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jeudi, décembre 11, 2008

La robe

« Il y a maldonne dans les rapports humains parce que l’on est jamais ce que l’on a (…) j’ai une peau d’ange mais je suis un chacal (…) une peau de crocodile mais je suis un toutou, une peau de noir mais je suis blanc, une peau de femme mais je suis un homme ; je n’ai jamais la peau de ce que je suis. »
(Eugénie Lemoine-Luccioni, souvent citée par Orlan)

Poésie etc. costumes.
Le mensonge de l’armure.
L’écoulement muet du sablier.
La vie, l’amour, la mort.

dimanche, novembre 30, 2008

Migraine 1/Laure 0

... Ce qui fait que j'ai séché la lecture du Travail de rivière au Salon Light du Point Éphémère, et j'en suis bien désolée.

Mais on se rattrapera à la Soirée du Tonnerre III avec d'autres lecteurs à la Péniche La Dame de Canton (Port de la Gare, 75013 Paris, aux pieds de la TGB) mercredi 17 décembre à 19 heures.

vendredi, novembre 28, 2008

Coup de gueule du soir, bonsoir

J’en ai un peu marre de l’hypocrisie surprotectrice croissante façon le feu ça brûle et l’eau ça mouille. Ça a commencé par l’alcool « à consommer avec modération ». C’était déjà pas bien drôle. Les femmes dotées d’un encéphale hyper développé et d’un pouce préhenseur ont bien compris, depuis longtemps (ça s’appelle le sens commun) qu’il était déconseillé de picoler enceinte. Hé bien des fois que des aliens suceurs de cerveaux aient envahi la terre en secret, maintenant, on voit un sigle rouge et noir façon code de la route qui explique clairement sur si tu as un très très gros ventre et que tu te tiens les reins et que tu as une queue de cheval, tu ne dois pas boire dans un grand gobelet. Ensuite, on a appris avec stupeur que « fumer tue ». Wha. Comme vivre, en somme. Mais pire : « fumer peut provoquer des maladies cardio-vasculaires », « Fumer provoque le cancer mortel du poumon » (attention, pas le cancer bénin), « Fumer peut entraîner une mort lente et douloureuse » (si vous aimez les morts douces et rapides, trouvez un autre moyen), « Fumer provoque un vieillissement de la peau » (ce qui fait que dans une certaine mesure, Clarins, Clinique, Shiseido… aiment le tabac), « Fumer peut nuire aux spermatozoïdes et réduit la fertilité » (pas pour moieu, nananananèèèèèreu !), « Fumer peut diminuer l’afflux sanguin et provoque l’impuissance » (renananananèèèèèreu !), etc. Vaste programme qui sépare l'humanité en non-fumeurs-qui-aiment-la-vie contre fumeurs-qui-veulent-mourir. Oui mais, tout le monde est bien obligé de manger, non ? On ne peut plus voir une pub pour un truc qui se met plus ou moins dans la bouche en étant censé finir dans l’estomac sans se taper un « mangez bougez.fr », comme si on ne savait pas qu’en mangeant 15 Snickers par jours, on allait porter du 52 en moins d’un mois et mourir d’une crise cardiaque sur ses toilettes. Au cinéma, c’est particulièrement ridicule. Les mâchoires sur pop corn ou autre machin à 4000 calories la bouchée arrivent à couvrir le bruit des bandes annonces lorsque s’affiche un grand « ne grignotez pas entre les repas ». À présent, c’est le site Deezer qui s’y met. On veut écouter un ptit Shellac ? Minute papillon ! Avant nous est imposée l’atroce pub-jingle « écoute ton oreille » (notez bien le tutoiement, c’est pour les djeunes, les vieux étant déjà sourds, sans doute). J’aimerais bien savoir combien a été payé le publicitaire, ou peut-être l’équipe de publicitaires (je ne m’étonnerais pas) qui a pondu un slogan aussi crétin. Notez de surcroît l’espèce de personnification bon marché créée par le singulier « ton oreille ». « Tes oreilles » ça aurait été un peu trop anatomique. Là, tu vois, ton oreille, c’est ton pote. Tu peux tout lui dire et, en contrepartie, tu dois la comprendre. Au secours. J’attends le « Tes yeux ne tiennent qu’à un cil, mets tes lunettes pour mater Youtube » ou « Avant de poser ta narine (puisque le singulier a l’air prisé) sur un parfum Lutens, pense aux migraines olfactives »… Ou peut-être que les dealers vont distribuer des stickers « Un rail, t’es Kant, deux rails bonjours la descente », « Si Kéta bien, t’es Kétamine (mais pas trop quand même, hein ?) », « Zéro baccalauréat, zéro prépa, MDMA ! »…

