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mercredi, février 18, 2009

Agenda

La lecture/concert (conture ?) du Travail de rivière avec Olivier Mellano au CREDAC à Ivry-sur-Seine, ce sera mercredi 18 mars à 19h30 et pas jeudi 19 mars - pour cause de préavis de grève générale.
Nathalie Talec fera également une performance ce soir-là.
Et Fanette Mellier présentera son projet de livres bizarres.

Mercredi oblige, n'hésitez pas à amener les bambins, des vocations de guitariste, d'écrivain mélancolicosuractif, de graphiste révolutionnaire ou d'artiste multi-supports peuvent se décider ce soir-là !

samedi, février 07, 2009

Le Travail de rivière #8



Lecture/concert d'extraits du Travail de rivière au Musée de Chaumont.
Texte, lecture : bibi.
Improvisation musicale : Olivier Mellano.
Captation vidéo : Maïwenn Grall.

dimanche, février 01, 2009

iam pridem resides animos desuetaque corda

… Je voulais recopier un extrait de la traduction de L’Eneide par Pierre Klossowski mais impossible de retrouver le livre dans ma bibliothèque, il faut que je range cette bibliothèque ou plutôt que je trouve un système de rangement deux fois plus grand (où vais-je pouvoir caser tout ça ? mystère…) me permettant d’enfin ranger cette bibliothèque… Je me délecte de la création de Fanette Mellier pour Le Travail de rivière. Graphisme, matières, mots et sens s’y rejoignent en un grand concert. Je me trouve vraiment gâtée. Gâtée aussi quand Olivier Mellano apporte une nouvelle version, (sublime), musicale, à mon cheminement couleur vert-bleu eau. Très gâtée. Je travaille pour Mélissa aujourd’hui et aussi sur Écrivains en séries. En fait, il faudrait des journées de 72 heures, on en parlait avec Olivier l’autre jour, oui, des journées de 72 heures, mais on ne le dirait, chacun, à personne, ce serait une éternité inaliénable. L’autre jour – j’avais raconté mon rêve à Emmanuel, c’est pourquoi je m’en souviens à présent à peu près (je ne me souviens presque jamais de mes rêves) –, j’ai rêvé d’une machine à remonter le temps. J’étais à la villa, à Bastia, dans ma chambre, dans mon lit, c’était une belle matinée, j’entendais comme tous les matins ma mère s’animer à l’étage inférieur selon les bruits accoutumés : porte-fenêtre de la cuisine, chat qui se fait les griffes sur le chambranle, machine à café, briquet, balai repoussant les feuilles… Je ressentais une angoisse sourde car j’étais débordée : Écrivains en séries mais aussi devoir d’histoire ou de math et partition à déchiffrer – puisque les temps oniriques se mélangent. J’entrais donc dans une pièce – qui n’existe pas ou plutôt pas vraiment : la pièce à l’œil-de-bœuf en plus grand – dans laquelle se trouvait une machine à remonter le temps de mon invention, une construction en bois circulaire, vraiment tout sauf high-tech – faisant davantage penser aux coulisses de grandes orgues qu’à un décor de Star Trek – dont le sol était recouvert de lapins blancs vivants. Plus exactement, les lapins blancs se trouvaient sous une planche, comme dans les douves de la machine – on pouvait marcher au-dessus sans les écraser. Il fallait courir dans le sens inverse des aiguilles d’une montre – sans esquicher les lapins, donc… – pour remonter le temps. Mais la machine n’était pas très précise – la veille (dans la vraie vie consciente) j’avais écrit un texte sur Drawn Together et vu l’épisode où Captain Hero vole dans le sens inverse des aiguilles d’une montre autour de la terre ; trop zélé et pressé, il se retrouve inutilement 5000 ans en arrière – et parfois, je récupérais une semaine alors que seules une journée ou deux m’étaient nécessaires. C’était donc, toutes tâches accomplies, un luxe de temps dépensé en farniente et contemplation de ce paysage que je ne me suis jamais lassée à contempler.

vendredi, janvier 23, 2009

Le Travail de rivière #5

Le Travail de rivière, ce sera aussi une exposition au Credac, à Ivry-sur-Seine, à partir du 4 février. Je précise que ce n’est pas en rapport avec le livre : Claire Le Restif a beaucoup aimé ce titre et l’a trouvé - l’oxymore - en relation avec son exposition à venir.
Nous y interviendrons, mercredi 18 mars, avec Olivier Mellano pour une lecture/concert, Fanette Mellier y parlera également de son projet de « livres bizarres »… et peut-être d’autres participants, mais je vous en reparlerai…



Le Credac, 93 avenue Georges Gosnat, Ivry-sur-Seine, à 5 mn du métro Mairie d'Ivry, ligne 7
{cliquer sur l'image pour l'agrandir}

jeudi, octobre 23, 2008

Lâcheurs !

