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samedi, février 07, 2009

Le Travail de rivière #8



Lecture/concert d'extraits du Travail de rivière au Musée de Chaumont.
Texte, lecture : bibi.
Improvisation musicale : Olivier Mellano.
Captation vidéo : Maïwenn Grall.

mercredi, février 04, 2009

Le Travail de rivière #7

« Pour construire cette exposition, j’ai procédé par fouille archéologique de ma propre mémoire.

À la manière du chercheur d’or dans la rivière, j’ai opéré un travail de tamisage et de raffinage qui a distingué une galaxie d’œuvres toutes irréductibles à une lecture unique, porteuses d’une “légende”, questionnant la genèse des formes, la genèse de l’humanité. Le choix d’œuvres anciennes (1920, 1967…) et plus récentes met en avant ma fascination pour les formes fortes, simples et premières, “matériologiques”. Mais il ne s’agit pas d’un exposé des méthodes, car l’art reste avant tout un croisement de signes.

A-chronologique, cette proposition met en avant un intérêt pour les constructions humaines, les objets sourds, les œuvres reliques, un goût pour les vestiges. Ces œuvres ont une relation forte au temps et à la finitude, à l’origine et à l’éternité, nous ramenant au mystère et à l’énergie de la création des artistes. Elles disent le temps, milieu naturel de l’art, qui boucle sur lui-même, au sens où certaines formes du passé persistent, survivent au présent, demeurent et traversent les siècles vers le futur : le mythe de “l’éternel retour”.

Les œuvres exposées sont d’argile (mémoire de la forme), de graphite (le carbone offre l’élément de la plus ténue différence entre l’ordre animal, l’ordre végétal et l’ordre minéral), de silex taillé (depuis plusieurs centaines de milliers d’années), de plomb (saturne, astre fatal, maître du plomb et de la mélancolie), de poussière (poudre, particules de matière), de verre, de sable, de cristaux, de corail, d’ambre, de papier, de coquillage, d’encre. Autant de matières fondamentales et élémentaires, qui forment “la substantifique moelle” du répertoire naturel, des substances les plus brutes aux plus précieuses. C’est aussi pour le spectateur faire une expérience actuelle et sensible d’une origine perdue, qu’elle soit réelle, fantasmée ou inventée.

Le Travail de rivière revisite ses classiques en même temps qu’elle actualise des relevés naturalistes comme les empreintes, les fossiles ou les prélèvements géologiques, tout en collectant les traces ethnographiques que sont les masques, coiffes, cellules nomades. Autant de matrices formelles, artistiques, culturelles et intellectuelles. C’est une “collection de sable” au sens d’Italo Calvino : “rassembler une collection comme tenir un journal, c’est-à-dire un besoin de transformer le cours de sa propre existence en une série d’objets sauvés de la dispersion, ou en une série de lignes écrites, cristallisées en dehors du flux continu des pensées.”

Une exposition, au fond, qui avoue qu’elle peut être le fruit de l’imagination du collectionneur temporaire qu’est le curateur, et qu’à cet égard, elle peut s’inscrire dans un système de correspondances subjectives équivalent à celui de la collection. Une exposition qui se regarde à travers différentes strates, comme se révèle, au cœur de l’été, le lit d’une rivière asséchée. »

Claire Le Restif
Commissaire de l’exposition Le Travail de rivière
Au CREDAC, Ivry-sur-Seine

Œuvres montrées ci-dessus :
Hubert Duprat, Sans titre, 1994.
Giuseppe Gabellone, Vasca, 1996.
Nathalie Talec, Crampons, 2008.
{Cliquer sur les images pour les agrandir.}


