecture de la Fondation Iberê Camargo réalisée par Álvaro Siza.

Allez, zou, des photos de Porto Alegre !

vendredi, août 14, 2009

Le « cadavre exquis » de l’écrivain

... Tel était le titre de ma conférence dans le cadre de la manifestation se déroulant il y a quelques jours à Porto Alegre et São Leopoldo (Brésil, Rio grande do Sul) : La Machinerie de l’art : La création collective et le concept en art.

En voici la présentation :

On a en général de l’écriture une image solitaire. Et bien souvent, elle l’est. Expérience retirée, expérimentation entre soi et soi – avant de rencontrer le regard du lecteur. Mais on oublie ainsi que la pratique de l’écriture n’est pas antinomique de créations collectives comme en témoignent de nombreux courants littéraires historiques ou actuels et, plus modestement, ma propre pratique d’écrivain et d’éditeur. De chantiers en blogs collectifs, en passant par la publication en revues, on évoquera cette tendance qui peut faire de l’écrivain d’avantage un « cadavre exquis » mû par un désir d’échanges qu’un « style » esseulé.

Mon alter ego brésilien, quant à lui, l’écrivain et professeur Luis Augusto Fischer, a parlé de l’écrire et du lire, se basant sur son expérience de lecteur, d’écrivain et d’animateur d’atelier d’écriture.

D’autres intervenants, français et brésiliens, ont traité la même problèmatique – la création collective et le concept – en art, architecture, philosophie...

Je ne mettrai pas la conférence en ligne car elle sera sans doute publiée prochainement au Brésil, avec les autres, et qu’il me semble que le dialogue, avec Luis Augusto Fisher, avec le public posant des questions, avec Claudio Santana, Vitor Ortiz et Ronan Prigent (les organisateurs de l’événement) – tout cela sera retranscrit dans la publication – importe davantage qu’une trace froide.

Direction le Chili dans quelques jours, où je vais retrouver Anne-James Chaton, Eduard Escoffet, Martin Bakero, Joachim Montessuis et rencontrer des poètes et universitaires chiliens.

Je vous raconterai tout cela à mon retour...

Até mais !


Photo : Ricardo Fuchs

De gauche à droite : Luis Augusto Fischer, Vitor Ortiz, Ronan Prigent, Bibi.

vendredi, août 07, 2009

Bon, c’est pas tout ça…

… les enfants, mais yen a des qui s’envolent demain – enfin, tout à l’heure – vers des pays qui sentent bon la cachaça et le manjar. Et ce sera studieux, je vous rassure et même frisquet – histoire de ne pas vous faire bisquer.

En résumé :

Au Brésil : conférences à Porto Alegre et São Leopoldo dans le cadre d’Etapa (Escola Temporária de Artes França-Brasil) sur « La machinerie de l’art (la création collective et le concept en art) » avec Eric Lengereau, Marcelo Ferraz, Jean-Claude Conesa, Juremir Machado da Silva, Luiz Augusto Fischer, Flávio Wild, François Martin, Siron Franco et bibi. Mon intervention s’appelle : « Le “cadavre exquis” de l’écrivain »…
Je n’en dis pas plus pour l’instant, je ne sais pas encore si je la mettrai en ligne – il est difficile de lire un texte écrit pour être dit, volontairement composé de phrases courtes – histoire que le traducteur ne soit pas paumé – sans les jeux de mots et autres finasseries que j’affectionne histoire de présenter quelque chose de pas trop abscons…
En guise de petits cailloux mystère, voici les liens que je vais utiliser, je me servirai de cette page pour y accéder en direct – je complèterai sans doute dans deux ou trois jours, j’ai pas fini ma valise :
L'oulipo
Sur Iva Ch'vavar
Le blog de Mauricette Beaussart
Sur Un ABC de la barbarie de Jacques-Henri Michot
Ent'revues
T.A.P.I.N.
Remue.net
Cronopios
Une chic fille
Écrivains en séries : saison 1
Écrivains en séries : le casting
La Rumeur des espaces négatifs
Le Travail de rivière
Fanette Mellier
Le Ralbum
Laureli/Léo Scheer
Le Résumé d'Hélène Bessette
Rougelarsenrose
Editions Léo Scheer
m@nuscrits
m@nuscrits ("rétropublication")




