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dimanche, novembre 02, 2008

Tour Cortina

Et puis sur une invitation de François Bon, il s’agissait d’« écrire la ville » ou plutôt d’en parler, lundi dernier.
J’étais ravie et terrorisée. Ravie de réaliser un entretien avec François (même sur la crème au chocolat Mont Blanc ou la différence entre une perceuse à percussion et une perceuse magnétique, ça m’aurait fait plaisir) et terrorisée car, que dire sur la ville du point de vue de l’écriture ou plus exactement de mon écriture ? Elle n’est pas un personnage très présent dans mes quelques livres.

En même temps, c’était vraiment étrange de se retrouver là, au 18e étage de l’une des tours de la BNF puisque quand je suis arrivée à Paris en 1995, c’était mon paysage quotidien : je vivais au 34e étage d’une tour des Olympiades, toute proche. Et de là-haut, la ville s’étendait comme un paysage doux avec un ciel immense qui me rappelait la mer. Les orages étaient en cinémascope et on entendait les oiseaux. J’en arrivais presque à aimer Noël ; de mes hauteurs, j’adorais compter les sapins clignotants, le soir. J’aurais pu tranquillement m’adonner au voyeurisme mais cela n’a jamais été dans ma nature – hélas ! quelle matière à romans ! D’autres voisins étaient plus équipés, on devinait des télescopes tout contre les fenêtres, pas vraiment dirigés vers le ciel. Alors, j’étais modèle. Ou objet de roman. Côté chambre, on voyait le cinquième arrondissement, jusqu’à Montmartre et au-delà – mais à l'époque, je n'identifiais facilement que Montmartre, Notre-Dame, Beaubourg... J’ai mis beaucoup de temps à comprendre pourquoi les bâtiments s’éclairaient tout à coup terriblement, successivement – les péniches ! Le chat, quant à lui, n’a jamais compris d’où il pouvait bien voir des êtres humains de la taille de fourmis. Il est vite retourné dans ses zones méditerranéennes avant de sombrer en dépression. En se penchant de la fenêtre de la chambre et en regardant en direction de la tour Helsinki (la tour de luxe aux appartements cinq pièces), on pouvait voir la Tour Eiffel mais on n’aimait guère que je me penche. Pourtant, j’ai toujours aimé regarder la Tour Eiffel. Côté salon et cuisine, c’était le XIIIe asiatique (Tang Frères en à-pic) et la banlieue, avec cette cheminée crachant en permanence une fumée blanche. Après avoir regardé pendant trois ans cette zone « Très Grande Bibliothèque » en construction, voilà qu’à présent, je cherchais la fenêtre de mon ancien appartement en ayant à parler de la ville avec laquelle j’entretiens des rapports ambivalents. À Bastia, je me définissais radicalement comme citadine – ou plutôt bastiaise, ce qui là-bas veut tout dire (une ajaccienne n’étant pas une bastiaise). J’aimais la plage, qui n’exclut pas la ville, mais la campagne m’emmerdait copieusement, rien de pire que ces interminables balades dans le maquis, la castagniccia. Je finissais toujours par me paumer et appeler mon père au secours en me retrouvant nez-à-nez avec une laie rose et noire au grognement vindicatif. En plus, je détestais l’odeur des séchoir à châtaignes qui imprégnait les cheveux et la soupe paysanne au goût très prononcé à finir absolument si on voulait espérer se lever de table ; étant astigmate, j’étais très mauvaise ramasseuse de champignons, il n’y avait guère que les oronges que je repérais à peu près – un œuf à la coque surgissant entre des feuilles de châtaigniers, ça se remarque – et comme il n’y en avait pas tant que ça… Bref, citadine. Et à présent, après 2008 – 1995 = oula, déjà 13 ans à Paris, je sature un peu de l’urbanité capitale quotidienne. J’aime Paris parce que c’est beau Paris. J’aime Paris parce que dans le quartier où j’habite, je me sens en Afrique et que c’est très agréable – le patron de café qui me sert chaleureusement la main, les passants du marché Château Rouge qui se précipitent pour m'aider à ramasser mes fruits échappés d’un sac en plastic éventré… – pourvu que ça dure en ces temps obscures de sarkozysme. J’aime Paris parce que ben depuis 13 ans, j’y ai la quasi totalité de mes amis. J’aime Paris parce qu’il s’y passe beaucoup de choses artistiques. Mais le bruit permanent, les parisiens (vous savez, ceux qu’ « il vaut mieux avoir en journal »), la pollution qui me met le cuir chevelu en sang 360 jours sur 365, le temps pourri (parisien, c’est un synonyme), le coût de la vie (5 euros – ça fait quand même dans les 32 francs, je mangeais bien, pour ce prix-là, en 1995 – une pauv’ binouse de fin de cuve, ah ! ah ! ah !), la foule permanente, l’attente permanente, l’impolitesse permanente, l’absence de citoyenneté permanente… Bref, j’aime Paris comme après 13 ans de mariage. J’aurais du mal à m’en passer mais je ne survis qu’en lui faisant des infidélités de temps à autres.