dimanche, février 01, 2009

iam pridem resides animos desuetaque corda

… Je voulais recopier un extrait de la traduction de L’Eneide par Pierre Klossowski mais impossible de retrouver le livre dans ma bibliothèque, il faut que je range cette bibliothèque ou plutôt que je trouve un système de rangement deux fois plus grand (où vais-je pouvoir caser tout ça ? mystère…) me permettant d’enfin ranger cette bibliothèque… Je me délecte de la création de Fanette Mellier pour Le Travail de rivière. Graphisme, matières, mots et sens s’y rejoignent en un grand concert. Je me trouve vraiment gâtée. Gâtée aussi quand Olivier Mellano apporte une nouvelle version, (sublime), musicale, à mon cheminement couleur vert-bleu eau. Très gâtée. Je travaille pour Mélissa aujourd’hui et aussi sur Écrivains en séries. En fait, il faudrait des journées de 72 heures, on en parlait avec Olivier l’autre jour, oui, des journées de 72 heures, mais on ne le dirait, chacun, à personne, ce serait une éternité inaliénable. L’autre jour – j’avais raconté mon rêve à Emmanuel, c’est pourquoi je m’en souviens à présent à peu près (je ne me souviens presque jamais de mes rêves) –, j’ai rêvé d’une machine à remonter le temps. J’étais à la villa, à Bastia, dans ma chambre, dans mon lit, c’était une belle matinée, j’entendais comme tous les matins ma mère s’animer à l’étage inférieur selon les bruits accoutumés : porte-fenêtre de la cuisine, chat qui se fait les griffes sur le chambranle, machine à café, briquet, balai repoussant les feuilles… Je ressentais une angoisse sourde car j’étais débordée : Écrivains en séries mais aussi devoir d’histoire ou de math et partition à déchiffrer – puisque les temps oniriques se mélangent. J’entrais donc dans une pièce – qui n’existe pas ou plutôt pas vraiment : la pièce à l’œil-de-bœuf en plus grand – dans laquelle se trouvait une machine à remonter le temps de mon invention, une construction en bois circulaire, vraiment tout sauf high-tech – faisant davantage penser aux coulisses de grandes orgues qu’à un décor de Star Trek – dont le sol était recouvert de lapins blancs vivants. Plus exactement, les lapins blancs se trouvaient sous une planche, comme dans les douves de la machine – on pouvait marcher au-dessus sans les écraser. Il fallait courir dans le sens inverse des aiguilles d’une montre – sans esquicher les lapins, donc… – pour remonter le temps. Mais la machine n’était pas très précise – la veille (dans la vraie vie consciente) j’avais écrit un texte sur Drawn Together et vu l’épisode où Captain Hero vole dans le sens inverse des aiguilles d’une montre autour de la terre ; trop zélé et pressé, il se retrouve inutilement 5000 ans en arrière – et parfois, je récupérais une semaine alors que seules une journée ou deux m’étaient nécessaires. C’était donc, toutes tâches accomplies, un luxe de temps dépensé en farniente et contemplation de ce paysage que je ne me suis jamais lassée à contempler.

mardi, janvier 27, 2009

Le Travail de rivière #6

... Reçu !






Et on n'est pas peu fières !









{Cliquer sur les images pour les agrandir}

EN LIBRAIRIE LE 17 FÉVRIER.

samedi, janvier 17, 2009

Le Travail de rivière #4

... Lorsque Fanette Mellier m’a proposé de participer à son projet de résidence à Chaumont, j’ai cherché ce qui, dans la ville, faisait écho en moi et choisi de m’intéresser à l’histoire de la ganterie Tréfousse. Plus précisément, j’ai voulu tisser un lien entre le travail ouvrier, concret, physique, et l’atmosphère de mystère et de merveilleux que j’ai ressentie dans cette ville entourée de contes et de légendes où la forêt est très présente. Oxymore annoncée dès le titre : “ Le travail de rivière ” malgré son apparente joliesse est une expression qui désigne le travail de mégisserie, c’est-à-dire l’opération qui consiste à préparer les peaux tout juste écorchées pour les tanner et les transformer en cuir. De la mort au luxe en quelques opérations lustrales.
Une future gantière apparaît donc à Chaumont, entre deux guerres. Elle n’a pas de nom et guère de psychologie. Un “ je ” apparaît en étant le sien, sans l’être. On la devine néanmoins à la fois mélancolique – reflétant le paysage – et déterminée – jurant dans le décor. Elle grandit, pas à pas, entre la lecture du journal intime de sa grand-mère narrant ses inquiétudes de vraisemblable veuve de guerre et la guerre qu’elle vivra, au quotidien, depuis le petit point sur la carte que représente sa ville de naissance. Ce récit n’est pas linéaire. Il se troue notamment de fragments de contes, sens dessus dessous, en échos inquiétants avec ce qui est supposé être la réalité du livre. Le petit chaperon rouge meurt sans cesse, la gantière porte un châle rouge et les loups sont dans la ville. Au centre, un bref dictionnaire technique – dont certains termes sont détournés de leur définition principale – donne naissance à un deuxième glossaire aléatoire, disséminé dans le texte, qui contamine la narration.
Au final, c’est un trajet hybride, à la fois poétique et narratif. L’histoire se déversant dans le conte, la poésie imprégnant l’histoire, le dénouement épousant les méandres de la rivière...