Au Chili : des lectures et une table-ronde entre poètes français, catalan et chilien. Côté français, je sais qu’il y aura Anne-James Chaton, Joachim Montessuis et bibi. Le catalan, c’est l’ami Eduard Escoffet. Par contre, je n’ai pas reçu la programmation chilienne, mais je vous tiens au courant.
Si vous êtes sages en mon absence et que les moyens techniques dont je dispose me le permettent – wifi, car j’ai bousillé l’entrée internet de mon portable en me plantant de câble un jour, Iphone… –, je vous tiendrai au courant avec de jolies photos du fleuve Guaíba et de la cordillère vraisemblablement enneigée vu les températures locales.

dimanche, février 15, 2009

O que é poesia para você?

Euh...



























Tentatives de réponse sur le blog :

...

lundi, décembre 29, 2008

Ilha das Flores

Ça fait plusieurs années que je cherche une copie de Ilha das Flores (L’île aux fleurs) du brésilien Jorge Furtado qu’on avait vu avec Laurent Cauwet chez notre ami (immense cinéphile, entre autres choses) Jacques-Henri Michot (qui sort d'ailleurs un livre prochainement chez Al Dante), un hiver, à Mouchin. J’avais arrêté de chercher il y a quelques mois, et puis, avec Youtube et Dailymotion… voici donc mon cadeau de fin d’année.

Ilha das Flores est un documentaire choc qui se passe au Brésil et qui a été tourné en 1989. Je lui emprunte fréquemment l’expression (parfois déformée par ma mauvaise mémoire) : « doté d’un télencéphale hautement développé et d’un pouce préhenseur »…

En VO :
Début :


Suite et fin :



En VF :

lundi, décembre 01, 2008

O azul da inclinação

Solange Rebuzzi traduit en portugais du Brésil un extrait du Bleu de l'inflexion - et j'en suis bien fière :

O joelho está flexionado a fim de dispor o corpo na vertical da fechadura.
O corpo carrega a chave mas não deseja abrir, ainda.
A mão contém a chave acariciando-a enquanto o olho se abandona à tristeza. Enquanto
o olho claro perfura, a sobrancelha contra o metal gelado, examina sem sucesso, o olho no limite de sua percepção só poderá voltar à ação. Talvez.
A mão esquerda está posta aberta, contra a madeira da porta que é uma madeira lisa.
A parede do corredor olha a cena.
O cheiro conhecido dos cabelos seduziu e murmura com o movimento da cabeça sem saber muito se e o quê e que fazer.
Com um eu-não-sei-quê de selvagem e perdido.
Com um eu-não-sei-quê de já morto.
O vestido está amarrotado de tocar o solo, levando o peso da personagem leve de coração pesado.
O vestido chia da respiração ofegante da curiosidade e do medo.
A parede do corredor se emociona.

Há carroças e móveis, bordados e espelhos.
Casas, sofás, criados, louça de ouro e de prata e de vermeil.
Ele me desejou, eu, entre todas, depois de muitas.
Eu sabia que era a boca do lobo. Lobo azul. E me lancei ali.
Eu sabia que era o medo azul do qual eu morreria. E me lancei ali.

Mas isso, só a parede do corredor escutou. Sua tapeçaria estremeceu. Uma corrente de ar de lembranças e os motivos se desdobraram. Circundam as portas. Correm de portal em portal em busca da saída. Mas o conto não existe mais pois o malvado morre e somente as mulheres se sucedem. Já que as mulheres morrem e somente os malvados se sucedem. Enquanto que as irmãs conquistam o horizonte com o olhar distraído.