Évidemment, on s’en doute, l’entretien n’a pas porté uniquement sur la ville. Beaucoup sur le processus d’écriture. Et j’aime toujours ce genre de moment unique qui permet de formuler des choses qu’on n’avait jamais formulées ainsi auparavant. C'est un cadeau inestimable.

J’aurais bien aimé être petite souris ou mulot, tiens – remarquez, dans une tour de la Très Grande Bibliothèque, mon espérance de vie aurait sans doute été très courte – pour pouvoir assister à tous les autres entretiens. Mais j’étais détendue comme un lundi avec des documents Excell à remplir pour notre diffuseur – ce qui me fait à peu près le même effet capillaire que la pollution.

Photo : François Bon.

mardi, mai 13, 2008

Norma Ramón

Après l’excellent Volume, Orion Scohy nous livre un tout aussi intriguant Norma Ramón qui va plus loin encore du côté de l’absurde avec une certains évolution de l’écriture… entretien !


L.L. : Par rapport à Volume, je décèle dans Norma Ramón un changement stylistique. J’ai l’impression que la notion d’absurde – que ne renierait pas le pigeon malfaisant de ton premier livre – va croissant. C’est vrai ou j’ai trop abusé de la caipirinha au Brésil ? Si mon taux d’alcoolémie résiduelle n’est pas en cause : pourquoi ?

O.S. : Tout d’abord, si l’on a la chance de passer par le Brésil, c’est plutôt le fait de ne pas boire assez de caipirinhas qui consisterait un abus, à mon avis.
Dans Volume, mon premier roman, j’avais voulu multiplier les styles, les références, les strates. J’avais la naïve ambition, sans me départir toutefois de mon fidèle scepticisme, de fabriquer quelque chose de total, n’ayant pas encore prévu d’écrire autre chose après ça. Et puis c’était un premier livre. Après sa parution, mes tentatives d’écriture se sont toutes avérées assez décevantes, jusqu’à ce que me vienne l’idée d’un projet peut-être plus vaste encore. Or, comprenant que cela me prendrait pas mal de temps et me révélant assez impatient de publier quelque chose de plus court et de plus léger en guise de transition ou d’intermède, je me suis lancé dans NR. Mais le contenu du livre n’était absolument pas prémédité, je l’ai rédigé assez vite, une idée en entraînant une autre, sans réfléchir ou presque. Même s’il ne s’agit tout de même pas d’écriture automatique à proprement parler, c’est notamment cette façon de travailler qui peut expliquer la présence importante de la notion d’absurde dont tu parles, les références au surréalisme et à Dada, la récurrence de l’eau, des rêves – l’imagination de la matière.