Je tiens à dire aux amis qui ont lâchement renoncé au concert de Laetitia Shériff (dont j'ai déjà parlé plusieurs fois ici) au Point Éphémère hier soir pour diverses raisons (rhume, gastro-entérite, inspection de l'Éducation Nationale, enfant sans nounou, dossier à boucler avant le lendemain, grande fatigue, expo à peaufiner avant vernissage, cours à Rennes, mémoire de master à finir, flemme généralisée, thèse tirant difficilement à sa fin, dîner avec mamie, dîner avec Stéphane Bérard - bon, ça c'est quand même une raison...) qu'ils ont vraiment loupé un sacré moment. Du grand Laetitia Shériff, du grand Olivier Mellano, du grand Gaël Desbois.
Également du côté de la première partie, avec Mansfield Tya, que je ne connaissais pas. Belle découverte. À suivre. Je vous exhorte à écouter. En plus, j'avais de très jolies chaussures. Bref, tout raté les mecs et les nénettes.

lundi, octobre 13, 2008

Rassérénée

… et ravie de ce très ensoleillé Lire en Fête à Nantes puis Lille.

Le très riche festival MidiMinuitPoésie de Nantes m’a permis d’entendre Prexley, alias Jean-Michel Espitallier, Laurent Prexl et Florent Nicolas , dont j’avais jusqu’à présent systématiquement raté les concerts, shame on me, car ce n’est vraiment pas à rater !
Mais aussi la rencontre très impressionnante entre Marilyn Hacker (poète)/Christine Wodrascka (pianiste) et Ian Monk (poète)/Philippe Deschepper (guitariste) au Pannonica. La poésie de Sereine Berlottier. Celles de Ma Desheng et de Tibor Papp. La guitare héroïne Delphine Bretesché… J’en oublie beaucoup et j’en ai manqué davantage encore, entre les rendez-vous et les balances, mais chaque festival à ce côté un peu frustrant… Côté Chantiers d’artistes qui se déroulait au même moment au Lieu Unique, j’ai carrément tout zappé faute de temps, dont Danny Steve, Charles Pennequin, Pakito Bolino… Argh.

On était bien contents de notre concert/lecture (improvisation à la guitare par Olivier Mellano à partir de textes de lui et Bibi, lus par Bibi) Place du Change. Je veux dire : quand on sort de 50 minutes de scène en ayant savouré et habité chaque seconde, l’euphorie.

>> Entretien avec John Morin pour Jet FM + extrait du concert/lecture : ici (pour télécharger, "alt" sur Mac et clic droit, j'imagine, sur PC).


Surtout qu’on a remis ça (différemment, hé, c’est improvisé !) le lendemain à la Maison Folie de Wazemmes à Lille avec tout autant de joie superlative. J’y ai notamment rencontré deux surpassionnées de musique : AlternativeTeken.

Après la route, la routine ? Oh que non !

Photo : Barreteau/Lapasin.

samedi, octobre 11, 2008

Et dimanche...

Le Cabaret Anonyme, les 10, 11 et 12 Octobre 2008 à la maison Folie de Wazemmes, à Lille.

Le vendredi 10 octobre à partir de 21 h jusqu'à 1h :
Delfino
David Bausseron & Francois Andes
Crise de nerf
Projection : Clin d’œil Heure Exquise !

Le samedi 11 octobre à partir de 20h jusqu'à minuit et demie :
Alexis Trousset
Dimitri Vazemsky (avec David bausseron et le collectif Digital Vandal)
Lucien Suel & Patrick Devresse
Julien Delmaire
Dylan Municipal
Projection : Clin d’œil d’Heure Exquise !

Le dimanche 12 octobre à partir de 20h jusqu'à 23h30 :
Chants de maldoror (avec Charles Compagnie & Nicolas Mahieux)
Bertrand Betsch
Olivier Mellano et Laure Limongi
Projection : Clin d’œil d’Heure Exquise !


Participation et intervention mix image sur les 3 jours : DIGITAL VANDAL

Programmation video Clin d’œil Heure Exquise ! :
Don't kill Britney Pascal Lièvre 2008
Unlight Mihai Grecu 2007
Working girl Corine Stübi 2004
menSonges Gérard Cairaschi 2008
Counter Volker Schreiner 2004
Minuit moins dix - Minuit moins cinq Sabine Massenet 2008
Cinema dolls trilogy Roxane Billamboz 2007

lundi, octobre 06, 2008

À midi ou à minuit

Si vous êtes à Nantes du 9 au 12 octobre, faites un tour à MidiMinuitPoésie...