Ela, vestida e penteada, ela se chama Heloisa ou Eleonora ou Isaura ou Rosalinda ou Branca ou Judite. Mas, a irmã se chama sempre Ana. A grama é verde. E a barba é sempre azul.


Tradução: Solange Rebuzzi.
Fragmento do poema retirado da revista Action poétique. n°189, p. 73
.

mardi, octobre 07, 2008

Fabiana Cozza em Europa

Caras, la grande Fabiana Cozza en concert à Paris ce soir à la Favela Chic mais aussi le 10 octobre au Festival Brésil de la Mairie du XIIe arrondissement. Les berlinois quant à eux pourront l'entendre le 9...

7/10 à 22 heures
Roda do Cavaco invite Fabiana Cozza à la Favela Chic
18 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris

9/10 à 22h30
Popkomm - Wabe Jazz Club
Danziger Straβe 101, Berlin

10/10 à 20h30
Festival Brésil Douze à la Mairie du Douzième
130 Avenue Daumesnil, 75012 Paris



samedi, mai 10, 2008

Augusto de Campos : littérature & Internet

Dans TV Cronòpios, le dernier entretien est réalisé avec Augusto de Campos (par Edson Cruz, avec Pipol à la caméra). Cronòpios a en effet consacré le quatrième numéro de sa revue en ligne, Mnemozine - que je vous conseille vivement de consulter, elle est remarquable ! - à ce poète brésilien très important. Vous pouvez notamment y voir quelques poèmes visuels créés à partir de technologies numériques. Et de très nombreux articles, entretiens, extensions audio et vidéo...

Pour résumer le propos de la vidéo ci-dessus (l'image n'est qu'une capture d'écran, il faut aller ici pour la voir), Augusto de Campos parle de l'importance d'Internet et de l'ordinateur dans sa création. Pour lui, le rapport à la machine est devenu indispensable. Et Internet est le seul espace qui reste réellement ouvert à la poésie - puisque les espaces d'édition papier connaissent des difficultés économiques. Il ajoute qu'Internet est devenu incontournable pour la visibilité de la poésie (il cite Cronòpios et Erratica) dans la mesure où les supports papiers n'ont plus la possibilité de la chroniquer et se dédient presque exclusivement aux best-sellers. Dans la grande mare de communication qu'est Internet, on trouve des niches artistiques exceptionnelles. Et pour sa part, il dit fréquenter moins les librairies car il trouve davantage d'informations internationales sur Internet. Mais il précise que le livre reste un objet unique, qu'il a des avantages, par exemple, il n'est pas sujet à la cruauté des mises à jour. C'est un objet intime, avec une matérialité intrinsèque, unique. Un support n'en élimine pas un autre. Augusto de Campos parle de complémentarité de ces deux supports, Internet, et le livre papier, particulièrement en littérature.

vendredi, mai 09, 2008

Chez Laurette

J'ai la joie de vous annoncer ma collaboration régulière - mensuelle - au site brésilien Cronòpios dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois, sous forme de textes de critique littéraire dans la rubrique "Chez Laurette" créée spécialement à cet effet car ce sont, pour l'instant, les seuls textes en français du site.
Vous (= les lecteurs français) aurez sans doute déjà lu certains de ces textes - mais pas tous ! - par exemple le premier, sur Nathalie Quintane, dont un livre, Début (Començo) est traduit en portugais du Brésil chez 7Letras.

Seront également présents des textes de création dans les rubriques "poésie" ou "prose"... ce sera le choix éditorial d'Edson Cruz !