L.L. : Tout comme Volume, Norma Ramón tisse des rapports étroits avec des intertextes, l’un, ici, tout particulièrement, Je m’appelle Jeanne Mass (et je suis videur au Coconut café) de Thomas Lélu. Là, je ne peux pas accuser la cachaça, c’est très explicite dans le texte puisque tu y nommes l’auteur à plusieurs reprises. Pourquoi passer de références classiques, tout du moins, faisant partie du patrimoine littéraire dans Volume à un livre paru très récemment ? Quelle est la fonction de cet intertexte omniprésent aussi bien dans l’absurdité des situations que dans le style ?

O.S. : Juste avant « Lélu », il est question de « l’Élu », dans le livre. C’est l’homophonie, toujours dans ce contexte d’écriture semi-automatique, qui m’a d’abord conduit à citer cet auteur – promis juré. Volume avait à sa sortie eu droit à un petit article dans Art Press, lequel jouxtait un autre petit article concernant Je m’appelle Jeanne Mass. L’auteur de ces deux critiques (un dénommé Jacques Leuil dont le patronyme a tendance à me laisser rêveur), comparait les deux livres, notamment en raison de leur « postmodernisme » commun et par ce que cela comportait selon lui de positif (inventivité parodique, ironie) comme de négatif (vacuité/vanité, distanciation excessive). J’avais déjà entendu parler de Thomas Lélu et de son roman, et j’avais très envie de le lire. Je ne l’ai cependant toujours pas fait. J’ai maintenu la référence explicite à cet auteur pour ces raisons, et aussi parce qu’alors elle me permettait de renforcer l’un des fils rouges de NR, à savoir le jeu parodique vis-à-vis de l’autofiction, ou du moins vis-à-vis de l’utilisation contemporaine que l’on a cette notion (d’où aussi l’évocation du name dropping et la présence d’un personnage romanesque nommé Christine Angot...)

Je sais par ailleurs qu’un des personnage de Je m’appelle Jeanne Mass se nomme Derrick et qu’il est question de la série allemande du même nom dans NR. C’est une pure coïncidence : il se trouve qu’étant sous-titreur Télétexte, je m’en suis coltiné un paquet d’épisodes, que j’ai du mal à m’en remettre et que cela est ressorti, toujours presque inconsciemment, en écrivant.
Je connais aujourd’hui un peu mieux le travail de Lélu, notamment ses photographies, et je prévois toujours de lire Je m’appelle Jeanne Mass très bientôt. Juré promis.


L.L. : Ton écriture met en place un jeu permanent sur les lieux communs et autres topoï littéraires, de façon assez agressive, parfois, quant au ronron narratif classique. Peut-on dire – en tant que non-philosophe – que tu construis une espèce de dialectique romanesque : élaboration d’un roman + déconstruction de ce même roman = roman d’Orion Scohy ?
Quel est ton rapport à cette forme romanesque au sein de laquelle tu développes tes livres ?

