jeudi, décembre 07, 2006

Répétez après moi



Robots après tout est un album qui divise les kateriniens.

Il y a les kateriniens de toujours – dont je suis – qui adoooooorent.
Il y a les kateriniens déçus, ceux qui préféraient la veine bossa et déplorent les influences électroniques – pourtant l’esprit est le même de « Je vous emmerde » à « 100% VIP », ou de « Poulet n°728120 » au « Train de 19h »…
Et puis évidemment, il y a les néokateriniens – c’est, finalement, l’avantage du système médiatique. L’écume starac’ se répand toujours très loin.

Robots après tout est un album essentiel de ces dernières années dans la mesure où il constitue une spectacularisation critique de l’époque tout en s’y insinuant à pas feutrés aux talons pailletés. Critique dans le sens de « miroir », pas de « condamnation ». La posture de supériorité parfois mimée par Philippe Katerine dans une excess conviviality drôle et geignarde, froissée (« Patati patata »), dégonfle les effets en les assénant au sein d’un monde qui n’est jamais manichéen. Ici les « robots » portent des sous-pulls roses, la seule blonde de l’album n’est autre que… Marine Le Pen (Aaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhh), le réel est prégnant, bruissant (« Numéros »), parfois collant et lourd (« Borderline »…)

La mélancolie à l’œuvre dans les albums précédents n’a pas disparue, au contraire. On retrouve bien l’anti-héros Katerine, le poète qui emmerde la poésie et qui nous emmerde… en s’emmerdant. Les inflexions demeurent, les couleurs. Déjà des sous-pulls dans les Mauvaises Fréquentations ; la manie des titres-dates (dès L’Éducation anglaise : « 21 mai 1993 »), un rapport toujours plus ou moins problématique aux femmes-passantes.

Philippe Katerine pense un présent à habiter, à faire grincer avec jolies couleurs pastels à travers une inscription temporelle tenant compte du passé (les souvenirs, l’ancrage temporel : « Le 20.04.2005 ») tout en imaginant une projection future, comme dans la chanson « 78.2008 » (le topos « quand on aura 20 ans » heureusement revisité…)

L’« après tout » polysémique de Katerine est à la fois un constat dandy, détaché mais aussi une simple locution consciente d’appartenir à une diérèse qu’on ne fait pas que traverser mais qu’on incarne à travers une histoire personnelle concurrençant l’Histoire armée d’un grand H (« 11 septembre »).

D’où la posture d’énonciation d’ « Après moi » (cf. vidéo ci-dessus) qui, certes, provoque mais surtout stigmatise les réflexes du discours – robotisés – ce qui est renforcé par la structure karaoké de l’ensemble (la répétition dirigée, mot par mot) :

« Répétez après moi : “On n’a rien compris au film” = “On n’a rien compris au film”
(…)
Répète après nous : “T’as rien compris au film” : “T’as rien compris au film” … »

Le « je » ne s’approprie pas le discours qu’on tente de lui attribuer. Il se joue toujours de ce qui l’inclut, constate l’incommunicabilité foncière de tout échange (« Qu’est-ce qu’il a dit ? ») et observe les phénomènes collectifs (comme dans « Louxor j’adore »). Il est inattendu (« Excuse-moi »), s’échappe, déplace les horizons et les attentes…

4 commentaires:

Kill Me Sarah a dit…

Ma fille (8 ans) adore ce disque (même si je n'insiste pas particulièrement sur la face où l'on trouve Excuse moi...). Et à la réflexion ce n'est pas si surprenant que ça. Quelque part, du moins certaines chansons (Répetez après moi, Etres humains, Bordeline), c'est un disque enfantin dans son sens de la répétition.

rougelarsenrose a dit…

… oui, bien sûr, mais pas seulement, je crois. D’autant plus que, ainsi que vous l’avez souligné, les thématiques de ce disque sont très « adultes », voire générationnelles, fonctionnant sur des clichés d'époque.
La question de la répétition en elle-même est assez épineuse. Peut-on dire que la répétition selon Gertrude Stein (« a rose is a rose is a rose »), en poésie en général ou certaines expériences musicales répétitives soient enfantines ? Élémentaires, mobilisant des réflexes d’écoute hypnotiques voire mémoriels mais pas seulement du domaine de l’enfance, selon moi.
En tout cas, je trouve génial d’écouter et d’adorer Katerine à 8 ans !

déborah t a dit…

grand disque
enfantin, sans doute parce qu’il mime quelque chose de la comptine et qu’il ait dépourvu de l’ornementation de certains de ses disques précédents (ce qui en fait l’album le plus proche des mariages chinois — les deux meilleurs disques de katerine, à mon avis)

mais peut-être pas dans "son sens de la répétition"
… steve reich, beckett, riley, ikeda, gherasim luca, heidsieck, la team kompakt (wassermann, superpitcher, michael mayer…), toute une partie de l’écriture poétique actuelle (fiat, pennequin, chaton, courtoux, espitallier…), de la techno, etc., la répétition — aussi — comme la mise en avant du rythme dans la musique occidentale (et la poésie) au vingtième siècle (& +) / la reconsidération d'un élément fondamental de la composition

Kill Me Sarah a dit…

J'aurais dû mettre des guillemets à "enfantin" (dont acte). Vous vous doutez bien que ma fille n'en est pas à des analyses de ce style. Il y a des disques qu'elle aime et qu'elle réclame parfois, et d'autres que je lui fait écouter et qui ne suscite aucune réaction.
Très clairement, ma fille semble être sensible à la mélodie (elle aime les Beatles et Blur)(ou alors elle est très brit-pop).
Je disais "enfantin" (sans oublier les guillemets cette fois), puisque musicalement, comme pour les textes, il y a une certaine "simplicité" dans ce disque au premier abord (et les enfants vont difficilement au delà), voire une certaine naïveté rêveuse (malgré l'ironie et le cynisme de certains textes). Je pense que c'est cela qui fait que ma fille aime ce disque.

(je ne suis pas certain d'avoir été très clair...)