mardi, décembre 30, 2008

Le premier jour

... et c'est qui qui a réussi à finir sa pièce sonore d'une minute (enfin un peu plus, on va pas chipoter) pour le CRUNCHY-CRUNCH de Joël Hubaut/Station Mir/NAD ? C'est Loloche ! Et même qu'elle est vachement fière car c'est le premier truc mobilisant un certain dynamisme neuronal qu'elle arrive à faire depuis à peu près un mois !

lundi, décembre 29, 2008

Ilha das Flores

Ça fait plusieurs années que je cherche une copie de Ilha das Flores (L’île aux fleurs) du brésilien Jorge Furtado qu’on avait vu avec Laurent Cauwet chez notre ami (immense cinéphile, entre autres choses) Jacques-Henri Michot (qui sort d'ailleurs un livre prochainement chez Al Dante), un hiver, à Mouchin. J’avais arrêté de chercher il y a quelques mois, et puis, avec Youtube et Dailymotion… voici donc mon cadeau de fin d’année.

Ilha das Flores est un documentaire choc qui se passe au Brésil et qui a été tourné en 1989. Je lui emprunte fréquemment l’expression (parfois déformée par ma mauvaise mémoire) : « doté d’un télencéphale hautement développé et d’un pouce préhenseur »…

En VO :
Début :


Suite et fin :



En VF :

L'art ou la vie


Vendre sa vaisselle sale - pas forcément en famille.

dimanche, décembre 28, 2008

Comme une chanson populaire




Et je vous en conseille quelques autres...

Life is a killer

vendredi, décembre 26, 2008

La touche Record

... Il faut que je finisse ma pièce sonore pour le projet Fracktal Music de Joël Hubaut - l'album s'appellera CRUNCHY-CRUNCH - mais ces derniers temps, ce n'est vraiment pas évident de bosser... Zou !


mercredi, décembre 24, 2008

Random

La tracklist du 24 (vraiment, euh, éclectique...) juste pour vos petits souliers.


























































































































mardi, décembre 23, 2008

Opera

... ça y est ! Jérôme Gontier, l'auteur, notamment, de Continuez, a un blog !

samedi, décembre 20, 2008

Natale

Bon, allez, c’est pas tout ça, mais il paraît qu’il y a des fêtes à fêter. Zou ! Si vous y survivez et moi aussi, à très bientôt !





PS : Pour information, rougelarsenrose étant mon royaume, je ne mets pas en ligne les commentaires anonymes à teneur douteuse et amphigourique parce que je ne parle qu’à des vrais gens, les masques, ça se porte pendant le carnaval et les cagoules, j'ai jamais été fan non plus. Donc, « anonymes » avinés et/ou fielleux, inutile de vous creuser les méninges tortueuses en tentant deux trois effets poussifs par ici… Si vous avez réellement quelque chose à dire, faites preuve du courage minimum qui consiste à l’assumer en votre nom. Et joyeux Noël !

vendredi, décembre 19, 2008

Question de fab, épisode 5

« Malgré tous nos soins, cette confiture peut contenir un noyau » dit Bonne Maman en gras et sur étiquette de sa confiture abricots & framboises – j’imagine qu’il en est de même pour abricots tout court, prunes, cerises, pêches… Mais ce qui m’étonne le plus, c’est le singulier : pourquoi un noyau ? pourquoi pas deux, tant qu’on y est ? parce qu’une fois qu’on a trouvé un noyau, on cherche automatiquement s’il n’y en a pas d’autres et donc, il devient inutile de s’encombrer à désigner ces éventuels deuxième et troisième noyaux ?

À transposer : « Malgré tous nos soins, ce livre peut contenir une coquille. »
Oui. Car après moult relectures, parfois, après avoir vérifié l’orthographe, la syntaxe, les accords, la concordance des temps, traqué les tics fautifs de l’auteur, les fautes typo mais aussi les répétitions et autres constructions malheureuses, l’œil ne se colle plus qu’au sens et laisse passer l’accord foireux, le « n » au lieu du « m », une cap non accentuée… Ça arrive aux meilleurs.
Plaignez-vous, vous ne risquez pas de vous y casser les dents. En plus, aucun additif du genre jus concentré ou gélifiant venu d’on ne sait où. À la limite, quelques emprunts cut-upés et montés mais ce sont des OGM de papier, comme le tigre. Ou le lynx.


{Résumé des épisodes précédents : 1, 2, 3, 4.}

jeudi, décembre 18, 2008

J'aime février, finalement

... depuis que je sais que le prochain album de Mansfield Tya sort à ce moment-là - et puis Écrivains en séries, et puis Le Travail de rivière... champagne !

mercredi, décembre 17, 2008

Le Travail de rivière #3

« J’ai été particulièrement touchée par ce texte qui comprend plusieurs strates thématiques et formelles (histoire personnelle et collective, conscience sociale, technique industrielle de la ganterie, univers du conte, etc.)
Le texte, très structuré tout en étant fluide et poétique, répond à des contraintes d’écriture très précises.
J’ai voulu que ce livre emprunte (en l’exagérant) à la structure formelle du "livre de conte": grand format, épaisse couverture cartonnée, large signet de soie... Ce parti-pris découle évidemment de la présence du Petit chaperon rouge disséminé au fil du texte, mais aussi de la volonté de proposer un "rituel" de la lecture, propre à ce type d’ouvrage.
La gamme colorée de l’ouvrage est une variation froide, en lien avec l’ambiance aquatique et la présence forte de la forêt en lisière de ville.
Ces couleurs sont parfois franches et surréelles (bleu profond de la jaquette, vert pailleté de la couverture...), parfois douces (ambiguïté de la gamme vert d’eau pour l’intérieur du livre).
La main est omniprésente, à la fois somme sujet et objet du livre : la main travaille pour produire des gants, qui habilleront délicatement d’autres mains. Mais la main n’est jamais entière. Sur la jaquette en simili cuir bleue, elle est décomposée dans un patron de gant, qui renvoie à la matière et au processus. À l’intérieur du livre, des fantômes de gestes apparaissent à travers des images de mains, inscrites en couleur vert d’eau et à échelle 1 dans la matière même du texte.
Le texte comprend par ailleurs des signes (filets, points) qui viennent révéler ou souligner la structure du texte et la logique de l’écriture. Ces éléments formels apparaissent comme un squelette, ou une cosmogonie... »