O.S. : Tu as raison mais, en fait, cette question de dialectique ne m’est pas propre : elle est propre au roman. Car si l’on considère, à juste titre, que le roman moderne est né avec Rabelais et Cervantès, on peut voir que, dès le début, sa déconstruction est corrélative à son élaboration. C’est-à-dire que la simple narration en prose d’une histoire ne suffit pas à faire un roman : par nature, celui-ci comporte sa propre critique, il se met lui-même en abyme, interroge son artificialité, met l’ironie – le questionnement – en avant, il ne reste pas en place. C’est bien après son apparition que les codes se sont figés, qu’on a voulu faire croire au lecteur que l’objet d’art complexe qu’il avait entre les mains n’était qu’un simple générateur de catharsis. L’émotion directe, le divertissement, l’identification aux personnages ou le bovarysme sont devenus les maîtres mots. Les traîtres mots, plutôt. Bien sûr, les exceptions sont nombreuses, mais c’est tout de même la tendance générale qui se dégage depuis le XIXe siècle (pourtant même Balzac, l’inventeur du fameux « roman balzacien » qui continue de constituer le modèle actuel, n’était pas dépourvu d’ironie et d’inventivité). Pour moi, le roman est par nature polymorphe, mouvant, et donc expérimental. Si j’opte pour la matière romanesque plutôt que pour la poésie, c’est peut-être parce que, comme tout le monde, j’aime aussi me laisser conter des histoires, j’aime être diverti, m’identifier aux personnages, j’aime ce pacte de lecture qui repose sur le mensonge – à condition justement de laisser au lecteur la possibilité de prendre la distance, de lui laisser déceler les ficelles ou du moins des bouts de ficelle, de dévoiler de temps à autre des facettes de l’artifice, de ne pas lui faire prendre des vessies pour des lanternes et la fiction pour un quelconque défouloir émotionnel ou placebo artistico-psychique. La narration, quand elle est dotée de cette conscience et de cette réflexivité-là, peut alors devenir un formidable outil de subversion. J’ai toujours du mal à comprendre pourquoi après Flaubert, Nabokov, le Nouveau Roman, l’Oulipo, Queneau et tous les autres, la norme romanesque reste celle que l’on nous inflige. Mais d’aucuns me rétorqueront : « C’est normal, Raymond. »


L.L. : Norma Ramón s’affirme explicitement – c’est même l’héroïne éponyme qui l’énonce – comme la représentation d’un roman. Peut-on dire que tes créations typographiques participent de cette spécularité ? Comment les envisages-tu ? Quelle fonction ont-elles ?

O.S. : Oui, les questions du double, du miroir, du spéculaire et du reflet reviennent fréquemment dans mon travail. Ce sont au fond des thèmes très classiques. Cela permet évidemment de laisser des indices insistants quant au côté faux, fictif, de l’œuvre. Et bien sûr, tous les passages graphiques et visuels vont dans ce sens. Cela casse la linéarité du fil romanesque et introduit de la poésie, de l’image et de la verticalité dans l’horizontalité de la prose romanesque. Rien n’empêche le roman d’être plastique, lui aussi. Au contraire. Par son extrême malléabilité, il est le meilleur moyen de m’aider à approcher la sculpture, moi qui ne sais rien faire de mes mains (à part utiliser des couverts (pour les planter bienveillamment dans la joue de mon voisin de table). Je crois savoir que mes livres trouvent un écho chez des plasticiens – on ne s’étonnera donc pas de me voir travailler avec certains d’entre eux et multiplier les références à l’art contemporain (principalement, dans NR, à Duchamp, Broodthaers, Abdi).


L.L. : En parlant d’héroïne éponyme, on peut dire qu’elle n’est pas très présente, la Norma Ramón, même si elle est un personnage clef – puisque la femme aimée du personnage narrateur, c’est un sacré statut, tout de même. Peut-on dire que ce manque participe également de ton entreprise de renversement des codes narratifs traditionnels ?

O.S. : Oui.


L.L. : Et d’ailleurs, c’est quoi, la suite ? Tu sais déjà ?

O.S. : Tout d’abord, comme je regrette d’avoir trop brièvement répondu à la question précédente, voici quelques précisions… Très vite, en écrivant NR, j’avais prévu d’intituler le livre Ceci n’est pas un roman. Une brève recherche sur Goûgueul m’a appris que ce titre était déjà pris, comme je m’y attendais un peu. C’est alors en lui cherchant un remplaçant, et en jouant à un subtil jeu d’anagrammes à la portée d’un marcassin prématuré que je suis tombé sur Norma Ramón. (Je rechigne généralement à livrer ce genre d’informations, mais j’ai conscience que tout le monde n’a pas le réflexe de jouer aux anagrammes ni spontanément envie de faire l’effort de décrypter ce qui me sert de cerveau débile.) Ainsi est né le personnage, roman au carré mais pas tout à fait, moins absent qu’un automne à Pékin puisqu’il apparaît deux ou trois fois et de façon presque identique – et cela venait renforcer la thématique du dédoublement, de la spécularitéétiralucéps, etc. Bref, cela collait assez bien, quoique avec un soupçon de hasard – ce qui était parfait car je déteste qu’un plan se déroule sans raccrocs. Ainsi, le livre s’est fait presque tout seul : c’est en cherchant un titre qu’a été créé le personnage supposé principal, lequel, grâce à son nom et par ricochet, m’a donné l’idée de la fin du livre. En fait, le personnage principal, c’est le (ou les) point(s) de coïncidence entre l’objet que le lecteur tient entre les mains et l’idée mentale qu’il se fait du roman qu’il est en train de lire ; ou entre l’art et l’amour/désir de l’art. Ou bien c’est autre chose. Tout cela est très clair, je n’en doute pas.