jeudi, décembre 18, 2008

J'aime février, finalement

... depuis que je sais que le prochain album de Mansfield Tya sort à ce moment-là - et puis Écrivains en séries, et puis Le Travail de rivière... champagne !

mercredi, décembre 17, 2008

Le Travail de rivière #3

« J’ai été particulièrement touchée par ce texte qui comprend plusieurs strates thématiques et formelles (histoire personnelle et collective, conscience sociale, technique industrielle de la ganterie, univers du conte, etc.)
Le texte, très structuré tout en étant fluide et poétique, répond à des contraintes d’écriture très précises.
J’ai voulu que ce livre emprunte (en l’exagérant) à la structure formelle du "livre de conte": grand format, épaisse couverture cartonnée, large signet de soie... Ce parti-pris découle évidemment de la présence du Petit chaperon rouge disséminé au fil du texte, mais aussi de la volonté de proposer un "rituel" de la lecture, propre à ce type d’ouvrage.
La gamme colorée de l’ouvrage est une variation froide, en lien avec l’ambiance aquatique et la présence forte de la forêt en lisière de ville.
Ces couleurs sont parfois franches et surréelles (bleu profond de la jaquette, vert pailleté de la couverture...), parfois douces (ambiguïté de la gamme vert d’eau pour l’intérieur du livre).
La main est omniprésente, à la fois somme sujet et objet du livre : la main travaille pour produire des gants, qui habilleront délicatement d’autres mains. Mais la main n’est jamais entière. Sur la jaquette en simili cuir bleue, elle est décomposée dans un patron de gant, qui renvoie à la matière et au processus. À l’intérieur du livre, des fantômes de gestes apparaissent à travers des images de mains, inscrites en couleur vert d’eau et à échelle 1 dans la matière même du texte.
Le texte comprend par ailleurs des signes (filets, points) qui viennent révéler ou souligner la structure du texte et la logique de l’écriture. Ces éléments formels apparaissent comme un squelette, ou une cosmogonie... »

Fanette Mellier



Un ptit scan de retour de calage... En l'occurrence, la première page du glossaire au centre de l'histoire, comme un cœur mécanique, à contrainte.

Fanette était au calage il y a deux jours. On devrait recevoir le livre vers le 20 janvier - c'est un long et minutieux façonnage qui se prépare... Peut-être une future question de fabrication 6 ?...

mercredi, décembre 03, 2008

Le Travail de rivière #2



Le Travail de rivière
, mon prochain livre, sort donc le 18 février chez Dissonances/Pôle graphique de la ville de Chaumont, manœuvré graphiquement par Fanette Mellier dans le cadre de sa collection : fictions (des livres bizarres).
Les fichiers sont en route vers l'imprimerie. Ce sera un objet comme un livre de contes, un excès de livre de contes, au prisme d'un cours d'eau, portant la trace de la main qui le feuillette...


mercredi, juillet 30, 2008

Riverain



Courts extraits du Travail de rivière (à paraître en novembre prochain chez Dissonances/Pôle graphique de Chaumont, avec une création graphique de Fanette Mellier) sur Cronòpios.

(Avec une nouvelle subtilité technique - il est trop fort ce Pipol - le "blog do texto", n'hésitez pas à y intervenir si cela vous tente.)

mardi, juin 24, 2008

Le Travail de rivière



Fini hier mon nouveau livre : Le Travail de rivière, texte écrit à l’invitation de Fanette Mellier, actuellement en résidence à Chaumont, et qui paraîtra en novembre prochain, chez Dissonances/Pôle graphique de la ville de Chaumont. Il m’aura bien tourmenté, ce livre. J’étais partie dans l’idée d’écrire un « roman naturaliste »… Et puis c’est très chargé, pour moi, l’histoire ouvrière, puisque j’ai rapidement choisi mon camp, enfant, entre la noblesse génoise du côté paternel et ma prolétaire autodidacte de mère. Beaucoup de défis formels, beaucoup d’affect. Bref, les moustaches tristes de Zola ont rencontré Burroughs et Gysin à vélo, et ça donne un hybride assez indéfinissable qui part de l’histoire très concrète de la ganterie Trefousse, entre les deux guerres, plus exactement, de l’histoire d’une ouvrière, pour se broder de contes locaux peuplés de loups et crisser du train de la grande Histoire. Ça finit en 1944.
J’ai hâte de voir ce que Fanette va en faire, après les deux sublimités déjà réalisées, Dans la zone d’activité et Bastard Battle
Champagne ! À présent, je peux donc reprendre mes deux autres textes en souffrance… euh, finalement, je vais commencer par un Efferalgan…