Fanette Mellier



Un ptit scan de retour de calage... En l'occurrence, la première page du glossaire au centre de l'histoire, comme un cœur mécanique, à contrainte.

Fanette était au calage il y a deux jours. On devrait recevoir le livre vers le 20 janvier - c'est un long et minutieux façonnage qui se prépare... Peut-être une future question de fabrication 6 ?...

lundi, décembre 15, 2008

Sprechen sie belche ?

... histoire de vous familiariser avec le vocabulaire de Sister Sourire... Bon, en vrai, c'est un prétexte... simplement parce que j'adore l'univers de CÄät, ses dessins, ses tee shirts, ses peluches...







{Cliquer sur les images pour les agrandir}
© CÄät

vendredi, décembre 12, 2008

Soirée du Tonnerre : III

La Soirée du Tonnerre III
Mercredi 17 décembre 08
19h00 - Entrée libre
sur la péniche La Dame de Canton

Venez nombreux, quoi !
Et venez à l'heure parce qu'on ne va pas lire sur fond de rumeur éthylique !

Lectures
Maylis de KERANGAL
Mathias ENARD
CLARO
Laure LIMONGI
Arno BERTINA
Mathieu LARNAUDIE
Sébastien DOUBINSKY
Olivia ROSENTHAL
Stéphane LEGRAND
Fabrice COLIN
Lionel OSZTEAN
Céline MINARD
Joy SORMAN

Musique sur scène
Julie B. BONNIE

DJS
DUDUK BROTHERS ANI’S WAGON

Intervention
Bruno CANDIDA 9.0

Vente de l’édition originale de
Les Soniques
en présence des auteurs
Niccolo RICARDO & Caius LOCUS

La Dame de Canton
(ex Guinguette Pirate)
Port de la Gare, 75013 Paris
Métro : Bibliothèque François Mitterrand ou Quai de la gare
Bus : 89, 62 et Noctilien 131
Accès piétons par le Pont de Tolbiac, le Pont de Bercy ou par la passerelle Simone de Beauvoir

jeudi, décembre 11, 2008

La robe

« Il y a maldonne dans les rapports humains parce que l’on est jamais ce que l’on a (…) j’ai une peau d’ange mais je suis un chacal (…) une peau de crocodile mais je suis un toutou, une peau de noir mais je suis blanc, une peau de femme mais je suis un homme ; je n’ai jamais la peau de ce que je suis. »
(Eugénie Lemoine-Luccioni, souvent citée par Orlan)

Poésie etc. costumes.
Le mensonge de l’armure.
L’écoulement muet du sablier.
La vie, l’amour, la mort.

Un quotidien

... je continue à m'améliorer en anatomie crânienne.





ALGOS-FRANCE. Association pour l'information et l'aide à la recherche médicale sur l'Algie Vasculaire de la Face.

mardi, décembre 09, 2008

À la pelle, avant Noël


… La chance unique de prendre une semaine d’arrêt maladie en prétextant une gastro-entérite foudroyante, de quoi réconforter ses oreilles en ces temps de manque, rêver de hijacks et d'accidents d'oiseaux, le truc hors de prix pour démontrer à belle-maman que vous avez du goût (elle vous rétorquera avant la crème au beurre que rien ne vaut un bon vieux Quimper), quelques ondes d'éternité, des petons pour finir direct dans un (beau) lit, ce que je peux vous proposer de mieux hic et nunc en rock français, ne pas oublier les nenfants, ça craint toujours, donner dans le cuicui vernaculaire (néanmoins utile en tous pays), être dans la tête d’une blonde pendant quelque 300 pages, l’idée magique, des liqueurs merveilleuses, des contenants raffinés, Rome dans sa chambre, de quoi se défouler, puérilement mais efficacement, un Béatrice Cussol, absolument, passer quelques heures ou quelques jours en bonne compagnie, une solution pour vous réconcilier avec vos voisins, gérer ses comptes, aimer son vice (enfin, au moins l'un de ses...), de très douces choses au doigt et à l’œil, la vie, l’amour, la mort, si vous aimez le papier bible sans la Bible, la musique savante qui manque à notre désir, des raretés et des japonaiseries, à chacun sa nostalgie, un comptoir précieux où vous trouverez ce que vous ne cherchiez pas, un peu de courage, que diable ! et histoire de vous bousiller sublimement les oreilles avant de crever (c’est mon cas et j’en fais profiter les transports en commun)…

dimanche, décembre 07, 2008

& the winner is... enfin, are...

PRIX NOCTURNE 2009 : Spiridon le muet d'André Laurie

Très étonnant texte publié en 1908, écrit par un cortenais, collaborateur involontaire, dit-on, de Jules Verne.

