samedi, avril 08, 2006

… oui, les séries télé sont un univers addictif…



…Un espace fictionnel suractif. Et les années 2000 ++ semblent représenter un âge d’or formel de séries initiées, par exemple, par Twin Peaks. Mais les généalogies sont plus complexes. Car justement, ce qu’il y a de bien, avec les séries, c’est que c’est un genre décomplexé…

Ça ne vous est jamais arrivé à vous ? Vous êtes censé représenter une espèce de catégorie culturelle Bac +(quelque chose entre le souvenir des fesses ankylosées sur les mauvaises chaises de l’Éduc. Nat. et le goût aigre annonciateur d’ulcère (mais c’est la nicotine, aussi) du café machine n’en ayant que le nom – de café – avec, parfois, heureusement, quelques éveils intellectuels et sensoriels, ouf), vous vous trouvez en pleine discussion dite « culturelle » avec des personnes censées représenter la même catégorie « sociale » que vous (clever fauchés) lorsque, entre une citation de Futur ancien fugitif et une allusion à Clément Rosset, vous vous mettez, sans transition à évoquer le dernier épisode de Dark Angel, de Six Feet Under, de Star Trek, des Simpsons, de Futurama… et vos interlocuteurs vous regardent soudain comme si vous veniez de commettre un geste totalement déplacé tout en ayant perdu un gros morceau de cerveau en route…

Le problème – si tant est qu’il y en ait un – est sans doute que les séries peuvent être le lieu de rencontre, justement, de plusieurs catégories culturelles. Que s’y superposent différents niveaux de lecture avec pour point commun : le plaisir de l’instant. Socialement, les séries sont fédératrices ce qui passe difficilement dans une structure hiérarchisée. Moralement, elles représentent une espèce de pause active, une détente teintée d’affects et de sentiments ; c’est encore pire.

Et puis c’est une culture de branleurs, quand même, non ? (pas de pages à tourner, de piste difficile à avaler, de place à raquer, de public à supporter…)

Yes ! so what ?

Nullement bridées par un cadre historique, esthétique ou culturel, les séries peuvent se permettre de piocher où bon leur semble pour créer leur univers dans une temporalité fragmentée qui est leur dénominateur commun. Ainsi, pour les anciens insomniaques shootés à Xfiles (amoureux de Mulder ? de Scully ? de la carrure de Skinner ?… ou juste paranos…), les insomniaques chroniques branchés sur Profiler, les régressifs-mais-pas-trop abonnés à Buffy contre les Vampires, les punks ne ratant jamais un South Park, les Œdipe foirés matant Les Feux de l’amour (avec leur grand-mère – c’est toujours moins déprimant que Julien Lepers) + Côte Ouest + Santa Barbara + Love & Married + Derrick en phase dépressive (là on commence à avoir du mal à acquiescer, tout de même…)… il existe aujourd’hui nombre de séries réconciliant une qualité d’image et de narration avec ce plaisir un brin pervers du découpage en épisodes – avec production d’adrénaline garantie.

Par exemple (en tout sauf exhaustif) : 24 heures chrono, Six Feet Under, Desesperate Housewifes, Les Sopranos, The She World, Carnivàle, Lost… il s’agit là d’un espace de création qui n’a rien à envier – du point de vue de l’exigence formelle – aux arts dits « nobles » (du 1er au 7e) avec une efficacité impactuelle décuplée.

Quant à l’effet anxiolytique – anesthésiant ? floutant ? euphorisant ?… (« divertissement » ?)… sans doute autant que la tartine du matin, la clope de 11 heures, le Spéculos dans le café, la surenchère de produits de beauté, le p’tit Chardonnay de 19 heures, le ronron du chat, l’odeur du pot-au-feu… le réel dans ses effets

4 commentaires:

le caustique lunaire a dit…

belle tirade.
the office.

Sébastien M. a dit…

J'opine (ainsi que mon canapé)

NotBilly a dit…

"Love & Married" ? Tu veux dire, la géniale "Married... with children" ;o)

rougelarsenrose a dit…

oui, c'est ça : Married with childen (j'ai fait une confusion avec la chanson - qui croone à mort - du générique)...