Sambaquis

Je vous avais parlé du site Cronòpios, édité par Edson Cruz et Pipol mais pas de l'excellent blog d'Edson Cruz, Sambaquis, que je vous invite à consulter.
J'ai ai de surcroit découvert le petit gadget, "snap-shots", que vous pouvez voir depuis hier sur rougelarsenrose - permettant une prévisualisation des liens.

jeudi, mai 08, 2008

Le temps est avec moi



Côté météo tout du moins, car côté tic tac qui s’écoule, ça va beaucoup trop vite pour moi – exactement l’inverse du dernier livre d’Orion Scohy, Norma Ramòn, que je viens juste de commencer. C’est vraiment déstabilisant, ce changement d’hémisphère. Tout d’abord parce que ça me va très bien, à moi, les latitudes tropicales et les aisselles à l’air, comme qui dirait, et puis parce que bien sûr, c’est génial de quitter les routines pour gagner les routes et ne faire, ou presque, que l’écrivain pendant presque trois semaines. Surtout, je suis pro Brésiliens et anti Parisiens. Non, ce n’est pas une caricature. Cela ne vaut évidemment pas pour tous les Brésiliens et tous les Parisiens, n’exagérons rien. Mais force est de constater que l’impression générale parisienne, que je connais à présent depuis de longues années, est stressée, stressante, rude et impolie (je n’arrête pas de m’engueuler avec une bande de gougnafiers depuis que je suis rentrée : les voisins qui ne disent pas bonjour, la vieille bourgeoise qui bouscule Emmanuel dans un magasin non seulement sans s’excuser mais en nous criant dessus en prime, une abrutie coiffée de chez Kiliwatch… Heureusement, il y a toujours quelques sujets d’amusement et de joie de-ci de-là…) ; alors que l’impression générale brésilienne est tranquille et attentionnée – sauf quand on se fait assalter avec un 9 mm sous le nez, bien sûr. Pas étonnant qu’on se tape Sarko, on mérite finalement, dans ce pays, qui n’a pourtant sans doute pas toujours été comme ça. Je me demande ce qui, historiquement, pourrait changer la donne. Quel événement. Devrait-il être forcément violent ? Ce qui réveillerait ou réveillera et créerait ou créera une conscience généreuse de l’autre. Quelle utopiste je fais, ça y est, je parle comme ma mère.

vendredi, mai 02, 2008

mercredi, avril 30, 2008

« Non Ducor, Duco. »



Séjour bref mais intense dans la gigantesque São Paulo. Impossible d’appréhender ne serait-ce qu’un dixième de la ville et le lit de la chambre d’hôtel (qui fait la taille d’un appartement parisien…) est tellement grand que j’ai du mal à y dormir – on s’y fait vite mais comme on n’a pas le temps...
Conférences sur la poésie contemporaine française à l’Alliance Française de Jardim América puis à l’Université (USP), conférence sur les blogs littéraires français à la Livraria Martins Fontes, rencontre animée par Sonia Goldfeder. À nouveau, je suis très impressionnée par l’intérêt et la qualité du public brésilien, très calé en langue et littérature française.
Ce soir, à la librairie, j’ai également apprécié en détail le fonctionnement du très impressionnant, tant du point de vue du contenu que du design, site Cronòpios grâce à la visite guidée que nous ont offert ses éditeurs, Edson Cruz et Pipol. Et découvert un nouveau site qui me coûtera sans doute quelques nuits blanches : la revue électronique bilingue portugais/espagnol Agulha, animée par le poète Claudio Willer.
J’ai également enfin rencontré Sérgio Pinto de Almeida et Denise Natale, les éditeurs brésiliens de José Agrippino de Paula qui m’ont donné à lire, entre autres choses, Lugar Pùblico.
Bref, um copo de euforia.

vendredi, janvier 25, 2008

Rio Grande do Sul

Reportage sur PanAmérica de José Agrippino de Paula, livre que j'ai évoqué à plusieurs reprises et qui vient de paraître.
Rencontre d'écrivains, d' artistes, de critiques littéraires, de cinéma... évoquant de près (l'œuvre elle-même qu'ils connaissent et analysent devant nous) ou de loin (la période des années 1967-1968, en pleine dictature militaire brésilienne, les prémices du Tropicalisme...)

Voici une sélection des vidéos de nos entretiens mises en ligne. Pour les autres, consulter la page Laurelit dailymotion (la totalité des vidéos devrait y être présente dans une semaine).