Lecture Olivier Mellano/Laure Limongi samedi 11 octobre, place du Change à 20 heures.

mardi, août 19, 2008

L'effet papillon



Mesdames et messieurs, ce n’est pas un livre, La Funghimiracolette, pas un mais au moins neuf, dont deux romans et de nombreuses utopies ! Mille opéras sous couverture jaune que vous avez la possibilité d’inventer, rien que pour vos synapses, grâce aux directives poétiques d’Olivier Mellano.
En fin d’ouvrage, neuf parcours thématiques permettent d’associer les courtes « pièces musicales imaginaires » : « Recettes par ordre de difficulté croissante » (commençant et finissant par « Cage »), « À portée (roman) », « Hors de portée (roman) », « Ce qui chante », « Ce qui échappe », « Les tortures du roi Khouloud », « Musipark », « Singes » et « Signes ». Une architecture qui fait penser à une partition d’orchestre symphonique – ce qu’il faut de concentration et de vision pour écrire à la verticale les partitions des cordes, des bois, des cuivres… en écho à la virtuosité de l’écriture.

Dès le premier mouvement, l’ambiance s’installe, onirique et intense. On papillonne d’une page à l’autre des « papillons sur neige » aux « chuteurs de harpe », prenant conscience, en crescendo, du bruissement des pages tournées. Si on suit les parcours thématiques, la main droite fait office de capodastre tandis que la main gauche trouve les nouvelles harmonies. Pas besoin de médiator, cela se joue au doigt et à l’œil. On découvre des machines de rêve : le « corpositeur » qui crée des sons à chaque mouvement du corps ; le « gelaudi », substance tirée du « corpositeur » qui permet de conférer la même sonorité aux objets inanimés ensuite adapté en « gelauditecture », la musique à portée de la Tour Eiffel ou de la Sagrada Familia. Un peu plus loin, des cordes tendues en plein air au début de l’été sont coupées à la rentrée des classes. Les chats de Venise ont disparu mais restent les chats de Denise. Une note passe d’individu en individu, en une chaîne infinie, à qui le tour ? On frémit en lisant l’histoire de cet homme qui invente, en 2046, une machine complexe, dévorant son espace vital, pour revivre fugacement une belle journée de juin 1979 à Messanges avant d’ouvrir le gaz. On a envie de partir en vacances sur l’île de la « Funghimiracolette » dont l’étrange faune semble s’échapper du livre pour envahir l’espace alentour. Peu à peu, on n’entend plus le vrombissement des voitures comme avant, ni le moteur du frigo, ni la sonnerie du téléphone. On repère bien le sol sol# ré de la SNCF. Le chat sur le lit, cousin des chats de Denise, rêve aux chats de Venise. On imagine enduire la toussante voisine de « gelaudi » à moins qu’on lui réserve l’une des « tortures du roi Khouloud »… Le mélange d’humour et de cruauté de ces élucubrations mélodiques n’est pas sans rappeler les tribulations de Plume de Henri Michaux. Sa déambulation aventureuse qui se heurte à l’étrange et rencontre souvent la violence. « Les tortures du roi Khouloud » et leurs situations ubuesques font également songer à La Pamukalie d’Eugène*, ce « pays surréel » plus vrai et fou que nature. Cette séquence sanglante et tintinabulante porte la même verve et la même invention. Ainsi qu’une portée politique qu’on retrouve, en cherchant bien les harmonies sympathiques, dans chaque mesure de La Funghimiracolette. Les suppliciés de Khouloud ne se plient pas à ses fantaisies : Fretton Carpeaux « a regardé ses pieds pendant le royal lâcher d’oiseaux plats », Oslave Pouilloux « n’a pas dodeliné de la tête lorsque les cloches ont sonné », Bitlibe Cardon « a bayé aux corneilles alors qu’il fallait saluer les drapeaux »… mais la dernière victime est Khouloud lui-même, qui « a fait de son peuple un troupeau mou ». Et cette utopie en cent huit textes dédiée, noir sur blanc, à la musique, est une ode à la recherche de la beauté et à la conscience de l’être au monde : « Qu’en est-il ici de la politique ? Deux théories. Les cartonistes pensent que la beauté est diffractée dans le monde et qu’on se doit d’en extraire les plus belles bribes pour recomposer l’Agencement Originel aussi nommé le Tôte. (…) Dans leurs manifestations, on peut lire : “ La beauté est partout, regardez BIEN ”, “ Utilisez tout, faites-vous utiliser ”, “ Recombinaison totale du Tôte ”, “ Tout existe, rangeons-le ”, “ Sensistes, fainéants ”… Ils ont l’air concentré et regardent en l’air mais sont assez peu productifs. Les sensistes disent que la beauté n’existe que dans le mouvement qui la cherche, c’est le Sprüng. (…) Dans leurs meetings, on scande : “ Le beau nous dépasse, dépassons-nous ”, “ Sprüng = vie, Tôte = mort ”, “ Cartonistes ! Bricoleurs ! ”… Ils ont l’air inspiré et regardent en l’air mais sont assez peu productifs. D’autres ne se mêlent pas de ça et suivent leur route. Chaque camp essaie de les récupérer. » En fin de volume, en écho au deuxième texte, « Les papillons sur neige », on apprend qu’il faut toujours se méfier des « effets papillon ». Les conséquences de La Funghimiracolette risquent d’être bien plus stridentes que la douceur de sa prose ne le laisserait présager.