Et sur ce, je pars me bousiller les oreilles à Rennes en me gavant de galettes. Le tout bien arrosé, cela va de soi. Na !

samedi, octobre 04, 2008

Migraine



... mon amie pour la vie, du moins faut-il s'en persuader (l'envisager comme ennemie serait reconnaître ma défaite).

Hier, j’ai changé de trottoir en sortant du bus, pour rentrer chez moi, un autre monde est apparu. Autres passants, autres chiens au bout d’autres laisses, autres boutiques, autres bars, autre lumière, autre prudence pour traverser. En multipliant soigneusement ces micros déplacements, on ne marcherait jamais deux fois dans ses pas. Multiplions. Même si parfois, marcher dans ses pas rassure.

Aujourd'hui, je me (re)plonge dans les livres du Prix Nocturne, délaissant la Nuit Blanche parisienne (comme presque chaque année depuis un certain retour chaotique - transports en commun ultra bondés, taxis occupés) et Facebook (comme souvent également) dont un heurt de statuts m'accroche néanmoins.

mercredi, janvier 16, 2008

« Entre ici, ami de mon cœur. »



… Hier était une radieuse journée en partie passée avec Raymond Federman qui est un grand écrivain – là je n’apprends rien à personne, mais Céline Minard me dirait « Hé Laure, c’est quoi un grand écrivain ? » parce que quand j’ai présenté Céline à Raymond, j’ai dit : « Raymond, je te présente un grand écrivain ! » Raymond a fait « Oh ! » (avec le ptit accent qu’on lui connaît bien) et Céline, donc, a dit : « Hé Laure, c’est quoi un grand écrivain ? » d’un air moqueur (qu’on lui connaît bien aussi). Un grand écrivain, je ne sais pas, ça ne se définit pas, ça se vit comme tel : (là, j’avais commencé une liste que j’ai effacée pour des raisons évidentes)… Enfin, vous voyez quoi. Les mots qui font des mondes. Et en plus – mais ça c’est vraiment le gâteau sur la cerise – ya des grands écrivains (pour moi c’est unisexe, hein, j’aime pas féminiser les mots, je préfère toujours les épicènes, quand c’est possible) qui sont de grandes âmes et alors là, on rédime les vicissitudes de l’existence en quelques minutes passées en leur compagnie. Oui, hier était une journée radieuse en partie passée avec Raymond Federman qui est un grand écrivain, donc (nous avons d’ailleurs travaillé sur CHUT, son prochain livre, j’en suis très fière) et qui a le don de créer une ambiance euphorique autour de lui, à la fois drôle et grave. Entrecoupée de rires mais le regard, la mémoire ne quittant pas les aspérités de la vie, ses tragédies. Sans ciller, décidant d’en rire. Toujours. Et Raymond étant un grand cœur, la vie poussée à son plus fort degré de vie, est toujours entouré de personnes douces et généreuses. Bref, le bonheur, dans ce monde de barbares.