Les vidéos sont archivées sur Léo Scheer. TV.


Juremir Machado da Silva est né en 1962 à Santana do Livramento. Il est écrivain, journaliste et historien brésilien, docteur en sociologie diplomé de l'université de Paris V (René Descartes).
Après avoir été chroniqueur indépendant et correspondant du journal Zero hora à Paris de 1993 à 1995, il est aujourd'hui professeur de journalisme et coordinateur du programme de post-diplomes de communication. Il écrit régulièrement pour le Correio do Povo de Porto Alegre.
Il a publié une vingtaine de livres.
Il me parle, en cette après-midi venteuse, de PanAmérica de José Agrippino de Paula ainsi que de la situation actuelle du roman brésilien.



Luis-Augusto Fisher, professeur de littérature brésilienne à l'université, écrivain (auteur de chroniques, d'essais et de contes), critique littéraire vivant à Porto Alegre, nous parle de PanAmérica de José Agrippino de Paula.

Présentation de Luis-Augusto Fisher (en portugais) ; son blog sur le site Saraueletrico (en portugais).



Sergius Gonzaga est professeur de littérature à l'université fédérale du Rio Grande do Sul et secrétaire municipal à la culture de la mairie de Porto Alegre.



Luis-Fernando Verissimo est l'un des plus grands auteurs brésiliens contemporains, né en 1936 à Porto Alegre. Ecrivain, journaliste, musicien de jazz, ses oeuvres recèlent une ironie empreinte d’humour qui tout à la fois critique le réel et le reconstruit.

Voir son site & le dossier bibliographique que la librairie Compagnie lui a consacré.

jeudi, janvier 10, 2008

« C’est étrange parce qu’en entrant ici, j’ai cru que cette histoire faisait une boucle parfaite. Passons. »

« ÉPILOGUE

I am going to pass around in a minute some lovely, glossy-blue picture postcards.
Dans une minute je vous ferai passer plusieurs belles cartes postales sur papier glacé.
Voici la valise en cuir qui renferme la fameuse collection.
Rien dans les mains.
Rien dans les poches non plus.
Rien dans le chapeau non plus. Voyez. Mes manches.
Je me retourne, je fais un tour complet.
Comme vous pouvez le voir, il n’y a aucun truc, pas de trappe cachée, pas de jeux de lumière trompeurs.
La valise repose sur cette chaise-ci.
J’ouvre la valise avec cette clé qui passe partout, si vous me permettez la plaisanterie.
La première chose que nous trouvons dans la valise, par-dessus tout, c’est – devinez – une paire de gants.
Les voici.
Des gants de peau.
Du grand luxe.
J’enfile les gants – le gauche… le droit… une coupe… parfaite.
Cela me rappelle…
Un jeune artiste perdu dans l’élégant Berlin de la Belle Époque, seul, vainement en quête de plaisir. Passe un bruyant groupe de patineurs, et une femme de blanc vêtue laisse tomber son gant, un gant cousu de six boutons fourrés, blanc, long, parfumé. Le jeune homme se précipite, ramasse le gant, mais se demande s’il doit ou non relever le défi. Finalement, il choisit de l’ignorer, met le gant dans sa poche et rentre à pied à son hôtel, par des rues mal éclairées.
Mais je m’éloigne de mon propos de ce soir. Plus tard, s’il nous reste du temps, je conclurai cette histoire fantastique, dans laquelle intervient même un char de Neptune, une chauve-souris gigantesque qui toujours fuit et sourit, ainsi qu’un océan de feuillages.
Qui sait si ce n’est pas exactement ce gant-là ? Cela dit nous avons ici non un gant, mais la paire ; ils sont très délicats et contrastent avec ce costume noir.
La mallette en cuir contiendrait-elle des affaires de toilette ?
Non, mes amis.
Comme vous pouvez le voir, grâce à la légère rotation que j’opère sur la chaise où elle se trouve, la valise ne contient que du papier… des cartes postales… des dizaines, des centaines, peut-être de cartes postales.
Étrange mallette !
Et maintenant, attention.
De mes mains gantées – le temps de boutonner l’un… puis l’autre… soigneusement… pas de triche… j’ajuste les poignets, voilà… – maintenant de ces mains, au hasard, je tire la première carte, que je contemple un moment sous la lumière… il y a un reflet… mais j’y vois une jeune fille noyée dans les joncs… voici la première carte postale, s’il vous plaît, faites circuler… deuxième carte : l’Avenida Atlântica… faites passer… une cadillac à Acapulco… Carmen… le Centre Pompidou… une église en Alabama… un château vu du levant… deux cupidons aux lunettes noires… le voleur de bijoux et la duchesse… et celle-ci, Fred Astaire en Lady Be Good, ou pas de facéties, petite… nostalgique… et une Marilyn, et ici la plage de Clacton avec son bingo et ses fis hand chips… le Boeing d’Air France… des tramways grimpant la côte à San Francisco… un ours polaire au zoo de Barcelone… Salomé… Londres… une autre Salomé… faites passer, faites passer.
Mes amis, ceci est une mallette, pas un chapeau à lapins… »