La Funghimiracolette, Olivier Mellano (suivi de « Un théâtre des machines », postface d’Emmanuel Tugny), MF Éditions, 160 pages, 12 euros.

* La Pamukalie d'Eugène, Éditions Autrement, 2003.

jeudi, mai 29, 2008

En juin (c'est rouge !)

Une soirée consacrée à Hélène Bessette à la Librairie Le Comptoir des mots jeudi 19 juin à 20 heures.
Avec : Michèle Lesbre, auteur ; Robert Cantarella, metteur en scène, directeur du 104 et postfacier de Suite Suisse ; Julien Doussinault, biographe d’Hélène Bessette & Bibi.
Heureuse de voir qu’Hélène Bessette ne cesse de faire de nouveaux adeptes – et pas des moindres ! – enthousiastes.

Le Comptoir des mots : 239, rue des Pyrénées - 75020 Paris - M°Gambetta - 01 47 97 65 40


Et puis le jeudi 26 juin à 20 heures, ce sera une soirée RALBUM, cette fois, à la Librairie La Cour des Miracles, à Rennes. Lecture/rencontre/écoute/apéro. Avec notamment : Olivier Mellano, Thomas Poli, Arm & encore Bibi.

La Cour des Miracles : 18 rue Penhöet, 35000 Rennes - 02 99 79 55 87

mardi, mai 13, 2008

La Funghimiracolette



Vendredi 16 mai : lecture & concert d'Olivier Mellano aux Voûtes, à Paris, XIIIe. Car Olivier Mellano est également écrivain, c'est ces veinards de chez MF qui l'ont compris !

Suivi d'un concert-impro, donc, avec Greaves/Jeanneau/Vrod/Constable/Boulard et Mellano - première partie : Benoît Burello (BED) solo.

Le problème, c'est que le même soir, évidemment (c'est toujours comme ça) il y a une lecture Al Dante à L'Ogre à plumes, Paris XIe, avec Charles Pennequin, Jérôme Game ainsi que Sylvain Courtoux et Emmanuel Rabu pour quelques morceaux de Vie et Mort d'un Poète (de Merde).


(Emmanuel Rabu & Sylvain Courtoux, photo Margot Heurtematte)

mercredi, avril 23, 2008

Games Over : let's play !



>> sur Games Over de Laetitia Shériff (disque)/Fargo/sortie 29 mai 2008

Après Codification, Games Over, loin de fermer le jeu, l’ouvre. Même renversement, au seuil, que pour Codification qui s’en échappe, donc, des grilles, des classifications. Games Over joue (au sens musical du terme), dans une vision à la fois mélancolique et euphorique du monde. On y trouve les mêmes obsessions, celle d’un « je », procédant d’une généalogie complexe, douloureuse, observant le monde, sa confuse prolifération. Traquant le tumulte de son âme qui ne cesse de s’interroger, sans repos. Quelque chose de blues, mais confiant, apaisé. Un blues pop comme un gris « tourterelle », tirant vers le rose orangé d’un soleil, l’horizon. Une pop blues d’une couleur mixte comme celle décrite dans la chanson Like ink with the rain.

À nouveau, je suis frappée par la grâce absolue de la voix et des textes de Laetitia Shériff qui accomplissent l’idéal, selon moi, d’une chanson : mêler l’extrême simplicité (aller au cœur, dénuder le timbre) et le raffinement extrême de l’interprétation, des arrangements. Les compositions de Gaël Desbois et Olivier Mellano accomplissent des rencontres funambules et grandioses entre guitares rock, son brut de piano, cordes presque romantiques, rythmiques riches, synthés pop, ambiances cinématographiques, chœurs puisant dans de multiples influences. Pour évoquer cet écrin musical dans toute sa subtilité, il faut également préciser que l’album a été mixé par Peter Deimel au Black Box Studio (les Thugs, Shellac) et masterisé par Mike Marsh au studio The Exchange à Londres (Klaxons, Nick Cave). Games Over est un album d’émotion au sens fort et esthétique du terme, celle qui doit être le moteur de toute forme d’art. Celle qui transforme un album en joyau intemporel que s’approprie chaque conscience pour le bercer d’année en année, le transformer en intime qui devient souvenir personnel.