Le chirurgien Cordat découvre, à l'occasion d'un voyage en Sardaigne, une civilisation de fourmis souterraine et millénaire. Spiridon, leur roi, de taille et d'intelligence humaine, s'y livre à des dissections sur des cobayes humains, agissant à sa guise sur les volumes et les muscles, qu'il peut réparer à volonté. Le chirurgien, voyant là un trésor de secrets physiologiques et des perspectives intéressantes, tant pour la science que pour le dialogue humano-formique, décide de le ramener à Paris. Là, les expériences des deux hommes ébaudissent le monde médical, mais causent aussi bien des jalousies. Le voyage de Spiridon prend une tournure inquiétante...

Pour répondre à un commentateur masqué d'un précédent billet : oui oui, le livre devrait bien reparaître en janvier aux éditions des Barbares, tant mieux pour tous !


& fruit d'une rude bataille, un second prix naquit :

Le PRIX MINUIT MOINS UNE
attribué à : Le Centaure dans le jardin de Moacyr Scliar

Un couple de Juifs immigrés dans le Rio Grande brésilien donne naissance à une étrange créature. Son ambivalence (homme ? animal ?), ses organes démesurés, sa judaïté, sa conscience humaine lui causent tant de difficultés qu'il s'échappe, rencontre l'amour, et amorce une vie nouvelle... Après maintes métamorphoses, il regrette son bonheur originel. Traversé de visions insolites et de résurgences mythologiques, cette fable retorse allie l'humour d'un David Garnett (La Femme changée en renard) à la densité d'un conte philosophique. Né en 1937, Moacyr Scliar est un romancier et un conteur brésilien influencé par la Bible et la BD, aussi à l'aise dans l'épique que dans le quotidien. Médecin de formation, il est aussi l'auteur de Sa Majesté des Indiens (1997).

J'applaudis de toutes mes mains avec un regret, cependant, pour L'âne ne monte pas au cerisier de Léon Schwarz-Abrys, mais j'imagine que le but n'est pas de donner un prix par livre...

Voilà qui achève dignement la saison des Prix Littéraires !

samedi, décembre 06, 2008

Comment dit-on déjà ? Droit de réponse ? Erratum ?

Vannina Maestri et Jacques Sivan m’écrivent à l’instant qu’ils sont attristés par le paragraphe du texte « Avec une chanson, nous chanterons » où je parle d’un ennui ressenti pendant une lecture publique… parce que c’était une lecture JAVA. Oups ! Désolée, je ne m’en souvenais absolument pas, que c’était une lecture JAVA. C’est le deuxième effet Alprazolam ou mémoire sélective, tout simplement. J’ai hésité à laisser ce passage tel quel en relisant le texte. Parce que je le trouvais en effet un peu infantile ou pulsionnel. Comme il a été publié dans INTER, je ne trouvais pas très honnête de le retoucher. Donc voilà.

Jacques et Vannina étant des amis chers, je précise publiquement qu’évidemment ce n’est pas une attaque contre eux… puisque je ne me souvenais même plus que c’était une lecture organisée par JAVA, revue qu’ils ont dirigé bien longtemps avec Jean-Michel Espitallier. Ils savent à quel point j'ai toujours loué le remarquable travail effectué par la revue que nombreux regrettent ! M’enfin quelle que soit la qualité de la programmation, il y a quand même des lectures qui durent des plombes… Je fais partie des gens qui sont incapables de s’enquiler une aile du Louvre dans une journée. Dans un musée, je visite une salle, et je me barre. J’ai besoin de temps pour assimiler, pour que les émotions diffusent, pour que les impressions s’impriment, justement. Pour les lectures publiques, c’est pareil. Si c’est trop long, s’il y a en a trop et que je suis coincée sur ma chaise au milieu d’une rangée, je commence à paniquer. Ambiance prise d’otage. J’imagine que c’est ce que j’ai ressenti ce jour-là. Trop de trop. Jacques et Vannina me rappellent dans leur email – vous avez vraiment meilleure mémoire que moi ! ou alors la vidéo – qu’il y avait « deux éléments incontrôlables » ce soir-là, me conseillant de les citer pour un effet plus « marrant ». Non. Et puis ça risque de ne pas les faire rire, eux. J’ai simplement retranscrit le souvenir d’une sensation générale. Je ne me souvenais plus que les « deux éléments incontrôlables » étaient ceux-là.

Je m’excuse donc auprès des JAVA de les avoir involontairement peinés. J'en suis vraiment confuse. Mais je ne regrette nullement d’avoir écrit que parfois, pendant des lectures publiques, et même avec des travaux intéressants, on peut se faire terriblement chier parce que c’est trop long, parce que la salle incite à une ambiance « grand messe », parce qu’on n’aime pas aussi, parfois, ce qu’on voit et entend. « Le droit au couac » dirait Heidsieck. Que celui qui n'a jamais ressenti ça me jette le premier commentaire. C’est ce que je décris – peut-être maladroitement – dans mon texte : ça ne se fait pas, de le dire. C’est un tabou. Je n’avais pas tort, apparemment, je l’écris et hop ! un email… Il y a des choses qui ne se font pas. Ya Beck, ya Heidsieck, ya Tarkos, ya Blaine, ya Joël Hubaut, ya Quintane, ya Bérard, ya Fiat, ya Rabu, ya Chaton, ya les BoXons, ya Vannina Maestri, ya Jacques Sivan, ya Baldacci, ya Jean-Michel Espitallier, ya Jean-François Bory, ya Pennequin, ya Michot, ya Prigent, ya Gleize, ya Quintyn, ya Game, ya etc., tu ne peux pas sortir, t’étirer, allumer ta clope et dire alentour « ah la la, au bout d’1h53, j’en avais bien marre ! » (même si bien évidemment, tu aimes, individuellement, chacun des boulots !) sans te faire une douzaine d’ennemis. Je le répète, ça n’a rien à voir avec les esthétiques et la programmation : c’est une question de gestion du temps et de sa densité. (Peut-être aussi que c’est notamment pour ça qu’il y a des gens qui font le métier de « metteur en scène »* : parce qu’ils gèrent, entre autres choses, le rapport scène/salle…) Tarkos a eu raison d’applaudir. Parfois, il est heureux que le corps et le naturel ne se contraignent pas.