Extrait de Gants de peau & autres poèmes de Ana Cristina Cesar, traduit du brésilien par Michel Riaudel. Chandeigne éditeur, 2005.

mercredi, janvier 02, 2008

« Le temps se couvre. Je suis fidèle aux événements biographiques. »

« te délivrant :

castillo de aliusiones
forest of mirrors

ange
exterminant
la douleur

*

CHANSON

Tant de poèmes que j’ai perdus.
Tant que j’ai entendus, pour rien,
au téléphone – voilà,
j’ai tout fait pour que tu m’aimes,
j’ai été femme vulgaire,
moitié-sorcière, moitié-panthère,
petite sourire moderniste
grinçant dans la gorge,
loulou, homo,
bien garce, vandale,
machiavélique peut-être,
et puis un jour j’me suis braquée,
suis passée aux courbettes
(c’était une stratégie),
aux affaires, pingre,
quoique un peu bête,
parce que, intelligente, je rougissais,
de suite, ou au contraire, visage
pâle qui ignore
le rose, sa couleur,
et tant, j’en ai tant fait, peut-être
en quête de gloire, l’autre
scène sous les projecteurs,
ou peut-être seulement de la tendresse,
mais tant, j’en ai tant fait…

*

Tout ce que je ne t’ai jamais dit, dans ces marges.
Consolée par la bande.
Ce n’était jamais le bon sujet.
Les espions se trompaient de piste.
L’intimité était une comédie… »


Extrait de Gants de peau & autres poèmes de Ana Cristina Cesar, traduit du brésilien par Michel Riaudel. Chandeigne éditeur, 2005. Livre que je viens de découvrir, par hasard - histoire de gants - avec ravissement.

lundi, décembre 10, 2007

« Ceci n’est pas une pipe » - sur PanAmérica de José Agrippino de Paula



Œuvre phare de la littérature brésilienne publiée pour la première fois en 1967, somme psychédélique tissée d’images qui font penser à Roy Lichenstein ou Andy Warhol, PanAmérica est un geste total qui doit autant au pop-art qu’à la Beat Generation. Une épopée ironique hors de tout réalisme entraînant le lecteur dans un merveilleux à la fois emprunt de science-fiction et de culture brésilienne, dans un syncrétisme post « anthropophage »1 qui inspirera le mouvement du « tropicalisme »2 . Écrit pendant la dictature et en réaction à l’idéologie nord-américaine dominante, c’est un récit qui met en question les rouages de la société, usant des mêmes ressorts qu’un Swift dans Les Voyages de Gulliver : des ruptures d’échelles permanentes entre hommes et géants, des combats sans rimes ni raisons, une surenchère d’imagination permanente. Plus encore, le gigantisme fluctuant des figures mythologiques désarticulées doit aux métamorphoses de Pantagruel de Rabelais, l’humour « gigantal » présent dans ces deux œuvres en étant un nouveau trait commun.