Ah, ces moments, je les ai savourés. J’ai profité intensément de sa présence comme si le temps portait une pesanteur, une scansion, mesuré comme une musique. Ce déclic vient sans doute d’un élément de mon histoire – une étape (le premier qui dit un coup de vieux…) Je crois que dernièrement, j’ai vraiment compris la mort. Enfin, je l'ai inscrite comme une petite croix sur une frise. Je sais, ça a l’air terriblement crétin, dit comme ça, j’assume (je ne sais pas où je trouve le courage ou l’inconscience, ou un subtile mélange des deux, de publier ça en ligne… après m’être fait traiter de mémère-à-chat cet automne, on va me trouver lou-ravi-de-la-vie ou édulcor-la-mort, je sais pas…), surtout que je n’ai jamais été particulièrement épargnée dans ma jeunesse, j’ai même assisté à un règlement de comptes sanglant (Corsica typique), quand j’étais gone (pardon, zitella), j’ai perdu des gens que j’aimais, c’est même un certain carnage à y bien réfléchir, mais jusqu’à aujourd’hui – l’hécatombe récente, je ne reviens pas sur les épisodes précédents et je conserve mes ellipses – je n’avais pas atteint un certain degré de conscience en la matière. Quand Raymond, il y a quelques années, m’avait dit au Bar 1900 – dit « le bar corse », rue Rambuteau –, d’un grand sourire, avec son regard brillant : « Tu sais Laure, il va falloir t’y faire, bientôt, les extras-terrestres vont m’enlever et je serai tout là-haut, et plus parmi vous… » J’entendais ce qu’il me disait, j’étais un peu surprise, triste, je le comprenais, mais cela n’avait aucune conséquence sur le présent. Je regardais en chacun son instant, parfois son passé, pas son après, et, ce faisant, paradoxalement, je ratais une grande partie de sa présence, l’acuité des émotions, la mémoire, oui, encore, la façon d’imprimer sa propre mémoire. Et je pense qu’il l’avait senti, ce jour-là, je ne sais pas à quels signes, ce détachement involontaire, cette façon de glisser sur la vie, à la surface de la mienne, et qu’il m’avait donné une petite réplique federmanienne comme un pinçon en espérant une répercussion. (Lui, quand toute sa famille a disparu, lorsqu’il avait 14 ans, en une fraction de seconde, après le « chut » de sa mère qui l’a caché dans le cabinet de débarras, lorsque ses parents et ses sœurs se sont brutalement transformés en « X-X-X-X », il n’avait pas eu le temps de s’y préparer, pas pensé l’impensable de cette disparition.) Le puit était profond, mais l’écho a finalement eu lieu. Plof. Voilà, je me mets à faire des détours « alla Federmane ». Mais j’ai une excuse, je suis en immersion dans son écriture depuis plusieurs semaines – et je suis moi-même assez digressive de nature. Hier soir, j’ai ensuite raccompagné Raymond à son hôtel en taxi avant de rentrer chez moi. Quand il est sorti de la voiture, le chauffeur m’a demandé si c’était mon père. Je lui ai répondu que non, que c’était un auteur que j’allais publier en mars. Et là, j’ai eu droit à un entretien d’une demi-heure digne de Livres-Hebdo sur le monde du livre et de l’édition. Avec des questions pertinentes, généreuses. Là encore, un moment étonnant. Je vous assure, quand on subit l’indigence de nombre de supports de communication dits journalistiques (« tous ? non ! un village d’irréductibles… »), c’était une rencontre de haut vol. L’intelligence de ce monsieur me faisait penser à celle de ma mère (qui était autodidacte), avec une puissante faculté d’analyse, une grande écoute de l’autre, ne s’appuyant pas sur des références plus ou moins lointaines ou tirées par les cheveux, mais focalisée sur l’interlocuteur, sa logique, et la marche du monde. Voilà, il y a des jours comme ça – heureusement – radieux. Et j’ai bien l’intention (programme, destin) de mâchonner – ce que je fais déjà mais avec plus d’intensité, moins de gâchis en angoisses vaines – disons que c’est une « bonne résolution », on est encore au temps des « bonnes résolutions », pour les années à venir, et je vous propose de la partager – tous les instants de vie qui me tomberont sous la dent, frénétiquement. C’est ce que j’ai trouvé de mieux – avec l’écriture et la musique, mais c’est synonyme, inutile de préciser – pour honorer mes morts, aimer mes vivants et envoyer se faire foutre très loin de mon atmosphère (Raymond, dans CHUT, cite une insulte yiddish : « va te faire enterrer avec un oignon dans le cul », je l'adopte !) les fâcheux qui nous entourent.

Auguri !