* Parenthèse dans la parenthèse j’ai bien senti la différence en la matière pendant le spectacle La Funghimiracolette d’Olivier Mellano au Triangle, à Rennes, puisque nous avions la chance d’être dirigés par David Gauchard qui réglait notamment au cordeau le timing, les enchaînements… Il nous a aidés, Bastien, Olivier et moi, à servir au mieux le texte en prenant conscience de l’écoulement du temps, de la tonalité des ambiances, de la présence des spectateurs et de notre propre corps, sur plot éclairé.
Il ne faut pas sous-estimer la scène.

vendredi, décembre 05, 2008

La remise du samedi soir

Le Prix Nocturne c'est demain (samedi, donc), à partir de 21 h à la Librairie Le Comptoir des Mots, 239 rue des Pyrénées dans le XXe (métro Gambetta). Remise du Prix vers 23 heures.

Venez nombreux, ça s'annonce mémorable.

jeudi, décembre 04, 2008

Conexão França

Sur Cronòpios, l'entretien vidéo (en deux parties) que nous avions réalisé à São Paulo au printemps dernier avec Solange Rebuzzi et Edson Cruz sur une invitations de Cronòpios et de Sonia Goldfeder (de la librairie Martins Fontes).

mercredi, décembre 03, 2008

Le Travail de rivière #2



Le Travail de rivière
, mon prochain livre, sort donc le 18 février chez Dissonances/Pôle graphique de la ville de Chaumont, manœuvré graphiquement par Fanette Mellier dans le cadre de sa collection : fictions (des livres bizarres).
Les fichiers sont en route vers l'imprimerie. Ce sera un objet comme un livre de contes, un excès de livre de contes, au prisme d'un cours d'eau, portant la trace de la main qui le feuillette...


Elle s'appelle Algie

Je sentais bien que ce n'était pas vraiment une migraine. Diagnostic posé à 4 heures du matin après piquouse de morphine - qui n'arrive même pas à éteindre complètement la douleur : algie vasculaire de la face. Lucky me. Maintenant, j'ai deux copines, Migraine et Algie. En même temps, je suis un peu soulagée de mettre un nom sur ce satané couteau planté et remué dans mon crâne de temps à autres. Sur ce, je file aux Urgences puisque c'est le seul moyen de consulter un neurologue avant le 7 janvier...

Addenda du 4 décembre :
1- C'est fou comme on est traité avec respect et célérité quand on prononce "algie vasculaire de la face" aux Urgences...
2- Mon neurologue-écrivain est devenu poivre et sel. Et ça lui va bien.
3- C'est hyper cool Madame la Pharmacienne de m'avoir donné des recharges d'Imiject, mais sans le boîtier contenant l'injecteur, j'en fais quoi ???
4- Bon ben comme prévu, un hypotenseur (traitement de fond de l'algie, etc.) à une hypotendue... ça donne une sacrée hypotension - dit-elle en rampant.
5- Toujours voir le côté positif (est bon ce qui arrive) : déjà - 1kg en deux jours ! Je vais donner la recette à ELLE...

Addenda du 5 :
1- Sans contraste, on passe de Lady Speed à Lady Slow...
2- Ma voisine de 85 ans me double haut la main dans les escaliers, faisant claquer son dentier en signe de victoire...
3- Pire, je mets en moyenne 10 minutes à penser à rire à une blague entendue (même si elle n'est pas forcément drôle, j'ai toujours été polie).
4- Toujours voir le côté positif#2 : mon prochain détartrage tiendra plus longtemps (oui, je sais, c'est très collatéral, mais quand même) et il me sera désormais impossible de renverser mon cendrier dans mon sac à main (ne demandez pas comment mais ça m'est déjà arrivé).

Addenda du 6 :
ZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ...

Addenda du 7 :
Les chats ont inventé en laboratoire secret l'algie vasculaire de la face pour pouvoir garder leurs humains chez eux et faire des câlins tout le temps. Bien joué, les chats !

Addenda du 8 :

lundi, décembre 01, 2008

« Avec une chanson, nous chanterons. »

Le beau texte de Claro sur Tarkos me rappelle que j’en avais écrit quelques uns, dont celui-ci pour la revue Inter, en 2004. J’ai bien aimé le relire, alors le voici.


« Avec une chanson, nous chanterons. »

(Tarkos, Le signe =)


Il se tient debout. Le regard vers et le dos contre, comme c’est le protocole. Un mur (avec des œuvres, des livres...), des gens, l’arène de la « lecture ». Il se tient debout, tourné vers l’écoute, mais le regard est perdu, ne fixe pas, flottant sur d’autres regards, semblant parfois se poser, continuant sa route. Il se tient debout et des mots sortent de sa bouche, s’enroulent, se déroulent, forment un sens qui s’emballe comme sur une pente raide. Il ne lit pas. Pas de page, pas d’écrit. Les livres sont ailleurs. Nombreux, partout. Il ne récite pas. Le « par cœur » est un vague souvenir, les échos du « spectaculaire » sont élimés. On pourrait dire qu’il improvise, devient musique, le temps pour les mots de devenir pâte et la langue de se recréer, ainsi, en direct, sous nos yeux. Le sac se vide, des nappes se forment, la poussé est forte, fait boule. Et nous de l’entendre, dans une expérience choquante, balbutier, sortir, déjà s’engluer en phrase, nous toucher, nous entraîner sans effets, juste nous mettre face à. Il y a aussi la beauté évidente, violente de cette urgence-là, dans la voix, dans les traits, la posture du corps ni assurée ni hésitante. Les gestes de Tarkos sont lents et précis. Il marche en sachant où chaque pas se pose, où il va, ou bien choisit de les égarer – ce qui revient au même. La clarté du regard décide, circonscrit. En même temps, il est opaque. Juste le dire, déroulé.