L’album s’ouvre ainsi sur un titre phare The story won’t persist in being a closed book, découpé en chapitres. Le personnage de la chanson se place dans le rôle du « prospecteur » qui lutte contre le silence, la poussière, le deuil pour trouver l’origine de son histoire, l’inventer, la faire exister, malgré l’émotion d’une telle recherche qui envahit tout. L’émotion, lui faire face, avancer en ternaire, aidée des notes presque naïves, enfantines du piano, de l’orgue en vibrato, des claps qui font maigre foule et chœur tragique. Danser à l’à-pic du sentiment sans tomber ni du côté de la tristesse ni du côté de la distance, de l’armure. Rester chair et chant. « Soul occlusion » (in Memento put her in the picture). La voix s’élève sur un tapis de murmures blues. L’arrivée des cordes – débutant par la note grave, plaintive d’un violoncelle – mélangées aux notes de guitare électrique trace l’une des veines de l’album, porté par un souffle mélangeant genres et influences, dans une mélancolie rythmée. Cette question de la généalogie réapparaît explicitement dans deux autres chansons : Memento put her in the picture et Like ink with the rain. La première évoque la nostalgie apaisée que j’ai citée : « At my age, I find myself to suck the life/And to cry the escaped mother’s milk ». Il y est question, comme dans la première chanson de l’album, de photos de famille. D’aucuns les déchirent, en découpent des pièces, en éliminent des personnages. D’autres, qui en sont absents, tentent de s’y surexposer, de s’y inclure, pour soi, pour vivre la vie, sans regrets : « there is no point in regretting something that has already happened ». Le chant s’élève dans l’instant, pour l’instant. Il est impératif et il est doux. Jusqu’à un fade out qui le rend infini.

Après le mystère douloureux des origines, à révéler, le monde, contemplé et vécu, dans Let’s party !, Hullabaloo (my TV ratings), easily influenced. C’est un monde confus, diffus, sans désespoir mais aussi sans réel motif de confiance et de plénitude : « Men die/Books lie/Tears fly/Ladies shy ». Le monde s’étire en vaste catastrophe mais : « keep calm », entend-on dans Let’s party ! Ne pas s’y perdre, ne pas s’y noyer. De même, dans Hullabaloo (my TV ratings), c’est le grand tapage audiovisuel à la cruauté sans pitié qui se déverse en « toxic’topics » : « who knows what’s going on inside ? » Que se passe-t-il vraiment derrière cette surface écœurante, vacarme qu’on nous dit reflet de la réalité ? « (Human being are missing there, so far away) ». Ce qu’il y a d’humain, c’est la conscience qui dissèque ce boucan sanglant, l’interpellant, jouant de la sonorité ludique, presque enfantine, de cet « hullabaloo ». Easily influenced sur des sonorités de synthé assez Rita Mitsouko, parle à la fois de l’insatisfaction inhérente à l’amour et de sa présence têtue, en toutes choses : « Love exists even if it goes into another life (...) Love resists even if you’ve got a moutain of moola ». À nouveau une chanson faite d’ambivalence de sentiments et d’incertitude de frontières, de la solitude à la recherche du bonheur : « We need to see the joy all around/But it is slippery as an eel ».

