vendredi, août 19, 2005

« ...parce que le feu entretient à jamais la mémoire des choses anciennes... »



Où l’on a pu constater une fois de plus qu’il est des terres immobiles et que les îles sont, tout particulièrement, des lieux où le temps ne semble pas avoir la même prise qu’ailleurs. Magnétisme du quotidien, paroles mille fois entendues, histoire, histoires. Elles se cachent dans le tissu uniforme des jours. Le silence vient de très loin, du fond obscur des abîmes. La langue s’éveille comme un matériau physique, un réflexe, une donnée génétique. Coule avec le sang. Si un he qualchi cacciadori. Des milliers et des milliers de prunelles ouvertes dans la terre. Chacun devrait dire ses routes, ses carrefours. (À une certaine époque, tout ce qui avait de l’importance se disait en vers.)

Mon île.
« L’immobilisme de ceux qui ne la quittent pas, la finitude de ceux qui n’y reviennent que pour mourir, l’anéantissement de ceux qui la quittent pour jamais. »

1 commentaire:

Antoine Hummel a dit…

"Les îles", Jean Grenier, préface Camus, livre longtemps confidentiel, auteur-archipel :


Personnellement, je ne manquais pas de dieux : le soleil, la nuit, la mer... Mais ce sont des dieux de jouissance; ils remplissent, puis ils vident. Dans leur seule compagnie, je les aurais oubliés pour la jouissance elle-même. Il fallait qu'on me rappelât le mystère et le sacré, la finitude de l'homme, l'amour impossible, pour que je puisse un jour retrouner à ,mes dieux naturels avec moins d'arrogance. Ainsi, je ne dois pas à Grenier des certitudes qu'il ne pouvait ni ne voulait me donner. Mais je lui dois, au contraire, un doute, qui n'en finira pas et qui m'a empêché, par exemple, d'être un humaniste au sens où on l'entend aujourd'hui, je veux dire un homme aveuglé par de courtes certitudes. Ce tremblement qui court dans Les Iles, dès le premier jour, en tout cas, je l'ai admiré et j'ai voulu l'imiter.

[...]

A l'époque où je découvris Les Iles, je voulais écrire, je crois. Mais je n'ai vraiment décidé de le faire qu'après cette lecture. D'autres livres ont contribué à cette décision. Leur rôle achevé, je les ai oubliés. Celui-ci, au contraire, n'a pas cessé de vivre en moi, depuis plus de vingt ans que le lis. Aujourd'hui encore, il m'arrive d'écrire ou de lire, comme si elles étaient miennes, des phrases qui se trouvent pourtant dans Les Iles ou dans les autres livres de son auteur [cf Inspirations Méditerranéennes, ndr]. Je ne m'en désole pas. J'admire seulement ma chance, à moi qui, plus que quiconque, avais besoin de m'incliner, de m'être trouvé un maître, au moment qu'il fallait, et d'avoir pu continuer à l'aimer et à l'admirer à travers les années et les oeuvres.


Albert Camus