Manifeste chou : « Ça ne peut plus durer comme ça. Il y a quelque chose qui ne va pas. Dans l’utilisation faite du mot poésie, dans l’utilisation qui est faite du mot. Ce n’est pas possible. Il faut faire quelque chose. On se retrouve dans n’importe quoi, la divagation, on ne sait plus où l’on met les pieds, il y a tout et rien, personne ne sait plus ce qu’il fait, ça ne veut plus rien dire. La pensée créatrice, la beauté verbale sont réduites à des frivolités municipales, à des claquements de mains, s’engluent dans la bande sonore du championnat américain de basket, dans le chuchotement de phonèmes murmurés, ça tourne, ça peut tourner longtemps, occupe, occupe le terrain, lissé, bruisse, chauffe. » (Tarkos)


La résistance incarnée, sans romantisme, sans élan rebelle – et ça retombe toujours plus ou moins dans une flaque d’écueil, hein. Parler contre les paroles, plus que jamais, au sens le plus aigu, au sein même de la patmo, dans un mouvement d’affirmation, d’expansion, de recréation cosmogonique. On peut se balader à loisir dans l’univers Tarkos en soupeser tous les objets (« le pot », « le bidon », « la petite étoile », « un sac », « un bitonio », « une robe », « une chemise », « une serviette », « une limace », « une panoplie », « la mer », « la montagne », « la lune », « le soleil », du lait, une couverture, une passoire, un coussin, une théière, l’ombrelle, « le train »...), écouter les sentiments, les paroles, les rencontres...


Cf. Ma langue est poétique :

... « Ma langue est poétique et musicale, ma langue est imagée et musicale, ma langue est souple, étincelante et merveilleuse, ma langue aime jouer de la musique, elle vibre et fait vibrer chacun de ses mots qui rayonnent de leurs contours et qui viennent s’enchevêtrer si précisément qu’il ne reste aucune tache à son brillant poli. Elle fait le bruit de tous les sons des instruments de musique, elle fait le bruit de tous les sons des animaux et des phénomènes naturels. Ma langue est musicale. Ma langue est poétique.

(...)

Ma langue abonde accélère accorde accumule additionne agresse ajoute alterne amalgame amorce amplifie annonce ânonne anticipe appelle applaudit articule aspire assimile associe attaque atteste attrape augmente avertir automatise bafouille bâille baise balbutie ballade banalise barre bégaie bénit biffe blanchit blasphème bonimente bouffonne bredouille brouille brise bruit cabotine cadence calque catalyse change chante charme chasse chiffre chuchote circule claque clive colle combine. » ...


1996. Avec Olivier Quintyn, on accroche des grands A3 de Oui, photocopiés, sur les murs, entre une carte de France, le plan d’évacuation de la salle et le planning des colles. On nous regarde bizarrement. « Tss, tss », haussements d’épaules, sourires entendus. « Ah, l’avant-garde ! l’expérimentation ! la jeunesse... Vous ne croyez pas en la Littérature ?...» On accroche. Des grandes pages de « op op apnée », de « op op je sais lire », de « op op, le texte est expressif », des grandes pages de « peut produire », des grandes pages de


«ATTENTION

ATTENDS

ALERTE

APPELLE

AVANCE

ECOUTE

AVANT

ENERVE

AVALE

ENTENDS

FLOTTE »

C’est un peu con, très naïf sans doute, mais ça nous fait bien rigoler et on se dit qu’il en restera toujours quelque chose. Que ça pourra toujours vriller un peu. Fausser la serrure. En feuilletant mon exemplaire de Oui, je retrouve une photo servant de marque-page. Une photo de Tarkos pendant une manifestation avec les sans-papiers. J’avais dû la prendre ou bien Laurent Cauwet. Il a les yeux un peu plissés par le soleil qui le frappe, de face. On peut lire des pancartes, à l’envers : « LA FRANCE POUR TOUS », « DES PAPIERS POUR TOUS ». Et puis on devine des bribes « POUR RESTER » / « DES » / « LA VIE » / « OUVRIERS »... Je me souviens du texte de Tarkos dans Ouvriers vivants, de l’aventure d’Ouvriers vivants. Et puis, noir sur blanc, je fais le rapprochement entre les A3 aux murs, penchant un peu sur la droite, penchant un peu sur la gauche, et ces morceaux de draps inscrits qui flottent, de travers, avec des trous pour laisser passer les mains, brandir. Et le sourire de Tarkos, noir sur blanc Sokrat.