Comme l’indique son titre, PanAmérica est un mélange alchimique des Amérique, du Nord et du Sud. Rien ni personne n’y est épargné, pas même la logique du récit. Dans ce labyrinthe narratif, l’auteur remythologise avec une fantaisie débridée – à la fois triviale et onirique dans ses enchaînements délirants – les figures hollywoodiennes – Marilyn Monroe en étant la figure récurrente, le moteur – pour créer un monde merveilleux, absurde et chaotique. Une féerie obscène et effrénée qui prend sa source dans la critique de la réalité.

Le fantastique singulier de PanAmérica est marqué par les multiples dimensions du travail de José Agrippino de Paula (1937-2007). Celui-ci a en effet été à la fois auteur de romans, de nouvelles, de poèmes, de pièces de théâtre, scénariste de spectacles de musique et de danse mais aussi réalisateur de films – notamment Hitler 3º Mundo (1968), considéré par la critique comme un chef-d’œuvre du cinéma underground brésilien. Ses textes, composés comme on monte les rushes d’un film, doivent beaucoup à sa volonté de faire s’entrecroiser les arts. Par ailleurs, chacun de ses livres publié au Brésil est illustré par un artiste plasticien : Antonio Dias, Renata Bueno et Tadeu Burgos, José Roberto Aguilar, Antonio Peticov. Caetano Veloso a également préfacé une édition de PanAmérica et mis en musique un extrait de ses textes, avec Gilberto Gil. Depuis le milieu des années 70, José Agrippino de Paula s’était retiré dans la petite ville d’Embu das Artes, dans la périphérie de São Paulo, refuge de nombreux artistes et artisans. Écrivant toujours, et beaucoup, il y vivait isolé, sans aucun moyen de communication, acceptant néanmoins de recevoir ses amis, ses admirateurs, ainsi que les étudiants et journalistes qui étudiaient son œuvre. Peut-être les utopies exubérantes que son imagination avait créées lui semblaient-elles moins insensées que le spectacle du monde.

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1-Les concepts « anthropophages » furent édictées en 1932 par Oswald de Andrade et Tarsila do Amaral, deux poètes inspirés par les dadaïstes et les surréalistes faisant feu de tout bois, tradition comme modernisme.
2-Le « tropicalisme » est un mouvement culturel brésilien qui apparaît à la fin des années 60. Il s’illustre principalement à travers la musique à travers les figures de Caetano Veloso et Gilberto Gil mais aussi dans les arts visuels, le cinéma, le théâtre ou la littérature. Il cherche à établir un mélange d’avant-garde et de culture de masse, dans un contexte politique qui est celui d’une dictature militaire violente et répressive.

PanAmérica : à paraître le 18 janvier 2008 (traduction Emmanuel Tugny) chez Laureli/Léo Scheer.
Au brésil, José Agrippino de Paula est édité par Editora Papagaio.

mardi, novembre 13, 2007

Tout autour de PanAmérica

... Je prépare la publication de PanAmérica, mi-janvier 2008. Un roman de José Agrippino de Paula traduit du brésilien par Emmanuel Tugny qui me parle, à l'occasion d'une expo à Porto Alegre, d'un artiste que je ne connaissais pas, Nelson Leirner (Galeria Brito Cimino) et dont l'esthétique est en effet très proche de l'univers fou et luxuriant de José Agrippino de Paula que j'ai hâte de vous faire découvrir.
Voici quelques clichés de ces œuvres (peintures-collages ou installations).


Sem título, da série Assim É... Se lhe Parece, 2003, c – print, 120 x 218 cm


A Lot(e), 2006, 248 x 900 x 400 cm (27 módulos), técnica mista, detalhe da instalação


A Lot(e), 2006, 248 x 900 x 400 cm (27 módulos), técnica mista, detalhe da instalação