Concernant mes projets, je préfère ne rien en dire, pas par superstition mais parce que je me réserve la liberté de changer d’avis ou de direction dans la seconde qui suit.


Orion Scohy, Norma Ramón, POL, en librairie depuis le 2 mai 2008.

samedi, mai 10, 2008

Augusto de Campos : littérature & Internet

Dans TV Cronòpios, le dernier entretien est réalisé avec Augusto de Campos (par Edson Cruz, avec Pipol à la caméra). Cronòpios a en effet consacré le quatrième numéro de sa revue en ligne, Mnemozine - que je vous conseille vivement de consulter, elle est remarquable ! - à ce poète brésilien très important. Vous pouvez notamment y voir quelques poèmes visuels créés à partir de technologies numériques. Et de très nombreux articles, entretiens, extensions audio et vidéo...

Pour résumer le propos de la vidéo ci-dessus (l'image n'est qu'une capture d'écran, il faut aller ici pour la voir), Augusto de Campos parle de l'importance d'Internet et de l'ordinateur dans sa création. Pour lui, le rapport à la machine est devenu indispensable. Et Internet est le seul espace qui reste réellement ouvert à la poésie - puisque les espaces d'édition papier connaissent des difficultés économiques. Il ajoute qu'Internet est devenu incontournable pour la visibilité de la poésie (il cite Cronòpios et Erratica) dans la mesure où les supports papiers n'ont plus la possibilité de la chroniquer et se dédient presque exclusivement aux best-sellers. Dans la grande mare de communication qu'est Internet, on trouve des niches artistiques exceptionnelles. Et pour sa part, il dit fréquenter moins les librairies car il trouve davantage d'informations internationales sur Internet. Mais il précise que le livre reste un objet unique, qu'il a des avantages, par exemple, il n'est pas sujet à la cruauté des mises à jour. C'est un objet intime, avec une matérialité intrinsèque, unique. Un support n'en élimine pas un autre. Augusto de Campos parle de complémentarité de ces deux supports, Internet, et le livre papier, particulièrement en littérature.

mardi, avril 22, 2008

Guaìba


À Porto Alegre depuis quelques jours, je déguste l’automne brésilien, rencontre des personnes rares et réponds aux questions d’Alfredo Aquino, peintre et écrivain du Rio Grande do Sul, pour son blog Ardo Tempo (également repris sur VerdesTrigos). Ce soir, une rencontre dans une librairie du quartier Bom Fim, la Palavraria, avec Emmanuel Tugny et lui. J'ai un peu honte de baragouiner un sabir d'espagnol mâtiné d'italien en guise de portugais... Heureusement, je pourrai parler ma langue.

Difficile pour un insulaire français d’imaginer les contours de l’immense Guaiba...


ArdoTempo: Laure Limongi, você é bastante atuante e envolvida com a produção literária contemporânea, como autora e como editora. O que você pode dizer sobre o cenário atual francês, sobre os autores e sobre o público para estes novos livros?