1998, sans doute. C’est une lecture au Tipi (Beaubourg, Paris). Oh, la caricature de lecture ! C’est long ! Il y a des lectures bien, géniales même, ce n’est pas le problème, toutes les stars sont là (si une bombe avait explosé à ce moment-là, cela aurait été un coup dur pour l’expérimentation poétique) mais déjà qu’à la messe et lors de toutes sortes de cérémonies, on doit trouver mille subterfuges pour passer le temps, chanter des chansons, tout bas, compter les barbus, se ronger les ongles... sursaut de survie : décider qu’on a huit ans et qu’on est un sale gosse. Le corps suit, courbatures, la chaise est dure, on s’agite, on en a marre, on a des fous rires à cause d’un voisin qui fait le pitre – grimaces, imitation de poète... C’est tout petit un Tipi, circulaire. Le convivial contraint. Heureusement, Stéphane Bérard débarque avec sa caméra, filmant le public pendant qu’un mec maigre, sur scène, torse nu, chante un absurde « moi, je ne mange pas de bananes »... quelques « hmm, hmm » gênés... mais les lectures reprennent, quelle scie... on regrette de s’être assis au beau milieu d’une rangée... on lance des regards d’envie vers les quelques personnes qui vont et viennent près de la sortie... on se demande combien de gens sont en train de se faire chier, pareillement, en prenant un air convenu parce que quand même faut pas déconner, hein, on est à une lecture de poésie contemporaine à Beaubourg et on est des intellectuels, des gens dont la curiosité et la soif de gestes artistiques n’ont pas de limite, parce qu’on fait le présent, tu comprends, on est là, on écoute, on assimile et on chie et on est une grande famille... et soudain on entend quelqu’un applaudir, lentement... Tarkos, qui avait « lu » (dit) auparavant, applaudit au beau milieu d’une lecture, sans agressivité, décalant juste un peu un geste rituel, « bravo ! » et là tous les sourires figés en forme de petites parenthèses horizontales, tristes, se dessinent dans la salle, leur vacuité autiste, toutes les faces crispées en masque, dont on fait soi-même partie, qui s’emmerdent ferme depuis plus d’une heure et feraient tout pour être ailleurs (au lit, devant la télé, au bar, au resto, au ciné, à faire l’amour, à discuter...), se regardent enfin, un peu hébétées... quelle est donc cette force qui oblige les culs à rester assis sur les chaises et les gestes à ne pas dépasser ? quelle est donc cette liberté qui surgit parfois ?

{Lire l'Erratum du 6 décembre concernant le paragraphe ci-dessus}

Manifeste chou : « Ça ne peut plus durer. Cela part dans tous les sens, les poètes créent sans se soucier des lois des phores. On ne sait plus ce qu’on dit. Les établissements ont leurs poètes, qui écrivent des poèmes qui n’ont plus de noms, qui jouent sans peine, et trouvent par-ci par-là, comme par hasard, de quoi poursuivre, c’est un miracle, dans tous les sens, ils trouvent de quoi vivre, des raisons, ils n’arrêtent pas. Ça continue. Ça va continuer, ce n’est pas impossible... » (Tarkos)


Le signe = n’équivaut pas. Il déplace. Alerte. « alerte totalement conscient / alerte totalement sourd / alerte totalement muet / alerte totalement aveugle ». On tourne les pages et, de plus en plus, il faut plisser les yeux, jusqu’au « Noir » (un « sol » en clôture, inachevé, ouvert, à ras). Le corps (la taille des caractères) rétrécit à mesure que la dissection de la parole se fait précise. On plisse, on plisse. Le texte vibre. On glisse, on se rattrape, on peine. Et on avance, pas à pas, dans la pâte-mot. Le signe = n’équivaut pas. Le sens n’est pas un miracle dévoilé. Ni avènement ni utilité. « La lettre fait référence au halo qui entoure la lettre. Le rouge ne fait pas rouge, il fait seulement rouge. La métrique est remplacée par le sac ». Fourre-tout du langage qui créé sans cesse des équivalences, tente de comparer, faire valoir, signifier, signifier, signifier. « Le sac des phrasés, de la phraséologie, des phrases, des morts, des morts momifiés, des sarcophages, des sacs pour les morts, de l’ensachement, des lacs, des fleurs des jardins, des flots, le sac de le compréhensible, le attenant, le joint, le collé, l’accident... ». Alors quoi ? Agir ? « être oublieux » ? Et on apprend « Comment barrer la route au dégoût », tel est du moins le programme, une initiative pragmatique entre « Les relations » et « La bouillie ». Ainsi encerclé, l’effet déceptif est inévitable. On devine donc plutôt qu’on ne peut pas. On n’y arrivera pas. Le dégoût est un tout, un flot, la totalité d’un monde, voluptueux et écœurant. Le dégoût est un tout, la bouche une entrée ténue. « On ne peut pas avaler en entier le dégoût (...) quelle est donc la bonne méthode si ce n’est pas de le manger en entier ? C’est d’accepter le dégoût comme on ne peut pas le boire en entier et comme on ne peut pas s’en enlever, le mieux est de prendre le dégoût et de le de le de le, de ne pas le boire, de ne pas le manger de le prendre, on ne peut pas s’en débarrasser alors le mieux est de le prendre comme il est de le prendre».


1996. La BPI (bibliothèque de Beaubourg) est en travaux. Sa population bigarrée se transporte vaille que vaille à la Bibliothèque François Mitterrand qui vient d’ouvrir. Les premiers jours, chacun cherche ses marques, mal à l’aise dans la moquette rouge et les meubles de bois, les variateurs de lumière. Luxe. Finis les clochards de la BPI dormant des journées entières derrière des murailles de livres, le bruit continu des escalators, le désordre permanent, les annonces de vols « prenez garde à vos affaires personnelles ». Petit à petit, la disposition des habitués se reproduit, étrangement. À gauche de l’étudiant en philo qui se mute en Michel Foucault de mois en mois (on en est déjà au pull rouge à col roulé et au crâne rasé) et à droite du maniaque à petits carnets de cuir remplis d’une fine écriture illisible. Tarkos est surveillant, dans la salle littérature. Et nous, comme de l’autre côté d’une barrière, lecteurs. Ah, ah. Renversement. Lui le regard, nous les scrutés, lisant. Tarkos travaille. Il est salarié. Donc ailleurs. En fait, ce n’est sûrement pas lui, à ce moment-là, que l’on croise. Des journées entières il déambule, prend un livre, le tourne et le retourne sans l’ouvrir. Le repose sans le classer (il n’est pas magasinier). Se rassied. Nous fixe. C’est un peu étrange de bosser sur des programmes littéraire obligés, université oblige (Racine, Balzac, Molière, Malraux...) tout en croisant le regard de Tarkos dès qu’on lève la tête. Puis, à 18h45, de rangée en rangée, il lance un « c’est l’heure », « c’est fini » voire « cassez-vous » et on n’a plus qu’à rentrer. Dehors il fait déjà nuit.