Dernier mouvement, l’interrogation du moi, ses manques, ses terreurs, sa solitude, ses reflets inavoués dans : Black dog, Cosmosonic, The evil eye, Solitary play, Lockless et There, high. Le chien noir de Black dog qui promène son animalité, son absence de raison, tranquillement, sans douleur, sans conscience, dans la rue (« lucky dog »), provoque l’œil perdu qui suit du regard : « I get angry with your defects because it looks mine/I’m stupid, excuse me./My heart is poor, everything miss me/If I scream your name will you come with me ? » Cosmosonic rappelle les problématiques de Hullabaloo (my TV ratings) sur un mode onirique, tournoyant dans une valse à six temps qui débute sur des sons cristallins pour aboutir à une montée de cordes que ne renierait pas Jean-Claude Vannier : « I thought no more was needed/Sun must shine/But real lies/I get insane ». Un animal du bestiaire de Laetitia Shériff y apparaît, le vers luisant, timide reflet de la lune, qui guide et protège – ce bestiaire est peuplé d’un grand singe qui disparaît dans Let’s party !, un chien noir (black dog), une anguille glissante dans easily influenced, une carpe illettrée dans Solitary play, des poissons et des serpents dans Lockless. Une arche qui incarne sentiments, colères et faiblesses, en fables. Comme The black dog, The evil eye pose la question de la libération des pulsions, de cette ambivalence entre raison et folie – comment discerner une frontière qui se déplace sans cesse ? – sur une cadence instable, une voix diffractée, une fin aux rythmes assez r&b. Il en est de même pour Lockless : « no control, no lock, no door ». Solitary play, dents serrées au début « I find myself dum like an illiterate carp/That remains », s’épanouit en déchaînement de guitares : « All is at three times like a waltz without end ». L’album s’achève sur un morceau d’une grande audace et d’une beauté absolue, There, Hight, bouclant un chapitre de The story won’t persist in being a closed book. Je parlerai avant tout du frisson qu’il provoque s’il ne suffisait de le ressentir, à l’écoute. Émotion exprimée également dans la simplicité acérée des paroles « There high, in my head/Press the button for a place, there’s no rest/Floor eleven, I could not speak to him/Floor eleven high, we stay. » Le poids de la mémoire et un ciel étoilé. Le remords sans repos, du cœur. La chanson s’achève sur un chœur doux et hypnotique, à consonance indienne (d’Amérique) : « I’m guilty ». On attend avec impatience la suite de l’histoire tout en parcourant celle de Games Over dont on sait qu’il est l’un des épisodes précieux d’une vie musicale.


mardi, février 19, 2008

RALBUM #1

... mais c'était pour la bonne cause ! L'enregistrement du RALBUM ROUGE au studio Cocoon, près de Rennes, un projet créé par Emmanuel Tugny & Olivier Mellano en réaction à la donne sociale et politique contemporaine. Un album énervé, qui voit rouge, l'écrit, le compose et le chante, frontalement. Le hasard - mais il n'en existe jamais vraiment - a voulu que ce projet soit diffusé (il sortira le 5 mai) au moment de l'anniversaire de mai 68 que le gouvernement a tendance à vouloir évacuer comme l'un de ces détails de l'Histoire.

Nous espérons que ce Ralbum 2008, s'il ne lancera pas de pavés physiquement graniteux, constituera une série de tracts à penser et à écouter. C'est ainsi qu'il a été conçu.

Il réunit :
- les musiciens (outre Olivier Mellano - composition, voix, guitare, claviers, programmation - & Emmanuel Tugny - composition, voix, guitare) :

Nicolas Courret à la batterie. Il joue notamment dans les groupes Bed, FL et Headphone.

Thomas Poli enregistre, joue du clavier et s’occupe de la programmation numérique. Il joue notamment avec Montgomery et Mobiil.

David Euverte aux claviers. Il joue notamment avec Dominique A, X mas X.

Benoît Burello : voix, guitare, basse ; créateur, chanteur et instrumentiste du groupe Bed.

Ainsi que les amis qui sont passés au studio, notamment les Montgomery.

- les écrivains :

Arm : auteur et chanteur du groupe psykick-lyrikah.

Stéphane Bérard est artiste et écrivain. A notamment publié Le problème martien (Al Dante, 2002), L’Enfer, de Dante Alighieri nouvelle traduction, chants I à X, (Al Dante, 2006). Musicien, il a sorti trois disques dont Progressistes, avec Nathalie Quintane.

François Bon, auteur d’une trentaine de livres, dernier paru : Bob Dylan, une biographie (Albin Michel, 2007). Il est également éditeur de la collection Déplacements, au Seuil, et l’un des pionniers de la littérature sur Internet cf. Le Tiers Livre.

Éric Chevillard, auteur d’une vingtaine de livres parus pour l’essentiel aux Editions de Minuit, parmi lesquels Mourir m’enrhume, Palafox, La Nébuleuse du crabe, Du hérisson, Oreille rouge, Démolir Nisard et Sans l’orang-outan. Nisard est aussi quotidiennement démoli sur son blog, L’Autofictif.

Claire Guézengar a publié Ouestern (Laureli/Léo Scheer, 2007). Elle travaille régulièrement comme critique d’art et commissaire d’expositions. Elle est chroniqueuse à l’émission Minuit/10 (France culture).

Laure Limongi : bon ben ça c'est ouam, on va pas faire les présentations.

Yann Linaar est auteur, compositeur et interprète. Parmi ses disques publiés : Nus dans l’herbe (Ailleurs Diffusion, 1998), Les filles naissent dans les choux... (Les doigts dans la prise, 2000), L’Ami Corto (Rapport d’Étape Son, 2002). Il fait partie du groupe Molypop.

Jérôme Mauche, dernier livre paru : La Loi des rendements décroissants (Déplacements/Le Seuil, 2007). Il est également commisaire d’exposition et organise fréquemment des cycles de lectures.

