dimanche, février 15, 2009

La ville s'endormait



La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom
Sur le fleuve en amont
Un coin de ciel brûlait
La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom

Et la nuit peu à peu
Et le temps arrêté
Et mon cheval boueux
Et mon corps fatigué
Et la nuit bleu à bleu
Et l’eau d’une fontaine
Et quelques cris de haine
Versés par quelques vieux
Sur de plus vieilles qu’eux
Dont le corps s’ensommeille

La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom
Sur le fleuve en amont
Un coin de ciel brûlait
La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom

Et mon cheval qui boit
Et moi qui le regarde
Et ma soif qui prend garde
Qu’elle ne se voie pas
Et la fontaine chante
Et la fatigue plante
Son couteau dans mes reins
Et je fais celui-là
Qui est son souverain
On m’attend quelque part
Comme on attend le roi
Mais on ne m’attend point
Je sais depuis déjà
Que l’on meurt de hasard
En allongeant le pas

La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom
Sur le fleuve en amont
Un coin de ciel brûlait
La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom

Il est vrai que parfois
Près du soir les oiseaux
Ressemblent à des vagues
Et les vagues aux oiseaux
Et les hommes aux rires
Et les rires aux sanglots
Il est vrai que souvent
La mer se désenchante
Je veux dire en cela
Qu’elle chante d’autres chants
Que ceux que la mer chante
Dans les livres d’enfants

...


Jacques Brel, Les Marquises

1 commentaire:

François-Xavier Renucci. a dit…

Je connais bien cette chanson, et l'album en entier auquel elle appartient ; cela fait plaisir de la voir ainsi revenir. J'écoutais cet album, dans le sillage de l'écoute parentale, à Ajaccio, devant le golfe. Et le ciel avec nuages bleus de la pochette du 33 tours est un de mes paysages intimes. J'ai la diction de Brel dans la tête, qui interrompt la suite monotone des vers. Et je ne comprenais pas qu'il s'en prenne ainsi en général aux "femmes" (mais vous ne citez pas le texte de la chanson en entier !), et j'étais ensuite surpris de voir arriver cette jeune fille "demoiselle inconnue" à la toute fin.
L'enroulement des vers autour d'une phrase à la syntaxe et au vocabulaire tous prosaïques ("je veux dire en cela" "qu'elle... que ceux que...), un peu comme dans "Orly" ("Je veux dire "tous les deux" / Tout à l'heure c'était lui / Lorsque je disais "il"). Ces exemples me transportent d'aise.
J'ai souvent pensé à un travail (multimédia) autour de cet album de Brel ; un jour...

François Renucci