Les poèmes sont carrés. Ce sont des objets, ce sont des flots. Cf. Carrés, puis Caisses. Ils contiennent et se laissent déborder, d’un même mouvement. Carrés, les poèmes sont dans la réalité car ils sont la réalité et rien d’autre. Existent. Dialoguent. Les poèmes et les Calligrammes qui sont des poèmes. « Pour moi la langue n’est pas en dehors du monde, c’est aussi concret qu’un sac de sable qui te tombe sur la tête, c’est complètement réel, complètement efficace, efficient, utile. » (Deux nés, entretien C. Tarkos/Bertrand Verdier in ttc 3).


Dans Anachronisme, Tarkos raconte que pendant le grand chantier du quartier de la Bibliothèque Nationale, avant qu’il y habite, il avait commencé un roman qui se déroulait à cet endroit, décrivant la construction d’un grand cube noir et puis des disparitions mystérieuses. « C’était un roman noir sur les disparitions massives de personnes qui ne donnaient plus de nouvelles. (...) On rentrait dans une salle, une salle d’attente, tout se passait calmement, on savait qu’on venait pour mourir (...), on attendait dans la salle d’attente pour mourir à notre tour, il n’y avait rien dans cette salle, cette salle d’attente orange aux fauteuils en fer chromé, ce qui n’allait pas est ce qu’on ne faisait pas, est qu’on n’allait pas en attendant chier partout, pisser partout, dans tous les coins, et, à l’aide d’une grenade, se faire exploser le ventre pour salir, pour salir le plus possible, pour qu’il y ait un temps de nettoyage de la salle à chaque mort, pour laisser des traces sur les murs, pour le passage de chaque personne, pour faire un obstacle, pour avertir, pour rendre plus difficile la tâche de tuer en masse et au compte-goutte toutes les personnes qui attendent leur tour sagement seules dans la salle d’attente commune, vide, propre, sans rien à casser, à brutaliser, à salir, à achever, à marquer, à tracer, à coller, à salir, un avertissement avant de partir pour le tour qui vient en ouvrant la porte de la salle d’attente... »


La vie, l’amour, la mort – on n’est guère avancés.


Carré noir sur fond noir, carré, 2001 Odyssée, projeter, à noir.


Je me souviens de la colère de Serge Pey à la sortie du Bâton, forcément. (Un bâton est un bâton est). Du moins on m’a rapporté l’écho de cette colère (rumeur ?). Mais ça n’a duré qu’un temps.


Je me souviens de Julien Blaine et de Tarkos et du lien et qu’il y a des choses simplement belles, ainsi.


À Beaubourg (encore !). Après 2000, sans doute en 2002. Un Polyphonix ou une autre soirée d’Art Action. La salle est bondée. Tarkos est déjà malade. Il continue à monter sur scène, malgré tout. Ou plutôt on le fait monter, on l’assied. Il faut continuer. Mais le regard n’est plus le même. Et il garde son chapeau. C’est un duo avec Joëlle Léandre. Il commence une phrase, très lentement. La suspend. Tension. Il s’agit d’une vache. Une vache et puis. On ne sait pas où ça va. Le public, en majorité, ne sait pas ce qu’il en est, croit à un effet comique, à un sketch. Quelques rires fusent dans la salle, de bon cœur. Et quelques personnes écartelées entre la douleur et le désir de participer à cet élan de vie, malgré tout, puisque même Tarkos finit par sourire, sur scène, d’un air facétieux mais le corps si lourd. Certains appelleraient sans doute cela le tragique. L’écart. Joëlle Léandre tient le dialogue, le force à coups d’archet. La phrase ne continue pas. Soudain Joëlle s’arrête aussi, mutisme pour mutisme. Toise Tarkos dans un long silence, un défi. En fait, elle lui tend la main, sans geste, sans mots. Il finit par réagir, tourne la tête vers elle, reprend la phrase, l’histoire de la vache. S’interrompt à nouveau, au même endroit. Ça n’ira pas plus loin. Alors Joëlle Léandre s’arque, tend son instrument dans un long geste pour en sortir un gigantesque « meeeuuuhhhhh »-pirouette qui éclate en un grand rire général.


Processe imbrique. Les mots, les données, les listes, les paroles, les définitions, les attitudes. Processe débute comme une relique. Les restes de ce saint éponyme (« Processe : Saint, époque inconnue, dont les restes sont dans le fond droit du transept de la Basilique Saint-Pierre, à Rome »), l’énonciation d’une « trinité » constitutive (« Procéder : lien qui unit le Saint-Esprit à la Trinité »). Et puis rapidement, ça s’emballe, ça enfle, se ramifie : « Processif : caractère paranoïaque marqué par une tendance à lancer continuellement des revendications », « Processeur : circuit intégré de l’ordinateur qui effectue des fonctions logiques »... Processe est donc l’entrelacement de suites, de listes, d’anecdotes, de fragment d’histoires, de fragment d’Histoire, en « procession » ; des carrés qui cette fois forment des sculptures de mots se dépliant sur la surface de la page, gagnant en volume. Corps monstrueux, hétérogène, un corps qui ne serait qu’une accumulation de membres, de sourires, de voyelles, de citations, de temps, d’événements.