Éric Meunié a publié une dizaine de livres, derniers parus : Automobile fiction (POL, 2006), Poésie Complète (Exils, 2006).

Nathalie Quintane a publié une quinzaine de livres. Derniers parus : Cavale (POL, 2006), Grand ensemble (concernant une ancienne colonie) (POL, 2008).

Nathalie Talec est artiste plasticienne, performeuse, auteur de chansons. Exposition monographique, Solo intégral, au Mac Val, Vitry sur Seine, Printemps 2008, accompagnée d’un catalogue.

David Wahl a publié Le Chant du Narcisse (Archimbaud).

>>>>> Quant aux suscitateurs à la fois écrivains et musiciens du RALBUM, je rappelle :

Olivier Mellano, guitariste, auteur compositeur et interprète, travaille avec Dominique A, Miossec, Yann Tiersen, Bed, Laetitia Shériff, Sloy, Polar, Psykick Lyrikah. Il écrit et compose au sein de son groupe, Mobiil, ainsi que pour la danse et le théâtre. Il a sorti, chez Naïve Classique, son premier album de pièces instrumentales : La Chair des Anges. En avril sort son premier livre chez MF Éditions : La Funghimiracolette.

Emmanuel Tugny est écrivain et musicien. Il vit et travaille au Brésil.Tour à tour professeur (agrégé et Docteur en littérature), diplomate, inspecteur des enseignements artistiques, il a publié plusieurs livres. Dernier paru : Corbière le crevant (Laureli/Léo Scheer, 2007). Il a traduit PanAmérica de José Agrippino de Paula (Laureli/Léo Scheer, 2008). Il est également parolier de chansons et librettiste pour divers artistes (Dani, John Greaves, Michal,etc.) et auteur-compositeur-interprète. Il fonde avec quelques amis le groupe Molypop en 2006 dont le premier album sort en avril chez Trackmusic : sous la barque (quand on creuse).

Voici quelques photos de studio, pas représentatives de l'ensemble des participants. D'autres photos et vidéos et extraits de chanson sur la page myspace du RALBUM.



Olivier Mellano & Thomas Poli


Benoît Burello, Olivier Mellano & Thomas Poli


Olivier Mellano & Thomas Poli


Benoît Burello


Benoît Burello & Emmanuel Tugny


Laure Limongi, Olivier Mellano, Benoît Burello, Emmanuel Tugny & Thomas Poli (de dos)


Nicolas Courret


Olivier Mellano, Emmanuel Tugny & Thomas Poli

dimanche, octobre 28, 2007

« I’m in love with life »



Parfois, et ce sont des moments de grâce, on ne se pose pas la question de ce qu’on entend. On sait que cela touche au sublime, que tout est là. C’est ce que j’ai ressenti en voyant Laetitia Shériff sur scène, à Vendôme. Ce que j’ai ressenti en écoutant son album Codification, composé avec Olivier Mellano & Gaël Desbois du groupe Mobiil.



Comme tout le monde, pour tenter de raisonner en termes de comparaison, j’ai parlé de P.J. Harvey (dont le dernier disque, White Chalk est, soit dit en passant, une pure merveille ; je cherche en vain sur quel drôle de piano elle peut bien jouer) en songeant à l’oxymore de ces voix-là : le timbre à la fois puissant & fragile, la richesse vocale s’exprimant dans le plus grand dénuement. Une palette immense qui se déroule sans virtuosité, avec émotion, cœur mis à nu sur scène dans le simple appareil de son affect et de sa générosité. Mais il est évident que Laetitia Shériff est Laetitia Shériff et c’est tout, et je suis stupéfaite de ne la découvrir qu’aujourd’hui et qu’on ne parle pas davantage de cet univers immense de la scène française. Je suis sûre que la sortie de son prochain album changera les choses.