En France, on ne cesse de dire que la littérature et l’édition vont mal. Économiquement, ce n’est pas faux. Mais ce que j’observe surtout, étant, comme vous l’avez dit, acteur et ouvrier littéraire, c’est l’énergie et la diversité des publications. De nombreux jeunes auteurs développent une œuvre audacieuse. Pour n’en citer que quelques uns, je pense à Céline Minard, Emmanuel Tugny, Emmanuel Rabu, Claro, Daniel Foucard, Nathalie Quintane, Olivia Rosenthal... Des éditeurs et des collections œuvrent à défendre leurs textes : POL, la collection Fiction & cie, au Seuil, Quidam éditeur, Allia, Verticales, L’Olivier, ma collection, Laureli, aux Éditions Léo Scheer... Le public de cette littérature dite “exigeante” – c’est le terme qu’on emploie pour désigner une simple démarche formelle... – n’est certes pas extensible mais il est passionné et suit de près les publications. L’univers des blogs littéraire œuvre beaucoup à la communication de ces livres-là. Les libraires, également, sont un soutien fondamental : les libraires indépendants, tout particulièrement, luttent de toutes leurs forces contre la consommation littéraire obligée des “block-busters” et organisent de nombreuses lectures et rencontres avec les auteurs pour les faire connaître aux lecteurs.


Como se desenvolve a linguagem contemporânea, e se o público reage positivamente a isso?

De multiples manières ! C’est un manteau d’Alequin aux diverses couleurs, il est impossible de vous en donner une description exhaustive...

On pourrait parler de la poésie contemporaine, tout particulièrement de la poésie sonore et “action” qui sort le poème de la page pour le “jouer”, le “performer” devant un public. Je pense à Bernard Heidsieck, Anne-James Chaton, Thomas Braichet... On voit donc que le souci de la réception, le refus de l’élitisme est, dans cette pratique, très important.

Du côté du roman, également de nombreux courants. Céline Minard, dont j’ai parlé, se frotte à des formes longues et épiques qui suscitent un réel plaisir de lecture. Il en est de même pour Emmanuel Tugny, qui mêle à la fois culture savante, efficacité narrative et humour omniprésent – notamment dans Mademoiselle de Biche, Corbière le crevant... Emmanuel Rabu, quant à lui, dans son dernier livre Tryphon Tournesol & Isidore Isou, intrique référence sérieuse et expérimentale (Isidore Isou, le père du mouvement Lettriste) et culture populaire (la bande dessinée de Hergé). Daniel Foucard, dans son dernier livre, CIVIL, mime le langage des policiers pour proposer une réflexion sur la notion de droit.

Il ne s’agit donc pas de rebuter le lecteur, bien au contraire, et celui-ci en est conscient. Qui dit recherche formelle dit évidemment volonté de se laisser déstabiliser et entraîner dans un univers inédit. Mais c’est, pour moi, la définition de la lecture. Nous avons assez de l’industrie agro-alimentaire pour nos livrer des produits standardisés.


Seu romance Fonction Elvis, apresenta uma linguagem muito inovadora, uma seqüência dinâmica e frenética de links, em capítulos muito curtos, em fade-in e fade-out, que vão construindo uma história caleidoscópica como num mosaico em progresso, mas algo giratória, circular, que sempre vai rodando sobre um mesmo ponto… O que você pode falar sobre a construção dessa nova linguagem?

La forme s’est imposée d’elle-même. Je voulais “assécher” la figure pléthorique et dégoulinante d’Elvis. M’attaquer à ce colosse d’une traite, traversant sa vie à toutes pompes. D’où la concision du texte. J’ai aussi songé à une écriture musicale à travers le rythme et la reprise de motifs. C’est un élément essentiel de mon écriture, l’intrication de la musique au langage. Il en était de même, avec une forme différente, dans mon livre : Je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il s’appelle Jacques.


E sobre o tema (ELVIS), como e porque você o escolheu?