« Il n’y aura pas d’autres fragments. Il n’y aura pas de balbutiement. Il n’y aura pas de trous d’ascendants. L’article L est défini. C’est difficile de sortir du ciel, de sortir de la matière, de l’espace visible, de la nuit, de ce désir d’en parler et d’en raconter davantage, de ne pas rester sans bouger longtemps sous le ciel, de ne pas le regarder, de ne pas rester sans bouger sans le regarder. La chose dit la vérité, elle dit ce que je crois parce que je crois ce qu’elle dit et que cela m’apaise parce qu’elle ne dit pas ce que cela veut dire, ma mère dit c’est écrit, je ne sais pas ce que cela signifie, et je pense à quelque chose qui va la pensée va et qui ne va pas s’arrêter.
Dieu est très petit.
Welcome to all pleasures. »

Tarkos déambulant dans son quartier de la Place d’Aligre, le quartier de son atelier plus exactement (il faut passer par la rue Crozatier, depuis Bastille, pour y accéder), avec un gros bouquet de menthe fraîche à la main, presque une gerbe, on parle cuisine, cuisine exotique, je crois, il tend de la rue à la voiture une liasse de feuilles, Anachronisme, qui sent la menthe. Lui et Laurent (Cauwet) viennent de manger un bœuf au cacao dans un restaurant africain. Ils sont malades mais heureux. Une sorte de grand sourire un peu jaune. Leur euphorie nauséeuse semble – demeure – assez inexplicable.


Un autre jour, il parle des femmes qui portent des robes à fleurs. Des femmes, des robes, des fleurs.


Les doigts tiennent le petit bout du mégot de cigarette roulée tout près des lèvres, avant une autre roulée. Ça, c’est dans les cafés.


Alors on en vient au je en je. Anachronisme. Au je qui est le temps, qui n’est que dans le temps, instantanés, fragments, car il ne saurait en être autrement. (À moins de piédestal, statue, monument... mais nous ne parlons pas bâtiment). Pas un portrait, des traits : « Quel est le dessin laissé par les verbes, par les verbes inscrits dans la suite, par tous les événements ? Tous les verbes, tous les événements tombent, glissent, se mettent à leur place, trouvent une passe, donne un dessin, cela me donne une figure, je ne suis pas absent, cela forme, le tri, une figure de moi... ». Pavés, donc, moments. Déambulations, rencontres, rêves, listes, descriptions. Vécu, imaginé, noté, l’écriture est « à la recherche d’un personnage » puis oublie, se suspend, poursuit, inscrit, note, fait se succéder les événements, sans ordre, sans hiérarchie. Le je dit je, le je dit nous, le je rencontre, aime, sourie, accepte, refuse, tend la main, tâte le sol, déambule. Anachronisme accumule et répète, additionne, éreinte. Dit que le souvenir est inépuisable, la liste, par définition ouverte. Basse continue ? « La maladie du temps », il ne saurait en être autrement. C’est l’« enclenchement » qui compte, op op, le saut, l’enclenchement des séries, leur déroulement, leur succession. Enchâssées, inextricablement. D’ailleurs ce sont des chiffres, en une suite qui ne semble pas logique, qui closent Anachronisme, en creusant une brèche, l’étendant à l’infini, arborescence subjective, en marche.


Il n’y aura pas d’adieu.

O azul da inclinação

Solange Rebuzzi traduit en portugais du Brésil un extrait du Bleu de l'inflexion - et j'en suis bien fière :

O joelho está flexionado a fim de dispor o corpo na vertical da fechadura.
O corpo carrega a chave mas não deseja abrir, ainda.
A mão contém a chave acariciando-a enquanto o olho se abandona à tristeza. Enquanto
o olho claro perfura, a sobrancelha contra o metal gelado, examina sem sucesso, o olho no limite de sua percepção só poderá voltar à ação. Talvez.
A mão esquerda está posta aberta, contra a madeira da porta que é uma madeira lisa.
A parede do corredor olha a cena.
O cheiro conhecido dos cabelos seduziu e murmura com o movimento da cabeça sem saber muito se e o quê e que fazer.
Com um eu-não-sei-quê de selvagem e perdido.
Com um eu-não-sei-quê de já morto.
O vestido está amarrotado de tocar o solo, levando o peso da personagem leve de coração pesado.
O vestido chia da respiração ofegante da curiosidade e do medo.
A parede do corredor se emociona.

Há carroças e móveis, bordados e espelhos.
Casas, sofás, criados, louça de ouro e de prata e de vermeil.
Ele me desejou, eu, entre todas, depois de muitas.
Eu sabia que era a boca do lobo. Lobo azul. E me lancei ali.
Eu sabia que era o medo azul do qual eu morreria. E me lancei ali.

Mas isso, só a parede do corredor escutou. Sua tapeçaria estremeceu. Uma corrente de ar de lembranças e os motivos se desdobraram. Circundam as portas. Correm de portal em portal em busca da saída. Mas o conto não existe mais pois o malvado morre e somente as mulheres se sucedem. Já que as mulheres morrem e somente os malvados se sucedem. Enquanto que as irmãs conquistam o horizonte com o olhar distraído.

Ela, vestida e penteada, ela se chama Heloisa ou Eleonora ou Isaura ou Rosalinda ou Branca ou Judite. Mas, a irmã se chama sempre Ana. A grama é verde. E a barba é sempre azul.


Tradução: Solange Rebuzzi.
Fragmento do poema retirado da revista Action poétique. n°189, p. 73
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