Codification plante dès son titre la notion de série, de classification. La chanson éponyme laisse à penser qu’il s’agit d’une codification sociale, la façon dont le monde qui nous entoure s’organise d’après des valeurs déshumanisées, le pivot en étant l’argent. « … Awake me, take me… But don’t encase me in your codify. » Il s’agit évidemment de cela et d’un engagement dans la vie (« I’m in love with life »), d’une singularité à chaque note, à chaque inflexion. Dans son « Can’t you hear me », je ne peux m’empêcher d’entendre, en chœur lointain, le « can you hear me now » de Shellac, hurlé. Les pétales de roses artificielles chuchotent dans les rues, pleurent, et atteignent le ciel (« Roses ») ; l’étalage du boucher (« The Butcher’s Shop ») montre des cœurs saignants, toute une panoplie d’organes en vanités à penser.
Mais la « codification » série aussi les sentiments. S’il y a célébration de la singularité de l’individu, elle s’exprime dans le lien (« … binds… ») et tout particulièrement le lien amoureux (« for ever »). L’humain est cœur et ventre et bras. L’humain est de chair qui vibre et ressent (« like a thousand fishes swimming inside me » in « Aquarius »). L’humain est humain en tant qu’il aime et qu’il accepte l’extrême vulnérabilité dans laquelle le plonge cet amour, qui est sans pourquoi, qui est sans mesure, qui est absolu. L’être est cet à-pic là, aux bords des larmes et du vide de la souffrance. Ainsi l’amour pour un enfant à qui on chante doucement qu’il a le droit de pleurer (« Baby Man »), qu’il en a le pouvoir. Ainsi l’amour pour un père absent (« The Date »), blessure à vif et colère et manque. Ainsi les mots de Yeats, aussi, dans « That Lover », de la terre, morceau de nuit bruissant, au ciel qui contient tout.
« Lord teach me how not to lose you… » sont les derniers mots de l’album.

Toutes les paroles – mis à part le poème de Yeats – sont écrites par Laetitia Shériff. Vous pouvez entendre des extraits de Codification sur son site (pas mis à jours concernant les actualités, se reporter davantage à sa page myspace.)

lundi, octobre 22, 2007

D’un V qui veut dire Verneuil mais aussi Vendôme


portradium & Véronique Levy lisant Daniel Foucard, Galerie Léo Scheer
Photo © Corinne, de Litote en tête


J’ai déjà évoqué brièvement la soirée anniversaire de la collection Laureli à la Galerie Léo Scheer sur le blog des Éditions, Corinne en a parlé aussi et a pris quelques photos. C’était un grand moment de rencontre entre les auteurs et avec leur public venu nombreux malgré les grèves. Une soirée qui manifeste à quel point la création littéraire est sans frontière – loin de l’image de l’auteur qui toussote son livre en mains –, les arts peuvent dialoguer entre eux. La ligne serait celle-là : investir les formes, toutes les formes, faire entrer poésie, musique, théâtre, biographie… dans le roman pour le bruisser de l’intérieur. Tout cela non pas – non plus ? – dans une de provocation à –ismes ou de déconstruction ; une logique déceptive pour le lecteur/récepteur. Mais dans un mouvement qui l’implique avec pour notion clef : la tension, le plaisir – lui aussi polymorphe – du texte.


Olivier Mellano, Laure Limongi & Emmanuel Tugny à Vendôme
Photo © Jean-Claude Bourdais


Samedi, nous lisions avec Emmanuel Tugny & Olivier Mellano, à la guitare, à Vendôme, dans le cadre du Festival Rockomotives que je recommande vivement. Jean-Claude Bourdais – qui avait bravé kilomètres et froid naissant pour venir nous voir – & François Bon en parlent.
Un grand moment de bonheur. J’y ai découvert de formidables musiciens que je ne connaissais pas et entendu en concert certains que je ne connaissais que par leurs disques. Et rencontré un public hip hop, rock... qu’intéressait le rapport aux textes (de livres) lus sur scène, entremêlés, improvisés, liés à la musique d’Olivier.

Parmi le foisonnement talentueux de ce long concert, je citerai une découverte, (shame on me de ne l’avoir entendue avant) Laetitia Shériff, dont je suis immédiatement et inconditionnellement fan. Je vous recommande son premier disque. Le prochain sort dans peu de temps et sera une absolue merveille. Je n’aime pas les comparaisons, mais on pourrait dire que quelques inflexions de sa voix font penser à P.J. Harvey ou Karen Dalton.
J’ai entendu Psykick Lyrikah (= Arm & Olivier Mellano), également, grands textes, présence, émotion.

mercredi, octobre 03, 2007

Parce que le 18 octobre, notez

... à partir de 18h30, c'est la soirée LAURELI, Galerie Léo Scheer, avec :

Claire Guezengar, Ouestern

Béatrice Cussol, Sinon

Tarik Noui, Serviles Servants

Bastien Gallet, Une longue forme complètement rouge

Jérôme Gontier, Continuez

Emmanuel Tugny, Corbière le crevant

Daniel Foucard, Cold

& leurs invités :

Olivier Mellano, qui accompagnera à la guitare Emmanuel Tugny

Véronique Levy qui lira des extraits du prochain livre de Daniel Foucard
& Port Radium qui accompagnera la lecture de Véronique Levy

Présentation : Laure Limongi


Galerie Léo Scheer 14 rue de Verneuil 75007 Paris


.... allez, vous ne pouvez pas rater ça ! (On boira du bon vin.) Il y a tellement d'autres possibilités en dehors des transports en commun...