Je précise que je n’étais pas fan d’Elvis et que je connaissais peu ses chansons, mis à part les tubes qui passent de temps à autres à la radio. Ce qui m’a intéressée, c’est Elvis en tant que héros tragique, un héros tragique littéraire idéal. C’est pour ça que j’évoque Jessie Garon Presley, le frère jumeau d’Elvis mort-né, sa part d’ombre. Son double. Et puis sa figure warholienne, le fait qu’il incarne l’avénement du rock et de la reproductibilité de l’image. La réduction de l’individu à l’image.

Le projet de départ était un diptyque : Fonction Elvis/Dimension Gould. Deux figures apparemment opposées, donc, le roi du rock et un pianiste classique, Glenn Gould, ayant complètement révolutionné l’interprétation et les techniques d’enregistrement. Une star pour midinette finalement très mélancoliques, un pianiste à queue de pie extrêmement facétieux et loufoque. Ce sera un diptyque un peu tardif, Dimension Gould est en cours d’écriture.


Além de editora e escritora você também é música e cantora, participando de um grupo de rock contemporâneo francês, o que você tem a contar sobre isso?

J’ai la chance, en effet, d’être membre du groupe Molypop qui compte également Emmanuel Tugny, Jacques El, Yann Linaar, Christophe Boissière, Otavio Moura et d’autres musiciens, selon les projets. Grâce à l’invitation des membres du groupe, j’ai donc pu me replonger dans l’univers musical – j’étais pianiste classique et chanteuse, plus jeune – ce qui me manquait terriblement. L’écriture est un exercice solitaire. Il se passe des choses extraordinaires, du point de vue de la création, lorsqu’on travaille en groupe. La dimension de plaisir et de partage est intense. Et puis le médium musical permet de toucher différemment le public. Je dirai, et c’est heureux, qu’il est moins complexé que la littérature. Les émotions mises en œuvre par la musique sont une des composantes essentielles de la vie, pour moi. Molypop va sortir son premier album, Sous la barque (quand on creuse) très prochainement. Nous travaillons actuellement au deuxième. Je précise également que sortira le 5 mai un livre/disque (CD), le RALBUM (chez Laureli/Léo Scheer) avec notamment des participations de membres du groupe.


No cenário histórico e cultural de seu país que sempre influenciou com intensidade a cultura ocidental há mais de 250 anos, aparentemente pela primeira vez está ali colocado um presidente que não se importa tanto com isso, que faz questão de não falar de cultura e de passar ao largo dos assuntos culturais, muito mais voltado a um imediatismo mediático, a uma frivolidade de modelo mais "norte-americano", como você analisa essa novidade junto ao cenário cultural no qual você está imersa em sua múltiplas atividades?

Je l’analyse comme une catastrophe totale pour la culture et j’en suis très attristée, blessée même. Avec une nuance de honte, également. En colère que les forces de gauche n’ait pas la force et l’unité de défendre les valeurs de notre pays.

La politique actuelle œuvre à une simplification arasante de la culture avec force paroles démagogiques. Il est question de ne laisser subsister que les œuvres plébiscitées par le public, donc, de faire disparaître la diversité de la création. Il en est de même du côté de l’éducation. Mais, j’en suis convaincue, la France est un peuple têtu, exalté, qui finira bien par faire cesser cette pente délétère. J’ai confiance en la gauche, en les Français pour respecter notre héritage et le perpétuer, en l’enrichissant. Jamais nous ne baisserons les bras.








Première étape brésilienne à Porto Alegre, donc, et plus exactement à la Palavraria, une librairie-café du quartier Bom Fim (Rua Vasco da Gama, 165). C’était une rencontre bilingue modérée par Alfredo Aquino et Emmanuel Tugny sur mon parcours, mes livres, la situation littéraire en France…
Chose rare, presque toutes les personnes du public ont réagi, posé des questions… un moment magique dont je me souviendrai toutes les fois où je me sentirai Don Quichotte contre les moulins. J'y ai même rencontré un "cousin" Limongi...